HISTORIQUE
« L'action nocive locale de l'Iodoforme ne présente qu'une importance secondaire. Les manifestations irritatives auxquelles elle donne lieu sont, en effet, peu fréquentes, de nulle gravité, et ne diffèrent en rien au point de vue de leur pathogénie des éruptions artificielles d'origine quelconque. » (thèse de Brun. 1886).A l'appui de cette opinion, l'auteur précité mentionne quelques cas d'accidents locaux, observés par Kœnig, le Dentu, Fifield, Goodell et Neisser. Dans ces cas, 1! s'agissait bien en effet d’accidents purement locaux, partis du foyer originel, lieu d’application de l’antiseptique ; mais, sont passés sous silence des cas bien plus intéressants; ceux dans lesquels, les manifestations cutanées ont débuté loin de la plaie, voire même sans qu'il y ait eu application d’Iodoforme, comme nous le verrons plus loin.
Leissel, le premier, publia deux observations de ce genre en 1881. (4//g. Wien. Med. Ztq, XXNI, 455-1881).
Fified rapporte un cas dans le Boston Med. and surgical 16 mars 1882.
Puis Le Dentu, dans une leçon clinique publiée par La Personne dans le numéro du 11 mars 1889, de la France médicale, signale incidemment un eczéma surve-
2: Aa nant chez un amputé de la jambe. Un cas de Paul Fabre de . Commentry, parut dans la Gazette médicale’ de Paris, 18 octobre 1884, sous le titre suivant: « Eruption eczémateuse provoquée par }’ application d'une es 10d0formée chez un syhilitique. »
Puis Noissér, de Breslau, ai le ‘premier d’après Janows-
ky, aurait 6bservé une série de sept cas, désignés sous le -nom de dermatose erythémateuse à petites vésicules. © Ce travail a paru dans Je numéro du 24 juillet 4884, de la Deutsche medicinische Wochenschri Ce
. Une observation originale appartient au docteur Kostér- Syke qui a décrit les curieux effets de l'Iodofornie sur luimême. Ce cas est rapporté sous le titre suivant :« Hochgradige idiosynkrasie gegen [odoform'und Carbol »' Deutsche Medicinal Zeitung. April 26-1886.
Un travail plus important dû à Janowsky de Prague, Îà au congrès de Copenhague 1884, contient la relation de six observations prises, partie à la clinique de l'hôpital général de Prague, partie dans sa chentèle privée.
Les faits observés par ce dernier auteur sont au nombre de huit.
Goodell cite un cas :« Boston med. and surg. Journal, april 9-1885. »
Treves a observé deux cas : «The lodoform Rash » Practitioner october 1886, »
Taylor, dans le journal de New-York 1887, à fait une étude très complète des exanthèmes iodoformiques. Sa propre expérience Jui a permis de relater huit observations ;
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qui ajoutées aux seize autres qu'il a recueillies cà et là, lui donnent un total de 24 observations.
On doit encore à Hoœpfl la relation assez incomplète d'un cas d’érythème iodoformique.
Plus près de nous, Victor Wallich, interne des hôpitaux, a publié dans le numéro du samedi 15 octobre 1887, un cas très intéressant d'exanthème iodoformique, à la suite d’une amputation de doigt.
Enfin, le docteur Trousseau, dans une communication faite à la Société de médecine de Paris, dans la séance du 12 novembre 1887, et Vanheuverswyn dans les bulletins de la Société anatomo-clinique de Lille 1887, ont ajouté deux nouveaux cas d'éruptions cutanées à la suite de l’emploi de l’Iodoforme.
ETIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Sans entrer ici dans la discussion du mécanisme intime des éruptions iodoformiques, nous examinerons brièvement les différentes opinions qui ont été émises à ce sujet. Et d'abord par quelles voies cette substance introduite dans l'organisme, peut-elle déterminer des troubles de nutrition de la peau ? Hogyes et (1) Binz (2) en étudiant les effets produits par l'iodoforine, les trouvent identiquesà ceux produits par l'iode (l'iodoforme contient 95/100 de ce métalloïde). Celui-ci est facilement dégagé des solutions alcooliques, éthérées, graisseuses de l'iodoforme.Trois voies lui sont offertes, pour pénétrer l'organisme : lafvoie pulmonaire, la voie intestinale, et la voie cutanée.
Dans le premier cas, l'iodoforme volatilisé vientimpressionner les muqueuses trachéales et pulmonaires, fait qui, à défaut d'expériences bien concluantes est démontré par notre observation, où nous voyons le sujet pris d'accidents cutanés après avoir simplement respiré de la poudre d'iodoforme.
Introduit en nature dans l'estomac, ou dans un récipient qui n’a pas la propriété de le dissoudre, l'iodoforme produit des effets peu intenses et lents.
1. Hogyes. Arch.f, Exper. Path. 1879, vol X. p. 228. 2. Binz. Arch. f. Exper. Path. Vol. VIN p. 309. Vol. XIE. p. 143.
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Si au contraire, on l'ingère, ses effets sont rapides et dangereux même à dose relativement faible.
Neisser prétend n'avoir jamais observé d'éruptions à la suite d'ingestion d'iodoforme.
Cependant, Hogyes a démontré qu'iatroduit dans le tube intestinal, il se dissout dans les substances grasses avec lesquelles il se trouve en contact (matières grasses du tube digestif) : de cette solution l’iode devient libre, et se fixe sur les matières albuminoïdes. L'iodoforme semble done pénétrer dans l'organisme à l'état d'iodure albumineux. C'est donc sous cette forme, de même que l'iode, qu'il arriverait dans la circulation.
