LES CRIMES DE SAINTE GLOTILDE
Mais, c'est assez, — si ce n'est trop déjh, — s'attarder h réfuter de pareilles inventions.
M. l'abbé de Barrai, examinant les circonstances qui accompagnèrent plus tard la guerre de Burgondie, donne, avec raison, pour unique motif h cette guerre l'ambition des fils de Clovis. « L'invasion de la Burgondie « était probablement arrêtée d'avance entre eux, » dit M. H. Martin (1), qui se réfute ainsi lui-même pour la seconde fois. E semprebene\...
Mais, on le comprend bien, ce n'est pas assez d'avoir réhabilité la mémoire de sainte Clotilde; comment expliquer le récit de saint Grégoire de Tours? Ne pouvant admettre un seul instant qu'il ait menti, il reste à se demander où il a puisé ces renseignements faux.
a Si, — dit M. l'abbé de Barrai, — le discours de Clotilde à ses fils n'a pas été une fable inventée par ceux-ci (pour se décharger de l'odieux de cette guerre cruelle), elle a pu l'être par quelques autres : par des courtisans, par des narrateurs jaloux d'excuser la conduite des princes, peut être aussi par les ennemis de sainte Clotilde^ par quelque Arédius bourguignon !..,
« Et c'est ce récit habilement et méchamment répandu dans les masses qui est parvenu à Grégoire de Tours, ou plutôt qui a été interpolé par une main indiscrète ou malveillante dans la chronique du père de notre histoire, en dépit de celte recommandation si formelle inscrite par lui (comme l'expression de sa suprême volonté), à la tin de son grand ouvrage :
« Quoique ces livres (2) soient écrits dans un style in-
(1) Ihid., Jomell, p. 7.
(2) C'est à (lire les dix livres de V Histoire ecclésiastique des Frarics, les sept de Miracles et un de Vies des Pcrcs.
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a culte, je conjure cependant tous les prêtres du Seigneur « qui, après moi indigne, gouverneront l'Église de Tours; « je les conjure, par la venue de Notre-Scigneur Jésus- « Christ et par le jour du jugement terrible à tous les « coupables, si vous ne voulez, au jour de ce jugement, « vous voir pleins de confusion et eondaninés avec le « diable, que vous ne fassiez jamais détruire ces livres, tt que vous ne fassiez jamais récrire en dictant certaines a parties et omettant les autres; mais que vous les con- « serviez tous dans leur entier et sans altération, tels quk
« iSOUS LES AVONS LAISSÉS (1). »
Et comment, — à moins d'admettre les interpolations ci-dessus niention.nées, — pourrait-on s'expliquer cet éloge significatif de sainte Glotilde par le père de notre histoire:
« La reine Glotilde se montra telle et si grande, qu'elle « fut honorée de tous... Ni la royauté de ses fils, ni l'am- « bition du moïKlc, ni la richesse ne purent l'enlrainer a par l'orgueil à sa perdition, mais son humilité l'éleva «c vers la grâce (2). »
Or, l'humilité s'accorde peu avec l'esprit de vengeance dont on prétend que Glotilde fut animée dans ses dernières années.
G'est assez; la bonne foi et la loyauté de saint Grégoire de Tours, si victorieusement vengées par le savant abbé Gorini (3), ne peuvent laisser croire, un seul instant, qu'il ait inventé de pareilles fables. Oui, la chronique de saint Grégoire a été interpolée en cet endroit, comme en plusieurs autres, ainsi que l'ont soutenu des
(1) s. Grég. de Tours. Uùt. (CcL Franc, lib. X, cap. 3;\s.i.
( >) Id., ibid., lib.JlI, caji. xvjii.
C3) l>éleo»« (lé l'hè^ii», etc. (2* édiUuij), 1. 1.