TREIZIEME LETTRE
Médleameiits tirés du corps hanialn. — Quelques
préjugés aneleiis.
Vous ne sauriez vous imaginer tout ce que le besoin de se produire sur notre planète, allié à ce désir de richesses et d'honneurs qui couve dans un des recoins du cœur humain, a produit d'infamies et de scéluratesses; lesquelles sont et seront toujours acceptées avec empressement et bienveillance de la part des populatioDS. Je parle, bien entendu, au point de vue médical; et n'allez point appliquer ce que je vous dis à toute autre des choses terrestres, à moins que cela ne vous j^se: c'est là votre afiFaire. Pour en revenir à Messieurs les mages ou magiciens dont je vous ai révélé déjà quelques-uns des secrets relatifs aux maladies des dents, je dois vous prévenir que toutes leurs recettes comportaient certaines formules et évocations qui rendaient les remèdes, à leur dire du moins, bien supérieurs à ceux préparés par la tourbe charlatanesque. — De même que leurs confrères moins élevés dans la hiérarchie des saltimbanques, ces braves gens avaient fait entrer dans leur pharmacie tous les détritus d'animaux les plus propres à imposer au vulgaire : depuis les membres de l'homme jusqu'aux punaises, aux poux et aux puces, tout leur était bon pour contenter leurs
iS8
clients. Ecoutez-en la lourde ônumération et tâchez d'en faire votre profit, car on ne sait pas ce gui peut arriver
Mais, Dieu de miséricorde 1 comment et par où commencer? Quel ûl d'Ariane pourra nous guider dans ce tohu-bohu de grosses inepties, de comédies tragiques et d'impuretés gui font rire ! Je vous en ai dit guelgues mots dans nos premières soirées, et j'avais pris la ferme résolution de les mettre de côté. — Vous désirez savoir plus ? C'est bien, je m'exécute; je vais vous promener dans ces sentines hideuses, dans ces égoûts infects, où le roi de la création a pataugé avec ampleur, j'oserais presgue dire avec frénésie I La vie est donc un si grand bien gue, pour la conserver, nous ayions voulu condescendre à de pareilles turpitudes I Quoi I l'homme n'a pas reculé en présence de ces basses saletés ; il leur a tendu les bras, il les a enserrées comme espoir suprême ! Je parle du bonhomme Jadis,., Hélas, pourquoi lui jeter la pierre ? Nous ne valons pas mieux gue lui, et le peuple, gu 'on l'appelle Jacgues Bonhomme, John-Bull ou Jonathan, me paraît pour le moins aussi idiot gue ses grands-pères.
Oui, mon ami, ce gue je vais vous dire des anciens s'applique à notre génération, au grand 19® siècle; rien en deçà, rien au delà ; nous ne valons ni pis ni mieux gue ceux gui nous ont frayé le chemin (au point de vue des erreurs médicales). Qu'elle s'appelle charlatans, gu'elle s'honore du nom de mages, ou gu'elle s'enorgueillisse de sa gualité de prêtres, la phalange des guérisseurs n'a changé ni ses allures, ni ses arcanes. — Plus tard je vous dirai guelgues mots sur l'état actuel ; je me contenterai pour aujourd'hui d'effleurer le passé» guitte à vous répéter sous une autre forme les hauts
faits des guérisseurs et les inepties de nos contemporains.
