SIXIÈME SOIRÉE
lfe« Migefl-ffeniBie*. — SapersUtloMi rellgleiuie* pmnv le*
J'espère, mon ami, que votre sommeil a été bon et que vous n'avez point vu les gladiateurs mourants, les pendus ou les brûlés venir vous demander compte de l'emploi pharmaceutique auquel vous les faisiez servir. — Tant mieux ; car le sombre tableau que Pline nous a tracé aurait très bien pu gâter quelque peu les douceurs que Morphée nous procure. — Aussi, pour effacer s'il est possible la pénible impression que nous a laissée l'historien de la nature, vais- je vous raconter quelquesunes des petites particularités qui nous accompagnaient jadis quand nous arrivions commencer ou grossir la famille. Le sujet est sérieux, et malgré le oh I oh ! que vous venez d'exclamer, vous trouverez, dans ce que je vais vous dire, pâture à réfléchir et à méditer.
Je vais donc vous parler des croyances et des erreurs relatives à l'accouchement.
La première superstition à ce sujet doit inévitablement remonter à Gain, puisque la Genèse nous enseigne qu'il fut le premier mortel fabriqué selon l'usage actuel. — Nous n'avons pas beaucoup progressé depuis ce temps-
là; peut-être le progrès Mais que diable vous
raconté-je là.
— Si, de nos jours, Part de guérir, étant réserVé à des hommes ayant donné preuve de savoir devant des juges plus ou moins compétents, se trouve envahi par des femmes, vous devez penser qu'il n'est point étonnant de les voir en première ligne sur le sujet qui nous occupe, quand aucune loi n'était venue régulariser la position de Mesdames les sages- femmes. Ne vous étonnez donc pas que nos superstitieux grands-pères aient fait des divinités de ces matrones.
En premier lieu vient Cybèle, l'épouse de Saturne, la grand' maman de tous les dieux de TOlympe, qui enseigna des remèdes contre les maladies des enfants, ce que nous assure Diodore de Sicile; puis Latone, la mère d'Apollon et de Diane qui, outre les accouchements, se mêlait de chirurgie, puisqu'elle est représentée dans l'Iliade pansant Euée de ses blessures. Après Latone vient Junon, qu'on appelait aussi Lwcine, et qui présidait aux noces et aux accouchements. Lucine est la déesse de la lumière, dea lucis^ comme la surnomme Ovide dans ses fastes; puis enfin nous rencontrons Diane et Pallas, qui avaient trouvé des herbes salutaires, et qu'on invoquait pendant les douleurs de la parturition.
Vous voyez, à travers toutes ces fables, que de. tout temps les femmes se sont mêlées de la médecine et qu'elles ne s'en tenaient point à servir de gardemalades officieuses à leurs voisines.
Vous savez que, dans ces moments critiques où la femme va se débarrasser de l'être adoré qu'elle porte dans son sein, les parentes et les amies ne font pas défaut au chevet de la patiente ; elles secourent la malheureuse heureuse qui se tord dans lasouflErance.Iné-
vitablement, celle quî avait le plus de courage, de sangfroid et d'adresse était plus recherchée que les autres : de làTinstitution forcée de la sage- femme, La première qui est désignée sous ce titre est celle qui assista Rachel, femme de Jacob, dans son second accouchement ; la pauvre Rachel mourut pendant le travail en mettant un fils au monde.
Certainement, les femmes rendaient des services; mais Tart pratiqué par des femmes exclusivement était par cela même réduit à rester dans une perpétuelle enfance. Auraient-elles même faitquelques observations, si elles en avaient été capables, il est certain que ces observations auraient été défigurées par la tradition, ou seraient demeurées dans un complet oubli ; car, que voulez-vous qu'on puisse attendre de personnes dépourvues de tout principe et de toute connaissance essentielle? L'art est né de l'expérience, mais encore faut-il qu'il soit guidé parla raison et par la connaissance des parties sur lesquelles on exerce. Les Athéniens, ces grands artistes, avaient certainement aperçu les inconvénients de laisser entre les mains des femmes la pratique des accouchements quand ils firent une loi qui enjoignit aux femmes de ne s'en point mêler ; mais la force de la coutume et du préjugé prévalut; les choses en revinrent bientôt dans le môme état.
Qu'advint-il de tout cela? Vous avez d'un côté la femme qui tremble quand arrive le grand moment ; de l'autre, des matrones ignorantes qui n'avaient à donner comme secours que des amulettes ou des recettes superstitieuses, propres tout au plus à amuser la douleur. Eh bien I les prêtres vinrent encore fourrer leur nez dans cette partie de la médecine, et trouvèrent là des moyens faciles pour agrandir leur négoce.
