DIX-NEUVIÈME SOIRÉE
iiA|(le. «• Voreellerte.
Je veux bien, puisque cela vous intéresse, vousnooa-' ter quelques-unes des escapades du Grand Diol de Tenfer qui pourtant n'a jamais eristé que dans nOi imaginations. La liste des méfaits commis par ou sous, son influence est longue et navrante, et il faudrait beaucoup et de bien gros volumes pour relater et consigner toutes les défaillances et tous les errements de l'esprit humain dont le Grand Diol est cause. Il y aurait pour un aliéniste tel que Galmeil ou Delasiauve un immense et merveilleux sujet d'études, car nous sonunes obligés d'avouer que si les erreurs matérielles sont nombreuses, les dévergondages de l'intelligence le sont plus encore : la plupart des faits et gestes consignés dans l'histoire relevant d'une façon plus ou moins directe du diable ou de ses apôtres.
Le temps est maintenant passé d'Ormuz et d'Arimanes. Le diable et Dieu sont en présence ; les termes sont changés, le problème reste le môme, et vous trouverez toujours cette dualité navrante qui laisse même dans une âme* honnête une épouvantable perplexité.
A mon avis la théologie a eu tort de raviver ces vieilles sottises.
Un seul maître règne sur l'univers. C'est Dieu, nous
n'avions pas besoin tiu diable potir venir faire craqiieler nos pauvres cervelles.
Or, c'est ce gui arriva. Aussi verrons-nous pendant quelque miUe ans, rintdligenœ abâtardie sous la pression de ceux qui probablement étaient intéressés à ce que Tot^dre moral fût tel à cette époque*
Entre nous, cout ce que je vais vous dire relève du délire et de la fblie la plus malfaisante ; mais c'est de l'histoire.
Racontons et procédons par ordre.
Après la mâle apparition deClotilde, bonne et honnête, en vint ime autre plus virile encore. Frédégonde, funeste personnage dont le regard était un maléfice; cette sorcière tuait les princes. Cette brave dame accusait volontiers ses rivales de magie et les faisait passer dans le monde des bienheureux par des supplices qu'elle eût pu mériter. 11 restait à Ghilpéric, de sa première femme, lin fils du nom de Glovis qui s'était énamouré d'une jeune flUe, Klowinthe, dont la mère, femme du peuple, passait pour sorcière. On accusa donc la mère et la fille d'avoir par des philtres altéré la raison du prince; la pauvre enfant mise^ en jugement fut condamnée à l'épreuve de l'eau bouillante et dut chercher dans la cuve un aimeau ; elle subit l'épreuve sans qu'aucun ^ de ses traits ne se contractât pendant cet épouvantable martyre et retira son bras affreusement brûlé. « Dieu 0e veut pas qu'on le tente, dit la pauvre fille, et il ne suspend pas les lois de la nature selon le caprice des hommes. Je n'ai ni prié ni défailli dans cette horrible torture; si j'étais magicienne, j'aurais employé des maléfices pour ne pas me brûler, mais je suis chrétienne et Dieu m'a fait la grâce de le prouver pai* la constance de mon martyre. »
La pauvre enfant fut reconduite en prison et Dieu lui fît la grâce, dit la chroniqiie, de la prendre pendant qu'on lui préparait le dernier supplice.
