‹ Erreurs et mensonges historiquesChapitre 15 sur 18 · l'homme au masque de fer · texte numérisé non relu

l'homme au masque de fer

tille le médecin et le valet de chambre de Fouquet (Pecqiiet et Lavallée), de peur quêtant en. liberté^ ils ne donnassent avis de sa part à, ses parents et à ses amis pour sa délivronce (1).

Ce fut Louis XTV qui signa V Instruction remise à Saint- Mars, laquelle n'eût pas été plus sévère pour le Masque de fer; cette instruction défend « que Fouquet ait communication avec qui que ce soit, de vive voix ni par écrit, et qu'il soit visité de personne, ni qu'il sorte de son apparlement pour quelque cause ou sous quelque prétexte que ce puisse être, pas même pour se promener; » elle refuse des plumes, de l'encre et du papier à Fouquet, mais elle permet que Saint-Mars «lui fasse fournir des livres , observant néanmoins de ne lui en donner qu'un à la fois, et de prendre soigneusement garde, en retirant ceux qu'il aura eus en sa disposition, s'il ni/ a rien décrit ou de marciué dedans; » elle charge Saint-Mars d'acheter les habits et le linge dont le prisonnier aura besoin, et de lui donner un valet, qui sera pareillement privé de toute communication^ et n'aura non plus de liberté de sortir que ledit Fouquet; elle charge aussi Saint-Mars de lui donner un confesseur lorsqu'il voudra se confesser, « en observant néanmoins de n'avertir ledit confesseur qu'un moment avant qu'il doive entendre ledit Fouquet, et de ne pas lui donner la même personne pour le confesser; » elle recommande à Saint- Mars de te7îir Sa Majesté avertie de temps en temps de ce que fera le prisonnier.

Nous abrégeons le détail des mille précautions prises à l'égard de Fouquet et de sa parfaite séquestration : les

(1) Tome XIH des Défenses de M. Fonquei.

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lettres de Louvois à Saint -Mars sont nombreuses, .,t toutes tendent à rendre de plus en plus secrète la captivité de Fouquet.

A la fin de 1672, la prison du surintendant commença de s'adoucir; on lui rendit une lettre de sa femme avec permission d'y répondre en présence de Saint-Mars ; dès lors, d'autres lettres de M°"' Fouquet lui parvinrent de même par l'entremise de Louvois, qui faisait examiner et visiter ces lettres soimiises à des analyses chimiques pour qu'on n'y pût cacher quelque écriture faite avec une encre invisible. Mais, nonobstant des adoucissements progressifs dans la captivité de Fouquet, la surveillance de Saint-Mars était aussi active.

IL L'anecdote de l'assiette d'argent trouvée par le pécheur desîk's Sainte-Marguerite estrapportéed'une autre manière dans le Voyage en Provence^ par le Père Papon, qui la tenait d'un vieil officier, dont le père avait été attaché à.la garde du Masque de fer. Selon cet officier, ce ne serait pas une assiette, mais une chemise très-fine sur laquelle le prisonnier aurait écrit d'un bout à l'autre: un frater vit cette cbeniise tomber dans la mer et l'apporta dépliée à M. de Saint-Mars. L'origine de cette anecdote, dont la conclusion terrible est très-discutable, nous paraît exister dans les passages de deiix lettres de Louvois à Saint-Mars : « Votre lettre rh'â été rendue avec le nouveau mouchoir sur lequel il y a de l'écriture de M. Fouquet (1). — Vous pouvez lui déclarer que s'il emploie encore son linge de table à f;tire du papier, il ne doit pas être surpris si vous ne lui en donnez plus (2). »

(1) IS décembre 1C65.

(2) 21 novembre 1CC7.

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Fouquet mettait de l'écriture partout, même sur ses rubans et la doublure de ses habits (1).

Quant aux égards que Louvois montrait pour le Masque de fer, en se découvrant devant lui, on peut penser que ce ministre eût accordé des marques de déférence au malheur et à la vieillesse, s'il se rencontra jamais avec . Fouquet dans un de ces voyages rapides et mystérieux qu'il faisait souvent (S'. Louvois, dans ses lettres à Saint- Mars, ne s'exprime jamais qu'avec beaucoup de politi sse en parlant de Fouquet : « Je vous prie, écrit-il le 26 décembre 1677, de faire à M. Fouquet un remerciement de ma part sur toutes ses honnêtetés. » Les beaux habits, le linge fin, et tout ce qu'on prodiguait au prisonnier masqué pour lui rendre la vie plus douce, n'étaient pas non plus refusés à Fouquet : l'ameublement de sa seconde chambre à Pignerol coûta plus de 1200 livres (3) ; les habits et le linge que Saint-Mars lui fournit en treize mois coûta d'une part, 1042 livres, et del'autre, 1646 livres (4); Fouquet avait des flambeaux d'argent dont il fit faire des assiettes et une salière (5), on renouvela plusieurs fois ses tapis pendant seize ans de prison; il avait par an deux habits neufs, l'un d'hiver et l'autre d'été, etc.

On pourrait encore appliquer à Fouquet une partie de ce que la tradition nous fait connaître de la taiUe, de l'air majestueux, de la voix intéressante et de l'espvit orné du prisonnier masqué. Fouquet n'était pas beau de

(1) Lettre de Louvois, du 1 4 février 1667.

(2) Voyez le 'Mercure galant, de mai 1680.

(3) Lettre de Louvois, 20 février 1(165.

(4) Lettres de Louvois, 12 décembre 1605 et 22 février 1666.

