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tilz, qu'elles semblent avoir été faites à leur occasion. C'est ce qui m'a déterminé à placer ici (1) ce long passage, si utile et si instructif. »
Les Mémoires de M. d'Artagnan, confectionnés par de Courtilz, furent imprimés en ITOO et parurent en trois volumes in-12, toujours en Hollande ; ils sont aussi fabuleux et remplis d'anachronismes que les précédents, sortis de la même main et de la même officine. « Quelle impudence, s'écrie Bayle (2), d'oser donner pour des Mémoires de M. d'Artagnan trois volumes dont il n'y a pas une seule ligne faite par M. d'Artagnan!» Et, ailleurs (3), signalant « toutes les erreurs de l'anonyme qui a composé les Mémoires d'Artagnan, » {sic) Bayle ajoute : « C'est un homme qui débite ses fictions et qui les place sans aucun égard à la bonne chronologie. »
Bayle ne se sert pas d'un terme trop fort lorsqu'il qualifie d'impudence l'entreprise de Coui-lilz publiant les prétendus Mémoires de d'Artagnan; on va en juger par le début même de l'avertissement de l'éditeur supposé de ces Mémoires :
« Comme il n'y a pas encore longtemps que M. d'Artagnan est mort et qu'il y a plusieurs personnes qui l'ont connu et qui ont même été de ses amis, ils ne seront pas
(1) Tome IV, p. 317. En tête de celte citation des Diversités curieuses, on lit celte note de F. de Fonlelle : « A la fin du .Mémoire sur Galien de Courtilz, ajoutez ce qui suit, que nous avons trouvé écrit de la main du père Lelong, pour y être placé. »
(2) OEuvres diverses, tome IV, p. 806, Lettre CCLXI à M. X., \i septembre 1701.
(3) Réponse aux questions d'un provincial, chap. lxxi.
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fâchés que je rassemble ici quantité de morceaux que j'ai trouvés parmi ses papiers, après sa mort. Je m'ensuis servi pour composer ces Mémoires, en leur donnant quelque liaison. Ils n'en avaient point d'eux-mêmes, et c'est là tout l'honneur que je prétends me donner de cet ouvrage. Voilà aussi tout ce que j'ai mis du mien. ..
« Je ne dirai rien ici de cet ouvrage. Ce n'est pas ce que j'en dirais qui le rendrait recommandable; il faut qu'il le soit de lui-môme pour le paraître aux yeux des autres. Peut-être me tromperais-je même dans le jugement que j'en ferais, parce que j'y ai mis la main en quelque façon et qu'on est toujours amateur de ce que l'on fait. En effet, si je n'en suis pas le père, j'en ai 6u du moins la direction...
« Disons donc plutôt, pour marquer plus de sincérité, que la matière que j'ai trouvée ici esttrès précieuse d'ellemême et que Ton trouvera peut-être que je ne m'en serai pas trop mal servi. »
Cette modestie-là ressemble terriblement à de l'orgueil. En somme, de Courtilz, tout en ayant l'air de n'avoir été que le secrétaire, pour ainsi dire, de d'Artagnan, serait on ne peut plus charmé qu'on le prît pour Fauteur du roman de son héros.
Un anaprès(1701), paraissaientles Mémoires de madame la marquise de Fresne «un des ouvrages de de Courtilz qui eut le plus de vogue, » dit le père Niceron, et il ajoute : « Le fabuleux y règne partout. » Ce qui n'empêche pas l'auteur de faire dire à son héroïne, en façon dé préface, un genre qu'il soignait, comme certains musiciens Vouverlure de leur opéra :
« Il y a bien peu de personnes en France qui ne sachent mon histoire. Il est si rare à une femme de ma condition
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d'avoir un mari qui la vende à un corsaire, que si ce n"est que ces Mémoires paraîtront dans un temps où il y aura encore mille gens qui auront été témoins eux-mêmes de ce qu'ils contiennent, on n'y voudrait jamais ajouter foi. Ainsi, quand il n'y aurait que cette rareté, je suis sûre que le public les recevra agréablement... Il lit tous les jours des histoires et des yoyages, qui, peut-être, ne lui paraîtront pas plus curieux ; toujours se peut-il bien assurer qu'il ne lira jamais rien de plus fidèle. J'ai pris grand soin d'y dire la vérité, et je ne me suis pas même mise en peine de l'envelopper dans de certains endroits, où j'ai bien vu qu'elle faisait contre moi... Mais, si j'ai bien su le connaître, c'est une marque que j'ai préféré la vérité à toutes choses... »
Ce verbiage continue encore longtemps sur ce ton. Aujourd'hui, de tels livres sembleraient bien fades, mais alors et en pays étranger, en Hollande particulièrement, ces médisances (pour ne pas dire plus,) àl'égard de noms illustres portaient coup et caressaient agréablement la jalousie de ces bourgeois républicains contre une des premières aristocraties de l'Europe.
Continuant le triste métier d'amuseur de l'étranger, de Courtilz venait de publier, en 1701, les Mémoires du marquis de Monlbrun, fils d'une pâtissière et du duc de Bellegarde, qui n a pas voulu le reconnaître, (sic) «encore un de ces romans historiques dont on ne saurait trop avertir les lecteurs, qui sont d'autant plus nuisibles que quelque peu de vrai s'y trouve mêlé avec beaucoup de faux (1), » lorsque ses Annales de Paris et de la cour pour 1697 et 1698 rouvrirent devant lui les portes de la Bastille,
(1) P. Marchand, note sur la lettre CXCI de Bayie.
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OÙ il resta prisonnier pendant dix années entières, deHOl à 1711. « Il fut renfermé les trois premières années dans une étroite prison ; mais ayant obtenu dans la suite un peu plus de liberté, il fit connaissance avec le duc de Tirconncl, vice-roi d'Irlande, qui lui raconta tout ce qu'il savait de ce qui s'était passé sous le règne de Charles I", roi d'Angleterre, et sous l'usurpation de Cromwell. Ce fut sur ces récits qu'il composa les Mémoires du duc de Tirconnel. Il fit aussi, dans la Bastille, les Anecdotes d' Angleterre, \ei Mémoires pour servir à l'histoire d'Abraham de Fabert, maréchal de France, les Mémoires d'un homme de guerre, (ce sont sans doute ses propres Mémoires) et les Mémoires de M. B., sen^étaire du cardinal de Richelieu (1) »
On voit que la détention de de Gourtilz ne fut pas trop dure et qu'il n'y perdit rien de son activité fébrile ; pour lui,produirevolume sur volume était un incessant besoin, une seconde nature.
Au mois de janvier de l'année 1711, il put enfin sortir de sa prison et le 4 février suivant il épousait, en troisièmes noces (2), dans l'église Saint-André-des-Arcs, demoiselle Marguerite Maurice^ veuve d'Amable Auroy, libraire de Paris ; il avait alors soixante-sept ans. Il mourut le 8 mai 1712, à Paris, chez de Billy, gendre de sa femme, libraire, quai des Augustins (3).
(1) Le père Lelong.
(2) Sur les trois mariages de de Gourtilz, voyez Jal, p. 442.
