VINGT-SIXIEME SOIRÉE
li'AueleBBe tmemlié de Pari*.
EBvelgBeBieBi aox liarlilera à Moaipelller.
J'ai essayé de vous donner quelques-unes des raisons qui font de la médecine une véritable science ; je l'ai fait sans prétention et, certainement, d'une manière bien imparfaite, furetant à droite, glanant à gauche, récoltant dans mes vénérables bouquins quelques renseignements que j'ai recousus ensemble, le plus proprement possible, sans beaucoup d'ordre : cela vous sera toujours aussi utile, pour vous, profane, que la lecture de l'affiche qui prévient les étudiants de notre faculté qu'un cours d'histoire de la médecine, professé par M. X., sera livré au public, tel jour, dans le grand amphithéâtre ; mais en attendant la résurrection d'un Malgaigne ou d'un Daremberg, vous aurez toute latitude pour réfléchir.
Puisque je parle de notre aima matera la vieille faculté parisienne, qui m'a laissé de si agréables souvenirs, tant à cause de mes anciens maîtres, aujourd'hui disparus, que de ceux dont j'ai le plaisir de serrer quelquefois la main , laissez-moi vous dire quelques mots
sur sa constitution, ses allures, son existence, jusqu'à sa suppression par le soufle révolutionnaire de 1793.
Sur ce terrain, je serai bien tranquille. J'avais, depuis longtemps, quelques renseignements précieux dérobés par-ci par-là ; mais, actuellement, je trouve la table toute servie et je m'assieds sans façon, laissant la carte à payer à l'historien de l'ancienne Faculté de médecine de Paris.
M. le docteur Corlieu, bibliothécaire de l'école, eut, l'année dernière, l'heureuse inspiration de réunir en un livre, les attachants feuilletons qu'il avait confiés à la France médicale, dont je faisais mon profit sans penser qu'un jour je me trouverais en demeure de faire revivre, en votre compagnie, ce passé, respectable en tous points, des méditations de l'archéologue et du médecin. Je relus donc, avec tout l'intérêt que vous devez comprendre, ce charmant volume qui me retraçait tout d'un iXBii l'histoire d'un passé qui m'avait laissé quoique chose d incertain, qui m'irritait et qui m'échappait. Le docteur Corlieu a relié la chaîne, et c'est à lui que je laisse la responsabilité des faits que je vais analyser.
Je vous ai dit que la médecine, toute monacale peia* dant le moyen âge, était peu à peu tombée dans la main des laïques, soit par suite des défenses réitérées des papes, soit par suite de l'émancipation graduelle.des. serfe, conséquence des croisades et de la constitution des» communes. En 1281, le corps médical fit société à part, et voulut avoir ses sceaux à lui, unie massQ en argent, ses registres particuliers et son donûcile^
L'installation primitive des écoles de médecine fut faite à côté des écoles des arts, dans une rue qui prit le nom de rue des Escholes ou des Escholiers; puis^ en 1300, celui, de rue du. Feurre^ à cause du feui*pè on
fouarre dont elle était couverte, et sur lequel s'asseyaient les étudiants. En 1338, l'Université obtint de Charles, régent du royaume, que l'on mît, auz deux bouts de la rue, des portes qui seraient fermées le soir, afin d'empêcher les écoliers d'y venir déposer leurs ordures, et de s'y amuser avec les filles de joie qui logeaient dq^ns le voisinaige. Quatre ans après, le roi Jean daigna fournir le bois des portes, qu'on tira de la forêt da Fontaine* bleau. Puis on acheta dans la rue aux I^ats, actuellement rue de la Bûcherie, une maison encore existante et dont l'enseigne est un grand numéro 13, lequel indique sa destination actuelle; après quelques acquisitions nouvelles, la Faculté, à la fin du XVP siècle, possédait une salle d'assemblée, une chapelle, une bibliothèque, un jardin botanique et un logement pour les bedeaux.
£n 1604, on construisit un amphithéâtre ouvert à tous les vents, et l'on fut bientôt forcé d'acquérir, par voie d'eijpropriation, une maison voisine portant l'enseigne de Sainte-Catherine et dans laquelle on: éleva un nouvel amphithéâtre qui, réparé quelques années après, fut iiiiauguré par Biolan, lequel l'illustra par son enseignement, et dont il conserva longtemps le nom.
Toutefois, malgré des réparations continuelles et successives, les bâtiments des écoles étaient en fort mauvais état, par suite des filtrations des e^ux de la Seine, et la faculté n'était pas riche; quand un jour, le 22>mars 1643, on a{>porta au doyen un parchemin lui léguant 30,000 livres tournois pour la restauration da ses écoles ; et, malgré que le legs fut réduit à 20,000 livres, c'était une précieuse aubaine dans cet instant de détressa. On répara, on fit quelques changements intérieurs. Il y eut ainsi une granda salle au rez-de-chaussée pour las acteç
et les leçons ; dans la salle à côté, à gauche, était le local des consultations gratuites données tous les sa* médis par six docteurs régents, choisis à nombre égal parmi les anciens et les nouveaux, et que les bacheliers assistaient pour écrire les ordonnances et se former à la pratique.
En 1 74 1 , on décida la démolition de l'amphithéâtre de Riolan, qui était à droite, et le nouveau fut inauguré par Winslow, le 18 février 1745 ; on peut le voir encore au coin des rues de la Bûcherie et de THôtel-Colbert.
