QUINZIEME SOIREE
liotea mérilBal» "nr Tlkullo etiCatnIle.
S êtes pressé, ce soir, mon ami. A peine TDÎères spirales de fumée de votre londrès sont èva- 8 que vous vous hStez de me rappeler la promesse gue je vous Qs hier. Votre impatience m'est souverainement agréable, puisqu'elle semble me prouver que l'étude assez ingrate des erreurs et des superslitions médicales ne vous a pas été tout à fait insipide, et que niême j'ai pu réveiller chez vous quelque intérêt. Je prends acte de votre d(?c!aration ; je suis persuadé maintenant que vous arriverez à reconnaître la vanité de cette médecine ignorante qui tient encore une si large place dans notre civilisation.
Les noms de Tibulle et de Catulle vous font sourire, et vous vous demandez, à l'aspect de ces noms, symboles des amours faciles, s'il est possible de trouver quelques renseignements sur la médecine romaine aux derniers temps de la république. Quel rapport les Jjrouilleries et les réconciliations de deux amoureux peuvent-elles avoir avec notre sujet? Détrompez- vous, nous avons là peut-être la plus belle occasion de voir les Romains en déshabillé. AJi çà, n'auriez- vous jamais été amoureui? Non!! Cela me parait difficile à digérer ;
mais tant mieux pour vous... Vous saurez donc que les amoureux sont d'une indiscrétion à nulle autre pareille, et que, dans le délire de la passion, ils nous initient à tous les mystères de leur vie ; que toujours chantant ce charmant égoïsme en partie double, cette maladie qui cause tant de jouissances et produit tant d'ennuis, ils nous livrent leurs plus intimes secrets, actions et sentiments, infirmités physiques et morales.
Voyons donc si Tibulle confirmera ce que j'avance, et si cet étemel langoureux ne nous donnera pas quelques détails sur la vie intime des femmes charmantes qu'il a tant aimées.
Comme tous les amoureux, notre poëte est de la plus admirable crédulité ; il a recours aux enchantements et à toutes les folies qui flattent sa passion ; aussi a-t«il pleine confiance en une magicienne des plus honnêtes et des plus savantes, et dont le mensonge n'a jamais souillé les lèvres : Délie peut être tranquille, personne ne surprendra jamais le secret de leurs amours; la Saga (la sorcière) l'a juré. Pour convaincre pleinement sa maîtresse, notre amoureux lui raconte les prouesses de la vieille et c'est vraiment à faire frémir. « Elle abaisse à sa voix les astres du del \ elle change à son^ gré le cours des fleuves. A ses enchantements, la terre s'entr'ouvre, les mânes sortent de leurs tombes et les ossements encore chauds descendent du bûcher... Seule, elle connaît les herbes malfaisantes de Médée et endort les chiens terribles de la triple hécate... Si elle donne l'amour, elle peut, par ses cjiants et ses breuvages, empêcher d'aimer. » Voilà une botanique dont nous avons à peu près les équivalents, car, en ce genre de drogues, les succédanés n'ont jamais manqué. Ainsi, par des breuvages, des potions enchantées, on pouvait
gôlnr oti doDner la maladie amoureuse ; mais les"
prières adressées aux dieux et surtout à la déesse litiertine, qui naquit du sein de l'onde, étaient pour le moins aussi salutaires : « Vénus, tu peux me guérir, dit tristement Tibulle dans sa troisième jérémiade ; les nombreui tableaux suspendus dans tes temples prouvent ta puissaucfl. » Vous voyez qu'Esculape n'avait pas seul le privilège d'avoir ses temples garnis d'ex-volo, et que Vénus, dans sa spécialité, était un excellent médecin. Ces cures miraculeuses donnaient lieu à des démonstrations fort analogues à celles qui figurent aux autels des temples chrétiens et dont je vous parlerai en temps et lieu. lais ce n'e st pas tout; jusqu'à présent l'amant de Dôlie l'est adressé à des puissances étrangères, dieux et sorvous allez le voir se mêler lui-même de l'art de lérir quand sa maîtresse va tomber malade : ne crairien cependant pour la telle Romaine, la maladie le parait pas grave, si j'en juge par le traitement imployé : « Je suis celui dont les soins et les vœux, nrant ta maladie, t'arrachèrent aux crises de la louleur. Trois fois autour de ta couche je promenai le lufre purificateur ; après qu'une vieille eût chanté ses ■ers magiques, j'écartai les songes funestes en leur trois reprises un pieux trihut de farine et de vel. J> Suit le reste de la cérémonie médicatrice que BOUS devons faire rentrer dans ces jongleries mystiques gue pratiquent encore de nos joux's les bergers et les jmmères.et dont nous voyons les résultats se dénouer lurnellement en police correctionnelle. Pauvre garçon, malheureux Tibulle, il fut mal récompensé de ses soins ; volage, à peiue guérie, plantait là soù médecin et 'odiguail ses faveurs à un autre amant. Cœur d'airain, ftme insensible ! Vous riez tout haut de tant d'infor-
tuues ! Tibulle aussi voulut en rire et se venger en prenant une autre maîtresse, mais, ô misère, Vénus, ce sont là de tes coups 1 Ecoutez ce qui lui arriva :
« Plus d'une fois je serrai une autre femme entre mes bras, mais, au moment heureux, Gythère me rap* pelait Délie et trahissait mon ardeur. Alors cette belle abandonnait ma couche, disant gu*on m'avait jeté un sort, et, j'en rougis, elle racontait ma piteuse aventure, i^ Ainsi, toujours des sortilèges, toujours des ncmev/rs . d* aiguillettes, toujours de ces superstitions qui marquent Tenfance des sociétés et qui ne cèdent jamais à ce que nous appelons orgueilleusement le progrès.
Je vous dirai cependant que les plaintes de cet amoureux trompé ne m'ont jamais fait grand'pitié, la constance ne me paraissant pas avoir été chez lui bien accentuée. Délie, Titia, Lydie, Phloé se succèdent assez rapidement pour me convaincre que les douleurs de notre héros n'étaient pas d'une gravité telle qu'il fût en droit de se désespérer bien fort. Puis, quand les courtisanes faisaient défaut, l'auteur des élégies n'était
^ pas embarrassé; de beaux adolescents Ah diable!
qu'est-ce que j'allais vous révéler. Les stances de Tibulle sont charmantes, il est vrai, mais elles ont le tort assez grave, à mon avis, de ne pas arriver à leur adresse légitime. Au fait, cela ne nous regarde pas; les Romains avaient de si drôles de façons I
Dans d'autres circonstances, mais plus sérieuses alors, Tibulle s'adressait au grand dieu de la médecine, non pas à celui dont on prétend que nous autres médecin s sommes les enfants, mais bien à Apollon lui-même, qui de cette façon ne serait rien moins que notre grandpère : mais, cette fois, l'affaire est déUcate.
Gérinthe, l'objet d'un nouvel amour, est véritable-
ment malade et n'a pas Beulemeot, comme Madame
Délie, quelqu'une de œs charmantes indisposiliotiB'dont les femmes seules ont le secret, et qu'elles font naître à volonté quand leur intérêt les y invite : Cérinthe devient pâle, jauue peutrôtre ; en même temps elle maigrit et elle a de la fièvre : triste maladie que je n'ai pas besoin de nommer, et qui tous les jours fait tant de ravages dans la phalange des filles de joie et des courtisanes. Donc Apollon est sommé d'intervenir. 11 est vraiment curieux de surprendre ainsi l'homme intelligent aux prises avec la douleur : il aime à croire aux influences surnaturelles, à la protection de ia divinité. L'intervention céleste dans la guérison de ses infirmités est une 1 idée qui chatouille son amour-propre ; il se flatte d'être ^■digne de ces faveurs suprêmes, malgré sa platitude et ^^ke prières plus ou moins stupides.
^^F Tibulle, ainsi que vous venez de le voir, ne craint pas ^^de fatiguer ciel et terre par ses soupirs et ses terreurs au sujet de la sauté de ses maîtresses ; il n'a garde de s'ouhlier quand il se seut dévoré par la fièvre. Nous pourrions regarder ses plaintes comme venant d'un amant écondnit, mais rien ne nous empêche de prendre la chose au pied de la lettre quand vous saurez que la santé de ce fervent de Vénus subissait assez fréquemment de rudes atteintes, suites inévitables de ses dêsortdres amoureux : « Pour moi, Proserpine vient m'annoncer ma dernière heure ; ô déesse, épargne un jeune homme innocent I Je n'ai pas essayé de révéler tes mystères sacrés aux profanes... La vieillesse tardive n'a pas encore mêlé de cheveux blancs à ma brune chevelure... Pourquoi vouloir déjà cueillir le fruit qui ne se noue qu'à peine encore. Attendez, pour me faire connaître les Gbamps-Elyséens , la fatale barque et les marais de
TErèbe, attendez que les rides aient sillonné pon front, et que vieillard j'aie pu raconter à mes enfants les faits de mon jeune âge. Plaise au ciel que la fièvre brûlante cesse de me tourmenter et qu'une lente convalescence répare mes forces abattues. »
Vous voyez que noire ami n'était pas brave ni bien pressé d'aller faire connaissance avec les douceurs de la vie future ; il préférait rester sur le plancher des vaches, comme on le dit vulgairement; ce n'est certes pas moi qui condamnerai ce désir de vivre; je suis de Tavis de Tibulle qu'il vaut mieux tenir que de courir, surtout quand on est comme lui favorisé de tous les dons de la nature. Voici du reste son portrait tracé par la main d'Horace : « Ce n'est pas toi qui fus jamais un corps sans âme. Les dieux t'ont donné la beauté; ils t'ont donné la richesse et avec elle Tart d'en jouir. Que pourrait souhaiter de plus une tendre nourrice à son enfant chéri, que la sagesse et le talent de bien dire, l'amabilité, la gloire, la santé avec profusion et une douce existence assurée par une fortune honnête. Au milieu des alternatives d'espérances et de tourments, de craintes et d'emportements, ne perds pas de vue que chaque jour qui luit peut être ton dernier jour. Ainsi te paraîtra délicieuse toute heure de la vie sur laquelle tu n'auras pas compté. Lorsque tu auras envie de rire, viens me voir: tu me trouveras gros et brillant des soins que je donne à ma personne. » Vit-on jamais deux hommes mieux faits pour se (Sbmprendre? L'éloge et l'amitié débordent dans cette charmante épitre ; hélas ! •Tibulle serait pour tous un digne objet d'envie s'il eût su conserver d'aussi précieux avantages ; mais ses instincts amoureux, ses volages tendresses ruinèrent et sa fortune et sa santé. [1 mourut jeune encore, à peine âgé
de gfaarante «nos, pleuré de sa mère et de sa sœur, apprécié par Horace, chanté par Ovide, et laissant à la poetéiité reconnaissante quatre livres d'élégies dont le cbamie place leur auteur à la tête des poètes qui recurent en héritage la lyre d'Anacréon, et qui ont chanté cette maladie du cœur qu'on nomme Tamour.
