LES DOGMES ET L INTOLÉRANCE SCIENTIFIQUE
notion qui s'adapte mal aux idées que nous estimons vraies. Seulement gardons-nous avec la même prudence du défaut inverse : à savoir, adhérer à toute acquisition scientifique, de parti pris et sans discernement. L'inventeur a toujours tendance à dépasser la limite où s'arrête la signification de son œuvre. C'est à nous qu'il appartient de démêler la frontière qui circonscrit la portée de son effort. L'intolérance scientifique conduit aisément à l'agenouillement ou au décri. C'est le double écueil ; sachons éviter l'un et l'autre. Quelle que soit la nature des recherches livrées à notre jugement, n'oublions pas que Tamourpropre de l'inventeur lui suggère bien des exagérations. Défions-nous tout autant du prestige de l'homme. Les façades titrées ne suffisent pas à garantir la vérité des affirmations.
Dans le monde deux sortes d'hommes emplissent la scène. Ceux qui ont l'horreur du nouveau, les misonéiques, comme les appelle Lombroso. Et puis ceux qui s'élancent vers le nouveau avec la folie de papillons qui se jettent la nuit dans une lampe qui brûle. Le mot de snobs quahfie les représentants de cette dernière catégorie. Si les uns et les autres sont de commerce pénible, je ne sais toutefois si les snobs ne sont pas passés premiers en ce genre d'agrément. Les misonéiques se contentent d'invoquer à l'appui de leur dire la valeur
de la coutume et l'excellence de la tradition. Ils réfléchissent — sans doute avec les idées de leurs pères — mais ils réfléchissent. Les snobs ne se laissent point attarder à des occupations aussi puériles. Ils courent sans bien savoir où, mais ils courent, et au risque de rouler dans toutes les fondrières. Leur chute nous laisserait froids, n'était la prétention d'intelligence et la supériorité outrecuidante dont ils soulignent l'importance de leur moindre mouvement. Ni misonéique, ni snob, c'est sous cette double restriction que se formule la première règle qui doit inspirer nos jugements critiques.
C'est Lombroso, avons-nous dit, qui conçut le premier ce terme de misonéisme. Misonéisme, c'est-à-dire peur du nouveau. Est-ce pour frapper d'excommunication majeure les esprits fermes qui se refusaient à suivre le professeur de Turin dans les fantaisies de ses conclusions prématurées? Il est vite fait d'asséner, à la façon d'une injure, un néologisme grec sur la tête des gens qui demandent à réfléchir. Cette méthode de discussion convient volontiers aux esprits dont la solennité simpliste s'éclaire à la lumière d'une lucarne quelque peu rétrécie. Lombroso exphque tout, tranche les difficultés, perce à jour les problèmes insolubles. Il écrit de gros livres oii les constatations puériles s'amassent en pages doctorales et denses. C'est ennuyeux et faux. Misonéique, clame