Manoet, Traité de la peste, Genève
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raient la désinfection. Une surveillance vigilante gardait les portes de la ville : personne qui pénétrât sans Olre muni d'un certificat de santé.
Fixons les idées à l'aide d'un exemple : l'histoire d'une épidémie au temps passé. Choisissons une ville du Jura; elle nous permettra d'établir par comparaison comment les mesures préservatrices contre une épidémie étaient comprises d'une part, il y a une quinzaine d'années, et de l'autre dans les commencements du xvii^ siècle. Du jugement porté sur les deux époques, il ne ressort pas la supériorité évidente du temps présent.
Les habitants de cette ville vers l'année 1900, avaient Fhonneur de posséder pour maire un ancien acrobate. Ce magistrat municipal, pour débarrasser la ville d'une épidémie de fièvre typhoïde, n'avait rien trouvé de mieux que de cacher à ses administrés la cause même du mal : la contamination des eaux de boisson. Quand une analyse concluant à la mauvaise qualité des eaux lui était retournée de Paris, il mettait cette analyse en poche, négligeant d'en informer la population. Une telle conduite ne pouvait manquer de hisser son homme au faîte des honneurs. Il est aujourd'hui un très gros fonctionnaire.
Au xvm^ siècle, la môme ville étant affligée par la peste, les échevins prirent des mesures énergiques. Ayant simplement fait leur devoir, l'histoire ne rapporte pas si l'administration supérieure les
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récompensa de leur zèle. En ce temps, chacun trouvait naturel de se dévouer à ses fonctions, J les passions populaires n'étaient pas flattées dans ^ un but d'intérêt électoral. Les décisions prises Tétaient en vue de l'utilité publique. Et tout le monde s'inclinait.
La nature des arrêtés s'inspirait d'une double j obligation : 1^ l'isolement; 2" la désinfection.
On ne badinait pas sur le premier chapitre. Dès Tannée 1623, les habitants étaient fort préoccupés du fléau qui menaçait des localités dans le haut Jura. Le 17 mai, un habitant, Sébastien Charnage, dut rester enfermé pendant plusieurs semaines dans sa maison, parce qu'il avait eu une conversation avec Catherin Charnage, son frère, curé de la Rixouse, paroisse infectée de la peste \ Quelques jours plus tard, le premier cas se déclarait à Tasile des pèlerins de la ville. Le chirurgien Humbert Marchand, qui avait vu le* malade, fut, comme Sébastien Charnage, contraint de demeurer chez lui, sous peine d'être privé d( son droit de bourgeoisie et puni de fortes amendes, Des cabanes furent construites en dehors de h ville où Ton transporta, non pas seulement les m"a^ lades, mais jusqu'aux sujets suspects de contagion, Un arrêt du 8 juillet, édicté par le Parlement d( Dole, décréta les châtiments les plus sévères,
1. P. Benoit, Histoire de V Abbaye et de la Terre de Sainle\ Claude, t. II, Imprimerie de Montreuil-sur-Mer, 1802, p. 416.
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compris la peine de mort, contre les réfractaires qui feraient mine de s'échapper.
Des vivres étaient apportés de la ville. Les conducteurs déchargeaient leurs provisions aune certaine distance des cabanes; les sujets valides, mais claustrés, les transportaient aussitôt à leurs domiciles respectifs.
La désinfection des locaux s'opérait avec des soins méticuleux. Le premier jour, la rue restant barrée à la circulation, les fenêtres étaient ouvertes ; on allumait un feu de genévrier et de romarin pour en « chasser Tair le plus grossier ». Deux clercs après avoir dressé l'inventaire de tous les objets faisaient porter à une buanderie hors ville, les linges, draps, couvertures, vêtements, enfouis sous des bâches de cuir; les planchers, les plafonds, meubles, réduits obscurs, etc., étaient lavés à l'eau de lessive ou à l'eau vinaigrée.
