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toujours insouciants dès que leurs intérêts visibles ne sont point en jeu.
Mesures d'édilité au moyen âge.
La vie du moyen âge est enfermée pour nos contemporains dans une sorte de mépris traditionnel qui s'inspire de données historiques fausses. L'hygiène, nous venons de la voir, n'était pas si maltraitée qu'il semble. Sans doute, la perfection était loin d'être atteinte; mais les bonnes volontés se faisaient jour et chacun s'y employait de son mieux.
Les règlements de l'édiHté étaient assurés, dès le XII® siècle. En 1184, Phihppe-Auguste avait forcé les bourgeois à paver les principales voies de la ville et le système deségouts (la rive gauche utilisait encore les égouts romains) fut complètement restauré à la même époque. Ajoutons toutefois que nombre d'égouts restèrent d'abord à ciel ouvert; Hugues Aubriot, prévôt de Charles V, dont les vandales viennent de démolir le bel hôtel dans l'impasse Charlemagne, avait entrepris de voûter tous les égouts de la ville; mais cette œuvre ne se poursuivit que lentement.
La propreté des rues devait être observée. En 1240, les capitouls de Toulouse enjoignaient aux habitants d'assurer l'écoulement des eaux devant leurs maisons et faisaient défense délaisser couler h la rue d'autres eaux que celles de la pluie.
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Les abattoirs (escorcherie, tuerie) étaient installés à la limite des villes. La ville d'Amiens avait le sien dès 1282; à Nîmes, on réparait, en 1501, l'abattoir aux bœufs; Paris, à la fin duxvi^ siècle, avait deux escorcheries, l'une aux Tuileries, l'autre aux Halles. Il est vrai que cette dernière, se vidant dans un égout découvert, ne laissait pas d'impressionner désagréablement la muqueuse olfactive des voisins K
Il ne faudrait pas croire que la sensibilité nasale de nos pères s'accoutumât sans protestation à ces émanations indiscrètes. A cet égard, nous possédons une protestation des échevins d'Amiens qui ne manque pas de piquant. Elle est datée du 11 janvier 1462. Commençons par avouer que la ville d'Amiens était des plus malpropres : la rivière servait d'égout collecteur et les immondices dont elle regorgeait n'étaient plus entraînées par les eaux. (( Des ordures et choses puantes et abominables étaient en plus chacun jour et chacune nuit gettées dans les ruelles » où nul n'eût osé s'aventurer sans crainte de prendre mal. Pourquoi une telle infection? Les autres villes du Nord, Tournai, Valenciennes, Lille, Saint-Omer-, avaient un service de voirie bien ordonné; le balayage des
•1. C. Enlart, Arcliiteclure civile et militaire, t. Il, p. 257. A. Picard et fils, 1904.
2. Pour la ville de Saint-Omer, il semble toutefois que les règlements de voirie étaient bien mal exécutés, puisque les archives locales déplorent la saleté des rues.
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rues y était assuré depuis longtemps. Du coup, les échevins d'Amiens prirent des résolutions décisives. Ils remarquèrent que (( c'était chose layde et déshonneste de tenir pourceaux parmi une telle et si notable ville ». La ville d'Amiens n'est-elle pas aussi bien ville et cité honorable comme les autres. » Il convient donc, à l'exemple de ces cités, qu'elle se munisse de ramoneurs des rues. Ceux-ci entrèrent en fonctions aussitôt et ils allèrent habiter un hôtel, belle maison de bois qui subsiste encore.
La ville de Dijon n'avait pas attendu si longtemps; dès le commencement du xv^ siècle, six compagnons conduisant autant de tonneaux enlevaient le samedi les immondices de la rue ; en 1449, injonction fut faite à chaque habitant d'avoir à tenir nette la portion de la rue contiguë à son hôtel. A Agen, en 1548, on condamnait un marchand qui avait laissé son bois sur la voie publique; un propriétaire qui n'avait pas curé son fossé subit le môme sort. A Paris, les choses allaient moins bien. Les frais d'enlèvement et le charroi des immondices étaient laissés à la charge des particuliers. C'était une raison pour qu'ils s'en acquittassent fort mal. Les règlements existaient, mais fort mal appliqués. C'étaient surtout aux porcs vaguant dans les rues et aux chiens qu'étaient confiés les soins du nettoyage urbain. Dans les villes de province, 1 edilité était plus forte et plus
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indépendante que dans la capitale : les échevins commandaient; il n'était pas bon de se mettre en travers de leurs décisions. Paris a toujours été frondeur vis-a-vis de l'autorité. Au moyen âge, il manifestait son tempérament de révolté en éludant les règlements de la voirie.