(3) Le père Niceron, tome X, 1"= partie, p. 86 et 87, changements, corrections et additions pour le tome IL — « J'ai connu ce romancier et je me suis trouvé à son mariage avec la veuve Auroy et à son enterrement. » (Note de l'abbé Goujet, ap. d"Ar-
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Il laissait la valeur de quarante volumes en manuscrits ; en 1713, parurent son Histoire du maréchal de la Feuillade et sa Vie du chevalier de Rohan.
L'année même (1701 ) que de Gourtilz fut mis, pour la seconde fois, àla Bastille, Bayle, énumérant et récapitulant les nombreuses publications de cet infatigable romancier jusqu'à ce moment, écrivait :
« Toutes ces pièces sont de la façon de l'auteur des Mémoires de Roche fort, qui parurent en 1687 et eurent un si grand cours : même génie, même style, même hardiesse de médire de tout le monde et de s'y débiter pour un personnage qui a eu part aux intrigues et qui sait quid rex reginœ dixerit et quid Juno fabulata sif cum Jove. Cependant c'est un petit particulier, sans biens, sans fortune, et qui apparemment n'écrit tout cela que pour le vendre aux libraires de Hollande. Il faut pourtant qu'il ait quelque habitudeaveclesfainéantsde Paris, quilui apprennent tout ce qui s'y conte de vrai ou de faux entre les nouvellistes. « On souhaiterait que dans quelque journal on décréditât les ouvrages de cet homme-là, qui infatué une infinité de lecteurs. Personne, ce me semble, ne serait plus propre à cela que ceux qui composent le Journal de Trévoux : quatre ou cinq faits de ceux qu'il débite, étant réfutés et prouvés faux, le perdraient entièrement de réputation. On le pourrait, sans doute, convaincre de fausseté sur mille faits qu'il avance. Il faut convenir qu'il en débite de fort curieux et de fort singuliers (1). »
tigny, Nouveaux mémoires d'hiit. et de litt.^ tome III, p. xij, additions et corrections.
(1) Bayle, Œuvres diverses, tome IV, p. 805 et 806. LettreCCLXIà M. X..., 12 septembre 1701.
60 LE ROMAN DANS l'iIISTOIRE, AU XVIl" SIÈCLE
Le mal produit parles ouvrages deCourtilz se continua longtemps après sa mort, Lenglet du Fresnoy écrivait, en 1734 : « C'est l'un des plus grands conteurs de sornettes qu'il y ait eu dans les derniers temps {{). »
El, en 4769, le père Grifïet, dans son remarquable Traùé des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'Histoire, a consacré quelques curieuses et surtout fort utiles remarques aux Mémoires nombreux publiés par de Courtilz, Voici ce qu'il en dit et à quel propos (2) :
« C'est dans les écrits des auteurs contemporains que Ton cherche, pour l'ordinaire, la preuve des faits historiques; mais, avant que de pouvoir l'employer et avec succès, il faut premièrement s'assurer qu'ils sont les vrais auteurs des livres qui portent leur nom; précaution d'autant plus nécessaire, que, sans parler des livres anonymes, il y a une infinité d'écrivains obscurs, qui, pour donner plus de cours à leurs ouvrages, les ont parés de divers noms illustres ou connus et qui, par là, ont trouvé le moyen d'accréditer, par un faux titre, tous les romans qu'il leur a plu de donner pour de véritables histoires. Il y a eu un temps où le public était inondé de ces écrits fabuleux, qu'on ne lit presque plus aujourd'hui ; et il est étonnant que dans un siècle aussi éclairé que le nôtre il se trouve encore des historiens qui osent les citer en preuves.
« Tels sont, par exemple, les Mémoires de Rochefort
(1) (joxàonAe'P^vcç'], Bibliothèque des romans, eic, tome II, p. 88 et 89. (G. de Percel est un des pseudonymes de Lenglet du Fresnoy).
(2) Chapitre V. De la preuve fondée sur le témoignage des auteurs contemporains, (p. 91-95 de l'édit. de 1770).
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et de d'Artagnan, etc., que Ton croit avoir été composés par le sieur de Courtilz... Comme ses histoires apocryphes ne laissaient pas d'avoir quelquefois un grand débit, il y a lieu de croire que le profit qu'il en tirait lui valait plus que ses appointements de capitaine... Mais il est certain que les Mémoires de Rochefort sont des Mémoires supposés et de nulle autorité. Qui ne serait donc étonné de voir M. de Bury les citer dans son Histoire de Louis XIII (1)? en nous disant que Rochefort était un de ces espions spirituels et intelligents dont le cardinal de Richelieu se servait dans les plus secrètes et les plus importantes intrigues ?
« Il ajoute ensuite que ce prétendu Rochefort envoya au cardinal l'original du traité que Fontrailles s'était allé négocier avec la cour d'Espagne ; et voici, nous dit-on, comment il fit cette découverte :
« Un soir, se retirant assez lard, il vit sortir par une « porte secrète du palais d'Orléans, où logeait Monsieur, « un homme employé dans ces sortes d'affaires par les « Espagnols, quil avait connu à Bruxelles dans le temps « que lui, Rochefort, déguisé en capucin, y était pour « quelque négociation particulière. Rochefort, qui avait « des ordres prccisetdes gens tout prêts, l'arrêta. Sevoyant « surpris, il prit du poison quil avait sur lui, sans que « Rochefort s'en aperçut et mourut en deux heures de « temps. J'avais trouvé dans la semelle d'une de ses bot- « tes, dit le prétendu Rochefort, l'original du traité que «Fontrailles venait de négocier en Espagne; et prenant
(1) Publiée en 1768. (in- 12. 4 vol.) En 1757, le père GrifFet avait publié une Histoire du règne de Louis XIII, (in-i., 3 vol )
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« la poste en môme tempsJel'apportaiàM. le Cardinal, que « je trouvai malade de corps et d'esprit, mais plus encore « de l'un que de l'autre et qui me reçut comme un ange « tutélaire. »
« Si l'on avait eu à choisir un endroit pour prouver que les Mémoires de Rochefort ne sont qu'un tissu d'impostures on aurait pris celui-ci. M. deBury, qui le rapporte, n'aosé en garantir lav6rité;et il a grande raison, puisqu'il porte en lui-môme la preuve de sa fausseté. Car, qui ne sait que le cardinal de Richelieu n'eût jamais l'original du traité que Fontrailles avaitnégocié avec la cour d'Espagne; quecetoriginalfutremisauducd'Orléans, qui lebrûla au premier avis qu'il eût que la conspiration était découverte, ainsi qu'on le peut voir dans les actes du procès? Qui ne sait l'embarras où le cardinal se trouva quand il fallut convaincre les conjurés de l'existence de ce traité, dont on ne put présenter qu'une copie à Cinq-Mars, qui soutint qu'elle était fausse et qu'il n'y avait jamais eu de traité fait avec l'Espagne? Qui ne sait qu'il fallut recourir au témoignage de Gaston et à celui du duc de Bouillon, pour le convaincre que le traité avait été conclu et signé par de Fontrailles, en vertu des pleins pouvoirs que Gaston lui avait donnés.