Frédégonde cependant connaissait trop bien les rilab et les mystères de la magie noire pour se laisser prendre aux paroles de Clovis. Après avoir martyrisé la pauvre jeune fille et l'avoir fait périr par le supplice de l'eau bouillante, elle vint à bout de se débarrasser du Néron des Francs avec forces charnies et amulettes qui rendirent Chilpéric idiot et causèrent sa mort deux ans après le dernier de ses flls. Frédégonde, qui faisait brûler comme sorcières des femmes coupables seur lement de lui avoir déplu, protégeait celles qu'elle croyait vraiment sorcières. Ageric, évêque de Verdun, avait fait mettre en prison une pytonisse qui gagnait beaucoup d'argent en faisant retrouver les objets perdus et dénonçant les voleurs et les assassins ; cette femme était certainement sous l'influence du somnambulisme, on l'exorcisa, mais le diable déclara qu'il ne sortirait point de son domicile tant qu'on n'aurait pas rendu la liberté à celle qu'il possédoit, et il promit de sortir si on la laissait seule dans une église ; on donna djins le piège et c'est la femme qui sortit ; elle se réfugia auprès de Frédégonde qui la reçut dans son palais et finit par la soustraire probablement au bûcher : elle fit donc bonne action par erreur et pour' le plaisir de mal faire- Plus tard, un des hommes dont la France pent à bon droit s'bonorer fut accusé de magie : c'était Ctiarles Martel ; et, bien qu'il eût délivré le royaume des Sarrasins, l'Eglise lui fit un crime de sa victoire, car Charles Martel ne priait guère quand il fallait combattre, et lorsqu'il avait besoin d'argent il en prenait dans les monastères et dans les églises, acte qui souleva
contre lui les colères de saint Eucher, évoque d'Orléans
gui, dans un moment d'extase, prétendit que le prince
était à jamais damné. Avis en fut donné à son fils
Pépîn-le-Bref, qui fit ouvrir le tombeau de son père,
dont on ne retrouva plus de traces ; une fumée noire et
infecte s'en exhala, un immense serpent en sortit, et
Charles Martel fut voué à l'excommunication ; cependant
était-ce bien respecter les vertus du grand homme que
4e violer ainsi sa sépulture et d'attribuer à l'enfer, sur
la. foi d'un rêve, le travail de destruction si complé-
toûent et si vite achevé par la mort ! Quelques années
Shistard, plusieurs procès viendront nous révéler encore
• hvésanie du moyen-âge, et eurent un immense reten-
L tissement. Je ne vous citerai que celui de Jeanne d'Ai'c,
celui des Templiers dont le grand-maître Jacques Molay
fat brûlé vif en place de Grève, et surtout celui de Gilles
de Laval, seigneur de Raiz.
Gilles, maréchal de France, es,t la personnification
du conte de Barbe-Bleue, conte que tous nous avons entendu si souvent narrer dans notre enfance. C'était un seigneur brave parce qu'il était Français, fastueux parce qu'il était riche, et sorcier parce qu'il était fou. Pour subvenir à ses immenses dépenses, il avait résolu, d'après les conseils d'un prêtre apostat du diocèse de Saint-Malo, nommé Prélati, de retrouver la pierre philosophale, cette rêverie qui fit commettre tant de monstruosités et tant de découvertes aux prétendus savants du moyen-âge. Les femmes, les enfants de ses vassaux furent victimes de sa folie ; ils étaient tous assassinés, et, avec le résidu de leur sang, Gilles de Laval et ses complices prétendaient retrouver la pierre hermétique. Après quelques années de ces pratiques insensées, le seigneur de Raiz, devenu la terreur du pays de Bre-
tagne, fut pris dans son château, où l'on retrouv^^ environ deux cents squelettes d'enfants. Conduit devais le parlement, Gilles avoua tous ses crimes et fut hitit^;^^' vif dans le pré de la Madeleine, près de Nantes. Il ^^^/ certain que ce malheureux dont on voit encore le pcr^^. trait dans la salle des maréchaux au musée de YersailL^^^ était un fou furieux et qu'on ne saurait lui imposer la responsabilité de pareils actes.