En 1775, le travail de mine journellement produit par la Seine fit expatrier les docteurs qui durent se réfugier dans le logement laissé libre par les écoles de droit, rue Jean-de-Beauvais. Toutefois les démonstrations anatomiques continuèrent à avoir lieu dans l'amphithéâtre de Winslow.
Cependant l'installation n'était que provisoire, et pendant que Torgueilleuse Académie de chirurgie élevait sur l'emplacement de l'hôtel de Bourgogne le splendide hôtel qui est la Faculté de médecine actuelle, le pauvre doyen Charles Desessarts suppliait vainement le roi de lui accorder les bâtiments de l'hôpital Saint- Jacques. La requête fut sans effet. La Faculté resta dix-sept ans, rue Jean-de-Beauvais, et finit, comme toutes les corporations enseignantes, par disparaître en 1793, pour renaître deux ans plus tard sous le nom à'Ecole de sanié.
Si nous voulons aujourd'hui, dit Corlieu avec un accent de triste résignation, faire un pèlerinage au berceau de notre profession, nous n'y trouvons plus que l'amphithéâtre monumental et deux plaques de marbre qui nous rappellent les écoles d'autrefois. Le logement des bedeaux est devenu la maison au gros n<> 13 ; l'amphithéâtre divisé et subdivisé a été un cabaret de bas
étage et des logements à bon marché; les ancienneâ salles sont devenues un lavoir public et une buanderie. Quant à la chapelle, au jardin botanique, à la bibliothèque, tout a disparu ou bien a été approprié pour Tusage actuel.
Sic transit gloria mundi !
Pour prétendre à l'étude de la médecine, il fallait savoir le grec, le latin, la rhétorique; avoir fait deux années de philosophie pendant lesquelles on étudiait la logique, l'esthétique, la physique, la métaphysique, et Ton commentait Aristote, le maître universel. On passait alors l'examen de maître ès-arts, sorte de baccalauréat ès-lettres, et l'on recevait la qualification de Phi^ lidtre, après avoir rempli certaines formalités bureaucratiques. Le philiâtre était admis aux lectures des bacheliers en médecine et des docteurs régents. Ces cours consistaient dans l'explication des aphorismes d'Hippocrate, dans l'étude des choses naturelles (anatomie et physiologie), des choses non naturelles (hygiène et régime), et des choses contre naîwrc (pathologie et thérapeutique). Les cours étaient faits tous les jours, excepté les vacances et les jours fériés : ils étaient en latin, bien entendu, et devaient être régulièrement suivis par les étudiants, qui étaient tenus de noter les explications des professeurs, aux leçons et aux discussions publiques.
. Dans ce temps, on était matinal; à 5 heures, en été, à 6 heures, en hiver, les bacheliers émérites commençaient les lectures et, à partir de 8 heures à 1 1 heures, et le soir de 2 heures à 4 heures, les docteurs prenaient en main le véritable enseignement.
Primitivement on s'en tint aux aphorismes d'Hippo-
crate; plus tard on y joignit des oommeataires sor Galîen, ÂTiœone, Rhazès, Femel^etc.
La première année était, en général, consacrée à la matière médicale, à la pharmacie et à la physiologie ; la seconde à la pharmacie, à la pathologie, à la chirurgie ; la troisième à la physiologie, à la matière médicale, à la pathologie; la quatrième à la physiologie, à la chirurgie et à la pathologie. Toutefois cette marche n'était pas obligatoire.
Le cours d'anatomie, qui se £ûsait en hiver, était annoncé aux portes des écoles et dans les carrefours de la Tille. Dans les grandes séances, on était tenu d'y assister sans cannes ni épées. tant on craignait les querelles entre chirurgiens, barbiers et étudiants. Mais les cadavres étaient difficiles à (d>tenir, et chaque exécution mettait en liesse toute la bande étudiante. Par arrêt du parlement, il était défendu d enlever les cadavres, sans autorisation du doyen, et de faire anatomie, sans la présence d'un docteur régent. La disette des cadavres et l'omnipotence du doyen amenèrent de fréquents démêlés avec les chirurgiens et les barbier^ qui ne se gênaient pas d'en dérober à l'occasion, malgré les rigueurs de l'école, toujours absolue dans ses droits et privilèges.
Enfin après quatre années d'études complètemeot théoriques et toujours en latin, l'étudiant devait subir l'examen du baccalauréat sans avoir, jusque là, mis le pied à rhôpital.
Les examens au baccalauréat n avaient lieu que tous les deux ans : les candidats, dont le nombre était très restreint, puisqu'il ne dépassa jamais huit ou dix, présentaient une supplique au corps des docteurs régents et recevaient chacun leurs lettres testimoniales, qu'ils
exposaient, au jour désigné pour les épreuves, devant le doyen de la Faculté. Six docteurs étaient nommés à l'élection pour coUationner et examiner ces lettres que conûait le doyen ; puis les examinateurs étaient aussi nommés à l'élection par une sorte de suffrage à deux degrés. On élisait d'abord cinq docteurs qui choisissaient en secret, parmi les régents présents à l'assemblée, trois anciens et trois nouveaux parmi les plus exacts aux assemblées, et on extrayait de chaque urne deux noms, ce qui, avec le doyen, qui n'était jamais professeur, constituait le corps examinant.