Je puis affirmer sans crainte d'être désavoué, à moins que ce ne soit par un ignare, que toutes les individualités de la création ont été mises à contribution par l'homme toutes les fois qu'il s'est agi, pour lui, de se préserver des maladies ou de reconquérir une santé perdue par quelque cause qu'il vous plaira d'invoquer. Etres organisés, êtres inorganiques se sont vus obligés de payer un large tribut au prince de la terre. — Gela estde bonne guerre ; au plus intelligent, au plus fort la victoire est due. Que nous ayions soumis à notrejoug, brutal quelquefois, tout ce que produit notre humble petite planète, je ne demande pas mieux ; j'en suis même fort satisfait : ce qui me répugne, c'est de m'arrêteraux usages auxquels on a fait et on fait encore servir ce tout, que nous avons su nous approprier. Que voyez-vous en furetant le livre des erreurs populaires ? Absence de bon sens, de raisonnement, d*un peu de réflexion. Il en faudrait cependant si peu à toutes les
'dasses de la société Mais ne demandons pas à
l'homme ce qu'il ne peut donner d'ici bien longtemps... Peut-être, quand l'instruction aura fertilisé les âmes, les vieux préjugés crouleront-ils. Quand arrivera ce ûouvel âge d'or? Quoique jeunes encore, nous avons îuelques chances d'avoir fait du carbonate d'ammoniaque et du phosphate de chaux, avant que cette ère ie régénération soit arrivée. Le grand patron est vrai- Qient bien heureux de voir pendant l'interminable série des siècles, de son grand œil toujours jeune, les luttes titanesques de notre présente société.... Pardon, je parle de Titans, quand je mets Dieu en cause I Allons, prince du monde, triple niais! avance ici. Ra-
conte à l'ami qui t'éconte quels services, vivant ou putréfié, tu rendis à les frères.
La main d'un individu enlevé par une mort prématurée guérit par le contact les scrofules, les parotides, les angines : il suffit même pour ces maladies d'être touché dn revers de la main gauche d'un mort quelconque, pourvu qu'il soit du sexe du malade. La terre trouvée dans un crâne fait tomber les cils, et si de l'herbe a poussé sur cette terre,, vous pouvez en la mâchant faire tomber les dents qui vous gênent. Les ulcères circonscrits avec un ossement humain ne font plus de progrès. Les fièvres disparaissent comme par enchantement si l'on attache au cou du fébricitant, et enveloppé dans la laine, un fragment de clou pris à une croix ou une corde ayant servi à un crucifiement (la corde de pendu l'a détrônée chez nous) , et après la guérison, afin de prévenir toute récidive, il faut cacher cette amulette dans une caverne où le soleil ne puisse pénétrer.
La guérison des tumeurs des aînés est plus simple encore : il suffit d'y attacher un fll pris à la toile, d'y faire sept ou neuf nœuds et de nommer une veuve à chaque nœud. On arrache les verrues en regardant la lune depuis le vingt-cinquième jour, étant couché sut le dos dans un sentier et en se frottant avec tout ce qu'on peut attraper.
Qu'une arête de poisson soit plantée dans la goi^, il suffit pour la faire tomber de plonger les pieds dans l'eau froide. Il faudra que j'en essaie.
En Grèce, dit Pline, où l'on fait argent de tout, les gymnastes se sont avisés de mettre au rang des remèdes les plus efficaces jusqu'à la crasse du corps humain. Les raclures du corps des athlètes sont émoi-
Sres, incarnantes, pro-
''vsueur et de J'huile ;
<L jtée à des prix très
^^^ s employ('s en ven-
^^ jO sesterces (18,500 fr.).
hDsçn ^11 es ont des vertus mirobo-
y^ '^A. o-môme. On les emploie en
, ^W^ -Ation et la contraction de la ma-
«^. " lit l'inflammation du siège et les
'^ .ouleurs des nerfs, les nodosités des
rf luxations. — Ah! par exemple, c'est jrir des luxations par l'application de cette Mais ce n'est rien, quand les raclures sont .s à la suite d'un bain, leur action est tellement jice, qu'une simple application, un simple attoujement fait disparaître instantanément la kyrielle des maux que je viens de vous indiquer. Si vous les incorporez avec du cérat et de la boue, elles acquièrent pour la résolution des tumeurs des qualités admirables. On a même étéjusqu'à racler les murailles même des gymnases, prétendant que ces ordures ont une propriété échauffante; il me parait qu'autrefois, elles avaient des vertus particulières contre les ulcères, les écorchures et les brûlures.