Ils firent surgir un peuple de divinités pour toutes les péripéties gui accompagnent ou suivent l'accouchement et la grossesse. Apollonius, non pas celui dont je vous ai parlé dans notre dernière soirée, nous apprend que, dès qu'une femme était dans une position intéressante, la religion lui prescrivait de venir déposer solennellement sa ceinture dans le temple de Diane, et d'y prendre les vêtements convenables à sa position. — Ce précepte n'était pas mauvais, car vous savez que de tout temps la femme a toujours été disposée à préférer sa parure et ses agréments à sa santé : maintenue par la superstition, on avait chance de lui faire exécuter ce qu'elle n'aurait point fait ni par raison ni par le conseil d'un médecin sérieux.
Il est assez curieux de passer la revue de toutes les croyances de l'antiquité qui touchent à la femme considérée comme nous le faisons ce soir: ainsi Mena, espèce de déesse du genre de Lucine, était chargée de la préserver des hémorragies pendant la grossesse et l'accouchement; Diespiter ou Jupiter conduisait les enfants à un heureux terme, d'après ce qu'en dit saint Augustin; au moment critique, c'était Eugérie qu'on invoquait, si nous en croyons Sextus. La femme quittait son manteau ; on lui environnait la tête de bandelettes, et elle s'asseyait pour se mettre en travail ; mais alors la chose devenait grave, et il fallait faire bien attention que personne appartenant à la maison n'eût les jambes ni les doigts croisés : car c'eût été, dit Ovide, un obstacle invincible à la délivrance.
Savez-vous, mon cher, que ce n'était pas rien que de rester parfois cinq ou dix heures sans avoir le droit de ne croiser ni pieds, ni pattes, même pas les doigts. Voyez- vous quelque malin personnage s'amusant par ce
charme à retarder la venue du petit être ! Dire qu'on a cru à ces babioles pendant des siècles ; voyez-vous, cela m'en fait tomber les bras; et quand je dis pendant des siècles, je suis de bonne composition, puisqu'il y a encore des pratiques aussi vaines en Espagne, en Italie, voire même dans notre France, le foyer du monde I
Les anciens prétendaient que de toutes les présentations de Tenfant, nulle n'était plus fâcheuse que celle des pieds, que nous autres médecins considérons conmie bonne; dans ce cas, Âulu-Gelle nous apprend qu'on faisait des sacrifices aux déesses Postversa et Prosa, qu'on appelait encore Porrima ou Anlevorta, Arrivait-il qu'une femme, pour des raisons particulières, voulût se faire avorter, on avait recours aux mêmes déesses: elles étaient bonnes à tout, comme vous le voyez. Notez, cependant, que si ces sacrifices n'opéraient point ce qu'on en attendait, c'était au moins un moyen de faire patienter et d'empêcher des crimes qu'on eût cherché à consommer par des moyens plus dangereux.
Quand le travail était laborieux, on invoquait les dieux Nixiiy après avoir eu soin de se découvrir la tête et de se laver les mains; mais ces pauvres dieux n'eurent jamais grande vogue ; on en revenait presque toujours à Lucine, FOpigena des Latins : Il fallait appeler trois fois à haute voix la bonne déesse qui, un peu sourde probablement, se faisait appeler jusqu'à sept. Si, dans ces entrefaites, l'enfant arrivait à bon terme, on en attribuait les heureux efTets à la divinité, et on lui donnait des gâteaux, on lui faisait des présents en or et en argent. — Nouvelle méthode pour les prêtres de grossir leur magot. — Bah ! ils avaient au fait parfaitement raison, et ils étaient, je dois le dire, un peu moins bêtes que nous autres. Espérons que nous resterons
toujours très botes au point de vue de nos in-
térôts.
Voilà donc le bébé arrivé ; chez les Thraces, aussitôt sa naissance, on commençait à gémir et à pleurer sur le sort qui attendait ce petit être ; et lorsqu'il lui arrivait de mourir avant Tâge de raison, on faisait noces et ripailles, au dire d'Hérodote. Les Perses et nos ancêtres les Gaulois restaient indifférents à la mort de leurs enfants, car ils ne comptaient la vie de Thomme qu'à partir de Tâge de six ou sept ans. Cependant, les autres peuples de Tantiquité ne virent pas du même œil la naissance des enfants. Le plaisir de se voir renaître dans les siens a toujours été le sceau de Thumanité; dans le reste de l'Orient, les parents et les amis venaient partager la joie des parents et les féliciter sur la naissance de leurs enfants; môme chez les Romains, on avait une sorte de vénération pour le noiiveau-né, et une déesse particulière, qu'on appelait fortuna natcUis primogenia, recevait de nombreuses offrandes que les prêtres, comme toujours, se chargeaient d'encaisser. L'enfant, aussitôt né, était lavé avec de l'eau et de l'huile, ou mieux encore avec de Teau et du sel. Les Lacédémoniens se servaient de vin, les Cimbres de neige, et d'autres peuples de rosée. A Sparte, les femmes, pour montrer qu'elles dévouaient leurs enfants à la patrie, les faisaient laver sur un bouclier avec une lance à côté d'eux, et elles criaient « ou ceci ou cela. » Vous avez la raison de cette manière de faire dans les mœurs lacédémoniennes ; elles préféraient voir revenir leur fils* mort et rapporté sur son bouclier que de le recevoir vaincu! Cher Horace, quel triste Lacédémonien tu aurais fais, toi qui, pour rendre ta fuite plus légère, n'eus rien de plus pressé que de jeter tes armes; tu fis bien, du
reste, car une flèche traîtresse nous eût privés de tes immortels chefs-d'œuvre !