« Aurait-on eu besoin d'user de tant de détours pour confondre Cinq-Mars, si l'on avait eu en mains une pièce de conviction aussi forte que l'original du traité, et peut-on supposer que l'on aurait négligé de la produire dans une affaire de cette conséquence?
« La découverte de cet original par le prétendu Rochefort est donc une anecdote visiblement fausse et qui ne méritait pas d'avoir place dans l'histoire de Louis XIIL Il en est de même du voyage que ce Rochefort avait fait
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lui-même en Espagne, où il eut ordre, dit-il, de faire le métier de postillon et dans lequel il reconnut Fontrailles. Toutes ces particularités sont autant de faussetés et d'impostures sorties de l'imagination du sieur de Gonrtilz, qui ne sont propres qu'à décréditer à la fois et l'historien qui les invente et celui qui les répète. (1) »
Voltaire — qui s'y serait attendu? — s'est montré impitoyable à l'égard de cet aventurier et de ses indigestes compilations ; il est curieux et même assez édifiant, au point de vue de l'apologie de la vérité historique, de voir le patriarche de Ferney se faire le champion du bon sens et de la vraisemblance outragée.
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle ! peut-on s'écrier avec le poète.
Donc, écoutons Voltaire, et soyons édifiés en voyant sa colère contre l'effronterie du mensonge, lui qui en a semé tant de propos délibéré, dans les soixante-dix volumes de ses Œuvres complètes.
Dans sa liste des écrivains du siècle de Louis XIV, arrivé à Gonrtilz de Sandras : « On ne place, dit-il, ici son nom que pour avertir les Français, et surtout les étrangers, combien ils doivent se défier de tous ces faux Mémoires imprimés en Hollande. Courtilz fut un des plus coupables écrivains de ce genre. Il inondaTEupope de fictions sous le nom d'histoires. 11 était bien honteux qu'un capitainedurégimentdeChampagne allât, en Hollande, vendre des mensonges aux libraires. Lui et ses imitateurs qui ont écrit tant de libelles contre leur propre patrie , contre de bons princes qui dédaignent de se venger et contre des citoyens
(1) Le père Griffet (p. 98 et 99), démontre la fausseté du Testament politique deColbert, fabriqué par de Courtilz.
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qui ne le peuvent, ont mérité l'exécration publique. Il a composé beaucoup d'ouvrages qui ontamuséet trompé les ignorants. »
Et dans son ouvrage intitulé : « Des mensonges imprimés » il signale comme complices, voire instigateurs de Courtilz, les libraires de Hollande. « Ces marchands, ditil, s'informaient, par leurs correspondants, des denrées qui avaient le plus de cours; et, selon le besoin, ils commandaient à leurs ouvriers des histoires ou des romans, mais principalement des histoires, parce que, après tout, on ne laisse pas de croire qu'il y a toujours un peu plus de vérité dans ce qu'on appelle Histoire nouvelle, Mémoires historiques, Anecdoctes, que dans ce qui est intitulé Roman. C'est ainsi que, sur des ordres de marchands de papier et d'encre, leurs metteurs en œuvre composèrent les Mémoires de d'Artagnan, de Rochefort et tant d'autres, dans lesquels on trouve au long tout ce qu'ont pensé les rois ou les ministres quand ils étaient seuls, et cent mille actions publiques dont on n'avait jamais entendu parler. Les jeunes barons allemands, les Palatins, Polonais, les dames de Stockholm et de Copenhague, lisent ces livres et croient y apprendre ce qui s'est passé de plus secret à la cour de France. »
Et en 1767 (1), il écrivait à Colini : « Tous les anciens officiers, ainsi que les gens de lettres, avaient un trèsgrand mépris pour le prétendu Du Buisson, auteur de la mauvaise Histoire de Turemie.Le romancier Sandras de Courtilz, caché sous lenomdeDuBuisson, qui mêlait toujours la fiction à la vérité, pourmieux vendre ses livres...»
(1) 21 octobre,.
LE ROMAN DANS l' HISTOIRE, AU XVII* SIÈCLE 65
Voltaire est revenu plus d'une fois à la charge contre Courtilz de Sandras.
Enfin, en 1800, Desessarts, en quelques lignes, stigmatisait de nouveau le misérable romancier du xvii" siècle : « Sa plume féconde autant que frivole enfanta une foule de romans, publiés sous le titre d'histoires Ce mauvais gazGtier... Courtilz, familiarisé avec la calomnie et ayant malheureusementde la facilité, publiait volume sur volume, sans épuiser ses fictions (1). »
Pendant plus de quarante ans le silence s'était fait sur de Courtilz et ses œuvres ; il semblait même qu'elles fussent oubliées ou qu'une nouvelle pépinière de romanciers historiens l'eussent remplacé avec des livres dont nous ne redirons pas ici les litres, lorsqu'en 1846 le fécond feuilletoniste^ Alexandre Dumas père, à bout d'inventions, mit la main sur les trop fameux Mémoires de d'Artagnan, une des œuvres de Courtilz qui avait eu le plus vif succès en son temps. Hien que dans le premier des trois volumes de ces Mémoires, M. A. Dumas trouva la matière de ces Trois Mousquetaires qu'allaient bientôt suivre Vinçjt ans après cite Vicomte de Bragelonne, en tout un effectif de vingt-quatre volumes in-8°.
Archimède ne fut pas plus heureux quand il eût trouvé la solution de certain problème que M. A. Dumas lorsqu'il eût découvert \q?> Mémoires de d'Artagnan ; que l'on en juge par la préface de ses Trois Mousquetaires.
« Préface dans laquelle il est établi que, malgré leurs noms eu os et en is, les héros de l'histoire que nous allons
(l) Les siècles littéraires de la France, article Courtih (Catien de).
66 LE ROMAN DANS l'hISTOIKE, AU XVH° SIÈCLE
avoir l'honneur de raconter à nos lecteurs n'ont rien de mythologique.
« Il y a un an à peu près qu'en faisant à la Bibliothèque royale des recherches pour mon Histoire de Louis XI V, je tombai par hasard sur les Mémoires de M. d'Artagnan, imprimés à Amsterdam, comme la plus grande partie des ouvrages de cette époque, où les auteurs tenaient à dire la vérité sans aller faire un tour plus ou moins long à la Bastille. Le titre me séduisit; je les emportai chez moi et je les dévorai.
« Mon intention n'est pas de faire ici une analyse de ce curieux ouvrage, et je me contenterai d'y renvoyer ceux de mes lecteurs qui apprécient les tableaux d'époque. Ils y trouveront des portraits crayonnés de main de maître, et, quoique ces esquisses soient, pour la plupart du temps, tracées sur des portes de caserne et sur des murs de cabaret, ils n'y reconnaîtront pas moins, aussi ressemblantes que dans l'histoire de M. Anquetil, les images de Louis XIII, d'Anne d'Autriche, de Richelieu, de Mazarin et de la plupart des courtisans de l'époque.
« Mais, comme on le sait, ce qui frappe Tesprit capricieux du poète n'est pas toujours ce qui impressionne la masse des lecteurs. Or, tout en admirant les détails que nous avons signalés , la chose qui nous préoccupa le plus est une chose à laquelle bien certainement personne avant nous n'avait fait la moindre attention.