(5) Lettre de LouTois, 7 août 1665.

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visage, il est vrai : mais l'abbé de Choisy, dans ses Mémoi/^es, nous le montre « savant dans le droit, et même dans les belles-lettres ; sa conversation légère, ses manières aisées et agréables ; répondant toujours des choses agréables. » Ses portraits lui donnent une figure spirituelle, un regard fier, une superbe chevelure : en un mot, sa bourse, comme on l'a très-bien dit, n'était pas le seul aimant qui lui gagnât les cœurs , puisque M"® de Sévigné l'aimait assez pour en faire un ami (!}.

m. Il est certain qu'avant l'année 1680, Sainl-Mars ne gardait à Pignerol que deux prisonniers importants, — Fouquet et Lauzun; cependant, V ancien prisonnier qti'ii avait à Pignerol, suivant les termes du journal de M. Dujunca, dut se trouver dans cette forteresse avant la fin d'août 1681 , époque du passage de Saint-Mars au fort d'Exilés, où le roi l'envoyait en qualité de gouverneur, pour le récompenser de son zèle dans la garde de Fouquet. C'est donc dans l'intervalle du 23 mars 1680, date supposée de la mort de Fouquet, au l^"" septembre 1681 , que le Masque de fer parut à Pignerol, d'où Saint-Mars n'emmena que deux prisonniers à Exiles ; or, l'un de ces priëonniersfut probablement l'homme au Masque; le second, qui ne nous est pas connu, était mort en 1687, imisque Saint-Mars, qui eut cette année-là le gouvernement des îles Sainte-Marguerite, ne conduisit qu'un seul prisonnier dans cette nouvelle prison.

IV. La correspondance de Louvois avec Saint-Mars fait mention, il est vrai, de la mort de Fouquet, que lui aurait annoncée une lettre de Saint-Mars, éurilc le 23 mars 1680-, celle correspondanct', dalce des 8, 9 cl 29

(l) Voir ses Lettres, iiassiia.

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avril, répète plusieurs fois, feu M. Fouquet, en ordonnant de remettre le corps du défunt aux gens de M""" Fouquet, et de transférer Lauzun dans la chambre mortuaire meublée et tapissée à neuf; mais il est remarquable que, dans les lettres postérieures, Louvois dise comme à l'ordinaire, M, Fouquet, sans faire précéder ce nom de la qualification de /eu, qu'il employait auparavant. Les contradictions des contemporains au sujet de la mort de Fouquet ne sont pas moins extraordinaires que celle des dates; et l'absence, presque complète, de pièces y relatives, laisse beaucoup à présumer. « Conçoit-on, par exemple, que Louvois n'accuse réception de la lettre d'avis de Saint -Mars que le 3 avril, tandis que la Gazette de France du 6 publiait cette nouvelle (1 ; et que M"® de Sévignéla savait cinqjours auparavant (2]. Le courrier portant les dépêches du ministre serait donc resté plus de quatorze jours en chemin, et la poste de Pignerol aurait fait la même route en moins de huit jours?... Comment expliquer le silence du Mercure galant sur cette mort d'un personnage célèbre, quand on trouve dans ce journal, le fidèle relevé des décès principaux de chaque mois? Étrange mort que celle-ci, qui eut lieu à Pignerol le 23 mars, et qui était sue le 25 à Pari» !

« Quoi! pas un acte authentique pour constater la mort d'un homme qui a fait autant de bruit par sa disgrâce que par sa fortune, pour imposer silence aux soupçons toujours prêts à chercher un crime dans une mort entourée du mystère de la prison d'État, pour forcer l'histoire à enregistrer le terme de cette grande et illustre captivité!

(1) Dans son numéro 28.

(2) Voyez une lettre de Bus.y-Iîabutin, à M"'- Je M***, en c];ite du 25 mars 1680.

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Ilien (in'uRç df^pêche, presque énigniatiquc, du minislrc de la guerre; rien que la nf^iitution d'un cadavre dans un cercueil ; rien que l'exl rui t d'un obituaire de couvent constatant Tinhumation un «n après (1)! »

Le 9 avril 1680, Louvois «^crlt de Saint-Germain à Saint-Mars : «Le roi me commande de vous faire savoir que Sa Majesté trouve bon quo vous fassiez remettre aux gens de M"*" Fouquet le corps de feu son mari, pour le faire transporter où bon lui semblera. » Cependant ce ne fut qu'un an plus lard que le corps, transporté à Paris, fut inhumé le 28 mars 1681, en l'église du couvent des filles de la Visitation Sainte-Marie, dans la chapelle de S.'îinl-François-de-Sales où François Fuuquet, père du surintendant, reposait sousles marches de l'autel depuis quarante ans. François Fouquetavait une fastueuse épilaphcqui énumérait ses titres et ses vertus; maisNicolas, son fils, n'eut pas môme son nom gravé sur une lame de cuivre, dans un temps où l'Académie des inscriptions et des médailles secondait la sculpture pour immortaliser les tombeaux.

La mort de Fouquet n'était pas avérée de son temps, surtout pour ses amis, puisque La Fontaine, qui avait eu des accents si douloureux pour gémir sur la chute û'Oronte, ne donne pas un vers de regret à son Mécène ; puisque Gourville, qui fut en correspondance avec son ami Fouquet jusqu'au dernier moment, ne mentionne ni le temps, ni le lieu de sa mort dans ses Mémoù'es; puisque enfin la famille de Fouquet elle même était incertaine du sort de cet infortuné.

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