Ceux-ci, après le serment préalable d'être intègres pendant la durée de leurs fonctions, avaient alors directement affaire aux futurs bacheliers.
Tout étant ainsi bien en règle, une semaine était consacrée aux examens.
Le lundi avaient lieu les examens de physiologie et d'anatomie; le mardi, ceux d'hygiène et le mercredi, ceux de pathologie.
Toutes les argumentations étaient en latin : l'art. 82 des statuts porte, entre autres choses, qu'aucun docteur ne pourra dans la discussion parler en fiançais, ni interrompre son collègue. Le jeudi on se reposait, pour reprendre le vendredi avec plus d'ardeur, pour véritablement s'assurer de la capacité du candidat, laquelle capacité ne me paraît guère que la facilité de jongler avec la scholastique, deux heures et demie durant chaque séance, entre l'examinateur et l'examiné.
Enfin, le samedi matin, les docteurs régents se rendaient après la messe dans les salles supérieures pour entendre le rapport fait sur chaque candidat par le plus ancien examinateur, et donner son avis. Chaque docteur régent exprimait son suffrage par le mot sufficiens
6u incapcLXy et si le candidat réunissait en sa &veur les deux tiers des voiz, il était admis. Puis, en présence de toute la Faculté, le doyen proclamait les noms des élus et leur faisait prêter serment : mais ce n'était pas tout, il fallait, vers le mois de juin, passer l'examen de botanique et se préparer, pour le mois d'octobre, à soutenir les thèses quodlibétaire et cardinale.
Les thèses quodlibétaires, ainsi que leur noni l'indique, traitaient d'un sujet quelconque de pathologie ou de physiologie : elles ne comportaient pas ce que nous entendons actuellement sous la même expression : c'était tout simplement des feuilles manuscrites remises au doyen et aux examinateurs, et sur lesquelles le bachelier argumentait plus ou moins bien, selon qu'il avait plus ou moins cultivé la scholastique ; elles étaient toutes dans le genre de celle-ci : An mos celeriw^ fœmina tardius conformatur? L'épreuve n'était pas longue, elle ne durait que depuis six heures du maiin à midi I
Bon Dieu ! que de sottises débitées pendant des siècles par les neuf professeurs et le malheureux patient qui embellissait la sellette !
Enfin, à partir du Mercredi des Gendres jusqu'à la Saint-Pierre, on s'occupait des thèses cardinales, qui, toutes, roulaient sur Thygiène et avaient été instituées en l'honneur du cardinal d'Estouteville, qui, en qualité de légat du pape, en 1452, avait rendu d'assez grands services à l'Université, -entre autres, en abolissant le célibat imposé aux docteurs qui voulaient arriver à la régence.
Je ne vous dirai rien que vous n'ayiez pressenti, en vous rappelant que cette dernière épreuve était le digne pendant des autres, et que l'hygiène était aussi mal
traitée, à cette occasion, que les autres branches de Tart médical.
Après toutes ces longues et fastidieuses épreuves, le brevet était enfin délivré, après quatre et quelquefois six années de temps précieux gâché dans les stériles disputes de la scholastique.
Cependant si les vieux régents aimaient bien ergoter, je dois vous rappeler aussi qu'ils ne dédaignaient pas la discussion inter pocula : on banquetait souvent. Les bons mets et les bons vins n'étaient pas de refus, après d'aussi lourdes besognes : on causait beaucoup, on riait de même, et la tète et les jambes s'en ressentaient un peu. Aussi Brillât Savarin nous a-t-il donné la deuxième place dans la classe des gourmands de profession.
Voilà donc notre bachelier jugé digne d'appartenir à l'école, ce qui ne l'empêche pas d'être d'une superbe ânerie en médecine ; mais il sait argumenter et va commenter à son tour les respectables ouvrages qui donnent à la Faculté sa gloire et son prestige, c'est-à-dire Galien et Avicenne. Maître le matin vis-à-vis des étudiants, il redeviendra élève le soir; il aura pour conseiller un docteur régent, et s'instruira à la pratique de la médecine, en assistant tous les samedis à la consultation charitable, imaginée et nuise en pratique par Théophraste Renaudot, médecin de Montpellier, à la grande vexation de la Faculté, en 1639. Il n'y avait donc, avant cette époque, pas ombre de pratique, et les deux années, qui étaient imposées au bachelier pour arriver à la licence, ressemblaient fort aux quatre années que nécessitait l'obtention du baccalauréat.
Pendant ce temps, le futur licencié avait deux thèses quodlibétaires à soutenir, l'une sur un sujet de pathologie ou de thérapeutique, l'autre sur une question mé-
dico-chirurgicale. Ces épreuves se passaient selon la forme usitée pour la soutenance des thèses du baccalauréat.
Les bacheliers émérites suivaient en outre les cours de chirurgie latine et de chirurgie française ; car, si les médecins ne pratiquaient pas la chirurgie, ils ne devaient pas l'ignorer. Pendant l'hiver de la seconde année, ils devaient faire preuve de leur habilité chirurgicale, pendant toute une semaine, sur un cadavre, en présence de la Faculté. Ils étaient interrogés sur les causes, les signes et la cure des maladies chirurgicales, sur l'application externe des médicaments, sur les instruments de chirurgie et expliquer la manière d'appliquer les bandages, en mettant eux-mêmes la main à l'œuvre.