« D'Artagnan raconte qu'à sa première visite à M. de Trévillé, capitaine des mousquetaires du roi, il rencontra dans son antichambre trois jeunes gens servant dans l'illustre corps où il sollicitait l'honneur d'être reçu et ayant noms Athos, Porthos QiAi^amis.
LE ROMAN DANS L'hISTOIRE, AU XVII* SIÈCLE 67
ï Nous l'avouons ces trois noms étranges (1 ) nous frappèrent, et il nous vint aussitôt à l'esprit qu'ils n'étaient que des pseudonymes à l'aide desquels d'Artagnan avait déguisé des noms peut-être illustres, si toutefois les porteurs de ces noms d'emprunt ne les avaient pas choisis eux-mêmes le jour où, par caprice, par mécontentement ou par défaut de fortune, ils avaient endossé la simple casaque de mousquetaire.
« Dès lors nous n'eûmes plus de repos que nous n'eussions retrouvé dans les ouvrages contemporains une trace quelconque de ces noms extraordinaires qui avaient si fort éveillé notre curiosité.
« Le seul catalogue des livres que nous lûmes pour arriver à ce but remplirait un feuilleton tout entier, ce qui serait peut-être fort instructif, mais, à coup sûr, peu amusant pour nos lecteurs. Nous nous contenterons donc de leur dire qu'au moment où, découragé de tant d'investigations infructueuses, nous allions abandonner notre recherche, nous trouvâmes enfin, guidé par les conseils de notre illustre et savant ami Paulin Paris, un manuscrit in-folio, coté sous len" 4772 ou 4773, nous ne nous le râpions plus bien, et ayant pour titre :
» Mémoires de M. le comte de La Fère, concernant
■ quelques-uns des événements qui se passèrent en France « vers la fin du règne du roi Louis XIII et le commence-
■ ment du règne de Louis XIV. »
'( On devine si notre joie fut grande lorsqu'en feuille-
(I) Etranges, ea quoi et pourquoi? — Artagnan, Athos, Porthos et Aramis sont des noms de localités dans les Pyrénées françaises. Voyez Jal, art. [à')Artaignan, p. 71.
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tant ce manuscrit, notre dernier espoir, nous trouvâmes à la vingtième page le nom d'Athos, à la vingt-septième le nom de Porlhos et à la trente-et-unième le nom d'Aramis.
«La découverte d'un manuscrit complètement inconnu dans une époque où la sciencehistorique est poussée àun si haut degré, nous parut une trouvaille presque miraculeuse. Aussi nous hâtarnes-nous de solliciter la permission de le faire imprimer, dans le but de nous présenter un jour avec le bagage des autres à l'Académie des inscriptions et des belles-lettres...
« Or, c'est la première partie de ce précieux manuscrit que nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs, en changeant son titre en celui des Trois Mousquetaires ; prenant l'engagement, si, comme nous n'en doutons pas, cette première partie obtient le succès qu'elle mérite, de publier incessamment la seconde.
.« En attendant, comme le parrain est un second père, nous invitons nos lecteurs à s'en prendre à nous, et non au comte de La Fère, de leur plaisir ou de leur ennui.
«Cela posé, passons à notre histoire. »
A propos de cette préface toute exhilarente, Quérard(l) fait quelques remarques que nous devons transcrire. M. A. Dumas dit « qu'il a trouvé un manuscrit, coté 4772 ou 4773, institulé Mémoires de M. le comte delà Fhe, etc. La plupart des lecteurs ont alors négligé le premier titre (Mémoires de M. d'Artagnanjpour ne s'occuper que de celuici, et le savant rédacteur de la Bibliograpliie de la France^
(t) Les supercheries littéraires dévoilées, etc. (édit.Dafiîs,i869), tome I, coL M03-H0o. Cf. col. 387, art. Ariagnan (d').
LE ROMAN DANS l'hISTOIRE, AU XVII* SIÈCLE 69
^l.Beuchotaannoncé les Trou Mousquetaires comme étant l'impression d'un ancien manuscrit...
« En premier lieu, M. A. Dumas annonce qu'il a trouvé les Mémoires de d'Artagnan dans lesquels il a vu les noms d'Athos, Porthos et Aramis : ceci est de l'histoire. Puis il ajoute qu'ila rencontré un manuscrit intitulé Mémoires du comte de la Fère : cette fois c'est du roman...
« M. A. Dumas en convient lui-même dans un morceau intitulé : Invraisemblance : Histoire d'un mort racontée par lui-même ( P. 127 et suiv. de « l'Abbaye de Peyssac, » 4" partie de « la Guerre des femmes, ))(1844)(1).
« Il est aujourd'hui bien prouvé que l'auteur des « Trois Mousquetaires » en a puisé la pensée dans le premier volume des Mémoires de d'Artagnan. « En effet, les noms d'Athos, Porthos et Aramis y sont écrits en toutes lettres ; les duels, les amours de d'Artagnan et ses aventures avec milady y sont bien réellement racontés (2). »
Mais, tout cela a été arrangé ou dérangé par l'emprunteur, à sa guise et au goût du public fort avide de détails étendus et prolixes.
En 1847, l'année même de l'apparition des <-^ Trois Mousquetaires » M. E. d'Auriac, employé à la Bibliothèque alors 7^oyale, signala quelques-unes des erreurs de Courtilz de Sandras, dans son livre intitulé D'Artagnan. Ce livre contient l'histoire du capitaine lieutenant desmousquetaires, faite sur des mémoires que M. É. d'Auriac a cru plus dignes de foi que ceuxde Sandras, dont cependant il n'a pas toujours dédaigné le secours. « M. d'Auriac ne s'est pas
1) Quérard, op. c.sup., note I, an bas de la col. HOi.
2) Quérard, Ibid., col. ilOo.— La i'" édition des Supercheries ,est de 1847.
70 LE ROMAN DANS l'hISTOIRE, AU XVIl^ SIÈCLE
défendu de la forme romanesque, et peut-être par làa-til affaibli un peu l'autorité de ses assertions. Son travail reste cependant la meilleure biographie du comte d'Artagnan et la seule que l'on puisse consulter avec confiance (1). »
Espérons que, pour cette fois-ci, c'est bien la dernière résurrection de d'Artagnan [et de tous ces Mémoires de pacotille, produits de la plume besogneuse de de Gourtilz. C'est assez, c'est même trop déjà des contradictions, des erreurs et des mensonges que l'on rencontre dans les mémoires écrits par les contemporains et qui rendentsouvent, pour ne pas dire toujours, si difficile la marche à travers rétendue de l'histoire vraie, seulementdignedece nom et de la confiance qui doit en être le premier comme le plus solide fondement.
(1) Jal, p. 70, art. Artaignan fd')
LA LÉGENDE D'OR
Les préjugés accumulés depuis le .wi" siècle par la Renaissance, le Protestantisme et le Jansénisme contre ce livre, auquel le moyen âge, dans son enthousiasme, avait décerné le titre magniVique de Legenda aurea (Légende d'or,) depuis inexactement traduit par Légende dorée, ces préjugés ont atteint jusqu'à la mémoire même de Jacques de Voragine, son auteur ou plutôt son compilateur.
