Gapdebon, La France mécL, 25 juin 190o
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sans autre forme de procès. Le chef des Manichéens en 1114, fut jeté dans une cuve, à litre do renseigner le peuple sur son degré d'orthodoxie. Il y surnagea comme du bois le plus léger. La preuve était péremptoire. Sans attendre le jugement du concile de Beauvais, le peuple brûla tous les hérétiques.
Les abus devinrent tels que l'Eglise dut s'en mêler. En 1215, le concile de Lalran défendit aux ecclésiastiques d'accorder leur créance à une semblable épreuve. Que les corps surnageassent ou non, la chose importait peu en vue de la damnation éternelle ou du salut.
Mais voici la Réforme; avec elle toutes ces questions de diablerie se mettent à passionner de plus belle.
Elles s'épanouissent en Allemagne et très vite passent la frontière de France. Seulement notre pays se montre plus humain. On se contente d'exiler les sujets qui n'enfoncent plus dans l'eau. En Allemagne on continue de les brûler. Adolphe ScriboniuSj habile philosophe, ayant vu à l'épreuve dans le duché de Wesphalie, trois sorcières surnager dans la rivière, fournit la cause convaincante du phénomène. « Les sorciers étaient nécessairement plus légers que les autres hommes, parce que le démon, dont la substance est spirituelle et volatile, pénétrant toutes les parties de leur corps, leur communiquait de sa légèreté. De
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telle sorte que devenus moins pliants que l'eau, il était impossible qu'ils enfonçassent. » C'était évident. Les arguments de Scribonius servirent à brûler les gens sans scrupule. Nous n'avons pas à nous en étonner; Scribonius est mort, sa manière d'établir une vérité demeure courante. A l'aide d'idées préconçues, nous posons les prémisses et les raisonnements se dressent inébranlables et logiques.
De pareils faits n'empêcheront pas nos historiens de continuer leur œuvre de dénigrement et de sape.
Tout à l'heure, c'était l'époque qui était barbare; c'est maintenant l'élévation des âmes qui prête matière à raillerie.