Restaient enfin les examens de la pratique de la médecine, qui étaient tout à fait oraux et subis en présence de toute la Faculté réunie, ce qui les rendait très longs et très sérieux.
Après avoir satisfait à toutes ces épreuves, l'aspirant devenait licenciade jusqu'au jom* de sa consécration officielle et religieuse par le chancelier de l'Université, habituellement chanoine de Notre-Dame.
C'était encore un remue-ménage à la Faculté : les licenciades devaient d'abord être présentés par le doyenet tous les docteurs régents en grande robe, au chancelier, dans le palais archiépiscopal ; on pérorait de part et d'autre en latin, et les futurs licenciés offraient des pastilles à l'assistance en us. Quelques jours après, lés élus, accompagnés des nouveaux bacheliers, se rendaient chez les hauts fonctionnaires de l'Etat, pour les inviter, au nom de la Faculté, à se rendre à la cérémonie de la proclamation par le chancelier, avec accom-
pagnement de discours bien sentis, toujours ronflants et toujours ampoulés, pour la plus grande glorification des parties présentes et intéressées.
Entre la présentation officielle au chancelier et le grand jour de la consécration, qui se faisait de par l'autorité apostolique, il y avait encoi*e à l'école la cérémonie du Paranymphe, cérémonie toute symbolique qui consistait dans le mariage des licenciés avec le Faculté. Le doyen sei-vait de garçon d'honneur. Toute la société, revêtue de ses plus beaux habits et prenant l'air grave qui convenait à la circonstance, écoutait avec recueil les phrases sonores qui exaltaient l'illustre profession médicale, ou les paroles ridicules et convention, nelles qui mettaient en relief les qualités de l'épouseur.
Enfin, après six années d'études, l'étudiant en médecine recevait ses lettres de licence et avait droit d'exercer à Paris et par toute la terre, investi qu'il était par l'autorité ecclésiastique, sans avoir à subir l'épreuve du doctorat. Quelques-uns se contentaient de leur titre et allaient en province ou restaient dans la capitale ; mais la majorité ambitionnait le grade de docteur qui les incorporait à la confrérie médicale et les faisait membres de la Faculté.
Il n'y avait plus maintenant qu'une affaire dé formalités qui se passait en famille ; le chancelier, les chanoines n'avaient rien à y voir. Le licencié disposé à acquérir le bonnet doctoral adressait une supplique et avait deux actes encore à remplir : celui des vespéries^ parce que primitivement il avait lieu dans l'après-midi, et qui consistait en une argumentation sur un suje^, donné, dans lequel il y avait toujours deux propositions contraires à discuter, et pour lequel on déployait toujours la même mise en scène.
Enfin, après une attente de quelques jours, le grand moment arrivait. La Faculté se mettait en liesse, toujours, bien entendu, aux frais du récipiendaire.
Le nouveau collègue, précédé de deux appariteurs, en robe et portant leurs masses d'argent, ayant à sa droite le président de l'acte, et suivi des docteurs régents qui doivent l'argumenter, et des bacheliers, entre dans les salles inférieures magnifiquement ornées pour la circonstance, et prend place dans la grauide chaire avec le président ; les appariteurs se tiennent debout de chaque côté, et, avant l'argumentation, le premier appariteur rappelle la formule qui suit :
Maître qui aspirez au doctorat, il faut avant toutes choses jurer sur ces trois points:
l** Observer les droits, statuts, décrets, lois et coutumes de la Faculté;
2® Assister le lendemain de la Saint-Luc à la messe pour les docteurs décédés.
3* Combattre de toutes ses forces ceux qui, pratiquant illicitement la médecine, peuvent nuire à la vie et à la santé des dtovens.
Voulez'vous jurerl
Le moment était solennel. Le récipiendaire, debout, au milieu de l'auditoire, prononçait le juro. Ce fut, le 17 février 1673, le dernier mot de Molière, reçu docteur.
Vous faites-vous maintenant une idée du nouveau médecin appelé à rendre la santé et la vie à ses concitoyens, comme le dit expressément la troisième formule du serment? Il ne lui manquait qu'une chose, la pratique de son art, car on ne pouvait guère considérer comme telle, l'assistance aux consultations gratuites du samedi. Mais la Faculté avait tout prévu, et
Tarticle 39 des statuts mettait le nouveau docteur[daDs l'obligation d'accompagner, pendant deux ans , ses confrères qui, à l'Hôtel -Dieu ou à l'hôpital de la'Charité ou dans les paroisses, exercent la[médecine des pauvres ; En étaient seuls dispensés ceux qui auraient déjà^exercé la médecine en province avec succès/ pendant quatre ans, dansunevilleimportante.
Somme toute, huit années passées à faire un mauvais médecin.
Enfin notre homme est docteur militant de laFaculté, et peut un jour devenir professeur; c'est même en celte dernière qualité qu'il va inaugurer son nouveau titre \i^ faisait alors acte de régence. C'était pour le nouveau venu présider extraordinairement [une thèse quodlibétaire à la Saint-Martin suivante, et le lendemain il était inscrit sur les registres de la Faculté.
L'ancienne Faculté était constituée par tous les docteurs régents, à l'exception de quelques-uns qui, très rarement, quittaient Paris pour aller s'installer en province. Il y avait en moyenne cent trente à cent quarante médecins dans la capitale, sans compter, bien entendu les guérisseurs de toutes les provenances ; ce qui faisait une moyenne de un praticien pour environ 5000 clients : actuellement il y en a 2000, soit un pour 800 habitants; il est vrai que la moyenne des réceptions était jadis de 5 à 10 par an, tandis que maintenant, elle est d'environ trois cents dont l'immense majorité va chercher refuge en province.