Je vais maintenant vous faire tâter d'un médicament qui eut toujours et conserve encore aujourd'hui une étonnante popularité : c'est vous indiquer l'urine. C'est une substance si facile à se procurer et d'un prix de revient si minime, qu'il est tout naturel qu'on l'ait fait entrer dans la thérapeutique; aussi nos ancêtres réservèrent-ils à ce liquide une foule d'usages dont je vais vous indiquer quelques-uns. Celle des eunuques est excellente en boisson pour rendre les femmes fé-
condesl Ah! mon ami, vous ne vous doutez pas de la chose, n'est-ce pas? C'est pourtant comme cela; les malheureuses auxquelles la nature semblait refuser les gloires de la maternité priaient Messieurs les castrats de leur déUvrer la miraculeuse liqueur. 11 était bien rare que cela ne réussit pas, surtout quand, après l'avoir bue, la femme allait tendre la main au fouet d'un Luperque (prêtre de Pan). Vous voyez que la profession d'eunuque, si elle avait quelques légers désagréments, avait bien aussi quelques charmes. — C'est le système des compensations. — Je crois cependant que cette classe de guérisseurs aurait peu de chances de faire actuellement fortune. — Etes-vous pas de mon avis ?
Parmi les remèdes tirés de l'urine et dont on peut parler sans trop faire dresser l'oreille, on dit que celle des enfants impubères est souveraine contre la bave de l'aspic ptyas, ainsi nommé parce qu'il lance comme en crachant son venin dans les yeux des hommes. — Drôle d'aspic ; nous n'avons pas heureusement le bon- > heur d'en posséder aux environs; mais, comme la même urine donne des résultats satisfaisants contre l'albugo, les taches, les taies, les maladies des paupières, je vous invite à caser cette recette dans quelque recoin de votre cerveau, afin d'en user le cas échéant. Si avec tous les moyens que vous devez à mon obligeance vous ne devenez pas dans quelques années, lorsque vous serez retiré à la campagne ou même si vous restez à la ville, si vous, disrje, vous ne devenez pas le plus gros bonnet du pays , vous pourrez faire votre mea culpa, car les précieuses ressources que je vous livre pourraient vous
amener fortune et considération, et peut-être
quelques démêlés avec la poUce correctionnelle. Il est vrai que dans l'antiquité on n'avait pas encore invent
cet enjolirement à la profession ; l'art de guérir étant de droit commun. Au fait, vous agirez comme ton voua plaira. Salpé, un grand uropathe du temps, distribuait largement à ses malades le produit d'excrétion dont nous parlons, principalement dans les maladies des veux, depuis la simple inflammation jusqu'à la cataracte et l'amaurose ; cet homme a dû faire à l'époque d'excellentes affaires. — N'allez pas croire que l'urine ne servît que dans les cas que je viens devons indiquer; l'urine de l'homme guérit la goutte: laissez-la vieillir; incorporée à la cendre d'huîtres calcinées elle guérit tous les ulcères humides, les affections du siège, les rJiagades, les piqûres de scorpion. Les accoucheuses les plus célèbres déclarent qu'aucune autre lotion n'est plus profitable contre les démangeaisons et les ulcères de la tôte. Enfin, on l'a mise à toutes les sauces ; on l'a mélangée avec des blancs d'œufs, de la farine, du nitra et toutes les substances dont le nom a passé par la léte des apothicaires du temps; on l'a employée dans une foule de maladies et toujours avec succès, sachez-le bien. C'est égal, cela n'est guère propre, très chera devanciers.