Tous les peuples n'avaient pas dans ce lavage de l'enfant des vues aussi raisonnables. Glaudien fait allusion à Tusage des Germains, gui trempaient leurs enfants dans les eaux du Rhin pour s'assurer de leur légitimité ; lesPsylles présentaient les leurs aux serpents, et les Ethiopiens aux oiseaux de proie: si l'enfant était épargné, il était de bonne lignée quand même. — Ces épreuves ridicules, qui n'avaient probablement au début que l'idée de retenir les femmes dans les bornes du devoir, durent être aussi la source d'une infinité de querelles, et je suis bien convaincu que des milliers d'êtres représentant le sexe faible ont dû recevoir de vertes corrections quand l'épreuve avait manqué. Après la lotion, une autre déesse du nom de Staline était prise à partie. — On mettait l'enfant à terre, et par là on se proposait trois choses : 1© exciter les cris de l'enfant par le contact de la terre : c'était Vngitanus qui le faisait crier ; 2** voir s'il était droit et agréable aux dieux conjugaux, et pour cet efTet la sagefemme le mettait debout ; 3° enfin lui faire saluer Ops ou la terre, cette mère commune sur laquelle il allait accomplir ses destinées. Puis le père relevait l'enfant sous la protection de Levassa, encore fallait-il que ee fût un garçon ; quant aux filles, il se serait bien gardé d'y toucher, c'eût été un mauvais présage. Les enfants que le père ne consentait pas à relever ou faire relever étaient déclarés illégitimes, et comme tels exposés dans un lieu public et parfois dans des lieux déserts et écartés.
Voyez, mon ami, que d'innocentes victimes furent sacrifiées à ces folles pratiques I Les Thébains, ce-
pendanl, proecimreiil c^ usage soos peine de morl; la kâ prescriTait an père, sll étail trop panrre, de piésenter son enfant an magistrat qm^ pour on pnx dânttn, le confiait à qadqœ partienM»'.
Je TOUS ai dit^ dans le conrs de cette coinTersalîon« qœ les Romains Tenaient se féliciter mntadleBieiii à la Tenne deleorsenfuits; qoelesGrecsen agissaôenide même, ainsi qne la plupart des penses onentanx. Gda me rappelle nne coutume assez bizarre qm^ dn fen^s àsL géogr^lie Strat^a, existait en Espagne.
Aussitôt qaime femme était accouchée, rile ûdsait mettre an lit son mari ei^ pendant le temps qa'die eôt dû prendre à se rétablir^ ^e loi serrait les mets les pIiB soccolents, les Tins da meûIeiEr crû; tocs derez pe3£5« â le petit papa derait se prélasser dans son ht de coache pendant qne sa chère moitié s'^ingéniait à fan £ûre la cuisne ! Gredin dlioomie !! Et priser qœ cet usage a été ad<^té par pas mal de penses, jasqa'anx Béarnais qui le éliraient encore il n V a pas nn aède. — Les scélérats serait^it bien capables de n'en pas démordre^ même actoelLanent^ mais je ne le certifie pas ; i^en écrirai sur ce sajet à run de mes amis dlntecnat qui exerce la médecine dans le paysy et je toos dirai ce qall en est. Otiel malheur qae ce petit enjo- Krement de la paternité n'existe pas en Beance !
Cette petite pratique accoomiode tant la mollasse, çtt'eDe a Mt à peu près le tour du monde. Llle de CQ«e, selon Diodore^ Favait acceptée : plnsienrs natiiKis de r\mpnqne la conserraient encore il n y a p^ cmqaante ans^ surtout le Brésil ; cela s'aj^elait figin la eauvade.
Gomment est Tenu im usage ausà saugrenu?
Je n'œsaisma fci nen; pourtant^ il yaeuunecanse:
Laquelle? En y réfléchissant, je me range de Tavis
de Pison, auteur d'une histoire naturelle du Brésil. Il nous dit que la conduite des femmes à cet égard est de rétablir les forces épuisées de leurs maris, toutes les fois qu'ils deviennent père, parce qu'apparemment les femmes trouvent dans ces soins ofiicieux du plaisir à disposer leur époux à le devenir encore. Dam ! pourquoi pas. — Je demande une loi ordonnant la couvade. Dormez bien, mon bon.