L'ancienne école formait donc une véritable corporation dont le doyen était le chef, nommé au scrutin par une élection au second degré. Tous les régents déposaient leur nom, les anciens, ceux qui étaient inscrits depuis 10 ans, dans une urne; les jeunes dans une
seconde urne ; le doyen tirait trois noms de la première et deux noms de la seconde ; les cinq élus étaient proclamés en assemblée^ séance tenante; ils se rendaient à la chapelle pour implorer le secours de Dieu ; là ils choisissaient trois régents qu'ils croyaient dignes du décanat, revenaient avec leurs trois bulletins que Y Ancien déposait dans une urne; le doyen dont les fonctions expiraient tirait l'un de ces bulletins, c'était celui du nouveau doyen dont la charge allait s'exercer pendant deux ans.
Le nouveau chef de la Faculté recevait alors les insignes de l'emploi, et prêtait serment en latin entre les mains de son prédécesseur. Ce serment était de cinq articles concernant les intérêts de la Faculté. Le doyen devenait l'administrateur de l'Ecole et examinateur ; il gardait les registres, rédigeait les commentaires, avait les deux sceaux de la Faculté, recevait les revenus, en rendait compte, faisait les baux de location, poursuivait les procès ; il signait et approuvait les thèses, faisait prési-
der les docteurs à leur tour, les réunissait quand il le jugeait à propos.
Il était un des trois doyens qui, avec le recteur, gouvernaient l'Université, et était un de ceux qui élisaient ce dernier. Il présidait aux examens des chirurgiens et des apothicaires, visitait les officines avec le professeur de pharmacie et deux autres régents ; il signait l'autorisation de délivrer les cadavres et pouvait saisir ceux qui étaient enlevés secrètement par les chirurgiens ou les étudiants ; il assistait avec l'Ancien à l'autopsie du roi et signait l'acte de décès. Il avait double revenu de tout; une grande charge, beaucoup d'honneur, parlait au nom de la Faculté dans les occasions solennelles ; il parlait dans la Grande-Chambre avant l'Avocat général.
Quant aux procès, ils étaient très fréquents : procès contre les empiriques et les médecins étrangers, procès contre les chirurgiens de Saint-Côme, procès contre les barbiers, contre les enleveurs ou détenteurs de cadavres, procès pour soutenir les privilèges du corps, procès contre les apothicaires, etc. Aussi fut-il bientôt nécessaire de lui donner des aides pour mener de front toute cette besogne; le nombre en fut porté à neuf, six anciens et trois nouveaux. Le décanat n'était donc pas une sinécure et Ton comprend très bien Guy Patin écrivant que la charge est plutôt onus quam honos.
En 1598, une nouvelle charge, celle de censeur, fut créée pour entretenir d'une façon régulière les rapports avec l'Université; toutefois ces nouvelles fonctions ne paraissent pas avoir été d'une grande utilité dans le fonctionnement de la Faculté; mais c'était toujours un léger allégement à certains travaux pour le doyen. Le censeur, comme tous les dignitaires, était soumis à l'élection. La durée de ses fonctions était de deux ans.
Le corps enseignant était recruté parmi tous les docteurs régents et les bacheliers qui servaient de répétiteurs. Tous étaient appelés à prendre papt aux actes publics de la Faculté et aux examens des élèves.
Au début, deux professeurs î^uffirentà l'enseignement: l'un enseignait les choses naturelles et non naturelles, le second démontrait les choses contre nature ; jusqu'en 1641, la Faculté se réservait le droit dechoisir ses professeurs parmi ceux de ses membres qui eu faisaient la demande. Dès ce moment, ils furent nommés à l'élection.
Hippocrate et Galien étaient les principaux guides suivis; on avait choisi les aphorismes, les maladies aiguës, les pronostics ; on se servait de l'extrait de Johannitius pour commenter Galien. -
On expliquait aussi quelques ouvrages spéciaux, tels que. le traité de Philarète>ur le] pouls, celui de Théophile pour les urines ; le Viatique d'Isaac, le Continent de Rhazès, les Canons d'A\icenne, le Colliget d'Averrhoes, Avenzoar et quelques autres bonnes gens, dontla lecture est aussi insipide que vide. L'hygiène étaitdans les traités diététiques d'Hippocrate et de Galien, et dans les préceptes de l'école de Salerne.
L'anatomie, faisant partie des choses naturelles, entrait dans les attributions du professeur de'première année ; il enseignait l'ostéologie du haut de sa chaire, et n'était tenu qu'à deux anatomies par an.
Heureusement; que quelques cours J particuliers, le Collège de France, et le Jardin du Roi venaient suppléer à l'insuffisance de ce cours, qui est l'introduction indispensable à toute étude médicale.
Plus tard, longtemps plus tard, la Faculté [qui s'était adjoint de nouveaux élèves en [admettant les chirurgiens barbiers à son enseignement, dut bien limiter le domaine de la chirurgie. Réunions fréquentes et grandes discussions, comme vous devez le comprendre.
