‹ Erreurs sociales et maladies moralesChapitre 34 sur 93 · LA RAISON DANS ^ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA RAISON DANS ^ÉDUCATION

Les erreurs morales sont légion. Partant d'un principe faux qui est le matérialisme \ elles développent leurs conséquences en multiples manifestations individuelles et sociales. L'individu s'abandonne à ses tendances animales ; les ferments putrides corrompent la famille^ dissolvent la société.

Les méfaits de l'éducation antireligieuse creusent les premières mines. Les travaux de sape se poursuivent dans la fièvre des appétits surexcités. L'explosion ne tardera pas, si les efforts ne se hâtent vers la seule porte de salut : le retour à Dieu dans les écoles.

La raison tant célébrée de nos jours est incapable de commander, de diriger. Elle ne fait qu'obéir :

1. Ch. Fiessinger, Science et Spiritualisme. Perrin, édit., 2* édit , 1907.

« Ce n'est pas la raison qui se sert des passions, disait jadis Nicole, ce sont les passions qui se servent de la raison pour arriver à leurs fins. » Herbert Spencer ne pensait pas autrement. La raison, selon lui, n'est pas un moteur, mais une simple roue d'un mécanisme qui est actionné par d'autres forces, « Soutenir que l'homme est gouverné par sa raison, est aussi absurde que de dire qu'il est gouverné par les yeux. »

C'est encore le xvm® siècle qui nous a légué cette erreur : d'accorder à la raison et au jugement un pouvoir de domination et de redressement sur nos états passionnels. Notre pédagogie officielle est tout entière inspirée par ce contre-sens psychologique. La raison n'a jamais été qu'un serviteur; elle avance dans le sens où la poussent les états émotifs, cherche à tirer le meilleur parti de la direction prise. Mais ce n'est pas celle qui a choisi sa voie; elle lui a été imposée d'ailleurs.

Nous autres médecins, avons droit au chapitre. Le moral exerce sur le physique une action journalière. Un enfant mal élevé moralement est une proie offerte à tous les vices et à toutes les déchéances de santé. Toute éducation purement intellectuelle, purement rationnelle, déclare J. Bourdeau^ est nécessairement une éducation dépravée. » Sur ce chapitre, tous les philosophes sont

l. Journal des Débats, 30 octobre 1906.

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d accord. Il n'y a que les gens qui se nourrissent de formules utopistes pour penser autrement.

On parle de réformes. En voilà une à opérer. Elle ne viendra pas tout de suite. Déposséder la raison de son trône, c'est y installer le sentiment et le sentiment ouvre la porte aux religions. Ce n'est pas là précisément le sens de notre orientation intellectuelle. On mène la masse avec les grands mots de vérité et de justice. Dans l'espèce, elles sont conduites à l'erreur, et cette erreur exerce des répercussions déplorables sur notre vie sociale. L'augmentation de la criminalité infantile qui a décuplé depuis quinze ans^ croit-on qu'elle aurait jamais atteint un pareil chiffre si l'éducation de l'enfant n'eût pas été dirigée par des formules aussi absurdes que malsaines? La raison n'inspire qu'une morale : celle des appétits. C'est pourquoi toute doctrme qui se réclame d'elle est frappée dès le principe de discrédit et de stérilité.

Nous ne ferons pas exception pour les tentatives les mieux conduites qui se sont exercées dans ce sens. Nous voulons parler de la morale de Nietzsche et de celle des idées forces.

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