Quelques écrivains, assez peu dignes de foi d'ailleurs, ont raconté que Jacques de Voragine Vêtant, un mercredi des Gendres, présenté devant le pape Boniface YIII pour participer à la cérémonie en usage à pareil jour, le pontife, soupçonnant l'archevêque d'être favorable à la faction impériale, lui jeta des cendres dans les yeux, en lui disant : Mémento quia Gibelinus es et cum Gibelinis tuis in pulverem reverteris. « Souviens-toi que tu es Gibelin et que « tu retourneras dans la poussière avec tes Gibelins. »
« C'est, dit M. G. Brunet(l), un de ces petits contes
il) Dans la notice préliminaire de sa traduction de la Légende rée. (Paris, 2 vol. in-18, 1843, première série, p. 8 et 9.)
7i LA LEGENDE l)"ul{
dont on embellit la vie de tout homme remarquable, et les historiens les plus éclairés n'ajoutent aucune créance à ce trait de l'histoire de Jacques. S'il est réellement arrivé, ce qui est fort douteux, c'est tout au plus à l'égard de son successeur Spinola ; celui-ci fut en eil'et en relations peu amicales avec la cour de Rome. »
La vie de Jacques de Voragine est le démenti le plus formel et le plus complet de l'assertion précitée; jamais prélat ne fut plus dévoué au Saint-Siège, et d'ailleurs ce serait méconnaître la gravité habituelle aux souverains pontifes que de penser un seul instant que Boniface VIII ait pu s'oublier, vis-à-vis d'un évêque, à un geste et à des paroles d'un aussi mauvais goût, pour ne pas dire plus.
Le double but de la présente étude est défaire connaître la vie de Jacques de Voragine (1) et la haute portée de son œuvre si chère au moyen âge.
L'illustre archevêque de Gênes, que sa Légende d'or a rendu célèbre, naquit, dans les premières années du treizième siècle, au petitbourgde Varago ou Vorago (2), non loin de Savone, de parents donton ignore et le nom et la position
(i) Notre guide est le père Tonvon: Histoire des hofnmcs {'lustres de l'ordre de St- Dominique, etc. (Paris. 1743, in-l^), tome I, p. 583-003.
(2) Quelques auteurs ont cru qu'il avait été ainsi nommé « de Voragine ou à cause, de sa grande application à l'étude, qui semblait lui faire dévorer les livres, ou parce que dans ses discours il citait fréquemment les textes des saintes Ecritures. Qui vulgo de Voragine ob crebras scripturm allegationes appellalui est. » — Le père Touron, p. 584, note t. La citation latine est empruntée à Sponde, Eidtome Aanaliâm Baronii, anno 1292, no 8.
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sociale. Ce que Ton sait, c'est que Jacques, appliqué dès son enfance à tous les exercices de la piété chrétienne et à rétudedela religion, songea àquitter le mondedèsqu'il fut en état de le connaître. Il nous apprend lui-mêtne (i) qu'il prit, vers l'âge de quinze ans, Thabit des Frères Prêcheurs ou Dominicains, à Gênes, en l'année 1244. Dans un âge si tendre, le fervent novice soutint avec courage toutes les rigueurs d'un ordre austère, qui conservait encore la première vigueur de sa discipline.
Devenu bientôt un habile théologien et un prédicateur zélé, éloquent, pathétique, il parut avec honneur dans les écoles, où il expliqua les livres saints, et dans les chaires au milieu des plus nombreux auditoires qu'il édifiait par ses vertus et qu'il attachait par les charmes de son éloquence (2).
11 parlait la langue italienne avec tant de délicatesse et de pureté qu'on ne se lassait jamais de l'entendre. Pour mettre ce talent à profit, Jacques de Voragine fit une version de la Bible en idiome vulgaire, et, selon plusieurs historiens, il est le premier qui ait traduit en italien toute l'Ecriture sainte, tant l'ancien que le nouveau Testament. Sixte
1) Chronicon Genuense,ab urbis origine ad ann. 1297,ap. Muratori, Rerùm Jtal. script., tome IX.
(2) Frater Jacobus de Voragine... vir evasit pietate, disciplina regulari. doctrinà, salutis animarùm studio, prudentia. rerûmque agendarùm perilià clarissimus. Sacras apud suos Litteras variis, in locis et scholis interprelatus est ; lum qua valebat dicendi gratia linguaeque maternae puritate et elegantia celebriora Italie? pulpita obtinuit... ubique cum plausu et fructu auditus, etc. ird, Scri/'tores oïd. Frœdicaiorûrr, tome I, p. 4o4.
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de Sienne et Sponde louent beaucoup le zèle et la diligence de l'auteur et l'exactitude de sa version.
Il avait puisé, principalement dans les écrits de saint Augustin, les principes de sa doctrine, et la lecture des ouvrages de ce grand docteur lui était devenue si familière qu'on peut dire qu'il les avait presque tous appris par cœur (1).
Ces utiles occupations furent souvent interrompues, mais il ne les abandonna jamais, ni dans les emplois qu'il remplit dans son ordre, ni parmi les soins de la sollicitude pastorale, lorsqu'il fut promu à l'archevêché de Gênes. Elu provincial de la province de Lombardie en 1267 ( il avait alors vingt-trois ans, ) il remplit cette charge pendant près de vingt années. Ce long gouvernement est déjà une preuve de son mérite ou de l'estime particulière que faisaient les religieux de la sagesse de sa conduite et de la supériorité de ses talents.
En 1292, le chapitre de la cathédrale de Gênes élut «\ Tunanimité Jacques de Voragine archevêque de cette ville. La réception que lui firent les Génois fut magnifique, et les grands avantages que leur procura le zélé pasteur répondirent à tout ce qu'ils s'étaient promis de la sagesse de son gouvernement. Depuis plus de cinquante ans, les Guelfes et les Gibelins, par leurs cruelles divisions, causaient des maux infinis à leur patrie et en faisaient de plus
(1) J. de Voragine... ordinis Praedicatorura . doctrinâ , vitœ integritate et pauperum cura valde insignis universam sacram Scripturam primus omnium in Italicam linguam summa fide ac diligenlia vertit. Adeo que docLrinse sancti Augustin! studiosus fuisse ferlur, ut omnia pêne ejus volumina raemorià tenuerit, etc. Spondes, ann. 1292, n° 8, ex Sixt. Senens., lib. IV, p. 27i, Bibliothecœ sanctcB.