Enfin on -décréta maladies chirurgicales, toutes celles où il y a œuvre^de la main ; telles sont les] plaies, les ulcères, les fractures, les luxations, les tumeurs contre nature.
Les chirurgiens lettrés ou de longue robe avaient bien leurs professeurs particuliers ; mais ces professeurs, qui enseignaient en français, n'avaient rien de commun avec la Faculté de médecine dont ils furent les plus acharnés ennemis.
Bref, le 16 octobre 1634, après trois siècles et demi d'existence, la bonne mère enfanta d'un professeur de chirurgie.
Je ne veux pas ici discuter le mérite des auteurs que la docte école adopta pour le plus grand bien de ses élèves ; je laisse aux anciens leur valeur, qui est d'une incontestable réalité; mais, vraiment, je ne comprends guère l'admission de Tagaut et de Gourmelen en si bonne société : il est vrai qu'ils étaient de la confrérie. Ambroise Paré, pauvre petit chirurgien barbier, n'était qu'un pleutre! Mais Parétrôneà Laval, immortalisé par le ciseau de David, tandis que les deux régents dorment d'un sommeil profond dans quelque coin de nos bibliothèques: je les ai bien, pour mon compte, mis à l'air une fois depuis vingt-cinq ans.
Laissons les morts dormir de leur somme éternel ! En 1506, un petit jardin botanique, pour lequel chaque bachelier payait dix-huit sols par an, était annexé à la Faculté; le jardin était bien exigu, la botanique avait les mêmes proportions.
Cent trente ans plus tard, la création du jardin du roi déplaça les études, et l'on reconnut la nécessité de créer une nouvelle chaire qu'on attribua à François Blondel (1646), attaché déjà au jardin du Roi et qui conserva sa place pendant dix ans. Mais la Faculté ne put soutenir la concurrence, et l'on ne s'inscrivit plus à l'école que pouf obéir au règlement.
Quelque temps après, les Régents chargés d'instruire les apothicaires et de surveiller leurs boutiques, réclamèrent leur assimilation aux autres professeurs et à faire des cours publics de pharmacie.
Lors de la revision des statuts en 1696, une cinquième chaire fut créée pour l'enseignement de la pharmacie, et les titulaires purent jouir des prérogatives attachées à leur titi'e.
Toutefois ce n'était pas une petite affaire que cet éta-
blissement d'une chaire de pharmacie chimique à la Faculté! Il existait, contre la chimie et les médicaments qu'elle peut procurer, des préventions bien difficiles à détruire et dont nous avons vu les fluctuations, quelques années auparavant, se dérouler pendant la vie de Guy Patin. Aussi le jardin du Roi sempara-t-il encore de cette source féconde de la science, au détriment de l'Ecole, toujours entichée de la pharmacie galénique. Celle-ci fut l'enfant chérie delà maison. Les décoctions, les infusions, les macérations, les onguents, les pommades, les mélanges inimaginables de substances pulvérisées, avec du vin et dumiel, furent la conséquence des principes sur lesquels vivait l'antique et vénérable sanctuaire.
Pauvre Faculté ! elle ne voyait pas que le temps marchait ; que le progrès l'assiégeait de tous côtés et qu'elle représentait l'immobilité dans ce temps d'activité brûlante qui avait hâte de consumer et de détruire tous les vestiges d'un douloureux passé I Elle mit au monde une nouvelle édition de Nicolas Myrepsus et réhabilita la thériaque! .
Un jour, c'était en 1741, jour à jamais remarquable dans les fastes de la Faculté de médecine de Paris, on entendit Louis Reneaume de La Garanne débiter, pendant une^ heure, rue de la Bûcherie, en plein amphithéâtre, un discours en français sur la chirurgie de Guy; discours, il est vrai, entremêlé de français et de latin, mais qui n'en n'était pas moins une dérogation radicale à la tradition de la Faculté. Proh pudor! un nouveau professeur était éclos à la Faculté, et il enseignait à qui? A des ânes, à des barbiers, pour en faire des chirurgiens.
Go dut être vexant ; mais, comme nécessité fait loi et
que nos docteurs régents avaient de graves raisons pour ne pas trop aimer Saint-Côme, il fallait bien chercher des auxiliaires pour résister aux chirurgiens jurés, qui vivaient en dehors de la Faculté et lui portaient ombrage.
Donc une sixième chaire fut instituée, et les régents n'eurent plus à faire chez eux des cours ennuyeux et gratuits.
Il semble qu'après toutes ces condescendances, la Faculté eût eu droit de se reposer. Que nenni ! ce fut encore bien pis quand elle reçut, le 17 mai 1745, une supplique de 33 sages-femmes jurées, qui réclamaient des cours pour leur compte.
La Faculté décréta l'érection de trois nouvelles chaires, ce qui portait à neuf le nombre des professeurs. Mais, à cette époque de 1745, l'école était bien affaiblie; l'enseignement plus large, et plus en rapport avec le milieu social, du Collège de France et du Jardin du roi, minait chaque jour son prestige; l'institution de la chambre royale et de la société royale de médecine lui portaient les derniers coups ; elle mourait d'anémie, quand la révolution la fit disparaître.
L'ancienne Faculté de médecine a-t-elle droit à nos regrets? Oui, si Ton réfléchit à sa forte organisation. Non, si l'on se place au point de vue scientifique. Elle représente l'immobilité dans le mouvement. L'immobilité n'est pas de ce monde, car il n'est dogme, aussi bien assis qu'il soit, qui résiste à la morsure des siècles.