Tibnlle n'a qu'une corde à sa lyre, mais il faut avouer qu'elle a rendu de singulières harmonies sous ses doigts ; il n'a pas, à mon avis, de rival dans ces formes voluptueuses qui peignent le3 plus doux enchantements de la ▼ie : a Verse encore, noyons dans le vin de nouvelles douleurs ; que mes yeux fatigués cèdent enfin au somineil. Ah ! n'allez pas tirer de son erreur celui que Bacchus enchante : l'ivresse au moins fait oublier Tamour niallieureux. Buvons, puisqu'à cette heure ma Belle est cloîtrée par une garde farouche et sous les verroux d'une porte inexorable.» Quelle ravissante élégie! Lisez les reproches qu'il adresse à la porte jalouse qui le sépare ^ sa. maîtresse : « Puisse l'ouragan t* arracher de tes gonds, puisse la foudre te briser. Ou plutôt, porte char- °^^Jite, laisse-toi fléchir par le désespoir d'un amant, et roste ouverte, mais pour moi seul, de peur que tes gonds indiscrets ne me trahissent. » C'est bien là le déliTô de la passion; plus loin il donne des conseils à la jeu.iie captive pour tromper la vigilance de l'ennemi ; il y ^ quelques jolis vers qui se rapportent à un point in- *éreasant, l'art de faire des signes, charmant langage ^^ssi vieux que le monde, langage qui joue un si grand ^*^ dans les relations des amoureux, et dans lequel on ^^listruit sans aller à l'école. « Vénus est favorable à ^^^ qui sont courageux : c'est elle qui enseigne à faire, ®^ pi^sence d'un époux, des gestes qui parlent, et à ca- ^^^^ de douces paroles sous des signes convenus. » Aussi
Tibulle entend fort bien les appels de sa maîtresse «c quand, silencieuse, elle m'appelle par le cliquetis de ses doigts. » Ovide, le grand maître dans Tart d'aimer, nous donnera des détails plus circonstanciés que j'aurai soin de recueillir et dont nous pourrons tirer profit. Laissons donc soupirer Tibulle, non sans toutefois le remercier de la légère contribution que je lui ai imposée.
Après Tibulle, Catulle, quoique ce ne soit pas tout à fait Tordre chronologique, puisque ce dernier vécut au temps du grand Jules, dont il ne me paraît guère avoir été l'ami, si Ton s'en rapporte à quelques épigrammes assez vertes. Catulle, quoique rangé parmi les poètes élégiaques, peut revendiquer une large place dans la satire, et lutter au besoin avec Martial, auquel il a peutêtre enseigné ses obscénités de langage. Je préfère lui laisser son antique renommée de soapirant et de cœur facile, c'est sensible que je voulais dire, plutôt que de Taccoler au vil courtisan de Domitien. Considérez-le donc toujours comme léger, frais, gracieux, comme un grand enfant plein de sensibilité, très-volage, et se moquant à tout propos des hommes et des choses, dont il se soucie comme d'un poil de sa barbe, selon la vieille expression latine^ Regardez-le toujours agenouillé aux pieds de la beauté, et tenant en main la lyre dont il a su tirer de si harmonieux accents : c'est un souvenir de. collège facile à conserver. Pour moi, je me vois dans l'obligation de le traiter autrement par Tétude que je prétends faire de ses œuvres ; c'est surtout le satirique qui appelle mon attention, attendu que c'est dans cette ^ seule espèce d'écrits que je retrouve ce qui nous concerne et nous intéresse.
Catulle, ainsi que vous pouvez vous en convaincre
par les quelques mots d'éloge que je viens de lui donner, peut marcher de pair avec Tamant de Délie; mais il a poirr moi plus de mérite que ce dernier : jeune, inconstant et très-passionné, il eut le malheur ou plutôt la hoxine fortune, pour nous du moins qui vivons dix-neuf siècles après lui, d'exister dans ces temps de dévoue- ^^xit;s sublimés où quelques amis de la liberté s'opposaJ^oxxt à ce que la république fût étranglée par un César. Saxxs doute, U cherchait partout les molles voluptés si faciles au bord du Tibre, ou dans la presqu'île de Sermione; ^^•is il conservait les rudesses natives ; il était Romain, it, tribun, il se sentait des origines de sa nature aire, il était un fils de la Louve, et, à la moindre ^^^SLsion favorable, il retrouvait au bout de sa plume le^ -violences de ces républicains farouches toujours P^^S à guerroyer envers et contre tous. Aussi, ren- ^^^■^ tie-t-on tout à coup des épigrammes dont Fâpreté ^^^''^^ surprend, et c'est là que nous irons chercher ce ''-^i nous convient. Laissons donc de côté Lesbie et ^^^ "fc^ la phalange des maîtresses plus ou moins faciles. 0)ici d'abord un échantillon des douceurs de Taile Catulle soupirant la plaintive élégie : « Furius, ui n'as ni valets, ni servante, ni punaises en ton lit, lïaignées en ta maison,.ni feu dans ton foyer; toi 1; le plus clair revenu consiste en un père et une ^-mère qui mangeraient le diable, c'est une belle îe que de te voir avec ce père vénérable et sa moitié
défierait une planche en sécheresse Tu te
les de tout. Quoi î parce que le froid, le chaud et la
t'auront un peu collé la peau sur les os, tu ne veux
que je te croie heureux? Après tout, tu n'as ni
me, ni' pleurésie. Le catarrhe ne découle point
ton cerveau. A cette recherche de propreté, tu
ajoutes celle d'avoir toa podex net comme une salière. Tu ne vas pas à la garde-robe dix. fois par au, aussi n'est-il caillou aussi dur que ce qui en résulte, si bien qu'il ne tient qu'à toi d'épargner les frais de serviette. Garde-toi de compter pour rieu ces avantages, et cesse de crier après les millions de rente que tu désires. Je t'assure, moi, que tu es dans une position fort douce. » Le poëte, comme vous le voyez, n'y va pas de main morte ; il est impossible de déployer une plus barbare ironie sur l'excessive misère d'autrui. Cependant, cette sanglante satire prouve que Catulle possédait quelques données physiologiques , mais je doute qu'il eût osé dire comme Virgile, hos ego versiculos fcci. Ce début vous surprend de la part d'un homme toujours aux pieds de la beauté ; mais chez les Romains, on n'y regardait pas de si près, et la vie privée, surtout, comportait des Ucences intolérables à nos yeux.
Je vous ai, dans un autre endroit, raconté quelquesunes des ressources que la médecine populaire savait tirer de la sécrétion urinaire; je retrouve dans une des épigrammes l'indication d*une singulière habitude se rapportant à un détail de toilette, à une question d'hygiène par conséquent. Un certain Egnatius, que Catulle déteste, appartient à la race espagnole qui, comme la race grecque, était en butte aux injures des poètes latins. Il l'appelle enfant chevelu de la Celtibérie fertile en lapins ; il lui reproche de toujours rire, môjne dans les circonstances les plus tristes, et cela afin de mieux montrer ses dents magnifiques de blancheur et ses gencives toujours roses. Jusque-là Egnatius pourrait, à la rigueur, ne passer que pour un fat et un mal appris ; mais, ajoute Catulle, c'est un sale et malpropre individu, car c'est dans sa table de nuit que TAragonnais va chercher
son dentifrice. « En conséquence, Egnatius, tu dois sentir que plus tu auras de belles dents, plus on dira qae tu as mis ton pot de chambre à contribution. » N'allez pas croire que cette coutume fut seulement particulière à l'individu que le satirique met en cause. Strabon et Diodore de Sicile parlent de cette coutume espagnole, et ce dernier auteur ajoute que le même liquide servait à bien d'autres usages encore que je ne veux pas vous dire. C'est là une singulière parfumerie dont on pourrait, au besoin, envoyer la recette aux dandys et aux petites maîtresses qui fourmillent dans les villes et usent sans profit pour la société le macadam des boulevards; plus d'un, j'en suis convaincu, essayerait le dentifrice espagnol, quitte à prendre en- ' suite un gargarisme à l'eau de roses.
En dissertant d'Horace, je vous ai parlé des punitions
fligées aux libertins, des émascutations vengeresses
l'adultère. Catulle, jaloux comme un tigre d'une
l>eauté qu'il croit le tromper, menace un rival d'une
Punition dont on pourrait à juste titre lui contester le
^l'oit, a Si tes mauvais penchants, si ta fureur lubrique,
^llo-îent, scélérat, jusqu'à menacer la tête de ton ami,
^ors ^ malheur à toil Puisses-tu, les pieds liés, être
^^posé au supplice que le raifort et les mugils font souf-
1"^^ aux adultères. y> Ce supphce consistait dans l'intro-
^^<^tiioa de vive force, dans le rectum, d'une racine de
^^ifox-t ou d'un mugil, poisson aux rudes écailles :
^^^^it un passe-temps fort du goût des Romains à
^^Saxd des esclaves et des gens de condition inférieure;
^^ ^*^ouveau suppositoire, qui devait être horriblement
^^^ioureux, fut conservé longtemps en Italie, car je hs
^^ïxs Marchettis, chirurgien du xvi® siècle, qu'il fut un
jovi^ appelé près d'une fille de joie, dans le rectum de
laquelle certains jeunes gens avaient introduit de force une queue de cochon dont on avait coupé les soies à peu près ras; vous pensez bien que les tentatives d'extraction du malheureux appendice devaient cruellement faire souffrir la patiente en enfonçant les soies dans les tuniques intestinales. v Notre chirurgien parvint à débarrasser la patiente à Taide d'un procédé très-délicat, que la pratique actuelle n'a pas laissé tomber dans Toubli.
Eh bien ! Catulle, malgré ses violences et ses obscénités, a osé dire : Le poète doit vivre chastement, mais il n'est pas nécessaire que ses vers soient chastes. Savez-vous la raison qu'il en donne? C'est que quand ses . vers sont piquants, et enjoués, ils excitent le désir, non chez les enfants, mais chez les vieillards velus dont les reins sont engourdis. Et Martial, ne s'est-il pas rendu une pareille justice en écrivant ce vers : Mes pages sont ' lascives, j'en conviens, mais ma vie est honnête. En vérité, voilà des principes comme on n'en voit plus; mais la logique n'est pas inflexible, ni le bon sens non plus. En tout cas, cette prétention à l'honnêteté, à la piureté du cœur et des sentiments, mise en opposition avec le dévergondage des écrits, nous permet d'envisager la poésie sous un jour tout particuher; elle ne devient rien moins qu'une substance pharmaceutique, un véritable remède aphrodisiaque qui peut marcher de pair avec le phosphore et la cantharide.
Lisez Catulle, si charmant dans ses tendresses, puis, parcourez ses épigrammes, vous serez étonné de ses haines impitoyables, de ses invectives qu'il a su pousser jusqu'à l'extrême ; il ne connaît pas de milieu : ses élégies sont des chefs-d'œuvre de grâce, ses satires des stigmates ineffaçables. Rufus s'étonne du peu de succès
qu'il a près de ses maltresses ; il a beau leur prodiguer les belles robes, les pierres précieuses, les accabler de présents, tout est inutile : on serait tenté de croire que toutes les espèces féminines s'entendent pour le repousser. Pourquoi donc ce triste sort? Ne soyez pas trop en peine sur le compte de notre homme ; il est loin d'être malade ; il a je ne dirai pas une infirmité, mais un désagrément: sous ses aisselles habite un bouc infect et vous savez si la bête est désagréable.
Les jeunes femmes n'aiment point à le trouver dans leur lit.
Pourtant, un nez moins déUcat s'est i*encontré, et la fropriétaire de ce nez n'est rien moins que la maîtresse de Virron^ l'ami intime de Catulle. « Console-toi, mou ami, dit notre brave poëte, si jamais homme fut vio time à juste titre de l'odeur de bouc qu'il exhale et de la goutte qui le tourmente, c'est ce Rufus qui te remplace auprès de ta maîtresse, c'est à toi qu'il doit cette double infirmité qui te venge de tous les deux ; il l'iufecte et augmente sa goutte qui le tue. »
Ménière, avec son esprit gaulois, fait remarquer que la gouttent l'amour ne sont pas étrangers l'un à Tautre et que nos grands docteurs en gaie science n'ont rien inventé en indiquant comme, cause déterminante de l'arthrite et fillette et feuillette.
Que de choses à relever encore dans l'œuvre de ce poète, dont le latin est si pur et si élégant, même dans ses plus grandes violences de langage. — Je rencontre une épigramme sur Emilius ; il lui dit tout tranquillement :
« Mafoi de Dieu, jene sais ce quej'aimerais mieux sentir de ta bouche ou de ton extrémité intestinale. » Diable de latin ! Catulle, avec un mot, rend sa pensée, et je suis
obligé, moi, de paraphraser ce mot terrible, il fallait cependant que la bouche fut un affreux foyer d'infection, puisque notre homme prétend qu'à choisir, il pré- '" férerait le parfum de l'autre bout.
