Franklin : Hygiène ^ appendice, p. 21 à
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leur intestin : elles y tenaient cercle de conversalion. Le duc de Vendôme y déjeunait et recevait des ambassadeurs.
Les cabinets d'aisance appartenaient à cette époque barbare du moyen âge oii les gens n'avaient pas honte d'aller prendre des bains. Et quelle délicatesse dans la distribution de ces édicules; en maint endroit chaque personne avait son siège de latrines. Il eut été considéré comme très malséant que l'un s'assît à la place d'un autre. Des cloisons de bois séparaient les compartiments. La pudeur se retirait indemne; l'épreuve n'avait point fait monter le rouge au front des natures innocentes. D'autant qu'il y avait le quartier des hommes et celui des femmes ; la séparation des sexes existait dans les grandes agglomérations. A l'Abbaye de Cluny, au XI® siècle, trente sièges de latrines étaient affectés au côté des hommes, dix sièges recevaient la visite des femmes. Les commissions échevinales imposaient la construction des latrines privées (Dijon, 1451) et se mettaient en œuvre pour offrir des latrines publiques « à l'aisement des habitants » (Dijon, 1414, Amiens, 1427). Dans les appartements, les cabinets d'aisance, adossés aux chambres à coucher, alignaient la multiplicité variable de leurs sièges, suspendus sur le vide, parfois au-dessus d'un cours d'eau. Des puits perdus, des fosses maçonnées, qu'on vidait de temps à autre, s'ouvraient au bas des édicules, disposés sur une
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des ailes de l'habitation. C'est par cet orifice hygiénique que pénétrèrent, au xiii^ siècle, les soldats de Philippe-Auguste. Ils assiégeaient le Château Gaillard des Andélys, qui appartenait à Bichard- Gœur-de-Lion. Un tel souvenir dut plus d'une fois émouvoir les représentants des générations ultérieures qui vinrent exercer leurs efforts sur l'ouverture de ces sièges à surprises; la posture était mal choisie pour assurer l'usage défensifdes bras. Aussi les architectes prirent-ils leurs précautions. Les latrines de l'abbaye de Monbuisson ^ (xiii^ siècle), les latrines publiques d'Amiens (1427), édifiées en travers du cours d'eau le Merderon, reposaient sur une arche, garnie d'une herse. Il n'y avait plus moyen de pénétrer.
Le nettoyage des fosses était assuré par des conduites d'eau, dès le xiii^ siècle (Castel del Monte, Fouille) et le xiv^ (Saint-Martial de Limoges). Les établissements publics opéraient la désinfection à l'aide de cendres. En 1434, l'hôpital de Nîmes s'en approvisionna de nombreux sacs qu'il vida dans les fosses. Les immondices étaient jetées à la rivière ou charriées à des dépotoirs assignés par des règlements de voirie.
Les personnages de distinction en voyage n'emportaient pas seulement avec eux leur baignoire ; leurs bagages renfermaient le meuble hygiénique
l.CSimi\\eEn\a.i% Architecture civile et 7nilitaire,A\î. Picard et G'% t. II, p. 96.
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indispensable : la chalère aisée, comme on l'appelait. Ce n'était pas un accessoire sans importance; modeste d'aspect, sous le feutrage de drap bleu que Louis XI avait peut-être commandé à son tailleur de la rue du Figuier (on voit encore la demeure du tailleur, au n*" 3) % ce meuble se garnissait de velours rehaussé d'or, avec Charlotte d'Albret (1314) et, à l'époque du gothique flamboyant, se laissait surmonter d'un dais finement sculpté (duc et duchesse de Lorraine, Elisabeth, fille de Henri II).
Ces incursions dans le passé revêtent plus qu'un intérêt historique. Elles nous font toucher du doigt l'erreur d'aspect sous lequel nous apparaît le moyen âge. Ce n'est pas là un des moindres étonnements qui atteignent l'homme dans sa maturité : quand la curiosité le prend d'ouvrir les livres d'archéologie ou d'histoire, trop compacts pour figurer dans les programmes scolaires, il s'aperçoit que toute son instruction de jeunesse a été faussée par vice d'ignorance ou esprit de p arti.
Au moins tâchons-nous, à l'aide de documents incontestables, de rétablir la vérité sur l'hygiène de ces temps méconnus. Si tout n'était pas parfait, le tort en revenait moins aux autorités dont la vigilance était hors de cause, qu'aux habitants
1, Aux curieux nous recommandons le livre du Marquis de Rochegude : Guide ■pratique à travers le vieux Paris. Hachette^ édit., 1907.