Quand on voit de si belles intelligences et de si fortes têtes aller à la dérive sous l'influence d'un système dychotomique religieux, que doit-on attendre du pauvre peuple livré au diable sans merci ! Le martyrologe est navrant et je puis vous affirmer que l'erreur à Satan a fait plus de victimes que les guerres les plus désastreuses et les pestes leaplus terribles. Plus detroB milhous d'êtres humains ont été sacrifiés à la gloire d& Dieu de miséricorde. Lisez et méditez la conférence que fit jadis Axenfeld à l'école de médecine, vous serez effrayé, et vous direz avec moi : Mais tout le monde était donc fou ? — Oui, tout le monde l'était ; depuis les papes et les rois jusqu'aux plus humbles des sujets. — Cadelous, qui d'évêque de Parme devint jiape sous le nom d'Honorius II et auquel on doit attribuer le fameux Grimoire^ était halluciné ; Charles VI était fou.
Son fils, Charles Vil, avait un grain de foUe, car vous savez quelle fut sa fin. Louis XI ne valut guère mieux et son fils Charles VIII mourut très-jeune d'une affection cérébrale à son retour d'une expédition dans le Milanais.
Tous ces braves gens croyaîèpt^ en la puissance de Satan, mais ils n'avaient point à "redouter les rigueurs du bras séculier, tandis que ceux dont ils étaient les maîtres payaient chaque année de fottes contributions à la magie.
SM
^utez mon viel ami, mon regretté Axenfeld ; il vous
ra par l'analyse qu'il a faite de Touvrage de Jean ^^ier jusqu'à quel point d'aberration juges et coupables ^feient arrivés.
n faut d'abord distinguer la Diablerie en active et Pntsive.
La première comprend l'ensemble des arts chimériques qui se proposent, en faisant intervenir le démon, de changer les lois immuables de la création ; de réaliser les rêves de l'humanité enfant : la richesse sans le travail, le savoir sans l'étude, les voyages sans le enlacement, la domination sans le mérite ; en un mot b résultat sans l'effort et tel est le but de toute sorceltorie.
Mais il y a la sorcellerie des savants et des ignorants. Comme type de la première, prenez le Faust de Gœthe, le docteur Faustus, philosophe, astronome, chimiste, 0t ne demandant à Méphistophelès que la révélation du vrai dont la recherche a fatigué sa patience sans ralentir son ardeur.
Gomme type de la sorcellerie ignorante populaire, prenez les vieilles barbues que Shakspeare dans son Macbeth fait danser et prophétiser sur la bruyère déserte.
Ces deux types d'ailleurs, se tiennent par une évidente analogie ; l'un descend en ligne directe de l'autre.
Parmi les représentants de la sorcellerie, il y en eut d'illustres ; Albert Le Grand, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve, Roger JBacon, Cardan ; et il faut bien le dire, ces hommes^éminents étaient complices de leur réputation satanique. Leur vanité s'accommodait assez d'une légende ajoutée à leur renommée ; ils aimaient à se grandir par le mystère afin d'en mieux imposer à la
foule qui veut être trompée. Autrement, pourq uoi
Arnaud de Villeneuve appellerait-il de l'alcool « de l'eau qui brûle. » Pourquoi Raymond LuUe décriv -^ant la marche d'une préparation mercurielle, parla-t-il de lions verts et rouges, de dragons, de serpents et de s^^^g^ humain? Pourquoi Roger Bacon, entre la mention du soufre et celle du salpêtre, ingrédients de sa poQct ^) intercalerait-il ces mots vides de sens dans toutes J^ langues : Lwyti wpo tir con Utriet.
Mais laissons là les magiciens hommes de scieno^» ceux-ci sont peu nombreux et protégés par l'amitié tie^ princes, ils s'inquiètent peu de l'inquisition et des lu^ gubres drames qu'elle fait chaque jour et jusqu'à satiété i représenter devant le populaire ahuri. La vile multitude est le pain quotidien du terrible tribunal, dont la fatale ^ mission est de remplir chaque jour ses sombres cachots
des insensés «pratiquant la sorcellerie dans l'espoir d'en tirer profit et des naïfs convaincus de la puissance des ' maléfices.