Ils n'y allaient pas de main morte, les latins I Puis vient le tour de chaque partie du corps, le tout, bien entendu, passé en revue par Catulle, ce qui ne nous engage nullement à notre point de vue médical ; ce sont toujours des réflexions aussi sanglantes, toujours des médications extravagantes et toujours la médecine intervenant dans des situations fort délicates.
Cela prouve une chose, c'est que la science commençait à cette époque à prendre une position ofBlcielIe 'i dans la société romaine, si fort en retard sous bien des * rapports.
N'allons pas plus loin, laissons le Catulle violent et mauvaise tète et fermons par un éloge ce que nous en pouvons dire encore : je vous ai parlé des venins, de l'ortie, de l'ellébore, delà magie et des mages, nous graviterons toujours dans Je même orbite. Ne disséquons pas trop ce que fut Catulle ; disons qu'il avait le sentiment du beau et qu'il admirait le talent des autres. Il nous a laissé, quoique bien jeune encore, quelques vers adressés à Cicéron qui peignent bien et sa modestie et Tampleur de son talent.
toi Cicéron, le plus éloquent des neveux de Ro- ; mulus, de ceux qui furent, de ceux qui sont encore et de ceux qui naîtront dans la suite des âges! reçois les , actions de grâce de Catulle, le dernier des poètes ; de Catulle autant le dernier de tous les poètes que TuUius ,^ est le premier de tous les orateurs.
Cet homme avait du cœur.
SEIZIÈME SOIRËE
•▼14e. — Perse,
Ainsi que vous l'avez pu voir par les quelques renseifaements médicaux que nous avons puisés dans Térence, Horace, Tibulle et quelques autres écrivains latins, les poètes eurent toujours pour amis des médecins en réputation ; aussi prenaient-ils, en compagnie des savants, Thabitude de voir autrement que le commun dés hommes et de revêtir leurs impressions d'un langage plus précis. Leurs écrits, tout en consacrant les erreurs populaires, abondent en descriptions scientifiques, en termes techniques, en expressions heureuses qui font image et rendent avec un singulier bonheur leurs plus intimes pensées. Perse et Juvénal, bien plus encore qu'Ovide, ont excellé dans l'emploi de la contribution qu'ils prélevaient sur notre art : c'est qu'4 leur époque avaient vécu ou vivaient des hommes qui s'étaient acquis de glorieux titres à la reconnaissance publique : Celse, ce compilateur qui fit presque preuve de génie, avait doté le Latum de son beau traité de médecine; puis étaient venus Archigène, Themison, Héliodore et bien d'autres encore, dont les travaux avaient porté Tart médical à Rome presque à la perfection. Repeuple grossier de Romule, dans les derniers
jours de la République, s'était laissé, n'ayant plus rien à conquérir, subjuguer sous la douce influence de la science et de la littérature grecques ; ce peuple, si fort en relard sous bien des rapports, commençait à avoir des velléités scientifiques et littéraires ; les jeunes patriciens, les fils de famUle allaient faire un tour en Grèce pour compléter leur instruction et leur éducation : là ils se liaient avec les maîtres et souvent les amenaient à Rome où ceux-ci finissaient par s'établir, heureux d'être si bien choyés par leurs riches et puissaats élèves. 11 se forma donc au sein de l'empire une société latine d'origine, mais grecque par le cœur et l'esprit et qui se mit à cultiver avec ardeur les lettres et les sciences. Les adeptes de ce monde intellectuel] devaient inévitablement tous se connaître et s'estimer aussi découvrons-nous dans les œuvres littéraires heuroux assemblage de la science et de l'art. Suive bien, je vous prie, ce portrait de la Faim tracé pa^- Ovide : « Elle a les cheveux hérissés, les yeux creur, le teint pâle, les lèvres blanches et sèches, le gosier âpre et enflammé* la peau rude et transparente, les reins courbés, les os saillants, le ventre rentré, la poitrine semble suspendue à l'échiné du dos. La maigreur a grossi ses articulations, ses genoux roidis forment ua cercle, et ses talons deux énormes saillies. » Quelle vigueur dans ce tableau de l'émaciation ! Ne dirait-on un professeur de clinique décrivant à son auditoL l'habitude d'un phlhisique arrivé aux dernières limite du marasme ? Cette énergie de pinceau me paraît éti la preuve d'un esprit observateur qui a dû faire quelque emprunts à une science plus exacte.
Mais poursuivons. Vous vous rappelez que je voil^ | ai fait plusieurs fois mention du terme admis par h
" enfants; pour eux la
mieux supputé que
n, car il dit en
Vénus avait
.uf fois son crois-
jon nom à l'île de
.ose de Myrrha, le poêle
X lune l'avait vue errante,
itigue, elle s'arrêta dans les
t évident que l'auteur des méta-
iTOgé la science pour être presque
jS à ne pas partager l'erreur commune
^nsulté quelque confrère sur la durée
j de la grossesse. — A chaque pas nous
de ces citations qui prouvent que la mé-
jnait un rang élevé sous les premiers Césars.
de guérir y était à peu près tel que nous le
/ons actuellement : d'abord les véritables médecins,
WU8 la bannière desquels venaient se grouper un
tt nombre plus ou moins considérable d'élèves ; puis les mé-
■ decins guérisseurs ou charlatans, les prêtres de toutes
■ ks divinités possibles, les sorciers, et enfin tout le I monde, puisque chacun s'imagine avoir en poche [ quelques moyens excellents pour secourir son prochain ! et parfois lui faire goûter plus vite les douceurs de , l'autre monde.
' Athènes avait dans Romn une docile élève. La science monstrueuse des avortements y fit de rapides progrès ; cette maladie du corps social était dans les mœurs de ces temps lointains : la plupart des femmes, pour ne pas flétrir leurs appâts, pour éviter les stigmates an ventre qui sont inévitables après l'accouchement, ne
Mo
craignaient pas d'aller détruii'e à sa source le résultat fatal de leurs joies impures ; d'autres ressayaient à rinstîgation du père de famille trop chargé d'enfants ou n'en n'admettant qu'un nombre donné; d'autres enfin pour cacher le déshonneur inévitable de leurs plaisirs illicites. Ces pratiques, qui existent encore aujourd'hui, surtout en Orient, sont une des causes les plus grandes de la dépopulation des nations ; tout le monde s'en mêlait, l'impunité étant assurée dans ces âges de fer où l'individu faisait parade de mépriser la vie entre toutes autres choses. On ne se faisait donc aucun scrupule d'interrompre une grossesse commencée : « Déjà ce fardeau arrondissait mes flancs coupables et son poids fatiguait mes membres affaiblis. Que d'herbages, que de médicaments ma nourrice ne m'apjporta-t-elle pas? Combien ne m'en fit-elle pas prendre? Et combien de fois sa main audacieuse ne tenta-t-elle pas d'arracher de mes entrailles ce fardeau toujours croissant. » Toutes ces tentatives furent vainjBs, l'enfant tint bon dans son œuf et résista victorieusement à l'ennemi. Ovide ne dit pas de quelles drogues on se servait ; majs ce qu'il nous importe de savoir, c'est qu'on en employait et que, dans le cas d'un résultat négatif, on recourait aux actes manuels, aux manœuvres directes. Heureusement les procédés n'étaient pas toujours efficaces, et plus d'une jeune fille put dire comme Canacé : Vivax restitit infam artibus, et tecto tutus ab hoste fuit.
Ovide, disons-le bien haut à sa louange, ne partageait pas les errements du jour: Corinne, sa maîtresse, avait vu comme tant d'autres un témoin de sa faute venir troubler ses joies, et comme tant d'autres elle avait cherché à détruire l'enfant qui menaçait de
rompre sa beauté et le cours de ses liaisons amoureuses. Le poôte, furieux d'abord, ne tarde pas à prier tes dieux de le secourir en ce danger imminent : « Toi qui prends pitié des jeunes épouses dans les douleurs de l'enfantement, alors que le fruit caché cherche à sortir de prison, Ilithyia, sois-moi propice et daigne exaucer mes prières... et toi, Corinne, s'il m est permis de te donner un avis, après une telle lutte, n'en tente pas vine seconde... Femmes, pourquoi souiller vos entailles avec un fer homicide? Pourquoi présenter le
cfuel poison à l'enfant qui n'est pas encore Jamais
W ne \ât tant de cruautés chez les tigresses des antres te l'Arménie ; jamais la lionne n'osa se faire avorter. 1 était réservé à de tendres beautés de le tenter, mais non impunément. En étouffant son enfant daas son sein, souvent la mère périt elle-même. Elle périt, et on l'emporte toute échevelée sur son lit de douleur ; et tous s'écrient en la voyant: a Elle l'a bien niérité. »
Voilà des maximes'qu'il ne nous a pas été jusqu'à ce jour souvent permis d'entendre. Ovide avait un sens ^oi^l supérieur. Feuilletez ses œuvres, lisez-en les plus scabreux passages, vous y remarquerez une délicatesse de langage inconnue à ses devanciers ; les plus *^^îMarites peintures de l'amour sensuel sont en quelque ^Oï'te voilées par l'heureux tour de l'expression, l'auteur ^^ respecte et veut être respecté de son lecteur, aussi ^^ent-il la place la plus distinguée parmi les poètes du S^nre, et l'on peut dire que jamais une muse plus charmante n'enchanta les Romains.
Vous n'êtes pas sans avoir lu les Métamorphoses et sans savoir que le dieu de Glaros aima Coronis qui lui ^^t infidèle ; dans sa colère, Apollon frappa la nymphe
tes
d'un de ses traits infaillibles ; mais celle-ci était enceinte, et la vengeance va du même coup trancher la vie de TenfaTit. Goronis est sur le point d'expirer malgré tous les soins que le dieu lui prodigue, c'est alors qu'il se fait chirurgien et pratique une opération pour conserver vivant le fruit de son amour. Quel fut le procédé de cette opération césarienne ? Nous ne le savons pas, mais enfin nous en, conclurons que la possibilité d'entever un enfant vivant du sein de sa mère morte était chose reconnue, et cela est suffisant pour nous montrer jusqu'à quel point la science était arrivée. L'aventure de Sémélé nous fournit un second exemple d'opération césarienne dans 4es conditions plus défavorables : la fille de Gadmus, à l'instigation de Junon la jalouse, pria son amant, don Juan Jupin, de lui venir conter fleurette, entouré de la majesté et delà puissance ' dont il est revêtu quand il va complimenter son épouse. Jupiter gémit en entendant sa bien-aimée formuler un tel vœu ; mais il avait juré par le styx : « Une simple mortelle ne put supporter le fracas qui ébranle les cieux. Elle périt dévorée par les flammes qu'avait allumées son amant. L'enfant encore informe fut i*etiré du sein de sa mère, et, s'il est permis de le croire, un lien l'attacha faible encore à la cuisse de Jupiter. Il y resta tout le temps qu'il eût dû passer dans le sein maternel. »
Bacchus ainsi que vous le voyez n'était pas à terme quand sa mère mourut ; il fut extrait à un âge où il était viable, et cette seconde opération, plus hardie encore que la première, nous est un sûr garant que les anciens avaient bien observé l'époque où le fœtus peut à la rigueur être détaché. Peut-être pourrait-on voir dans rfîtte ciiisse, contenant un enfant, une allusion à ces
cas de duplicité monstrueuse par inclusion, pareil à ceui que la science moderne a recueillis avec tant d'eiactitude ; mais quelle que soit l'interprétation qu'on veuille donner à cette fable, le fait de l'observation médicale n'en reste pas moins et démontre évidemment l'état avancé de la science, puisqu'un profane avait pu «'emparer de ces données.
