‹ Erreurs sociales et maladies moralesChapitre 80 sur 93 · LES ANXIEUX FATIGUÉS · texte numérisé non relu

LES ANXIEUX FATIGUÉS

tuel. Les hystériques sont des agités ; on peut être agité sans être intelligent. Une certaine activité physique peut exister indépendamment de toute activité intellectuelle. Dans le monde, on croise des gens très actifs — boutiquiers, commerçants — qui, en fait d'intelligence, ne dépassent pas le niveau d'une banalité pétulante et satisfaite. L'hystérie, nous tenons à préciser notre pensée, signifie surcharge d'énergie nerveuse. Mais cette énergie se dissipe bien plus souvent en manifestations motrices, incohérences et bavardages qu'en attitudes mentales réfléchies et qui honorent l'individu.

Les anxieux fatigués.

Nous pourrions tout aussi bien dire : les neurasthéniques anxieux. Avouons-le : ce terme de neurasthénie, avec sa con^guration grecque, dégage une singulière odeur a. iédantisme. La pompe du mot rehausse son imporunce; elle lui donne l'air d'une maladie classée dans un cadre nosologique défini. Rien de plus faux. La neurasthénie n'est point une maladie, c'est une fatigue nerveuse, pas autre chose. Elle s'observe dans des affections diverses. On ne décrit pas à l'état d'entité morbide distincte un symptôme qui se rattache aux modalités cliniques les plus disparates. Quand on se décidera à employer l'étiquette fatigue nerveuse.

moins tapageuse et tout aussi appropriée, peutêtre le besoin se fera-t-il moins sentir d'escorter cette étiquette d'un cortège symptomatique si richement différencié.

La fatigue nerveuse peut s'accompagner d'un sentiment d'angoisse et ce dernier, par l'intensité qu'il revêt, réagit à son tour sur la fatigue primitive qu'il augmente. La fatigue engendre l'anxiété, Tanxiété exagère la fatigue. Tous ces états mentaux sont le jouet de répercussions réciproques qui se heurtent et s'entrechoquent avec un redoublement de véhémence dans le silence des insomnies nocturnes.

Souvent l'inquiétude crée le fond du caractère; elle entretient une agitation constante dans les mouvements de l'àme, pique sans répit, harcèle. Nombre de grands artistes appartiennent à cette sorte de tempérament. C'est le démon intérieur qui les excite et les pousse vers la perfection chaque jour plus achevée de leur art. Cette marque familière de l'esprit ne se borne pas toujours à graver son empreinte sur le tour des occupations professionnelles. Elle sort de ce cadre de travail, envahit les divers modes de l'activité mentale, s'enroule autour de l'élaboration des moindres actes qui ont trait à la vie courante. Du coup, l'inquiétude devient morbide. Un voile d'angoisse recouvre les projets du lendemain, attriste les gestes du présent. L'accomplissement de la démarche la plus

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