Ceux qu'on accusait faussement, ou qui faussement s'accusaient eux-mêmes d'abominables forfaits commis avec l'aide du démon, étaient sous le coup de quinze chefs d'accusation capitale ; le charitable auteur qui nous a transmis cette liste anodine gémit de voir que les monstres, hommes ou femmes, qui ont mérité quinze morts ne puissent mourir qu'une seule, rien qu'une seule petite fois.
Les quinze griefs dont les sorciers étaient justiciables étaient de deux sortes ; les dix premiers étaient des crimes de lèse-divinité, les cinq autres regardaient la société et par conséquent étaient seuls punissables et auraient dû relever des tribunaux laïques. Voici quels étaient les chefs d'accusation à l'égard de Dieu :
— 1° Les sorciers renient Dieu.
■ 3° Ils blasphèment Dieu.
B ' 3° Us adorent le diable.
* 4° Us font pacte avec le diable.
i-es juges d'aloi's faisaient, comme ouïe voit, preuve 1 ' tm bien grand talent d'analyse. Mais le quatrième point ét£Lit fondainoatal ; le pacte entre le démon et le sorcier I>oiivail être tacite ou exprès. Dans le premier cas, il suffisait d'une invocation, d'une formule de conseiilemeat, d'un juron. Par exemple : im individu k table lait 4es façons pour goûter d'un plat, on insiste, il résiste let finit par se décider en disant « qu il mangeait au nom ble. I Incontinent le diable entre avec les aliments e corps du pauvre garçon pour n'en plus sortir. a Paction e^resse exigeait plus de formalités, G'é- 1 contrat en règle, mentionnant les avantages es, stipulant le prix convenu et signé du sang de ^ploiteur ; Satan apposait sa griffe et la place où elle it imprimée devenait insensible; on la reconnais- U toujours à ce caractère. Les stigmates du diable se Bcontraient parfois dans plusieurs parties du corps, et souvent dans les régions les plus cachées. s enseignements dans cette observation de points ibreux d'anestltésie sur le corps de malheureux fous lut sur le corps des sorcières jeunes ou vieilles s sens pervertis par des hallucinations ou des Wons devait amener cet état pathologique que le méftcin observe si fréquemment dans les villes et les ÇEilges d'aliénés. 11 n'y a pas d'autre raison de l'indif- Ence aux agents extérieurs chez les mystiques, les 3, les martyrs dont on vante le courage au s plus horribles supplices. Les sorciers peuvent rcher do pair avec ces aliénésd'un autre genre.
Cependant, soit dédain, soit confiance, quelq^ii^-^^ adeptes échappaient à la formalité çompromeltante c:::^^ Testampille, et ces derniers me paraissent être les espri ^^ forts de la corporation et avoir été ceux qui ont le plu — ^^ bénéficié de la vésanie universelle, car ils me font tou^** l'air d'avoir été bien sceptiques et ne s'être lancés dacn^^^ les pratiques démoniaques que pour en tirer profit a— -**^ dépens du pauvre peuple.
5® Les sorciers vouent leurs enfonts à Satan, cho^^ horrible... Ce qui Test plus encore, c'est que Xaioovr (^ MO\ké à Sala'û, dès Tenfance ou même avant l'enfanoe pendant la gestation mérite également la mort.
6^ L'infanticide avant le baptême à l'aide de grosses épingles enfoncées dans la tête du nouveau-né. Le farouche et candide Sprenger, l'un des auteurs du Uw- ' teau des sorcières^ un honmie à qui le ciel veuille avoir pardonné, en faveur de l'ineptie sans bornes dont il l'avait doué. Sprenger affirme qu'une seule sorcière avait par ce procédé tué quarante et un enfants. Elle s'en vantait elle-même. Pourquoi ces crimes? Pour le plaisir de les commettre ? Non, tout simplement pour voler une àme^à Dieu et enrichir Satan. C'était le devoir des affiliés. N'avons>nous pas actuellement encore dans l'Inde les sectaires de la déesse Kali, la déesse de la mort, dont le credo consiste à étrangler tous les individus grands ou petites que leur livrent les circonstances.