Je trouve dans la 7*» élégie du troisième livre quelques détails relatifs aux superstitions régnantes. 11 s'agit d'al)ord de la ciguë que l'on considérait comme le réfrigérant par excellence. Ovide, afiaibli par les excès de Soute nature, attribue son incapacité à cette plante : % Engourdi par l'action de la ciguë, je n'ai pu achever le travail commencé, je ne savais plus si j'étais un corps ou une ombre. » Désolé de sa mésaventure, notre homme passe en revue les croyances de l'époque pour se donner le change à lui-même. Il invoque tour à tour la vertu magique du poison thessalien qui ^engourdit les membres, les enchantements, les herbes vénémeuses, la méchanceté d'une magicienne d'Ea qui Ta ensorcelé avec son aiguille et sa laine, enfin une sorcière n'aurait-elle pas gravé son nom sii* de la cire rouge ou enfoncé une aiguille dans le foie. Ne diraiton pas en lisant ces passages que nous sommes en P plein moyen âge, en compagnie des envoûteurs et des astrologues. Il me paraît probable que les Italiens, qui exploitèrent si largement la crédulité publique sous le : règne des Valois, ont emprunté leurs maléfices à cette condamnable source et que le fameux Ruggieri, l'envoûteur de Catherine de Médicis, était (aussi habile que les thessaliennes dont parle Ovide dans plusieurs de ses élégies. Nous reviendrons sur ce sujet en temps et lieu. — Notre poëte, du reste, se moque très-bien de
ces superstitions ; c'est une erreur, dit-il, d'avoir recours à l'art des vieilles femmes de la Thessalie, de faire usage de l'hippomanès enlevé au front d'un jeune poulain..., les herbes puissantes deMédée, les chants magiques des Marses ; ces nénies plaintives ne peuvent faire revivre l'amour ; il est donc inutile de faire boire des philtres amoureux.
Mais si, comme vous le voyez, les réfrigérants tiennent de la place chez Ovide, les aphrodisiaques ne sont pas passés sous silence, car ces substances ont été de tout temps recherchées pour ajouter à la volupté. Ovide, il est vrai, estime que ces drogues sont de véritables poisons, mais il ne laisse pas que de les énumérer avec une certaine complaisance: telles sont la sariette, lô poivre mêlé à la graine mordante de l'ortie, le pyrè-* thre jaune infusé dans du vin vieux, l'échalotte de Mégare dont heureusement les ménagères ne connaissent pas la propriété ; car alors , mais il faut y
ajouter des œufs, du miel d'Hymète et des pommes de pin, et comme cette recette ne se trouve pas dans le parfait cuisinier, soyons sans inquiétude.
Que vou^ dirai-je encore d'Ovide ; je vous ai parlé des principales superstitions qui se trouvent dans ses écrits ; sans doute, j'en pourrais trouver d'autres encore, et en assez grand nombre, sur les hypnotiques, les sources d'hémonie, les hermaphrodites, la toilette des matrones ; j'ai eu occasion dans le cours de ces soirées de vous en dire quelques mots, il me paraît inutile de nous y appesantir. Quittons donc le chantre de Sulmone, non toutefois sans le plaindre bien sincèrement de son douloureux exil aux confins du monde civilisé, tandis que Rome entière récitait ses vers devant l'odieux César qui l'avait condamné.
Perse.
Je vous ai promis de vous faire lier connaissance avec Perse; j'ai été fort imprudent, car je dois vous avoner que mon talent de traducteur ne me permet pas d'aborder sans danger ce poëte inimitable, dont les formes emblématiques ont toujours fait le désespoir de ceux qui ont essayé de le faire vivre dans notre langue.
': Heureusement pour moi, un homme profondément lereédans les lettres latines, M. Perreau, ancien proteseur au collège Saint- Louis, vient me tirer d'embarras, quoique cependant il me paraisse avoir négligé les \ . Quelques expressions médicales qu'on peut rencontrer chez notre satirique.
Quoi qu'il en soit, la traduction de M. Perreau est en- «Mre la meilleure que nous puissions rencontrer ; donc, j'en ferai mon profit, quitte à interpréter à ma façon ce qui, bien entendu, regarde la médecine.
Nous trouverons peu d'erreurs relatées dans les satires de Perse ; mais nous en avons tant relevé chez d'autres écrivains que je ne suis pas fâché de me distraire afin d'effacer la mauvaise impression que m'ont laissée toutes les sottises humaines dont je vous ai entretenu dans ces soirées.
Perse, Dieu merci pour lui, n'était pas médecin, mais comme Horace il dut certainement être lié d'une façon très-étroite avec les plus grands praticiens de son époque ; médecin de l'âme, il a confisqué à son profit les données de la science afin de rendre son idée plus palpable.
Perse s'adressant à un homme d'Etat ignorant et
incapable lui dil (sat. 4«): « Soyons vrais, tu ne brilles que par la superficie ; il faut cesser d'agiter ton plumage aux yeux d'une populace adulatrice ; tu ferais bien mieux de boire l'ellébore d'Anticyre. » — Allusion qui veut tout simplement dire : Mon cher garçon, vous êtes bien et dûment fou, purgez- vous afin de vous guérir.
Mais si Tellébore est le moyen infaillible dans le traitement des maladies mentales, il n'a pas moins û» \ vertus dans les affections du corps, témoin ce passagi de la 3® satire, où le poëte dit en parlant à un -persaor nage réel ou fictif, ce qui nous importe peu : « Le n»» lade, quand l'hydropisie a. gonflé son corps, demandl!, de l'ellébore; il est trop tard, il promettrait en vain< monceaux d'or à Gratérus. Prévenez donc le instruisez-vous, infortunés; étudiez les lois de h\ nature... »
Perse, en plusieurs endroits de ses satires, parle de l'action purgative de l'ellébore ; mais, chose remarquable, il n'indique que cette substance pour produire le résultat désiré ; c'est toujours à elle que revient la charge de chasser les humeurs amoncelées, de dégager les viscères, d'évacuer la bile, en un mot de rétablir la santé; et ces vertus, comme vous le voyez, ont autant d'influence sur le moral que sur le physique du malade.
On se purgeait donc assez fréquemment jadis, et nos pères, dans maintes circonstances, se donnaient de l'ellébore à cœur joie. Enfants soumis, nous n'avons pas dégénéré, car, actuellement encore, nos contemporains s'accommodent très-bien de purgatifs plus ou moins énergiques pour enrayer ou prévenir leurs infirmités ; c'est un engouement assez ridicule qui parfois donne
des déeugrémeiits aux médecins , mais ae sont-ils
pas faits pour tout endurer, quitte à en rire? !!!
Tout en donnant lellébore à tort et à travers quand
le voisin était malade, nos bons aïeux cependant ne
négligeaient pas d en mesurer la dose ; Perse le dit
.dans sa 5* satire : « Irez-vous administrer de 1 ellébore
si vous ne savez pas en mesurer la dose avec la balance
ou le trébuchet. Cela est contraire aux éléments» de
l'art. » — Oh ! oui, cela est contraire, mais quand on
peut bien se passer de diagnostic, il ne me paraît pas
très-nécessaire d'être rigide sur la quantité du médi-
/timent; Tefiicacité du remède doit se mesurer sur
iStbondance des produits de son action.
; Voyez donc comme les poètes se font bien l'écho du
l jfùpuldiiTe !
Maintenant, je vous demande l'autorisation de laisser parler Ménière ; mieux que moi, il vous fera connaître i . notre ardent satirique.
La satire 3* est remplie d'expressions empruntées à notre science ; il y a même une scène assez vive dans laquelle le malade et le médecin sont en jeu et qui contient quelques passages fort intéressants : « Voyez ce que j'ai, je vous prie, je ne sais d'où viennent ces bat- Ibments de cœur, et pourquoi mon haleine son fétide de ma gorge malade. »
Le médecin ordonne le repos ; mais, à peine au bout de trois jours, le sang a-t-il repris son cours régulier, le malade veut aller au bain et fait demander dans quelque riche maison une petite cruche de vin de Surrente. — Mais, mon cher, vous êtes pâle. — Ce n'est rien. — Prenez garde à ce rien. — Votre peau jaune est soulevée par une enflure que vous n'apercevez pas. — Eh! vous-même, avez -vous le teint plus mauvais.
iU
— Voulez- vous faire avec moi le tuteuc? J'en avais uli que j'ai mis en terre ; gare à vous ! Gomme vousmdrez, je me tais. — Notre malade alors se gorge de nourriture ; plein d'aliments, la peau du ventre blafaiiBi il se met au bain en dépit des exhalaisons sulfuiewei qui s'échappent de son gosier ; mais tandis qu'il bQit,l0 frisson arrive ; la coupe de vin chaud s'échappe de ses mains; ses dents se découvrent et claquent; lesmoT' ceaux tombent de sa bouche défaillante. — Et de là ta flambeaux, les trompettes funèbres ; le jeune homnM^ placé sur un lit de parade et tout enduit de parfoo», montre à sa porte ses talons roidis. — C'est-à-dire to pieds en avant, comme on dit encore aujourd'hui. .
Celte lugubre histoire, que Perse raconte à l'un dl acteurs de sa troisième satire, amène une vigourem riposte de la part de celui-ci :
(c Mais, prophète de malheur, tâtez mon podl et posez votre inain sur ma poitrine. — Suis-îi brûlant? Tâtez mes pieds et mes mains, sont-ils froids? Dites-moi, votre cœur est-il en repos quand 1& fille du voisin vous adresse un gracieux sourire. On vous offre un aliment vulgaire, vous le refusez. — Pourquoi ne mangez-vous pas ? C'est que vous avez au fond du gosier un ulcère que vous craindriez d'irriter avec le cardon du plébéien. Vous tremblez quand la crainte hérisse les poils de votre corps ; vous brûlez quand votre sang s'allume et que vos yeux pétillent du feu de la colère. Vous dites et vous faites alors des choses qu'Oreste le fou regarderait comme insensées. »
Vous' voyez que notre gaillard n'y va pas de main morte avec son médecin et qu'il le tance d'une verte façon. Bah ! TEsculape habitué du métier reçoit volon-
lia .
\imu
que
lOQS
Hais
tiers si/ns soiirt^iller ces coups de LoDloir et se dit tout bas à lui-même: Bien, bien, mon homme, chante, ne, ta petite maladie marchera comme le ^emile; tu conserveras encore quelque temps peut-
^ quelques apparences, et puis patatras tumon-
tnnts à la poi'te tes talons roidis.
Vous n'avez jamais assisté à ces petites querelles itimeB entre malade et médecin. — C'est malheureux. -Maiapourquoi vous, docteur, qui guérissez les autres, 8 TOUS guérissez-vous pas vous-même? Je vous ennds souvent geindre, pester contre vos palpitations, «rhumatismes, grogner votre lombago, maudire vos ivralgies. Permeitez, mon ami, je ne suis pas eu use et ne vous demande en aucune façon conseil, leuillez ne pas intervertir les rôles. Parlons devons, nsqne c'est pour cela que je suis ici. — Là est la gué- »ii, là la souffrance. — Veuillez choisir laquelle vous létérei et laissez ma perisonnahté de côté. — RéOé- ^asez et que Dieu vous soit en aide.
C'est pourtant vrai, cela; toujours on veut nous oii nous n'avons nul besoin. Mais ça ne mord
,Ser3e a traité de main de maître ce passage de sa 3' itire; la langue s'assouplit sous la pression de cette l^ume ardente, l'idée est tellement incrustée dans la jlii'ase que Ton ne sait ce qu'il faut le plus admirer de IBApression ou de la pensée. Allez donc avec cela donfier une traduction concise. — Vingt latinistes aborderont le mémo sujet, vingt versions seront en regard, putes plus saisissantes les unes que les autres selon Jdëe dominante du traducteur. ■Pourquoi donc cet homme a-t-il muré sa pensée avec s expressions que chacun peut interpréter dans des
sens si différents. — Pourquoi ? C'est que Perse vi dans la fétide atmosphère d'un Néron et qu'un mi malsonnant eût fait serrer la griffe du fauve.
Perse s'inquiète peu des infirmités physiques, visées sont plus hautes ; mais ce que nous devoni constater, c'est qu*il emploie avec un rare bonheur li expressions médicales dont Ciadius Âgathernus son ami^ médecin grec de Lacédémône, lui a donné h secret et qu'il sait fort bien faire servir un préjugé ou une erreur pour l'appliquer à l'ordre moral.
Mais continuons notre analyse.