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grands encore àla religion: ils tenaient toute la ville dans de continuelles alarmes et ne renouvelaient que trop souvent parmi les peuples tout ce qu'une guerre civile et opiniâtre peut avoir de plus tragique ou de plus affreux. Le nouvel archevêque, pressé encore plus parTardeurde sa charité que par les vives sollicitations des cardinaux, tourna d'abord toutes sesattentions vers cet objet. Il sentait également la nécessité et la difficulté de réunir tous les esprits par une sincère réconciliation. Il n'ignorait point que quatre ou cinq de ses illustres prédécesseurs y avaient travaillé inutilement, que plusieurs légats apostoliques n'avaient pas mieux réussiet que le pape Innocent IV, quoiqu'il fût venu lui-même à Gènes, dès les comiiuncements de ces funestes divisions, n'avait pu ni les étouffer ni en prévenir le<î suites. Les obstacles sans nombre qui s'opposaient à la conclusion de la paix semblaient devenir tous les jours plus invincibles. Cependant toutes ces difficultés ne découragèrent point Jacques deVoragine; il ontreprit de les surmonter ou par la patience ou par iresse. Ses fréquentes exhortations, ses discours vifs et pathétiques, de bons services rendus à propos et l'affection égale qu'il montrait aux deux partis opposés lui concilièrent la confiance de tous, et il réussit enfin à les accorder
Il) Fraler J. de Voragine . . cùm sui ordinis provincialis esset in Insubrià. unanimiter a sacro Januensi senatu archiepiscopus eleclus, inauguratusque est a lalino cardinali Ursino apostolicae sedis legato, anno 1292. apostolicà sede vacante : jiissu sacri collegii dissidentes inter se Guelfos Gibelines Januenses facliones composuit et civitatem per quinqnaginla omninoannos lacessilara
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Son attention ne fut pas moins grande pour régler les mœurs du clergé et du peuple.
Les Génois jouirent désormais de la paix tout le temps qu'ils eurent le bonheur de posséder leur charitable pasteur. « Celui-ci sut bien mettre à profit ces précieux moments pour effacer les traces sanglantes d'une si cruelle tragédie et rétablir toutes choses dans leur premier état. Les lieux saints, les églises, les monastères, les hôpitaux, rien n'avait été épargné; plusieurs honnêtes familles se trouvaient ruinées, leurs maisons ayant été pillées ou brûlées; un grand nombre d'orphelins ou de veuves sans biens etsans secours, etbiendesgensauparavantenétatde soulager les misérables, réduits eux-mêmes à la dernière misère, éprouvaient toutes les horreurs d'une affreuse pauvreté; ceux-là mutilés ou dangereusement malades, et ceux-ci obligés de se cacher pour couvrir les marques encore plus honteuses de la part qu'ils avaient eue à ces criminelles querelles.
« Tels furent les objets qui émurent les entrailles de l'archevêque de Gênes. Comme un père commun, il ouvrit à tous son cœur et ses mains. Ses riches revenus, ses meubles, la bourse de ses amis, tout fut destiné et aussitôt employé à nourrir les pauvres, à couvrir la nudité des uns, à loger les autres, à les consoler et à les assister tous. Il n'avait point attendu, il est vrai, une aussi pressante nécessité pour donner des preuves de cette charité sans bornes, qui faisaitson caractère et que les histmi r.s (1)
ad tranquilliim pacis portum sua dexterilale perduxit. — Ughelli, Italia sacra, tome IV, col. dccclxxxviii.
(1) Bzoviiis, Annale ecdesiastici ; Ughelli, Sponde, Dupin, Y\&\ivw,ni4. ecdé<., livre LXXXIX, no 22, Echard,
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relèvent au-dessus de toutes ses autres vertus. Dès le commencement de son épiscopat, un si grand nombre de pauvres familles et de personnes malades étaient venues chercher du secours dans la ville de Gènes que, selon la remarque et l'expression de Bzo\'ius, les richesses même d'un souverain auraient à peine suffi pour fournir à tous lanourriutre, les vêtements et les remèdes nécessaires (1). Notre archevêque se dépouilla en leur faveur; il fit généreusement distribuer ses revenus, qui étaient grands, et il continua jusqu'à la fin une pratique si digne d'un successeur des Apôtres... Il fit servir son exemple, ses tendres exhortations et toutes les adresses de sa charité pour porter les riches à retrancher au moins une partie de leur superflu, afin qu'aucun citoyen ne manquât du nécessaire. Aimé et estimé de tous et doué du talent de la parole pour persuader, il eut la consolation de voir un espèce d'empressement à seconder ses pieuses intentions. Après avoir fait cesser la guerre, il mit encore fin à la misère, suite trop ordinaire de ce redoutable fléau (2). » Il y avait sept ans que Jacques de Yoragine dirigeait avec beaucoup de sagesse et de gloire l'église de Gênes, toujours appliqué aux œuvres de piété, au travail, à la
I) Egenorum et pauperum, praesertim in xenodochiis decumitiûtn et variis aegritudinibus confectorùm tantam multitudinem civitati Genuensi se infudisse, ut eis alendis, vestiendis, curandis, regiis opibus et facultatibus opus foret. Eorùm itaque lum necessitatibus, tum infirmitalibus miserantem Jacobum sese et episcopium omnibus possessionibus, paucis exeeptis, exuisse easqueinusus hospitaliùm pià prodigalitate coutulisse. — Ughelli, l. c. sup. tome IV. col. dccclxxxviii, ex Bzovio. (2) Le père Touron,*p. 391 et 592.
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prière, édifiant les fidèles par l'éclat de ses vertus et ne les instruisant pas moins par ses prédications que par ses écrits, lorsqu'il mourut dans sa soixante-neuvième année. (1298.)
Qui croirait — après de tels actes et de tels témoignages historiques, — que desoi-disant critiques, en tête desquels on voit le janséniste Baillet, ont osé émettre des doutes sur les vertus et la sainteté de l'illustre archevêque de Gènes, et cela à cause du peu de cas, voire du mépris qu'ils faisaient delà Légende d'or? Gela n'est que trop vrai cependant et mérite d'être constaté et enregistré comme une des nombreuses aberrations de la prétendue critique, au dix-septième siècle.
Donc, Baillet remarque avec douleur que les Génois ont donné à leur archevêque le titre de bienheureux, et il ajoute que les Dominicains prétendent qull a été béatifié (1). « Nous ignorons , dit le père Touron, si le peuple ou l'église de Gênes a jamais donné ce glorieux titre à son pasteur; mais nous savons bien que M. Baillet attribue aux Dominicains des prétentions qu'ils n'ontjamais eues(2). »
Il est temps de parler des nombreux ouvrages dus à Jacques de Voragine ; nous ne pouvons, vu les bornes de cette étude, insister sur chacun d'eux en particulier, nous réservant d'apprécier particulièrement celui qui lui a valu à la fois tant de réputation et de discrédit, de louange et de blâme, pour ne pas dire davantage. Outre la version de toute la Bible, travail qui doit lui faire d'autant plus
(1) Les Vies des Saints, etc., tome 1, p. lu, note 2. — Discours sur l'histoire de la Vie des Saints, § xxxiii.