T Les en&nts étant promis à l'enfer dès le ventoe de leurs mères, il s'ensuit que l'influence divine ne peut gagner de vitesse Tinfluence diabolique, que l'eau baptismale arrive trop tard pour laver le signe delapttditioo et que celui-ci est ineffaçable. La sorcière est donc coupable d'avoir infligé la damnation à un innocent. El l'innocent? Coupable aussi, Dequoi?Ducrimedela8orcièie.
F S" LeB sorciers sont des raccolBurs infâmes ; non (sonients de servir Satan, ils attirent encore d sa corlieileiB plus de gens luoÉfeosifs.
9° Ils invoquent fe Diable et l'ont constamment à la bouche,
10° Us pratiquent l'inceste. L'excès de la misère, aJJtisi que le dit Michelet, expliquerait-il réellement ces unions contre nature des mères avec les fiis qu'on prél^iad avoir été fréquentes parmi les sorciers, c'est-à-dire 1e*. Bs la classe pauvre? On chercherait vainement un fait précis et bieu détaillé qui donndt consistance à cette ^lidnion. et il n'y a guère en guise de preuve que deux v^TB de Catulle :
Nsm magax ei matrecum gnoto gignbtur apostat
[La restriction vaut la peine d'être notée.) lere, est Persarum impia relUgio.
^P La belle autorité au surplus que Catulle eu un pareil Stjjet ! Catulle, il est vrai, n'a guère voix au chapitre en *^etle occureuce; mais Je juif platonicien Philon et les tEfclmudistes sont des autorités qu'il faut prendre en *^c5U6idération. Ils affirment le fait. Nous y reviendi'ons. Voici maintenant quels étaient les cinq chefs d'accusation portés à l'avoir de la sorcellerie active, les uns Sont de haute fantaisie, les autres sont tellement graves tjii'une dure pénalité ne saurait trop les punir. Il est viai, cependant, qu'agissant à l'instigation de Belzébuth le sorcier aurait dû, k notre avis, paraître moins criminel, puisqu'il descendait au rang do complice, ou même de simple instrument.
1= Le meurtre d'enfapts ou d'adultes que l'on mangeait après les avoii' réduits en bouillie et rendu
« quasi potables. » Quand le cadavre n'était pas dévoré on en utilisait les graisses pour fabriquer les <c oignements magiques. » Â défaut de vivants on prenait les morts.
2o Les empoisonnements et les maléfices. Fréquemment chez les sorcières on trouvait des poudres qu'elles jetaient sur les gens, cachaient sous les portes, on mêlaient aux aliments. Ces poudres étaient toutes inoffensives au vu et au su même des juges ; toutes leurs vertus résidaient dans le pacte conclu : mais par une admirable conséquence, moins la preuve du poison pouvait être faite, plus elle était accablante, car Tinocuite de ces poudres entre des mains pures, impliquerait l'impureté avérée des mains entre lesqueUes elles devenaient vénéneuses. A la bonne heure donc! Où eut été la malice du Malin s'il eut à ses domestiques confié de l'arsenic ou du vitriol ?
Quant aux maléfices, vous ne vous doutez pas de combien de sortes on en avait inventé : toutes les maladies étranges, rebelles aux moyens ordinaires de traitement, le désir de la possession, la stérilité, la mêla' colie, l'impuissance, étaient le fait de sorts jetés ; la plus détestable entrq toutes était Vaign/illette noîM^ hommes et femmes s'en plaignaient avec amertunc^- ^ comme Tibulle que nous avons vu charger de maléi^^ tion la vieille Saga parce qu'il se trouve en défaut '^ moment le plus intéressant, il fallait bien rendre le léfice responsable de ces défaillances intempestiv tandis que le médecin n'en accuse que la mauva hygiène et les abus de toutes sortes auxquels n'est q trop enclin le porteur d'aiguillette.