Le satirique a mis la botanique à une contribution assez forte : En parlant d'une traduction de l'Iliade pir Attius, poëte d'assez mauvais aioi que certaines gens' d'un goût plus que médiocre applaudissent avec ardeu; il s'écrie : a Bravo ! A merveille. Que prouvent vos e^ clamations? Vous les prodiguez même à l'Iliads d'Attius ennivré de veratrum. M. Perreau, le savant traducteur de Perse, traduit par fumante d'ellébore, ce qui n'est pas tout à fait juste, car bien que les anciens aient désigné le veratrum sous le nom d'ellébore blanc, il n'en est pas moins vrai que l'un est une colchicacée et l'autre une reuonculacée et qu'il y a loin d'une monocolylédoae à une dycotylédone et que le veratinim ne peut être confondu avec le véritable ellébore. Quoi qu'il en soit de cette petite querelle à l'adresse du savant traducteur, il eu ressort que Perse nous indique une muse extravagante, ebria, et que cette folie est produite par une plante qui, d'après les idées du traducteur, eût dû au CDntraire guérir et ramener à la raison celui qui en avait franchi la limite. Ainsi Fernabius dit que Cornéades, voulant écrire contre Zenon, avait pris du veratrum afin d'exciter son cerveau.
ÂtLius, pour sa iraduction de l'Iliade, s'est gorgé de lit drogue malfaisante.
Voici donc deux préjugés populaires bien constatés par Perse ; l'ellébore guérit la folie, le veratriun la produit.
Le populaire avait fait entrer aussi la ciguë dans la classe des médicaments héroïques dont on n'ose prononcer le nom sans quelque sentiment de frayeur.
« C'est le maître qui parle (satb-e 4"), le maître barhu qu'emporta la cruelle ciguë. » Cette périphrase, qui déâgne Socrate, est assez fréquemment répétée chez les latins, et, à défaut d'autre mérite, cette formule, courée par l'usage, eût suffi pour donner l'immortalité à Illustre philosophe dont le meurtre juridique fait ihe sur la splendeur athénienne.
I Dans la 5' satire, la Mollesse dit à un commerçant s-tu donc, insensé î Où vas-tu ?
Poe passion brûlante agite tellement la poitrine qu'une tonne de ciguë- ne suffirait pas à l'éteindre, n Le latin iciest encoie d'une merveilleuse puissance. Allez donc traduire, eu lui conservant son coloris, cette phrase: Matsula bilis iniumnit suit peclore calido. Nous devons nous appliquer avec modestie les vers si pittoresques de notre auteur à propos de cette l'one de derrière qui court sans cesse après la roue de devant sans pouvoir la rattraper : vraie image du ti'aducteur et de son modèle.
Mais les effets de la ciguë n'ont pas toujours des résultats aussi déplorables que ceux produits vis-à-vis de Socrate ; elle ne joue pas toujours le rôle de joison mortel, elle n'eat parfois aussi qu'un simple sédatif. Le vieux SchoUaste a écrit à propos de cette plante. !St autre que le Conium macnlatum de Linné :
^■mi n'est aut
« Le suc de cette plante a pour résultat de ealn^r les ardeurs ; aussi les prêtres de Cérës s'en enduisaient-ils le corps pour réfréner les aiguillons de la chair. » Voici encore une monnaie qui n'a plus guère cours de nos jours et je doute fort que Tabsorption du suc de cette pauvre ciguë ait jamais été un bien grand sédatif aux ardeurs plus ou moins vives de nos passions. Au reste, nous n'avons que peu perdu en détrônant la ciguë, car de nos jours le vulgaire croit fermement encore que le nénuphar a des vertus hyposténisantei très-efficaces contre la maladie ouïes besoins dont nom parlons.
Perse excelle dans la peinture des passions et de leurs conséquences ; il nous montre les hommes en proie i des entraînements irrésistibles en raison de leurs âiblesses ; l'un se ruine au jeu, l'autre sèche d'amour. Mais quand la podagre vient briser les articulations «t les rameaux du vieux hêtre, on regrette les jours passés dans la fange et les ténèbres, on gémit, mais trop tard, d'avoir oublié de vivre ainsi que le comprend notre stoïcien, c'est-à-dire en aUiant la noblesse à la fermeté du caractère.
Il y avait aussi à Rome à cette époque quelques préjugés bons à connaître et se rattachant à quelques dispositions naturelles ou acquises. Ainsi Perse jette en passant ce conseil quelque peu brutal à un personnage doué d'un riche embonpoint et qui cultive la poésie: a II est ridicule de se mêler de faire des vers quand on possède un ventre qui avance d'un demi-pied. » Les Grecs disaient eux aussi : Qu'un gros ventre n'engendre pas l'esprit. Mais cependant nous ne voyons pas que la graisse et l'art des vers soient incompatibles et nous pourrions citer bien des dérogations à cette règle. Il y
a tout lieu de croire que Tallusion du poète s'adresse à Néron, dont Suétone a dit qu'il avait le ventre tombant et qui joignait à cette infirmité une bien plus détestable, celle de faire de méchants vers.
En tout cas, voilà une incompatibilité bien constatée et un drôle de préjugé régnant à l'époque. Nous en pourrions trouver d'autres encore dans Juvénal et surtout Martial. Mais il nous faut enfin quitter les amants I des muses et revenir d'une façon plus précise à nos moutons.
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DIX-SËPTlÉMË SOIBJlE.
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Je vous accorde qu'il est pénible, après avoir lié connaissance avec Tibulle et Catulle, après avoir voleté de droite et de gauche en leur compagnie et récité quelques- unes de leurs charmantes élégies, de retomber lourdement dans le domaine de la réalité ; sans doute, la transition est brusque; mais n'êtes-vous pas l'auteur je dirais volontiers le générateur de cette histoire dB l'ignorance que vous m'avez forcé de vous étaler dam ce qu'elle a de moins attrayant.
Nous sommes loin d'avoir dévidé l'écheveau de sottise et de la superstition ; en eussions -nous l'inten — tion que nos efforts seraient vains parce que l'erreim^jp est une hydre dont une tête se reproduit à mesure qu j^ l'autre est tranchée. Allons courage! nous aurons biei lot franchi la dernière étape de l'antiquité pour arriv^^'J au moyen âge ; cela nous changera, bien que ce soit !ML^ même chose, mais cela sera plus près de nous et quai» ^ nous arriverons à être témoins oculaires, nous nou»^ regarderons dans le blanc de l'œil avec un ébahie-* sèment. réciproque, en nous faisant cette réflexion bieti faite pour nous remplir de joie': Nous sommes pou/' le moins aussi forts que nos pèresi
Dites-moi ? que pensez-vous de l'homme ? de cet être pour qui la nature paraît avoir tout engendré?
iSi
«s- vous pas de mon avis, qu'à d'aussi grands prêts, elle oppose de bien cruelles compensations? La ire est-elle pour nous une bonne mère ou une âtre impitoyable. Voyez l'homme à sa naissance, il jeté nu sur la terre nue ; le premier jour de sa vie vagissements et les larmes sont son actif; puis on ie, on le saisit, on le garotte de tous les membres et voilà étendu pieds et mains liés cet être qui doit Qimander aux autres ; il commence sa vie par des )plices pour le seul crime d'être venu au monde ! elle démence, après un pareil début, de se croire des )its à l'orgueil !
Les animaux au moins sont protégés contre le froid lé chaleur ; nous nous sommes habillés aux dépens ratrui.
Des petits inconvénients sont, paraît-il, les sûres panties de notre puissance future ; tant plus nous métis de temps à nous développer, tant plus nous valons, e je connais pourtant d'idiots et de coquins en ce mde. Ilestvraitiue comme fiche de consolation nous avons admirer de bien sublimes vertus dont la tttemplation élève l'âme et la distrait des ombres qui innent assombrir la vie !
^e soyons pas misanthropes cependant, regardons sites éclairés et tâchons de ressembler à Démocrite it la loi fut de rire. Mais que de fois son rire dût-il ^ plus désespéré qu'une lamentation de Jérémie ! L la première apparence de force, l'homme devient quadrupède, il n'a ni la marche, ni la voix d'un roi ar ; sa bouche est incapable de broyer ses aliments ; crâne, cette fortification de son intelligence future, à. peine ébauché ; la carapace du cerveau n'est pas istituée pour résister au moindre choc, et sans la
précaution qu'a prise le suprême ordonnateur de for^ ment cimenter la base du crâne sur laquelle ramp^^-^^ les filets nerveux indispensables à noire précaire exî ^^ tence, la plus légère secousse nous anéantirait. I^^ animaux au moins ont leurs instincts : Tmi a xnx^ course rapide ; l'autre fend l'air à défier tous itf^ moyens de locomotion ; d'autres encore franchisseti* dans un temps inappréciable les plaines inuneDsesl^ l'Océan ; l'homme seul ne sait rien sans Tapprentof ni parler, ni marcher, ni se nourrir. — Si, il canMH une chose, c'est de pleurer. Aussi que dlntelligeottl d'élite ont-elles pensé que le mieux était de ne {M naître ou d'être anéanti le plus tôt.
Les bêtes ont reçu du Créateur le don de "rim honnêtement avec leurs semblables ; mais c'est ceili de l'homme que l'homme reçoit le plus de mal.
Je vous vois pardieu bien sourire et j'entends voto démon intérieur vous murmurer à l'oreille :
a Décidément ton ami digère mal, quel vieux grognon ! hélas ! j'ai vu tant de mal dans nos Sociétés et si peu de bien, qu'il faut bien que j'épanche ma bile, puisque nous sommes entre nous. Je n'en digérerai pal plus mal, soyez tranquille ; je me croirais trop exposé à une dyspepsie perpétuelle, et pour im bon repas que je puis faire par an, j'ai pris le parti de ne pas faire les autres mauvais.
Je ne m'oppose donc point à la rotation de la machine ronde ; je regarde le tableau changeant qui se déroule à mes yeux ; j'admire quelquefois, souvent je plains, jamais je ne maudis et cela parce que j'ai la conviction peut-être orgueilleuse dans ma petitesse d'une vie toute autre que notre apparition terrestre.
Si de nos jours nous avons encore bon nombre d'idées
erronées sur la constitution physique de notre globe, sur les mœurs, les erreurs, les superstitions des nations, quètait-ce donc dans l'antiquité î
Je vous ai parlé des superstitions et des croyances
que la partie civilisée de la terre attribuait ou décernait
à celle qui était censée ne pas l'être ; je vous ai dit
quelques mots des Ophiogènes dont les attouchements
guérissaient la morsure des serpens au dire de Cratès
de Pergame et de Varron ; les Psylles et les Marses
jouissaient de pareilles prérogatives ; mais d'autres
familles d'Afrique, par la vertu de paroles enchantées,
^jhisaient périr les troupeaux, sécher les arbres et mourir
l'hs enfants ; les fribades et les lUyriens étaient réputés
Sfpoisons ; les Pharnaques d'Ethiopie faisaient mourir de
P«onsomption tous ceux qu'ils touchaient de leur sueur.
Gicéron même assure que toutes les femmes qui ont
les pupilles doubles nuisent par leur regard, tant la
sature s'est complue à créer même des poisons dans
tout le corps et dans les yeux de certains individus, de
peur qu'il n'y eût quelque part une influence funeste
qui ne fût pas dans l'homme.
Triste maître du monde, il n'a pas assez de ses imperfections ; la légende, l'amour de l'absurde et du merveilleux, l'ont habillé et travesti et surtout tellement défiguré qu'on en est à se demander si les historiens du temps, comme les Gascons de nos jours, n'ont pas anaplifié à Tenvi l'un de l'autre les monstruosités des peuples et s'il n'y a pas eu entre eux un véritable concours de dois et de mensonges.