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d'honneur qu'il est le premier Italien qui ait entrepris de traduire les Livres Saints en sa langue, on lui attribue quelques volumes de sermons sur presque toutes sortes de sujets; une table de toutes les histoires contenues dans les Saintes-Ecritures, un livre sur les ouvrages de saint Augustin, où l'auteur fait également paraître et son fidèle attachement à la doctrine du grand docteur de la grâce et la profonde connaissance qu'il avait de toutes les beautés de ses écrits; un traité des louanges de la Vierge, contenant par ordre alphabétique un grand nombre de discours à l'honneur de la mère de Dieu; un traité de morale, ou la décision des cas de conscience, pour l'usage et la commodité des ecclésiastiques de son diocèse ; une chronique de la ville de Gênes, continuée jusqu'en l'année 1293; l'histoire des archevêques de Gênes, ses prédécesseurs; les actes du synode ou concile provincial tenu à Gênes en
Mais, de tous les ouvrages de Jacques de Voragine, le plus connu est son recueil des Vies des Saints, qu'il a intitulé Légende et auquel le public et les écrivains du treizième et du quatorzième siècles donnèrent le nom de Légende d'cr « à cause — dit Echard, — du très-grand fruit qu'avait produit ce livre (1), » fruit d'utilité et d'édification ainsi que d'instruction, comme nous le démontrerons tout à l'heure.
Pendant trois siècles cet ouvrage jouit d'une grande et juste estime; il fallut, au wf siècle, la révolution payenne, décorée du nom pompeux de Renaissance, et,
(l'i Nam quod notandum est, hoc epithetum libro suo non indideratauclor,... sed fructus maximus inde reportatus tribuerat. — Echard, tome I, p. 4o6.
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au xvii% le mouvement rétrograde et démolisseur du Jansénisme, pour que ce monument vénérable fût attaqué de toutes parts, jusqu'au jour où, vers la seconde moitié du xix'' siècle, justice lui a été de nouveau rendue et pour toujours.
La Légende d'or, le livre le plus souvent imprimé aux xv" et xvi* siècles, traduit dans toutes les langues connues, avait eu plus de cinquante éditions quand, dans la seconde moitié du xvi* siècle, elle devint l'objet d'attaques passionnées et aveugles, deux chosesinséparables, à toutes les époques. Un apostat fut le premier qui entreprît de dénigrer la Légende d'or; ce déserteur du catholicisme et du cloître, Jacques Lacopius , devenu protestant en 1566, écrivit avec beaucoup d'aigreur contre le livre de Jacques de Yoragine ; en rejetant ce qu'il qualifiait de fables, il fit aussi table rase de plusieurs vérités qui font partie de l'histoire ecclésiastique. Hâtons-nous de dire que revenu, par la suite, dans le giron du catholicisme, par une conversion qui lui mérita la couronne du martyre, — le 9 juillet 1572, en montant sur l'échafaud, il jeta lui-même son livre dans le feu (1).
Baillet, par un oubli peut-être... volontaire, n'a pas mentionné cet antagoniste de la Légende d'or; probablement l'épisode de la fin de cet adversaire de l'œuvre de Jacques de Voragine ne lui a pas semblé opportun à citer.
Launoy, le dénicheur de Saints comme il aimait à
(1) Lacopius,... cùm anno 1366 à Catholicis ad Protestantes defuisset, adversus Legendam auream tum sic vulgo dictam... libellum procaci stylo scripsit hoc titulo Drflorationes Lcgendae aureae : ipse tamen, miserescente Deo ad frugein reversas, fîdei catholicae pugil fortissimus factus, nonâ julii 1572, cum aliis
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s'entendre qualifier, rapporte (1) que Claude Despence, docteur de Paris dans le collège de Navarre, prêchant dans l'église de St-Merry, en 1343, déclama très-fortement contre la Légende d'or, qu'il appelait une légende ferrée de mensonges. Mais, peu de semaines après, par un ordre exprès de la faculté de théologie de Paris, il se rétracta publiquement. «Cela prouve, dit le P. Touron(2), qu'encore, vers le milieu du xvi* siècle, la Légende avait de grands défenseurs, même parmi les savants. »
Quant à Melchior Cano — que Dupin, Bailletot autres se sont plu à mettre au premier rang des censeurs de la Légende d'or, et qui mourut en 1360, — on a beaucoup exagéré ses expressions à l'égard de l'œuvre de Voragine (3), qu'il n'a pas nommée, se contentant de citer le fougueux Vives, espagnol, dont la modération dans la polémique n'était pas la vertu dominante.
Ace propos, Dupin, parlant de Jacques de Voragine, dit: « (4) Il est auteurde la Légende dorée,... dans laquelle il aramassé, sanscritique etsans discernement, quantité de
martyribus Gorcomensibus dictis gloriosam mortem passus est , ipsaque priusquam cruci appenderetur, impium suum liboUum in ignem conjecit. — Echard, tome I, p. 4o6.
(1) Regii Navarrae gymnasii Parisiensis historia, tome I, p. 297; etc. — Sur Lîiunoy Cs. nos Etudes sur quelques hagiologues du 18^ et du 17'' siècle, \). 20-25. {Versailles, 1862, broch. grand in-8, de vi-2o p.)
(3) De locis theol., libro II, cap. vi.
(4) Histoire des controverses et des matières ecclés. traitées dam le xm» siècle. (2° édit Paris, 1701, ia-8,) p. 292 et 293.
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faits la plupart fabuleux. Voici le jugement qu'en porte Melchior Cano: « Cette Légende, dit-il, a été écrite par « un homme qui avait la bouche de fer et le cœur de « plomb, et dont l'esprit n'était ni justeni prudent (1). On y « lit plutôt des monstres de miracles que de vrais mira- « clés... >;
Comme correctif à ces dures et souverainement injustes paroles, Dupin ajoute: « Si cet archevêque n'est pas estimable par ses écrits, on ne peut nier toutefois qu'il ne l'ait été par sa vie et par sa piété. Il était fort dévot et charitable envers les pauvres, auxquels il faisait distribuer presque tous les revenus de son archevêché, »
Voici comment le père Touron (2) répond aux prétendues critiques de Dupin: « Dans les premières paroles de M. Dupin, il me paraît qu'on peut reprendre deux choses: 1° que cet écrivain ait attribué à Melchior Cano des expressions très-dures, qui ne sont pas de lui, mais de Vives, auteur espagnol... Bien loin que Cano ait dit de la Légende et de son auteur ce que M. Dupin lui fait dire aussi expressément que s'il rapportait ses propres termes, il n'a nommé ni l'un ni l'autre dans l'irruption qu'il a faite avec tant de vivacité contre les fausses Vies des saints. Où est donc cette sincérité et cette exactitude dont nos critiques aiment tant à se faire honneur? N'est-ce pas tomber imprudemment dans le défaut qu'on condamne, dans le temps même qu'on se fait un mérite de le condamner?
« 2° Je blâme encore le peu d'attention de M. Dupin à distinguer les différents ouvrages de Jacques de Voragine
(11 Hanc (Legendam) homo scripsit ferrei oris, plumbei cordis, animi certe paruin severi et prudentis, (2) P. 399-602.
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OU sa facilité à les confondre tous dans la même censure. 11 aurait bien dû faire quelque exception, puisqu'il n'ignorait pas que sa version de la Bible avait mérité l'approbation des savants, même des derniers siècles...