3** et 4° Les sorciers font mourir le bétail ; ils cause: les famines et les pestes ; ils suscitent les orages, la grêl
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siècle, un savant théologien n'eut-il pas l'outrecuidance de soutenir que la grûle étail l'œuvre de -Dieu ! n y eut un toile général tant l'assertion parut térnéraire, et tant on croyait savoir que la grêle était ea- 'v-oyée par Satan à la demande du sorcier. Voyez quels singuliers pactes le diatile contractait parfois ; il est le maître, il pousse sa victime à la damnation éternelle et force lui est d'obéir anx injonctions de son esclave ; au reste ce vasselage lui coûte peu, en premier lieu parce qu'il a occasion de mal faire et puis parce qu'il est toujours certain de prendre sa revanche et d'emporter les âmes au fin fond des enfera.
Ouaiit à la pluie, il faut distinguer : celle de Dieu vi- ^Se et féconde, celle du diable inonde et détruit les ' productions de la terre.
^b' Cette opinion éclectique paraissait parfaitement ra- Hwnnelle,
^ 5" Ils fêtent le sabbat. C'est le couronnement de leurs CîirciBs. Vous savez ce qu'était cette fête à l'origine ; elle ''snijlaçait chez les Juifs notre dimanche; le jour du S8l>bat était le jour du repos, la fête périodique où l'on 8a.ssemhlait pour la prière et les divertissements présenta par la loi. Plus tard quand le populaire et l'EgUse ►wirent confondu dans la même ostracisme, les Juifs, les 'hfevétiques, les sorciers, la signification du mot fut dépecée et sabbat fut appliqué aux prétendues réunions démoniaques piésidées par le Rrand Diol. Sorciers et sorcières arrivaient donc en foule, les uns à dos de monstres variés, les autres à cheval sur un manche à ^lai;ceux-ci en conservant leurforraenaturelle, ceuxlà métamorphosés en animaux, ati lieu du rendez-vous dÉsigné. Le voyage se faisait avec la rapidité de l'éclair, Efice aux a oignemenls » que chacun tenait en réserve.
La scène alors s'ooTrait : le culte du diable déployai! toutes ses pompes irreligieuses ; on rendait hommage à Satan en lui baisant le derrière. Puis on banquetait, <m dansait, on chantait, et pour terminer d'une dignefaiçoQ, tous ces êtres, démons, sorciers et sorcières, se mélai^it dans un dévergondage... intrinsèque et extrinsèque.
Rien n'est plus minutieux que les détails donnés par les sorcières sur le concubitus dœmonum en réponse aux interrogatoires sans fin dont les inquisiteurs dans leur insatiable curiosité accablaient jt^es malheureuses: c'est ainsi que nous savons que les vieilles fournies étaient surtout les favorites du démon qui savait à volonté changer de sexe ; qu'il commençait sous la forme de sibccube par dérober la semence et s'en servait enr j suite sous la forme d'incube, si bien que le père des enfants du diable n'était pas le diable lui-même, mais celui dont il avait dérobé le bien ! Ces unions infernales étaient loin cependant d'être agréables, car l'organe du diable est écailleux et pointu et son sperme « est très froid et glacé. » (De nos jours les femmes qui s'accusent d*avoir subi les carresses du démon ne tiennent pas le même langage, la douleur a fait place à des sensations agréables et ce qui était autrefois si froid est aujourd'hui littéralement brûlant).
Mais glissons sur ce sujet scabreux et ne le retenons que pour mémoire, afin de bien constater l'état mental des juges qui marchait si bien à l'unisson de celui de Taccusé.