L'Afrique et l'Inde sont surtout les contrées les plus fertiles en merveilles. Là les hommes ne crachent jamais, n'éprouvent jamais de douleurs de tête, de dents ou d'yeux et rarement de douleurs dans les autres
iS4
parties ; leurs philosophes qu'on appelle gymnosophistes gardent depuis le matin jusqu'au soir les yeux fixés sur le soleil et se tiennent sur un pied toute la journée dans les sables brûlants. Dans la montagne Nulo les hommes ont tous les pieds tournés en dehors et huit doigts à chaque pied. Ctésias écrit que dans beaucoup de montagnes les hommes ont une tête chien, s'habillent avec des peaux de bêtes et aboyent au lieu de parler ; il ajoute gravement que de son temps leurs villes contenaient plus de 120.000 habitants ; il parle aussi d'hommes appelés Monocoles qui n'ont qu'ime jambe et qui .«sautent avec une agilité surprenante ; ce» mêmes hommes sont appelés Sciapodes {(r/ia ombre TTouç pied) parce que dans les grandes chaleiu*s, CGOr chés par terre sur le dos, ils se défendent du soleil par l'ombre de leur pied comme nous le ferions d'un parapluie.
Eudoxe prétend que dans le Midi, les hommes ont le pied long d'une coudée et les femmes si petit qu'il n'est guère que de la grandeur du pied d'un moineau.
Mais voilà qui devient de plus en plus fort, Mégasthène mentionne une nation d'entre les nomades de l'Inde qui n'a que des trous pour narines ; une autre, vers les sources du Gange, qui n'a pas de bouche et ne vit que de la respiration des odeurs aspirées par les narines et qu'ils ne prennent aucun aliment solide et aucune boisson.
Il fadt après cela tirer l'échelle, car il n'y a plus lieu de s'arrêter dans l'énumération des merveilles de la nature. Pline ajoute naïvement. que ces produits sont des jouets pour elle et des merveilles pour nous et que c'est par de tels moyens que la puissance créatrice se manifeste delà façon la plus splendide.
Si des généralités nous desceiadoua à l'individu, là encore nous trouverons de ces grosses Inepties que des siècles ontà peine renversées, bien que depuis de longues années la science les ait prises à partie et en ail fait loucher du doigt le ridicule : témoin les Androgynes dont les anciens relatent des cas extraordinaires. Ces êtres réunissaient les deux sexes et usaient tour à tour de l'un et de l'autre. Gallimaque les fait même vivre en Bociété. Jamais il n'exista chez l'homme de véjitable hermaphrodite, aucun animal k sang rouge n'a même offert la réunion des organes mâles et femelles assez bien conformés pour le rendre capable de se féconder lui-même; aussi n'existe-t-il aucun exemple de ces tnërations solitaires ; do fausses apparences et c'est ■esque toujours sur elles que nous établissons nos lyances, out trompé les observateurs. Un examen ittentif, une dissection exacte n'ont fait découvrir dans êtres équivoques, chez qui les attributs des deux sexes semblaient réunis, qu'un assemblage confus d'organes mal conformés, c'est-à-dire la séparation accidentelle de parties qui sont ordinairement réunies, 'union de certains organes qui doivent être séparés ; .nlôt un développement extrême, d'autres fois un défaut d'accroissement: bizarre assemblage condamné par la nature aune complète et éternelle stérililé. L'androgyne est un monstre qu'on peut joindre à tous ceui que l'on connaît et sur lesquels règne encore un si grand nombre de préjugés.
Cette croyance avait jadis force de vérité; la Grèce et iBome n'avaient pas oublié l'androgyne dans leur iCosmogénie ; la poésie s'était emparée de cette donnée it l'on crut à l'hermiphrodite sous la double inflirence >de la science et de la religion. Ovide, le grand théologien
du temps, fait Hermaphrodite fils de Mercure et de Vénus; il était, dit-il, d'une beauté si parfaite que la nymphe Salmacis en devint éperdument amoureuse en le voyant se baigner dans une fontaine où elle présidait ; outrée de n'avoir pu le rendre sensible à son amour, elle pria les dieux de les unir de façon que leurs deux corps n'en fissent qu'un dans lequel les deux sexes fussent exactement distingués. Cette grâce lui fut accordée.
« Ils ne sont pas deux ; cependant la forme est double; on ne peut pas dire que ce soit la forme du corps d'un jeune garçon ou d'une jeune fille ; ils ne sont ni l'un ni l'autre quoiqu'ils paraissent être l'un etTautre. »
Spon nous a donné dans ses recherches curieuses sur l'antiquité deux pierres précieuses sur lesquelles on voit gravée la fable d'Hermaphrodite. La première qui est une Cornaline le représente dans un bain prêt à ] embrasser la nymphe Salmacis avec laquelle il ne devient qu'un corps qui néanmoins retient les deux sexes. La seconde le montre déjà changé de la manière qu'on le voit à Rome par les statues de marbre et de bronze.
Mais si l'androgine antique vit ériger des temples en son honneur ; si le maibre et l'airain furent ses tributaires pour rappeler ses gloires et son origine céleste ; les siècles postérieurs ne virent pas du même œil cette dérogation au plan général du Créateur. Ce qui fut un Dieu tomba dans le mépris, puis devint un sujet d'horreur et fut jugé digne de toutes les vexations et de toutes les persécutions possibles. Triste retour des choses d'ici bas : Brûle ce que tu as adoré ; à l'encens succède l'infamie, à l'adoration le bûcher ; on vit en effet dans les derniers temps de l'empire romain, puis au moyeu âge et aune époque plus rapprochée de nous, de pauvres
■ nei
malheureux biùlÉs el [iciidus poui' le fait seul rt'uiiL' <H-gaaisation défectueuse ou incomplète.
La question <le l'hermaphrodisme a louguement été coatroversée. Ortains Babbins on télé jusqu'à prétendrb qu'Adam l'était avant son péché et qu'il avait été créé pour vivre en cet état; Gaspard Beauhine, uaanatomisle assez distingué, s'est donné la peine de digcuterce point de doctrine et l'a fait avec une certaine érudition, bien qu'il iuieût été préféiable d'exercer aou inlelliyencesur tout auti'C sujet.
Médecins, légistes et casuisles ont tour à tour apporté
leiifs réllexions et leur travail pour élucider le point
isez obsciu- de ces aberrations dans la constitution
.ysique d'individus dégradés; les médecins surtout,
r uae étude sévèi^e, ont plus que tons rendu d'éminents services à ces déshérités, car la plupart du temps les autres ne cherchèrent tju'â attirer sur ces malheureus Ips rigueurs du bras séculier.
Les Androgynes inspirèi-ent aux premiers Romains une terreur superstitieuse ; Us étaient condamnés par les lois des Aruspices à être noyés quelques années après leur naissance, parce qu'ils étaient regardés comme des monstres d'après uu décret de Romnlus. Mais du temps de Pline, on laissa tomber cette injuste prévention, car il dit d'eiLX : « Ceux qui viennent au monde pourvus des deux sexes, que ion nomme hermaphrodites et que l'on connaissait autrefois sous 1 nom d'Androgynes, étaient regardés comme des mons- U-es ; mais maintenant on en £iit ses déUces. »
Dans l'Iûde, on exerçait contre eux toutes sortes d
lautés, et comme ils étaient eir fort grand nombre, Is étaient employésaux ouvrages quol'on commet aux chevaux en Europi'.
Un édit de Constantin, cet empereur si sage et ^3 éclairé, traquait ces pauvres gens et les condamnait ^ mort. Nous connaissons des faits lamentables consignée dans les Archives de la législation ; un arrêt du parle— mont de Paris condamna à être brûlé un jeune hermaphrodite pour avoir fait usage du sexe que les magistrats lui avaientinterdit ; une servante écossaise à qra* l'on avait imposé le sexe féminin, fût enterrée vive par sentence du Juge pour avoir engrossé la flUe de son maître.
En 1663, un fait plus curieux encore se passa dans le royaume de Valence, et il ne tend rien moins qu'à établir l'authenticité de la réunion complète et parfidte des deux sexes ; noire qualité de médecin nous fera bien trouver quelques arguments contre sa véracité; mais il n'en n'est pas moins intéressant à connaître.
Deux jeunes personnes furent mariées ensemble, et peu de temps après, elles se trouvèrent Tune et l'autre enceintes ; elles furent poursuivies au criminel, déclarées coupables du crime le plus abominable et condamnées au feu. Laurent Mathieu, docteur 'espagnol, consulté à leur sujet, décida en leur faveur que l'Eglise leur avait donné le pouvoir de s'unir ensemble et deiiô faire qu'une même chair. « Mon avis, dit-il, est qu'il n'y a point de crime en ces hermaphrodites, et pour ce qui est du for intérieur, mon sentiment est qu'ils pouvaient user licitement des deux sexes, en vertu du pouvoir qu'ils ont acquis l'un à Tégard de l'autre par le sacrement de mariage, étant devenus une même chair pour engendrer ensemble et pour remédier à l'incontinence. »
On trouve dans Ambroise Paré la figure de deux jumeaux joints ensemble par le dos et qui avaient l'un
el l'autre les parties nalurelles aux deux sexes jiarfaitfis et exactes dans leurs ligures et leurs dimeusioiis, au moins exlérieurement. Mais Paré nous eut satisfait bien plus s'il nous eût transmis la connaissance des parties internes, seule qui pût résoudre ce point délicat. Riolan parle bien aussi d'un sujet qui avait le pouvoir de souffrir et d'agir; mais là, comme dans le cas de Paré, [ l'exactitude anatomigue est en défaut.
Cette réflexion s'applique au fait du royaume de Va- I lence ; l'argumentation du légiste espagnol est bonne I par le fait d'avoir soustrait au supplice deui pauvres I créatures en s'appuyant sur l'indissolubilité des liens I contractés par le mariage; mais il meparaît en ressortir l-ceci: c'est que nos Androgy-iies étaient deux femmes; 3 lors, la conclusion vient toute seule. Je ne puis ter- I miner ce qui touche les erreurs et les superstitions se I rapportant aux hermaphrodites sans vous faire le récit "^u chirurgien Lecat à l'Académie des sciences de Rouen ^ers le milieu du siècle dernier.
« Marie Le Marcis, du canton de Montîvilliers, au
Havre, ayant été quinze ans fiîle, s'aperçut alors qu'elle
L avait quelque chose de mâle. A l'âge do 20 ans, obligée
^ coucher avec une jeune veuve ; elle en vint à faire
^ confidence et la démonstration de ses qualités ; peu-
"^Tit un an la veuve tint bon, puis au bout de ce temps
s abandonna complètement a son amant, et avoua qun
I "^s démonstrations de Marie étaient bien supérieures à
I WUes de son premier mari. Le cas de conscience ayant
r^ levé par le grand pénitentier de Rouen, la veuve
f *^coutumée à coucher avec Marie eut encore bien moins
peur de Martin, de sorte qu'on ne flt qu'un lit pendant
' ™ Voyage de Rouen, et jusqu'au jour de la vraie noce,
"^ Marcis continua à remplir en perfection les devoirs
d un mari , mais la justice de Montivilliers en prit de l'humeur, et vint par un décret troubler la félicité de ces tendres amants, et le couple amoureux fut forcé de se soumettre à une séparation bien plus cruelle que la prison ; mais ce n'était là que le prélude d'autres calamités ; Martin le Marcis trouvé fille par foule de médecins, de chirurgiens et de matrones, fut, d'après leur rapport, condamné à être pendu et brûlé comme tribade et sodomiste.