Si j'étais Malgaigne, je vous raconterais tous les démêlés, toutes les querelles, les procès de l'ancienne Faculté avec les chirurgiens et les barbiers chirurgiens, qui se regimbèrent si longtemps sous l'autorité de l'école. Je n'ai malheureusement ni le talent ni le savoir
de cet admirable critique, et je n'oserais vous présenter le tableau de la lutte, sans crainte de m'égarer et de le travestir. Cependant j'ai sous la main quelque chose de certain, relatif aux barbiers. Vous jugerez de la sollicitude de la mère adoptive pour ses nouveaux enfants.
Je vous ai dit qu'en 1714 un régent avait été nommé professeur pour développer les instincts chirurgicaux de la corporation des barbiers-, mais il ne faudrait pas en induire de là que le bataillon barbifiant n'eût pas de maîtres pour l'instruire. Des régents de bonne volonté se chargeaient de l'instruction de ces braves gens, et ce n'est que par la suite qu'ils supplièrent la Faculté de leur donner le titre ofiQciel. Il en était de même à Montpellier ; mais, dans cette occasion, la ville phocéenne devança Lutèce, probablement parce qu'elle eut plus tôt à souffrir des prétentions des turbulents barbiers.
Donc un cours de chirurgie fut constitué en l'an de grâce 1490, à Montpellier, si Ton s'en rapporte à Symphorien Champier. Mais, que cette date soit ou non réelle, il ne nous en reste pas moins un cours complet de chirurgie à l'usage de Messieurs les barbiers. 11 est de la façon de Jean Falcon, et fut imprimé à Lyon, chez Tournes, en 1559.
Ce livre est certainement l'un des plus singuliers qui soient sortis de l'esprit humain et, sans contredit, le plus curieux monument de l'état de l'enseignement de la chirurgie, en France, à cette époque.
Pourtant, il eut, comme toute chose, sa raison d'être : la Faculté, qui avait accepté les barbiers et les protégeait contre les chirurgiens, s'était imposé le devoir de leur apprendre à panser les clous et les bosses. Comment faire? Professer en chaii'e, en pleine école, dans le langage latin, eût été peine perdue; professer en
français était chose impossible, puisque la dignité de l'Université ne le permettait pas. Afin d'allier le décorum et l'ignorance, on imagina un moyen terme qui consistait à exposer le texte en latin et à le commenter dans un langage barbare, demi-latin, demi-français. Voyez- vous d'ici l'effet stupéfiant d'une telle harangue sur des auditeurs ne sachant un traître mot de grec ni de latin I L'innovation n'était pas heureuse.
Falcon commence par s'excuser, dans une préface latine, de la nouveauté de son entreprise. Mais lisant, depuis quelques années, le Guy aux étudiants en chirurgie, il n'a pas regardé comme absurde ni indécent de publier ses scolies. Il ne doute pas toutefois que quelques-uns le trouvent répréhensible ; mais il se soumet à la sainte Ëglise romaine, maîtresse, princesse et dominatrice de toutes choses, avec laquelle il pense, il vit, il dormira et aura repos.
Maintenant, écoutez :
« Au commencement de ce présent œuvre, il est nécessaire d'enquérir plusieurs choses, comme nous enseigne Haly-Abbas, en son livre I", chapitre .3, de Regali dispositione. La première est le titre du livre qui est tel : Cy commence l'inventaire ou collectoire en, l'art de chirurgie, composé par maître Guidon de Chauliac, très excellent dbcteur en médecine. Or la raison de savoir pourquoi est bon de savoir le titre de chacun livre, est à seule fin que l'on connaisse la matière subjeçte d'icelui, ou afin que, quand un écolier aura nécessité de quelque livre, il le sache demander par son propre nom, comme quand on ha affaire de son ami, on l'appelle par son nom propre. Titulus autem dicitur^ quasi Titulus a tuendo^ quod autoris et factum et nomen tueatur : vel (ut^ alii volunt) a grèce
Titan, id est Sol latine. Car tout ainsi que le soleil illumine ce monde inférieur, ainsi le titre illumine le livre et un chacun chapitre, en déclarant généralement tout ce qui est là contenu. Ainsi lentend le docteur en la fin du chapitre singulier, quand il dit : Et hoc ne abrusOy Titulo pagina muta videatur. Per titulum enim intellectus libri legentibus ipsis aperitur : ac proptereà scribebant antiqui Titulos et rubricas colore rubro, qui radiis solaribus fere simili est. »
Allons, vous voilà bien avancé ; vous savez ce que le livre contient, d'après le titre ; et que ledit titre, ainsi que les rubriques qui sont sous sa dépendance, doivent être en rouge, ou du moins l'étaient chez les anciens, afin d'attirer les regards comme le fontles rayons solaires.
Voilà donc nos compagnons barbiers bien édifiés sur le titre. Le professeur agite aussi doctement d'autres questions aussi importantes, savoir : A quelle partie de philosophie est subalterne chirurgie. — Quel est l'ordre de ce présent livre au regard des autres livres de chirurgie. — Qui est le subjet duquel principalement est traité en ce livre : Et finalement : Combien ce livre ha de causes.