Si cependant le sabbat n'existait la plupart du temps que dans les imaginations affolées, on ne peut nier qu'au moyen-âge il n'y ait eu de ces réunions clandestines où de pareilles orgies se pratiquaient; le diable était alors représenté par des meneurs et des bandits tout charnels. Est-ce par tendance naturelle à la per-
vanité hmoaine? Etait-ce le reflet des rites monstmenx de l'adoratioQ que les Phrygiens reodaient à Sibézius sous la fbnne d'uu bouc avec accompagoeiuent de cérémonies liceacieuses ; était-ce une réminisceuce du Dieu noir de l'Inde, le monstrueux Rutemaxxx formes priapesquee qui régnait aussi eu Palestine sous le nom de Bitphégor.
Les talmudistes et le juif platonicien Philon racon- . tent des choses si abominables du culte de ces idoles qu'elles ont semblé incroyables au jurisconsulte Selden.
C'était, disent-ils, une idole barbue, àlabouche beauté,
I ayant pour langue un gigantesque phallus-, on se découvrait sans pudeur devant cette idole et on lui présentait des offrandes stercoraires. Les idoles de Molock et de Ckamos étaient des machines meurtrières qui tantât broyaient contre leur poitrine de bronze, tantôt consumaient dans leurs bras rougis, de malheureux petits enfants. Ou dansait au bruit des trompettes et des tambourins pour ne pas entendre les ciis des victimes et les mères coitduisaientla danse. I/inceste, la sodomie, la bestialité étaient des usages leçus chez ces peuples B, infâmes et faisaient même partie des rites sacrés.
Jusqu'ici nous sommes dans le domaine de la diaiilerie active ; passons à la diablerie imposée ou subie, non plus pratiquée, mais passive.
B'abord nous y trouveions toutes les maladies dites âe possession, maladies sur lesquelles où dissertait en- , core longuement au xvii" siècle; les ouvrages de Willis .deDehaen, de Frédéric Hoifmann, contiennent de cu- L rieuses descriptions de maladies démoniaques que les f progrès accomphs nous ont appris h. mieux connaître, I XfOS maux attribués aux sortilèges n'étaient autres que des atteintes de catalepsie, de syncope, de délire, de
coma, de somnambulisme et de divers états maladifs, qui même encore aujourd'hui déroutent parfois les théories médicales et qu'on appelait maladies diaboliques, comme nous, nous disons maladies nerveuses. La magie comblait toutes les lacunes de l'étiologie classique et avait une excuse toujours prête contre les échecs de la thérapeutique usuelle, car le diable a bon dos.
Une entre autre ;de ces affections présentait certaines particularités d'une valeur considérable pour le diagnostic de la maladie surnaturelle, c'est le rejet par la bouche ou la sortie par d'autres parties de différents corps étrangers : aiguilles, fragments de verre, cheveux, lambeaux d'étoffe, etc. Les sceptiques les plus déterminés s'arrêtaient stupéfaits devant une semblable perversion des fonctions digestives et égestives et il en est bien peu qui aient reconnu la part de la fraude et de la simulation, ou qui aient reconnu cette aberration mentale qui porte certains individus à avaler les objets les moins assimilables ; encore était-on plus ignorant du mécanisme très-simple suivant lequel des corps pointus et déliés peuvent parcourir et traverser impunément les tissus vivants.