L'amante du malheureux fut condamnée à être présente à l'exécution et ensuite à être fouttée et bannie ; ce fut en vain que Marie déclara que Martin lui avait en quinze jours fait plus de soixante démonstrations de J virilité parfaite sans détours illicites ; ils perdirent leur cause. Appel au parlement de Rouen, un seul médecin, Jacques Duval, soutint la qualité d'hommei^en décou^ vrant dans le fond du sac apparent de Marie, une verge bien et dûment conditionnée, mais malgré l'attestation de Duval qui avait bien constaté le pénis, le gland, l'orifice et même l'éjaculation, on s'en tint à la pluralité des suffrages qui regardaient le sexe de Marie comme indécis ; on ne s'avisa point pour mettre un terme à toute équivoque, de mettre Martin pour quelques moments dans les situations heureuses qui l'avaient élevé au rang d'homme parfait ; on aurait alors vu l'énigme s'expliquer d'elle même, et le limaçon caché si profondément dans sa coquille, en sortir avec une pompe qui mérite une plus noble comparaison ; en tout cas, si cette épreuve efit paru matière à scrupule, ne pouvait-on pas faire célébrer le mariage et l'annuler si la virilité de Martin n'était pas constatée par rcUe épreuve ? Les juges en pensèrent autrement ': Marie Le Marcis fut condamnée à reprendre les habits de fille
iu$gu*à tâge de 25 ans où que par justice ou autre-
nmi en eûl été ordonné^ avec défeme, sous peine de la
m, d'essayer ses talents avec aucun des deux sexes. Qui croirait qu'il y a deux cents ans il était aussi
dangereux d'être hermaphrodite que faux monnayeur ouassassin. Nous sommes, dieu merci, plus raisonnables que nos pères à cet endroit ; mais le sommes-nous tout à fait ? Ne nous reste-t-il pas encore un peu de leur harbarie quand nous condamnons un hermaphrodite à opter entre les deux sexes. Que dirions-nous d'une nation de Cyclopes qui ferait crever un œil à tous ceux de notre espèce qui tomberaient entre leurs mains ?
Un dernier mot sur ce sujet: En 1765, Jean-Baptiste Grand-Jean languissait pour un pareil crime dans les prisons de la conciergerie de Paris. Il fut condamné à être attaché au carcan pendant trois jours avec cet écriteau : « Profanateur du sacrement de mariage^ »à être fouetté par la main du bourreau et au bannissement à perpétuité.
L'arrêt fut cassé, grâce à l'éloquence de l'avocat Vermeil ; l'accusation en profanation de sacrement fut infirmée, et l'accusé mis hors de cour ; cependant il lui fut enjoint de reprendre les habits de femme, avec défense de hanter Françoise Lambert et autres personnes du sexe.
N'est-il pas triste de penser qu'il y a un siècle à peine notre Société était sous le coup de pareilles pénalités. Grâce à l'anatomiste, au médecin, les déshérités dont nous venons de nous entretenir ne sont plus passibles de la corde et du bûcher; la science les a ravis au bourreau alors que la superstition les lui livrait, les en rendait justiciables. Grâce à elle, à ses efforts incessants, à sa marche bien lente, il est vrai, mais constante
et sans repos, Thumanité doit de se débarrasser chaque jour de cette gangue impure qui Tétreint de toute part et voile les splendeurs de Tinteiligence. Rappelons continuellement ces paroles de Voltaire : On se plaint que je me répète, je me répéterai jusqu'à ce qu'on se corrige. Instruisons, instruisons.
DIX-HUmÈME SOIREE
MétoBiorpliOses. — > Maste.
Vous voyez que la compagnie des savants, si elle a.
son côté aride^ n'est pas non plus sans quelques attraits ;
K 'fous ne vous doutiez pas que nous, qui maintenant
l regardons avec une curiosité froide les quelque rares
y Androgines qui viennent exhiber dans nos amphi-
téâtres et nos écoles leurs répugnantes infirmités,
moyennant quelques pièces de menue monnaie, fussent
redevables à la science de leur repos et de leur liberté
et même de leur vie ; ils ne sont pas les seuls à jouir
des bienfaits de notre persévérance dans le travail, et
je puis vous citer encore une classe de misérables qui
BOUS doivent au moins autant.
Longtemps on a cru au changement de femmes en hommes ; nos bons aïeux ne voyaient rien là d'impossible, et même, à certains moments, ils eurent presque eavie de diviniser l'être chez qui cette transformation s'était opérée ; mais ce ne fut pas non plus sans peine que ces méthormorphosés purent jouir des droits que toute Société accorde à chacun de ses membres;
Notre Pline dit très- gravement que le changement de femmes en hommes n'est pas une fable. On lit en effet dans les Annales que, sous le consulat de Licinius Grassus et de Gassius Longinus, l'an de Rome 581 , une fille encore sous la puissance paternelle devint un
garçon à Casinum et fut transportée par Toidie defe Aruspices dans une île déserte. Lucinius MucianiiBiap^ porte qull vit à Argos un individu du nom d'Âiesooc»-^ gui avait porté le nom d'Arescuse, et qui même pris mari ; il lui vint de la barbe et des parties et il prit femme. 11 en arriva autant à un garçon Smyrne qu'a vu le même Mucianus. Moi-même, rhistorien de la nature, j'ai vu en Afrique Gassidi citoyen de Thysdris, qui fut changé en mâle le jour d ses noces : on trouve encore dans nos confiants conscrits de la science la relation de quelques faits i logues, mais la plupart rentrent dans le cas de hermaphrodites dont nous avons déjà glo^é, et qD0 quelques retardataires ont regardé comme réunissait les sexes au degré de perfection que la nature rédaM afin d'en tirer profit.
Jean Ghroker dans ses Centu/ries^ rapporte de la manière la plus authentique qu'une religieuse de Tordre de Saint-Dominique, dans la ville d'Ubéda, nommée MagdelaineMugnoz, fût changée tout à coup en homme^ sept ans après avoir prononcé ses vœux. Elle' fût exdao du couvent et prit des habits d'homme. La barbe to* vint et elle fût nommée François Mugnoz. La force d** tempérament de ce nouvel homme prit tellement l-^ dessus qu'il fût aceusé de rapt par une fenmie (p^ rendit enceinte, et fût condamné en conséquence.
Ambroise Paré cite de même le cas d'une fille de ^* ans, qui en badinant au lit avec une de ses camara^^ vit avec surprise les parties de l'homme se développa sur elle. Les parents en donnèrent avis à l'official de -^
ville de Reims où le cas arriva en 1560 ; son nom Jeanne fut changé en celui de Jean. Mais rien n' en ce genre le récit que fait Pontanus, récit attesté
'Hés de son temps. En Tannée
me après avoir accouché
' qu'elle avait faculté
iques lignes consignées
rage sur la foi des on-dit,
JUS sommes d'un autre côté en
.poque où les meilleurs esprits, où
.s en sont encore à douter de leur
jut sérieusement ces impossibilités qui
^ttsserles épaules. Est-ce l'habitude morbide
^rtition qui nous fait rencontrer ces sornettes
. ieurs écrits, ou n'est-ce pas plutôt une concession
«l'esprit du temps, voire même la crainte du tribunal
niouté de l'inquisition qui a forcé la main de ces
JûDunes dont nous sommes bien obligés de reconnaître
h haute intelligence. Est-ce qu'un Fernel, Femel, que
MB contemporains ont surnommé le second Hippocrate,
ii'a pas doctement entassé dans son livre des cames
.9tCikUes des histoires de diable et de magie à donner la
Aair de poule ? Est-ce que Paré ne nous raconte pas
1b8 exploits d'un démon qui avait élu domicile dans le
ttnal rachidien d'un de ses clients? Jean Wier lui-
^nfiaie, dont la vie fut une lutte perpétuelle contre l'in-
cpiifltHm, dit avoir vu un certain sorcier disparaître
dans les airs aux yeux du peuple assemblé, tenant la
qtieiie de son cheval, tandis que la femme du thauma-
âirge suivait suspendue au pied de son mari, et laser^
vante aussi accrochée aux jupons de sa maîtresse. Et
Wka pour comble de prodige, qu'à l'heure même de
eotte ascension, d'autres avaient vu le sorcier et sa,
ftmine sortir par une des portes de la ville pour une
promenade à la campagne.
A tous ces fBdts ^d'hermaphrodites et de métamc^^ phoses, il manque donc le cachet désirable d'authen cité que la science est en droit d'exiger ; et qu'à mesure que nous avançons le prestige s'i drit et arrive à disparaître tout à fait pour ne place qu'au fait que la raison est en droit d'accepter.
Les anciens admettaient généralement que les orgaiOT^ reproducteurs, semblables dans les deux sexes, diffr^ raient seulement par leur situation ; en sorte que 1^ femme possédait à l'intérieur les organes qui, cha l'homme, existent au dehors. Aristote l'afOrme poôfr vement. Rien de plus vraisemblable alors qu'une "riiH lence quelconque, en déterminant alors la sortie desoih ganes sexuels pût produire la métamorphose de 11 femme.
Trois filles juives essayèrent en se promenant dtffranchir d'un saut un large fossé et furent bien soi^ prises du changement qui s'opéra en elles. Le changement ne s'effectua pas sans douleur. Les parents, privés d'enfants mâles, s'imaginent que le ciel accorde ua miracle à leurs constantes prières. Les matrones dn lieu vérifient le fait et s'en retournent, glorifiant toat haut le Seigneur et s'écriant : « Non, jamais rien de semblable ne s'est vu dans Israël I » Les magistrats partagent l'étonnement général. Par malheur pour les amis du merveilleux, le médecin appelé ne voit dans la prétendue métamorphose qu'une chute complète de la matrice pendante hors de la vulve. Cet organe laissé au dehors eût blanchi et fût devenu rugueux par le contact de l'air et le frottement des vêtements, et l'erreur serait devenue plus plausible ; mais notre confrère eut bientôt rétabli les choses et rendu à leur destina-* tion ces hommes de formation si précipitée. Dans un
HtlôgUH, Saviard ût rélurmer ua arrêt du parlef^eni de Toulouse qui enjoignait à une fille affectée ^ ti«e chute de matrice de porter à l'avenir des habits "^'-ti-orame,
O'est ainsi que la science elle-mâme s'est faite la cOïanpIice de l'absuMité ; ne lui en gardons pas ran- '^'^Eae.mou ami; comme je vous l'ai bien souvent répété, la.ï-test long, la science est bien difficile et la vie e* t lieu courte. Les générations vont vite ; un millénaire est japidement franciii, et bien petit est l'appoint qu'il apporte à l'édification du temple intellectuel. Ayons Wiijours présent àl'esprit le précepte du grand maître : ^^'s longa, vUa brevis, experienlia fallax, judicium
Et puis, le moyen âge avec sa douzaine de siècles, " ©st-il pas le rcndez-voua de toutes les erreurs et de 'ûUb les fanatismes ; en vérité, cette époque maudite, *** y comprenant même les deux premiers siècles de la l^naissance, danse devant nous la danse dos Ilotes ; Personne alors u'était dans son rôle : ni la théologie (jui exterminait a» nom de l'infinie miséricorde, ni le juge îtii appliijuait sans trouble un code de sang abrogé défaits plus de mille ans, ni la médecine dont la robe "oire venait frôler la rouge casaque du bourreau.
Ah! l'on nous parle à chaque instant du temps passé! * est atroce ; et puisque le nom de cette époque fatale *st, venu s'imposer à notre conversation, je veux faire *ïlcore une fugue que j'ai bien droit de me permettre, ''Ous promener quelques instants parmi les défaillances l^Umaines du moyeu âge et vous montrer jusqu'à quel point d'absurdité le peuple est descendu . — Reparlons ionc de la magie, mais de la magie presque notre con- M temporaine; je dis presque, c'est tout à fait notre con-
temporaine que je devrais dire : n'aycms-noitt {M ^ Mesmer, les Caiotte, les Cagliostro, H"* Boodi* M""* Knidener, voire même le pauvre idiot de Oallaidc nommé Martin , le cantonnier Vintras et tant d'antr* encore de nos jours qui, il y a deux aièdes à peiiL^ eussent expié dans des tortures sans nom des aben^ tions de rintelligence qui relèv»[it des médecins ds H cêtre et de la Salpéthëre.
Mais tout d'abord, distinguons, car le mot de ma/it a été bien détourné de son acception première, teikr que nous l'envisageons actuellement. L'expressioD is magie indique quelque chose de mauvais ; c'est 11 diable, ses pompes, ses œuvres : le mage, c'est le ctnft latan, le bandit, l'exploiteur de l'ignorant, le filou qà^ par des pratiques superstitieuses, porte la frayeur et 11 crainte dans les intelligences timorées ; c'est en un mfl le sorcier, comme tous les jongleurs dont je vous i parlé dans l'une de nos soirées. Bien des gens défini raient volontiers la magie, l'art de produire des eifibi sans cause.