Ce premier nettoyage n'était qu'un prélude. Après les laveurs, apparaissaient les fumigateurs. Quatre séries d'opérations composaient leur besogne. Le premier matin, toutes issues closes, ils brûlaient du foin arrosé de vinaigre. Il s'en dégageait une fumée acre et violente qui purifiait l'appartement, jusqu'au soir à l'ouverture des fenêtres. Le second matin, nouvelle fumigation de Sabine, romarin, genièvre et lavande. Le troisième jour, usage de substances plus énergiques : soufre, composés mercuriels et arsenicaux qui étaient
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projetés sur une plaque de fer rouge. Le quatrième matin, dernière fumigation; les baies de genièvre, Fencens, la myrrhe, le benjoin en faisaient les frais. C'était le parfum doux terminal.
L'épidémie se prolongea quatre mois, faisant environ sept cents victimes. Les secours en blé et provisions de bouche furent assurés à la population pauvre pendant tout ce temps et des prières publiques célébrées en grande pompe à la fin de Tannée se terminèrent par un pèlerinage à Notre- Dame de Gray, où furent dépêchés des députés de la ville à raison de deux par chaque rue.
Les années suivantes, quelques cas de peste s'étant reproduits aux environs, défense fut faite aux bourgeois et habitants de s'absenter pour un jour de la ville sans avertir les échevins « du lieu où ils vont en voyage et sans apporter une attestation de leur gîte ». En dépit de ces précautions, de nouveaux malades s'alitaient, moins nombreux il est vrai, mais au désespoir des autorités dont la vigilance ne fut jamais trouvée en défaut.
Tout cela remonte à près de trois siècles. La France date de 89, c'est entendu. Les mesures d'hygiène étaient inconnues de nos pères; on enseigne cette erreur avec beaucoup d'autres, dans nos écoles.
Peut-être serait-il plus exact d'apprendre aux enfants qu'il a fallu attendre la fin du xix'' et le commencement du xx® siècle pour voir certains
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inagistraU municipaux duper des populations en leur laissant ignorer un danger public ou en négligeant de prendre les précautions indispensables que réclamait la santé de leurs administrés. D'autant que pareille incurie municipale ne traduit pas une faute isolée. Lors de la protestation que nous avons émise à ce sujet à l'Académie de médecine^ M. Brouardel est venu, il y a quelques années, apporter plusieurs faits conlirmatifs empruntés à d'autres villes.
Jamais une sanction pénale, voire la moindre réprimande n'ont rappelé ces singuliers magistrats à leur devoir. Un maire sans scrupules est sûr de toutes les impunités pourvu qu'en matière politique, il défende des idées chères au gouvernement.
Superstitions au XVI' siècle.
Nos idées sur le xvi^ siècle sont altérées par une vision légendaire des événements. La Réforme ne fut nullement un effort de rationalisme. L'illuminisme et la passion exaltèrent seuls Luther et ses successeurs ^ Avant l'année loOO, Léonard de Yinci, très orthodoxe en matière spiritualiste, défendait la supériorité de la méthode expérimentale. « Dans l'étude de la nature, disait-il, il faut
1. De Tinutilité de la Réforme protestante, par Peladan. Mercure de France, 16 septembre 1908.
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commencer par l'expérience et par elle découvrir la loi ^ » Un des effets du protestantisme fut non point ce retour à l'étude de la Nature, mais une invasion des arts occultes et de ce satanisme magique qui fleurit avec les procès de sorcellerie à la fin du XVI® siècle-.
Certains sujets n'enfoncent pas dans Feau. Cette particularité singulière a pendant des siècles ému l'imagination de nos pères. Là encore le moyen âge avait vu clair contre le protestantisme qui rétablit l'erreur. Les modernes ont repris le problème au point de vue physiologique. Il y a quelques années, M. Ferrier ^ attribuait cette singularité à une diminution du poids spécifique ; une déminéralisation du tissu osseux serait cause du phénomène. Admettons l'interprétation. La conclusion thérapeutique aboutit à la prescription de sels de chaux. C'est là une application nouvelle de la reminéralisation des tissus. On voit d'ici l'effarement du cHent à la question du médecin : « Pardon, Monsieur, surnagez-vous dans l'eau »? Le malheureux n'y a jamais pris garde. Il ira se baigner et après expérience faite reviendra auprès du médecin. « Oui, docteur, je surnage ».