LES CRIMES DE SAINTE CLOTILDE
Au XVII* siècle, un savant et pieux auteur, le père Caussin (1), écrivant la vie de sainte Clotilde, faisait cette remarque, dont l'opportunité est peut-être plus grande aujourd'hui que jamais : « Je m'étonne de certains auteurs qui, mesurant les affections des saints aux faiblesses de leur esprit, et estimant que c'est une douce gloire de se venger des ennemis dont on a reçu quelques notables injures, ont dit que Clotilde poussa son mari à la ruine de son oncle pour tirer raison de la mort de son père et de sa mère. C'est juger trop bassement d'une dame qui était arrivée à un si haut point de perfection. Tant s'en faut qu'elle allumât le feu de cette guerre, que, Gondebault étant en pleine puissance de Clovis qui menaçait de lui ôter la vie, elle retint le coup fatal; et, depuis, voyant que, par sa faute, il avait perdu son royaume, elle fit tout son possible pour en conserver une partie à Sigismond, fils do Gondebault, son cousin germain. »
Il nous avait toujours semblé difficile, pour ne pas dire impossible, d'accorder ce qlie dit saint Grégoire de Tourj des vertus de sainte Clotilde avec ce qu'il avance touchait
(l) La Cour Sainte (2 vol. in-fol.).
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l'esprit de ressentiment et de cruauté de cette même reine, — lorsque la lecture d'un excellent article de ni. H. de lÉpinois (1) vint nous éclairer et aussi nous soulager d'un grand poids.
Après avoir signalé diverses interpolations dans le tr-xif de l'œuvre de saint Grégoire de Tours, M. H. de l'Épinoidit : tt M. Alphonse de Boissieu, dans son savant ouvrapo •les Inscriptions antiques de Lyon, admet comme interpultle passage de Grégoire de Tours où Clotilde, veuve, âgée, vénérée pour ses vertus, est représentée armant ses lils contre Sigisraond de Bourgogne, afin de venger sur lui ks crimes de son père, trente ou quarante ans après leur perpétration (2). M. de Boissieu s'appuie de l'opinion si considérable de M. le comte Carlo Troya (3). »
Ces quelques mots furent comme un éclair pour M. l'abbé de Barrai, qui se mit à étudier et à creuser cette importante question, et publia le résultat de ses recherches (4). Nous aurions voulu analyser ce travail, mais c'eût été l'alierer; nous citons donc textuellement et le plus possible.
L'article de M. de l'Épinois, analysant l'ouvrage de M. Lecoy de la Marche sur la valeur des écrits de saint Grégoire de Tours, nous a remis sous les yeux une question historique qu'on n'a jamais examinée bien sérieusement.
(J) De la valeur des écrits de Grégoire de Tours, p. 92. (.\nnales de philosophie chrétienne, ftvrii.r I8G?.)
(2) Inscriptions antiques de Lyon, dernière livraison, chapitre sur la reine Carétène.
(3) Storia dltalia, t. II, p. 19.
(4") Les vengeances de sainte Clotilde. Examen du célèbre texte de saint Grégoire de Tours sur la guerre contre .Sigismond. (Annales de philosophie chrétienne, décembre 186», p. 4i9 à 4Gi.)