Quant à l'éclairage des rues, il était bien en retard. Avant le xvi® siècle, on n'entretenait guère de flambeaux ardents ou de lanternes qu'en cas « d'effroi ». Telles les luttes des Armagnacs et des Bourguignons, ou encore les troubles, sous Louis XI, causés par la Ligue du Bien Public. A ces périodes, l'éclairage devenait obligatoire aux carrefours des rues et même aux fenêtres des maisons. En temps ordinaire, le passant égaré n'avait guère, pour se guider, que les lanternes placées devant les images saintes, ou encore les secours du guet qui avançait, dès 1363, avec accompagnement de falots et de lanternes.
Personne ne sortant le soir, les agressions étaient plutôt rares. Et puis les voleurs n'avaient pas, comme aujourd'hui, la complicité bienveillante des becs de gaz ou de la lumière électrique. Apercevant leur victime à distance, ils peuvent mieux préparer leur coup. Cette faculté ne leur était pas octroyée, dans nos rues sombres du moyen âge, oii Ton ne voyait pas à deux pas.
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Mesures d'assistance publique au moyen âge.
Au xiii^ siècle, on comptait deux mille léproseries dans les États du roi de France ^ . Pour une quinzaine de millions d'habitants, ce n'était pas mal. Les lépreux, au moyen âge, semblaient rivaliser de nombre avec les tuberculeux d'aujourd'hui. Où sont les hôpitaux de tuberculeux? Et quel martyre que celui de ces pauvres diables, chassés d'hôpital en hôpital et, faute de place, renvoyés chez eux, oii ils apportent pour les leurs une charge et perpétuent un danger. L'émulation de soulager les misères inspirait, il y a six cents ans, autrement d'initiatives. On faisait moins de discours, mais les hospices pour aveugles (Quinze- Vingts, 1254), pour boiteux, vieillards indigents, femmes en couches, s'élevaient de toutes parts. Chaque confrérie voulut posséder ses maisons de refuge, ses hospices; il n'y avait de malheureux qui n'inspirât compassion et ne trouvât secours. A la iin du xiii^ siècle, Paris ouvrait aux malades les portes de douze hôpitaux, sans compter ceux des paroisses et des communautés religieuses -. Sans
1. Léon Château, Histoire et caractères de Varckitectare en France, Paris, 1864, p. 333.
2. Alexandre Monnier, Histoire de VAssistance publique, Paris, Guillaumin, édit. 1857, p. 237.
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doute, et en dépit de la valeur architecturale du bâtiment hospitalier (Angers, Chartres, Caen, Beaune, Tonnerre, etc.), tout n'était pas pour le mieux dans l'aménagement intérieur ; on couchait à plusieurs dans le même lit. Pareille coutume ne doit pas nous aveugler sur l'inspiration primordiale. Dans toute œuvre d'assistance interviennent deux facteurs : les mœurs de l'époque, le sentiment qui guide la volonté de bien faire. Au xuf siècle, les mœurs étaient plus rudes et le sentiment plus énergique. L'esprit de sacrifice animait tous les efforts. Allez demander à nos directeurs de l'Assistance publique moderne où ils placent ce sentiment d'un autre âge. Remontons plus haut. Oii découvrirons-nous l'abnégation et le vœu d'immoler son bien-être à un intérêt collectif? Rien de plus erroné que de croire à l'efficacité des mesures administratives. Sans une force morale, toute prête à compter pour rien l'intérêt individuel, le souffle manque aux grandes entreprises. On émettra des projets de loi, les règlements se multipheront, des nuées de fonctionnaires s'abattront dans les moindres bourgades. En fin de compte, le résultat sera mince. Les complications de mécanisme n'assurent iamais un meilleur rendement de la machine. Ce qui importe, c'est la force du moteur. En matière sociale, le seul moteur efficace est l'esprit de sacrifice.
Saint Louis passa sa vie à soulager les pauvres.
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Outre l'hospice des Quinze- Vingts, il établit des hôpitaux à Fontainebleau, Pontoise, Compiègne, Yernon, combla de ses dons l'Hôtel-Dieu de Paris, y fit élever des salles spacieuses. Suivant une coutume ancienne, les rois de France, au temps du carême, faisaient distribuer des aumônes aux hospices, aux maladreries, aux monastères. Ces aumônes consistaient en « 2.110 livres parisis, 63 muids de blé et 68.000 harengs. » A cette mesure librement suivie, saint Louis imprima un caractère indélébile et sacré pour ses successeurs ; il régla les aumônes royales par des lettres patentes qu'il délivra, en 1260, au gouverneur et aux frères de l'Hôtel-Dieu, avec ordre de les mettre sous les yeux des princes qui manqueraient à l'accomplissement de sa religieuse volonté*. Dans son testament écrit en 1269, le grand roi avait inscrit une série de legs pour huit cents léproseries différentes et deux cents Hôtels-Dieu. Les filles pauvres n'étaient point oubliées; une certaine somme leur était remise à titre de don ; les malheureux sans vêtements recevaient de quoi acheter hures et chaussures, les étudiants qui ne pouvaient subvenir aux frais de leurs études, voyaient un agent du roi déposer sur leur table une bourse garnie de pièces d'or.
Le prodigieux essor qu'avait pris la construc-