Eh bien ! Quoi î — Vous avez l'air tout ébahi de m'entendre raconter ces prodiges. — Vous n'êtes cependant pas au bout et j'en ai bien d'autres à vous dire sur les médicaments tirés du corps de la femme : cela approche du prodige. Je ne parlerai pas des enfants nés avant terme et coupés p'ar morceaux pour de criminelles pratiques, ni des horreurs du sang menstruel, ni de tant d'autres recettes révélées non-seulement par les sagesfemmes, mais encore par les courtisanes elles-mêmes. La cendre des cheveux de femme, incorporée à la litharge, est bonne contre les granulations des yeux ;
avec du miel contre les ulcères des enfants et les verrues ; avec du miel et de Tencens contre les plaies de tête et les clapiers des ulcères ; avec la graisse de porc contre les tumeurs de la goutte ; cette môme cendre en topique arrête Têtysipèlé et Thémorrhagie.
Les anciens attribuaient aussi d'excellentes qualités au lait de femme. Mais, avant d'aller plus loin, j'ai besoin dé vous faire une toute petite réflexion : toutes les pratiques que je suis en voie de vous ènutnérer sont vaines ou ridicules ; cependant, regardez de près^ beaucoup d'entre elles présentent util côté Sérieux; dégagez la formule du vêtement qui la cache*, souvent VOUS trouverez un véritable médicament, un joyau au fond de cette ordure : ainsi je viens de vous dire que les anciens voyaient une bonne préparation dans le ûié* lange dé la litharge avec la cendre de cheveux de femme ; supprimez la cendre, mettez de côté la fetûme, la litharge restera, véritable base de la préparation. Mais le vulgaire laissera de côté la substance sérieuse pour s'attacher aux cheveux brûlés de la femme seulement, et c'est en cela que je montre la sottise ; tandis que le guérisseur, le jongleur a soin de cacher son moyen au bon public, qui, n'y voyant pas plus loin que le bout de son nez, ne découvre que le manteau et les oripeaux qui le garnissent. Vous avei: compris? Continuons donc et tâchez d* observer.
Dans les crampes d'estomac, les fièvres, la diarrhée, on doit en première ligne administrer le lait de la femme, mais d'une femme qui a se'Oré : ce lait acquiert de nouvelles propriétés quand on y délaye de l'encens; on l'instille alors directement dans l'œil où un coup a fait extravaser le sang et quHl y a douleur et fluxion. Mais, dans tous cas, le lait d'une femme accouchée d'un
enfant mâle est de beaucoup le plus eSkace et encore plus celui d'une femme qui a mis au monde deux jumeaux mâles. Il y a mieux encore contre les affections de l'œil: oa assure, et Pline le dit avec beaucoup d'aplaml), qu'une personne qui a été frottée avec te lait de la mère et de la fille en même temps est préservée pour la durée entière de sa vie. — Ne croyez pas que le lait d'une femme accouchée d'ime fllle n'ait pas aussi ses propriétés ; il guérit toutes les affections du visage, telles que plaies, écorchurea, macules, dartres, etc. Enân le lait, quel que soit le sexe du nouveau -né, est excellent dans les maladies des poumons, si l'on y 'ïïêle une cuillerée d'urine d'enfant impubère et une cuillerée de miel attique. Mais, chose plus merveilleuse encore, les chiens auxquels on fait boire le lait *l*une femme accouchée d'un garçon ne deviennent jamais enragés.
Oite vous dirai-je de la sahve du beau sexe ? Sinon *ru.*elle jouit aussi d'une foule de précieuses qualités qu'il ^at inutile d'énumérer et qu'elle est employée dans des Cas analogues à ceux qui réclament l'emploi du lait.
Après ces bienfaits que la femme tient à notre disposition pour nos souffrances physiques, il n'y a plus de limites: la grêle, les tourbillons, la foudre, toutes les ï^mpêtes célestes sont détournés par une femme qui ^yant ses règles se découvre. Sur mei', il n'est même pas besoin de cette dernière condition, il sufEl qu'elle se •iécouvre, pour calmer l'orage. — Je ne m'étonne pas autant que Pline de cette toute-puissance de la belle 'ïïoitié du genre humain; notre naturaliste, qui cherche '^Rituellement à tout exphquer, n'avait pourtant pas à ■*™re de grands frais d'imagination. Vous savez que les ^ieux, soitqu'ils ti-ônassent dans l'Olympe ou dans les
plaines liquides de rOcéan, soit que plus modestes ils eussent établi leur quartier général sur notre globe, eurent toujours, ainsi que l'atteste la mythologie, les plus délicates attentions pour les filles de la terre ; vous savez que ces Messieurs poussaient la galanterie jusque dans ses dernières limites. Jugez donc de l'effet, quand un dieu quelconque en courroux apercevait une jolie femme retroussée jusqu'à la ceinture 1 Quelle colère eût pu tenir à la vue de pareils trésors étalés à la lumière !