Eh bien non. — Les anciens désignaient souslenoi de Magie la science universelle ; elle réunit ce que ] philosophie peut avoir de plus certain, et ce que la rel gion a d'infaillible et d'éternel ; elle a prétendu conc lier deux termes qui paraissent jurer de leur accoupli ment: foi et raison, science et croyance^ autorité i liberté.
C'est dans ce sens élevé qu'Abraham, Ckmfuciu Zoroastre sont appelés Mages, Mages aussi sontHénod Moïse, et les rois qui vinrent du fond de l'Orient visiti Bethléem.
C'étaient les sages, les philosophes, les érudits, h savants avec qui la superstition n'a rien à démâler^
tf^^ c'est la Magie fausse, la sorcellerie qui est notre
tfO^^^^^iire, et que les efforts des hommes instruits et
gmtout des médecins ont depuis bien longtemps com-
liodlue par tous les moyens que la science et l'observa-
tlou ont remis entre leurs mains.
Quelques mots sur l'histoire du dogme fatal que ^ignorance imposa à nos ancêtres vous donneront la fliesare des progrès de cette vésanie ou folie qxd soumit 40 iBonde entier.
Gomme les individus, les populations semblent con-
dmmées à traverser certaines périodes morbides ; soit
la maladie frappe le corps, soit qu'elle enlise Tin*
[igence: à telle époque la lèpre, à telle autre la
Fpeste, à telle autre encore la syphylis ; au moyen âge
:9b dans les deus premiers centenaires de la renaissance
itoct malheureusement nous ne voyons que les beaux
oâlés^ la perversion de l'intelligence dans ce qu'elle a
4a plus douloureux ; la négation du sens commun
fortée jusqu'à l'absurde I On pourrait se croire sous
l'illusion d'un affreux cauchemar. Puis enfin, on se ré-
▼flôUe, on se tâte, on se rassure et l'on est heureux de
dedixe : j'ai rêvé. — Mais non, ce n'est pas im rave,
efest du déUre parfois porté jusqu'à la frénésie.
Quand on voit des intelligences aussi fortes que' celles des Raymond Lulle, des Bacon, des Fernel, des Paré bésiter devant la négation de Satan, combien la croyance de cet anti-Dieu ne devait-elle pas être génémle dans les masses?
La personnification royale et presque divine de Satan est une erreur qui remonte au faux Zoroastre, c'est-à-dire au dogme matérialiste des seconds mages de la Perse ; ils avaient changé en dieux les deux pôles du monde intellectuel ; de la force passive, ils avaient
fait une divinité opposée à la force active. La mythologie Indoue nous , enseigne la môme monstrueuse erreur. Arimanes est le génie du mal, ou du moins son père, comme le comprennent les légendaires superstitieux ; aussi disait-on le diable est menteur comme son père.
n en advint évidemment de ce système, comme il en est de tous les systèmes dychotomiques, que Tun des plateaux de leur balance, trop chargé, finit à la longue par tout emporter.
Arimanes remporta; Ormuz, le génie du bien, baissait partout ; Tautre, bien que simple vassal, était en fait le maître et gouvernait. Il était, comme le dit le professeur Axenfeld, le cardinal-ministre de ce nû; il était le marquis de Buonaparte qui conquérait l'Europe par autorisation spéciale de Sa Majesté légitime. Le consentement du ciel, une juste permission de Dien, voilà eflfectivement la seule restriction que cette doctrine blasphématoire apportait à l'omnipotence dm diable. Dieu permet que le fœtus dans le sein de sa mère soit dédié aux enfers et que l'homme leur rester acquis ; Dieu permet que la vierge vouée aux autels soi^ dans le sanctuaire môme souillée par l'Impur, et cela--^ en expiation de son peu de foi, et parfois aussi en expiation du peu dé foi d'un autre I car la société étant responsable dans chacun de ses membres, la faute de Pierre pouvait être « justement » punie sur Paul. — Ceci me rappelle la sentence d'un juge chinois qui condamne à mort un tailleur poiu* le vol commis par un cordonnier ; comme excuse, la ville ne possédait qu'un cordonnier et elle avait deux tailleurs. Ceci me rappelle aussi les procédés des satellites du roi Guillaume de Prusse pendant la néfaste guerre de 1870-71,
Comment diable les casuistesn'ont-ils pas été choqués de la contradiction de ces deux idées : la permission de Dieu et la culpabilité de Satan? Ârimanes est pris chassant sur les terres d'Ormuz ; n'a-t-il pas son permis en bonne forme? De quel droit le traquer, Tinjurier, lui faire subir les vexations de Texorcisme. Ormuz permet. Â-t-on jamais vu pareille anomalie, et que dirions-nous d'un tribunal sévissant contre Texécuteur des hautes-œuvres, d'une police prenant au* collet ses propres gendarmes I (Âxenfeld.)
La conséquence fatale du mal que Dieu laisse faire et qu'il peut empêcher, c'est que les coupables, s'il y en a, ne sont pas responsables de leurs méfaits, ils ne sont par le fait que les mandataires du démon qui a toute autorisation de la part de son supérieur. C'est la fatalité, ananke.
Ce système a conduit à toutes les iniquités. — Non pas que je prétende innocenter les crimes qu'a engendrés la magie noire, mais combien sont morts victimes de leurs hallucinations, et, j'ai eu l'occasion de vous le dire tout à l'heure, la folie était à l'ordre du jour. Âvezvous jamais assisté à im combat, à une bataille, quand la déroute vient ébranler les bataillons les plus compactes et jeter à l'oreille du soldat le cri sinistre : Sauve qm peut l Eh bien ! ces siècles d'ignorance sont sous la môme influence, la terreur a gagné toutes les âmes, glacé tous les courages, et chacun tremble d'être ou de devenir la proie de l'esprit immonde.
C'est drôle, — mais c'est navrant.
Jetons un coup d'œil sur la diablerie de ces époques- Ut. Vous connaissez la légende de la Fiancée de Corinihe dont un grand poète allemand a fait le sujet d'une ballade que tout le monde a lue et sait presque par
cœur ; il s'agit d'une jeune flUe ayant un amant (dans toute la bonne acception du mot) dont les parents ne veulent pas satisfaire les désirs ; la pauvre enfant meurt, et, pendant quelques nuits, Iroide et enveloppée de son suaire, va trouver son fiancé, qui pendant quelques heures, jouit de ses charmes jusqu'à ce que l'heur© sonne de sa rentrée au sépulcre ; les parents averti» viennent troubler l'extase de la morte en l'environnant de lumières et en poussant de grands cris.
Philinnium (c'est le nom de la jeune fille) lève alors sa tête pâle, se dresse toute entière sur le lit, et dit d'une VOIX creuse et terrible : « mon père, ô ma mère, pourquoi me poursuivez-vous au delà môme delà tombe? Mon amour avait fait violence aux dieux infernaux ; la puissance de la mort était suspendue ; trois jours encore et j'étais rendue à la vie ; mais votre curiosité cruelle anéantit le miracle de la nature: vous me tuez une seconde fois.
Les démonographes du moyen âge n'eussent pas manqué d'expliquer la résurrection ou môme la mort apparente de la jeune grecque par une obsession diabolique. Qu'y devons-nous voir, nous médecins? Une simple léthargie hystérique accompagnée de somnan.bulisme. Le père et la mère tuèrent leur enfant en la réveillant et l'imagination publique exagéra toutes tes circonstances de cette histoire.
La sorcellerie s'était déjà réfugiée à l'époque d'Adrien dans les contrées lointaines de l'en^pire; Rome es les provinces limitrophes n'eussent point été priïîeB à ces jongleries; Phlégon^ affranchi d'Adrien, qui relate le fait précité, ajoute qu'il fut obligé d'employer son autorité pour calmer l'agitation que cet accident extraordi- ^aire avait produit^ et il ue fallut rien moins que ses
menaces d'en référer en haut lieu pour ramener le
calme dans les cerveaux exaltés.
Vous voyez déjà sui'gir dans cette manifestatioa ce
que nous verrons plus tard apparaître dans les prodiges
de Saint Médard, les exaltés des Cévennes, etc. C'est (oujours la grande vésanie de l'esprit humain et la conséquence du double principe du hien et du mal ; toujours Lieu en opposition avoc le diable, comme s'il était possible que le parfait pût avoir maille à partir avec qui ou quoi que ce soit : ce quelque chose a'appelât-il l'imparfail. C'est cette dualité incompréhensible qui a tordu le moyen âge et lui a imprimé ce cachet de fatalité dont le stygmate n'est pas effacé de nos jours, malgré ie brusque réveil, trop brusque peut-être, do la pensée humaine et du libre arbitre réagissant contre tant d'absurdités.
Reutrons dans le domaine que le maître Ormuz laisse exploiter par son vaincu, son sujet Arimanes, et vous serez certainement dégoûté de voir la manière dont ce propriétaire se laisse exploiter par son valet. Nous pourrions nous croire au temps de nos l'ois fainéants que les maii'es du palais confinaient dans leurs châteaux, avec ordre exprès de n'en sortir qu'une fois l'an Geulement, lusses sur un char traîné par des bœufs.
Partout nous voyons régner au lieu des philosophes, les devins, les sorciers, les enchanteurs; on avait oublié le Jod des Hébreux, l'Isis égyptienne, le Bélen de l'Assyrie ; on avait oublié le Dieu suprême pour diviniser ses magnifestations, pour diviniser les hommes.
Rome n'avait-elle pas donné l'exemple ? L'apothéose
« Césars avait divulgué la religion des dieux de sang.
B fiermaiDs, sous le nom d'Irmiasul, adof&ient le
traître Arminius qui fit verser laut de larmes à l'empereur Auguste : on lui offrait des victimes humaines. Les Gaulois donnaient à Brennus les attributs de Taranis, et brûlaient en son honneur des colosses d'osier remplis de Romains.
Partout régnait le matérialisme 'dans ce qu'il a de plus répugnant ; vous allez voir par Ténumération très* succincte des faits gui se sont produits jusqu'à la Renaissance, comment toutes ces absurdités se sont greffées sm' notre intelligence.
Nous trouverons, Dieu merci, de temps à autre quelques belles expressions et quelques douces légendei qui viendront donner une gracieuse teinture à la sombre épopée de ces années maudites.
C'est d'abord la noble et belle figure de Sainte-Clotilde, la femme de ce bourru que l'histoire a baptisé du nom de Clovis ; c'était une femme énergique et une grande reine que cette Clotilde, car elle fut éprouvée par les plus poignantes douleurs.
Plus tard, vers le XP siècle, la légende s'empara de la reine Berthe et de la fée Mélusine, deux types charmants que l'imagination poétique a enveloppés et parés de son plus charmant coloris ; plus tard encore, sous le règne d'un roi qu'on appela le Vùtorimx^ cet insondable problème d'une jeune flllè de 17 ans qui rebâtit une nation et refait un trône. — Satan, ce jour-là, fut terrassé, il est vrai qu'il reprit sa revanche sous la forme de Pierre Cauchon, évêque de Beau vais, et que la pauvre enfant paya son apostolat par le bûcher.
Soyons justes cependant et n'accusons pas l'église d'un crime auquel elle est étrangère. Je sais bien qu'on a dit qu'elle avait en cette circonstance servi les lâches ressentiments d'un parti, vaincu et que des intérêts
tout matériels lavaient incitée à l'infamie qu'elle déplore encore de nos jours. Ne le croyez pas; et mettez-vous bien en tête que la pucelle d'Orléans fut condamnée par un mauvais prêtre apostat. Vous ne connaissez pas sans doute le dénouement du lugubre drame de Rouen. Gauchon, Thomme de toutes les hontes, Gauchon le mauvais citoyen, Gauchon le renégat français, fut frappé de mort subite et ei^communié après sa mort par le pape Galixte IV et ses ossements arrachés à la terre sainte furent jetés à la voirie après la révision du procès de Jeanne.
Pendant ce temps, le Victorieux baisait les doigts roses de la belle Anne de Sorel I