« M. Baillet s'est montré encore moins équitable ou moins scrupuleux que M. Dupin. Si celui-ci a fait peu de cas des ouvrages de l'archevêque de Gênes, il n'a pas laissé de reconnaître que l'auteur était très-estimable parla pureté desavie,parsapiété, surtoutpar sa grande charité. Celuilà au contraire ne reconnaît ni vertu, ni probité, ni rien enfin de louable dans un prélat qui a mérité tant de louanges et par ses belles actions et par les services importants qu'il rendît à un grand peuple dans les temps les plus orageux et les plus difficiles. M. Baillet se met de mauvaise humeur contre BoUandus, qui avait tâché d'adoucir ou d'expliquer la censure trop forte de Vives... Surtout il ne pouvait souffrir les traits satyriques contre la personne d'un prélat, dont il admirait la sagesse et les vertus (1). Mais, dit M. Baillet (2), cest vouloir nous faire Juger de l'excellence du livre par la sainteté de l'auteur, milieu qu'il aurait peut-êtremieux fait de juger, cette prétendue sainteté par l'esprit qui règne dans son livre et qu'il
(i) Ludoncum Yivem semper maximi feci sed quod Legendae
illius auctori ita maledicit, ut virum sanctum et sapientem plumbei cordis, oris ferrei appellet. id sanè miror, in homiae praesertim gravi et moderato... fuerit Jacobus stylo minus compto. ut il kl erant tempera ; at erat non modo doclus et plus, sed prudentià, judicioque singulari, ut quàm probabilia essent quae scriberet, Vive Erasmoque meliùs potuerit judicare. — BoUandus, Acta Sanclorûin. tome I, p. xx.
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sera toujours difficile de prendre pour l'esprit de vérité, «.Il est d'abord permis de douter que M, Baillet ait jamais vu le livre contre lequel il prend tant de plaisir à déclamer. Nous avons déjà remarqué qu'il ne connaissait guère l'auteur; etily abien de l'apparence qu'il n'était pas mieux instruit de ses écrits. Ce qu'il y a de plus fâcheux pour lui, selon larétlexion du père Echard, c'est qu'après avoir tout blâmé, tout condamné sans exception dans la Légende, M. Baillet a tout loué et tout admiré dans les écrits d'une dame savante, dont l'ouvrage cependant renferme cette légende presque en entier (1). Tant il est vrai qu'avec beaucoup d'érudition, de droiture et d'amour de la vérité, on est encore capable de bien des méprises. Il est rare qu'un écrivain se tienne toujours dans un juste milieu pour distribuer le blâme et la louange avec une équité égale à sa liberté. Ou il loue avec complaisance, ou il condamne par humeur; tantôt adulateur, tantôt cri-
(1) Mirus semper mihi visus est Bailletus vir aliàs clarissimus, cum tanto aestu in Jacobum de Voragine stomachum effundit, et aliunde sanctimonialem Joannam Baptistam Boette ad astra extoUit. quae tamen totum Jacobi opus in suum convasavit, etc. — Echard tome 1, p. 456.
Voici en quels termes Baillet parle des Vies des Saints, écrites par la Révérende mère Jacqueline Boette de Blemur et publiées à Ityon, en 1689 (in-fol. 4 vol.) : « La Vie des Saints, de la R. M. Jeanne de Blemur, mérite d'être regardée avec d'autant plus de distinction, que ce n'est pas une version simple comme beaucoup d'autres. .. On en sera encore plus surpris, si l'on considère que le travail, quelque grand qu'il soit pour une fille, y est moindre que l'esprit et l'industrie qui règne dans cet ouvrage. » — Baillet,
p. LXXIX.
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tique outré, souvent par prévention, presque toujours avec excès...
« Nous souscrivons volontiers aux réflexions de Melchior Cano, et avec lui nous dirons qu'on ne doit point mettre parmi les gens de bien ceux qui imposent volontairement dans leurs écrits ou qui déguisent la vérité connue. Mais lorsque M. Baillet ajoute : Sur ce principe on ne devrait jamais songer à canoniser Jacques de Voragine ni Métaphraste dont les Grecs font tous les ans la fête au mois de novembre (1), nous répondons sans hésiter que cecritique se trompe ou qu'il prétend nous tromper. Non, les personnes sages ne reconnaîtront jamais dans le portrait d'un imposteur celui du célèbre archevêque de Gênes... Mais vouloir lui faire un crime de ses méprises, ce serait établir un(; règle sur laquelle M. Baillet ne voudrait point être jugé. Il serait à souhaiter que cet auteur eût fait quelque attention à ces paroles de Gano, qu'il avait sous les yeux : « Je tais les noms, parce qu'il ne s'agit ici que de « juger des mœurs et non pas seulement d'érudition, en « quoi la censure peut être plus libre. Car, pour ce qui est « des mœurs, la règle doit être la prudence à l'égard des « vivants et le respect pour les morts (2). »
Pour en revenir au méticuleux et trop sévère Baillet, les continuateurs de BoUandus l'accusent souvent d'avoir
(1) P. Lin, note 2.
(2) Nominibus parco, quoniam bujus loci judicium morum etiam est, et non eruditionis tantum, in quâ liberior potest esse censura. Nam quae morûm est bœ(\,debet profecto esse, et in vivos cautior et in mortuos reverentior. — Lib. II, cap. vi.
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lui-même adoptédes fableset copiédesrécitsfabuleux(l).
Jusqu'ici nous avons laissé la parole aux adversaires de l'œuvre de Jacques de Voragineetabandonné sa défense à l'historiographe de son ordre, au siècle dernier. La défense est modérée, simple et de bon goût, mais pas assez concluante à notre gré, à nous, hommes d'un siècle qui comprenons le vrai, l'irrécusable mérite de la Légende d'or.
Voici en quels termes catégoriques et explicites Bollandus, le chef et le patron des Acta Sanctorum, homme compétent s'il en fût dans la question, apprécie l'œuvre de l'archevêque de Gênes et la défend contre Wicelius, Vives et autres soi-disant critiques, esprits chagrins à la suite :
« Où donc trouvez-vous, bon Wicelius (2), que Jacques « cherche à faire de la mythologie?.. Qu'il ait suivi d'an- « ciens documents, je n'en saurais douter; je trouve « môme que la majeure partie de ses histoires s'accorde « avec les pièces antiques et originales. Je ne les ai pas « débrouillées toutes, etdu moins où j'ai trouvé la source, « je ne regarde pas comme une nécessité d'en suivre tous
(1) Non tàm facile ignoscimus Adriano Bailleto, qui vix synchronis sancti Dorainici biographis fidera adhibet, ut initio hujus commentarii dixirau's, et intarim in gallica ejusdem sancti vita, n" 3. bas recentiorûm fabulas adoptai. Unde Echardus intempestiorem illum hypercriticum, qui saepe de certis sanctorum gestis ac miraculis ob levés conjecturas dubitat... sic jure meritocorrigit, etc. — Bollandus, tome I d'août, p. 390, n" 172 ; p. 392, n» 182, et p. 393, n° 184. Sur Baillet, Cs. nos Etudes sur quelques Hagiologues du /S® it du 17^ siècles, p. 5-17.
(2) Hagiologium. seu historia de Sanctis. (Mayencc, 1341, infol.)