« Je trouve, répond le professeur, qu'il en ha quatre : efîiciente, formelle, finale et matérielle. La cause efficiente est double, universelle et particulière. L'universelle est Dieu qui est la cause de toutes les choses de ce monde ; la particulière, le docteur Guidon, lequel ha esté très excellent homme en médecine et en chirurgie, comme il appert par son livre ; la cause matérielle est le corps humain, sanabile et mgrotabile^ déterminé à l'opération manuelle avec laquelle différence il est le subjet de ce livre. Or ici, nous prenons cause matérielle pour matière, circà quam versatur scientia. »
J'ouvre le livre au hasard à la page 239. L'auteur glose sur l'anatomie des vases spermatiques. « Il est à noter que les vases spermatiques, aux femmes, pour ce qu'elles sont molles et lènes, attouchent les génitoires sans qu'il y ait rien entre deux. Nam habent testiculos parvos et etiam vasa spermatica sunt parva et substantia eomm diminuta est et modica. Mais pour ce que les vases spermatiques de l'homme sont durs et épais, et la substance des géoitoires est subtile, molle et spongieuse; pourtant lesdits vases spermatiques, en l'homme, ne touchent pas immédiatement la substance des génitoires ; mais mediante quadam carne bulbosa dicta a GaL in-/** de Spermate ultimo epidimicay quœ est quasi separata à testiculo : et Avic. l'appelle Embros, »
Vous eussiez, je crois, fait triste figure aux leçons de maître Falcon, en l'illustre faculté de Montpellier.
Sachez cependant qu'un de ses élèves, Hippolite d'Autreppe, chirurgien du duc de Guise, lors de la bataille de Marignan, reçut les honneurs du doctorat dans une université d'Italie, grâce à Symphorieu Ghampier, lequel nous a donné tous les détails de cette comédie, dans laquelle il fit avaler une pilule amère à la docte Faculté de Pavio. Ghampier, ayant mis quelques régents dans son secret, fit assembler les docteurs et, après avoir vaincu leurs répugnances, servit d'interprète entre le candidat, qui ne connaissait pas le latin, et les juges, qui n'entendaient mot au français : Ghampier fit de si belles réponses pour le compte de son barbier, qu'il finit par arriver à son but, bien que les régents s'étonnassent fort que son protégé fût si instruit, quoique si illettré. Il est fort probable que la Faculté conserva longtemps le souvenir de cette perfidie ; mais que dire quand le docteur Symphorien avait manifesté son désir?
Le roi François n'était-il pas le vainqueur de l'Italie et Champier,le médecin du duc de Lorraine, que je soupçonne fort d'avoir trempé dans cette intrigue.
Quoi qu'il en soit, le livre de Jean Falcon, conseiller du ro), lisant (lecteur) ordinaire en la très famée Université de Montpellier, et doyen d'icelle, ne comporte pas moins de 614 pages d'un très bel in-8, sans compter les 16 destinées au titre, aux distiques chargés d'immortaliser l'œuvre, à l'avis au lecteur, à la table des matières et au privilège du roi, en 1557.
Depuis longtemps Falcon était mort, quand son chefd'œuvre fut livré au public barbico-chirurgical. Jamais certes livre n'a passé par de telles péripéties. Ulysse, à la recherche de sa chère Ithaque, n'eut pas plus de peine que les Commentaires sur Guidon à la poursuite d'un imprimeur. L'auteur, de son vivant , l'avait adressé à un sien disciple, docteur en médecine à Lyon, qui lui avait promis de le bailler à un fidèle imprimeur pour le mettre tôt sous presse : comme le disciple tint pas en sa promesse, Falcon se fâcha et, avec justice, retira soa manuscrit et l'adressa à un sien grand ami, conseiller à Toulouse, qui ne demanda pas mieux que de lui être agréable. Mais le guignon voulut que le conseiller vint à mourir et que Falcon en fit autant. Etant ainsi, ce livre, privé de son père et de son ami, demeura longtemps égaré parmi tous les livres du défunt. Madame Sévère Délaie, veuve de l'ancien doyen, sollicita vainement pour rentrer en possession de l'ouvrage de son feu mari ; mais, fatiguée des retards éternels qu on mettait à le lui renvoyer, elle fit le voyage de Lyon, où elle s'était remariée, à Toulouse et tira hors de sa prison le précieux livre qu'elle bailla à quelques écoliers allemands pour le faire imprimer à Bâle, ce qui ne
put être exécuté; le langage français n'étant pas familier aux Allemands. C'est alors enûn qu'elle le confia à Tournes, de Lyon, qui l'imprima en 1569, en ayant soin de prévenir que certain livre, ayant paru sous le nom de Falcon, était apocryphe et ne pouvait être que l'œuvre d'un disciple, et encore d'un disciple ignorant ! Que devait donc être l'édition falsifiée, quand on a la chance de parcourir l'originale !
Hélas ! la pauvre veuve Falcon, femme Silva, n'eut pas le bonheur de jouir de la gloire de son mari ; elle mourut avant que l'imprimerie nous eût légué son pieux héritage I
Laissons dormir ce qui fut autrefois le talent et la science ; nous pouvons sourire quand nous cpmparons à la nôtre ces civilisations démodées ; mais, ^ nous reportant au milieu dans lequel elles se sont développées, nous devons être indulgents à leur égard : qui sait si nos petits-fils ne nous prendront pas un jour en pitié ! Dormez-donc, hommes de foi ! et nous, suivons le large chemin qu'a tracé le génie du xix* siècle.