A côté de la possession se range l'obsession^ c'est-àdire l'état des personnes tentées par le démon et qui commettent bien à contre-cœur les plus grandes infamies, qui vont au sabbat parce qu'on les y traîne. . . Mais faites-y attention, cette résistance ne suffit pas toujours pour faire absoudre le patient, a L'obsession ! les saints l'ont éprouvée. Elle diffère autant de la sorcellerie que la captivité diffère de la servitude, autant que le combat d'une vierge forcée diffère delà prostitution. » Mais plus tard, le langage changera. « Est-on sûr que la victime ait bien résisté ; plus ferme dans sa croyance, elle eut
tenu bon jusqu'à la lin probablemenL. Pour avoir été ' brisée elle était doue bien fragile » !... En vain, ailé- I gue-telleles persécutions diaboliques, les hallucinations, les masques d'innocence ou même de sainteté que Satan revêt quelquol'ois. Le miiage n'excuse pas l'erreur, car le diabia ne s'attaque guèi'e qu'aux âmes faciles à gagner. C'est ainsi que par degrés, la faiblesse devenant un péché, le malheui- une faute, la maladie un crime, les accusés voyaient se fermer sur eux la dernière porte qui leur restât ouverte. Plusieurs fois, l'obsession démoniaque a été prise à l'égal de la sorcellerie active la mieux avérée.
Aussi était- il rare que les procès de ce genre n'eussent pas pour conclusion un arrêt de mort; le malheureus, plusieurs fois ballotté du juge au iiourreau, et du bourreau au juge, venait en définitive échouer au bûcher. L'instruction des procès de sorcellerie était atroce : pas d'avocat, pas de défense ; un jury ecclésiastique appréciantla gravité des faits ; des interrogatoires toujours dirigés dans le sens de la culpabilité ; des indices tels que lâge, le sese, le costume, la laideur, l'héridilé venant grossir les charges. Puis dans les cas douteux [et ils l'étaient tous) les épreuves par la balance, par l'eau, par le stylet pour reconnaître les stigmates, puis les grandes et les petites questions allant jusqu'au brisement des 03 et des articulations jusqu'à en faire « yssir a mouelle. n Tout cela pour obtenir l'aveu qu'on a'emiit d'enregistrer et qui était l'arrêt de mort pour le sorcier. Le malheureux ! que ne commençait-ii par là 1 , 11 eut évité le long martyre qui, d'étapes en étapes, arri- I vait à le faire brûler vif ou étrangler.
Quand on songe que tout cela se pratiquait de sangfroid; qu'un auto-da-fé était devenu une distraction po-
pulaire et qu'ancune TOix raisonnable ne s'élevait pour protester contre de semblables horreurs f f On se sent le corps frissonner. Un jour pourtant, au milieu de l'ahth rissement général, un coup de tonnerre vint Mre tourna la tête des juges enfouis dans leurs robes d'hermine; une apostrophe terrible vint troubler leur béatitude.
Ce fut un médecin qui la prononça. Non pas qu'avant ce médecin d'autres ne l'eussent pensé ou écrit. U y avait des légistes comme Alciat ou Ponzibonius qui contestaient le droit de punir de mort les prétendues chevauchées à travers l'espace — des rieurs comme Rabelais qui plaisantaient à tout propos le grand Diol d'enfer et ses suppôts des deux sexes — des sceptiques, conuns Montaigne, déclarant que c'était mettre à un bien haut prix ses conjectures que d'en faire cuire un honmie toot vif. Mais toutes ces voix étaient sans écho. Ce qu'elles disaient, notre médecin eut l'audace de le crier tout haut ; il eut le mérite de soulever un épouvantable tumulte, on l'appela Tavocat des sorcières... Enfin le charme de la tacitumité était rompu I
Ce médecin s'appelait Jean Wier. Retenez bien ce nom ; il mérite d'être inscrit sur la table de bronze où sont gravés les noms des bienfaiteurs de l'humanité.
— N'attendez pas de moi cependant que je veuille aborder l'étude de l'œuvre de Jean Wier ; elle nous est actuellement inutile, et si vous désirez en avoir quelque idée, lisez attentivement la belle conférence que fit à ce sujet, en 1866, à l'école de médecine, le savant et regretté professeur Âxenfeld, que la mort vient d'enlever à la fleur de l'âge et dans la plénitude de son génie, à ses élèves, à ses amis et à ses collègues.
C'est ce malheureux ami, qui, à quelques phrases près, a &dt tous les frais de cette soirée.