Le dieu s'arrêtait interdit, fasciné, il admirait et re- ^
devenait bon enfant. Je crois cette démonstration plausible pour expliquer la puissance de la femme ; je vous la donne du reste sous toutes réserves.
Je n'ose, cher ami, vous rappeler les opinions des anciens, tels que Métrodore de Scepsis, de Laïs, d'Icétidas sur les propriétés bonnes et surtout mauvaises qu'on attribuait au sang des règles : c'est à faire frémir... tant c'est absurde ; puis, je me lasse de toujours barboter au milieu de ces détritus organiques dont la repoussante odeur affecte douloureusement mes papilles olfactives. — Permettez-moi donc de terminer cette soirée par le rappel des remèdes qui dépendent de la volonté humaine, par quelques préjugés de la société antique, préjugés pour la plupart existant encore aujourd'hui et modifiés seulement par le génie particulier de chaque nation.
Servilius Jîonianus, Tun des princes de la cité, à la première crainte de Fophtalmie, avant d'articuler le nom du mal, et avant que personne lui en eût parlé, portait autour du cou un papier enveloppé dans du linge, et marqué des deux lettres P et A ; Mutianus, qui fut trois fois consul, portait de la même façon une mouche vivante dans un petit linge blanc ; et ces deux
personnages afQrmaieat qu'à l'aide de ces amulettes, ils araient toujours été préservés des maladies des yeui. Ilenstait en outre, contre une foula de maladies, cerlaines incantations dont les elTets avaient ûté depuis longtemps éprouvés. Partant de si haut, il eût été bien eilraordinaire que ces niaiseries ne fussent pas tombées dans le domaine public : un prince de la cité, uo consul donnaient des leçons d'absurdité au peuple; il est vrai que de nos jours cela n'a pas changé, puisque je sais des hommes très élevés dans l'ordre social appeler auprès d'eux des rebouteurs et des somnambules. Enfin 1 ya dans le catalogue des superstitions del'anliquitè es drôleries qu'on dirait être nées avec le monde, li, l'on attribuait toutes sortes de vertus aux nomtresimpaîrs,vertusqui se reconnaissaientdang les fièvres quartes à l'observation des jours (Numéro deus impare et). Le divin Tibère, qui fut certainement le plus sombre des hommes, n'aurait pas manqué de saluer quelqu'un qui éternuait, et il exigeait ce salut de tout le monde; quelques personnes même trouvent qu'il est plus religieux, quand faire se peut, de nommer ceux qu'on salue. Les absents, vous le savez comme moi, sont avertis que l'on parie d'eux par le tintement de leurs oreilles. — On dit que toucher à ses cheveux le 17° jour la lune et le 29" les empêche de tomber et préserve di mal de têle. Atiale Philomélor assure que si en ^aot un scorpion prêt à vous piquer, on prononce le niot deux, l'animal s'enfuit. A propos de scorpion, per- 3 en Afrique n'entreprend quoi que ce soit sans avoir prononci^ le mol Afiùque ; tandis que dans les autres pays, on commence par prier les dieux de façou « se les rendre propices.
Je ne veux pas oublier non plus les remèdes qui de-
pendent de la volonté humaine : la liste en est longue et même assez originale. Je vous ai dit l'influence fâcheuse qu'exerçait sur la grossesse l'entrelacement des doigts par une personne assise dans la chamhre de la patiente ; mais c'est encore bien pis, si les doigts em* brassent un seul genou ou tous les deux, ou si Voa croise les jambes : c'est alors un obstacle invincible à l'accouchement. La malheureuse Âlcmène ne le sut que trop bien quand elle accoucha d'Hercule. Jiinon, le type de la femme acariâtre, voulant punir les infidélités sans cesse renaissantes de Monseigneur Jupiter, avait fait installer au seuil de la porte une de ses fenunes d'honneur, avec ordre de croiser les doigts et les jambes. La pauvre malade avait beau se tordre sur son lit de misère et jeter des cris à fendre Pâme, Timplacable déesse se bouchait les oreilles et la laissait crier; quand tout à coup Jupin, occupé dans l'Olympe à régler quelques affaires d'intérêt, entendit ces cris de détresse, et se doutant bien de quelque mauvais tour de sa chère épouse, leva vite la séance et descendit sur terre à la hâte, non sans avoir planté le bout de sa botte dans la partie la plus charnue de sa grondeuse moitié. Vous vous doutez que la sentinelle placée par la reine de l'Olympe, voyant le maître arriver dans tout Téclat de sa puissance et de sa colère, se garda bien de rester à son poste: aussi les douleurs disparurent-elles comme par enchantement; le maléfice fut rompu et Jupiter voulut qu'Alcmène accouchât sans douleurs.
Voilà un exemple bien avéré de l'influence de la volonté ; en voici d'autres qui ne sont pas moins étonnants et pas moins profitables: quand il est entré quelque chose dans un œil, le plus pressé, c'est de comprimer Tautre ; quand de l'eau a pénétré dans l'oreille droite, il
est nécessaire de sauter sur le pied gauche, la tête penchée sur l'épaule droite ; si au contraire l'eau a pénétré dans l'oreille gauche, il faut répéter la même gymnastigue en sens opposé. Mais voici qui est plus fort : quand malheureusement la luette vient à tomber , de nos jours nous la relevons assez parfaitement avec un grain de poivre ou une pincée d'alun, mais autrefois il fallait courir à la halle et en ramener un des forts pour procurer la guérison. Il s'agit tout bonnement de prendre le malade par le sommet de la tête, avec les dents, et de le tenir suspendu. L'heureux mortel qui cultivait cette partie de la science devait être doué pour le moins de doubles et même triples masseters. Il est vrai que, soulevant le malade, il soulevait la luette par la même occasion. Allons, je vais vous enseigner quelque chose de moins difQcile : lors donc que vous aurez mal au cou, frottez-vous les jarrets et surtout n'y allez pas de main morte; frottez, frottez, mon camarade, frottez jusqu'à extinction de la douleur; il va sans dire que si c'est le jarret qui souffre, vous frictionnerez le cou d'une façon aussi désintéressée.
Si par hasard vous étiez pris au lit de crampes dans les jambes, ne vous en inquiétez pas, mettez pied à terre, et si la crampe siège à gauche, attrapez vite avec la main droite le gros orteil gauche et vice versa ; dans le cas où la crampe occuperait les deux jambes, vous feriez comme vous pourriez.
Le saignement de nez se guérit en serrant les extrémités du corps ou le bout de l'oreille. — L'incontinence d'urine disparaît en attachant la cuisse au milieu avec une bande de toile ou de papyrus. — Les faiblesses d'estomac s'en vont quand on se serre les pieds.
Mais, chose magnifique, vous pouvez guérir un épi-
leptique en enfonçant un clou de fer' dans Tendroit où la tête a porté lors de l'accès. Le difficile est de trouver juste la place où le crâne a frappé ; autrement votre peine est perdue.
Eh bien ! avez-vous assez des coguecigruâneries de l'univers romain ; avaient-ils de fortes idées l'an 760 dç la ville éternelle? Hein I Bonsoir, mon bonhomme.
Bonsoir, mon bonhomme.