Mais, c’est surtout par la voie cutanée, à la suite d'application sur une peau dénudée que le poison agit avec plus de violence. Là aussi, l'iodoforme est mis en présence des acides gras de la sueur, et par ce fait, décomposé. En effet, lesfnombreux cas d'accidents par son application externe, dans lesquels on trouve de l'iode dans toutes les sécrétions nous le prouvent. Aussi, Binz a-t-il affirmé qu’en maints cas d’ulcères on trouve les conditions nécessaires pour la mise en liberté de l'iode.
Que l'odoforme pénètre dans l'organisme par la voie pulmonaire, cas le moins fréquent, que ce soit par la voie stomacale, ou qu'enfin il prenne la voie cutanée. les éruptions qui pourront accompagner son usage, n'auront jamais lieu avant qu'il ne soit pris par le torrent circulatoire. Behrend, (Berl Med Gesellschaft 18 déc. 1878) a bien étudié l’étiologie des éruptions médicamenteuses. Voici ce qu'il dit à ce
sujet : « Il est nécessaire qu'il s’écoule entre le moment de
— 18 — , l'ingestion et l'apparition de l'éruption, un temps suffisant pour leur absorption. L’intervalle doit étre naturellement minime, Car ordinairement des quantités infinitésimales suffisent pour produire l’éruption : la durée de l'incubation doit donc varier suivant le coefficient d'absorption des diverses substances. »
Mais quelle est la raison de ces éruptions ?
Dès 1859 Fischer était disposé à admettre une certaine influence diathésique sans pouvoir cependant en donner une démonstration. D'autres auteurs après lui ont voulu faire jouer nn rôle important aux constitutions rhumatismales, eczémateuses,syhihtiques. Fabre, par exemple, rappelle que le sujet de son observation avait eu sept mois auparavant une pousséé eczémateuse, puis une seconde poussée peu de temps après ; 1l en conclut que la facilité avec laquelle l’eczéma a reparu sous l'influence de Fapplication de la pommade iodoformée, est facilement expliquée par l'irritation nouvelle qui aurait ainsi réveillé la diathèse eczémateuse.
Certains ont voulu voir dans ces éruptions un produit d'irritation locale : 1l suffit, pour prouver la fausseté.de pareilles assertions, de considérer la disproportion qui existe dans beaucoup de cas entre l'étendue de l'éruption et la quantité minime du médicament employé. Si on réfléchit,en outre, que des éruptions ont été observées à distance, loin du foyer primitif, on aura une preuve évidente que le poison a été absorbé, charié dans l'économie ; qu'en un motelles ne” peuvent être le résultat d'une action directe, d'une élimina-
tion cutanée.
Enfin les partisans de la théorie humorale, au nombre desquels il faut placer Neisser, Taylor, et Janowski, se basant sur la rareté des éruptions, sur la petite quantité nécessaire dans certains cas à leur éclosion, admettent une idiosynerasie, une certaine prédisposition individuelle. Malheureusement certains faits viennent à l'encontre de cette dernière théorie, qui n’est pas plus satisfaisante queles au- (res:
Dans l'état actuel de la science, il est donc impossible de se prononcer pour l’une ou l’autre de ces théories ; il faut se contenter des faits bien et dûments démontrés, et accepter avec Bebrend les deux propositions suivantes : « 1° Un médicament donné dans des conditions apparemment semblables, peut produire des éruptions tout à fait différentes ; 2% Autant qu’on peut le déternnner, il y a une quantité constante dans la formation de ces éruptions, c’est-à-dire que l'emploi répété du médicament chez le même individu produit constamment la même éruption. »
Quels sont les facteurs plus directs qui interviennent dans la production des accidents ?
Le mode d'emploi de la substance, la nature de la plaie, la constutution du sujet, l’âge et l’état du blessé doivent être à ce point de vue successivement examinés.
Et d’abord, quelle est l'influence de la quantité du médicament employé ? Ici nous en sommes réduits à des conjectures : il est regrettable que le tableau que nous rapportons plus loin, dressé par Taylor, ne contienne pas d’indications à ce sujet. On peut dire qu'il n'y a pas de règle fixe:
tantôt, les doses employées avaient dépassé 80 et 100 gr. ;
ne
tantôt au contraire, c'est à peine sila quantité de 2 à 3 grammes avait été atteinte.
La forme de la substance parait jouer un rôle plus considérable. D'après Gutebrock, l'iodoforme finement pulvérisé serait plus facilement absorbé qu’appliqué sous forme de cristaux. C’est pour la même raison, que la gaze iodoformée, renferment, quand sa préparation est bonne, une grande quantité d'iodoforme en poudre, à pu produire un certain nombre d'accidents.
Cependant, Neisser n'attache aucune importance à la forme sous laquelle est appliquée la substance ; que ce soit
en poudre, en pommade, en solution dans l’éther ou le collodion. Nous avons vu que pour cet auteur, l'application externe paraît seule aussi efficace que funeste : ainsi, dans deux cas où ia dermatose pouvait être provoquée à volonté, on ne put jamais obtenir un exanthème artificiel en donnant l'iodoforme à l’intérieur. On a encore signalé, relativement au mode d'emploi de la substance deux conditions propres à favoriser l’absorplion et l'intoxication : ce sont la compression exercée au niveau du pansement, et l'association du pansement de Lister au pansement à l’iodoforme. La première doit jouer en effet un certain rôle dans la décomposition lente et graduelle du poison : quant à l'influence de la seconde, admise par Moseug, elle est purement imaginaire. Me voyous-nous pas.en effet dans la presque totalité des services hospitaliers de Paris, l'acide phénique et l'iodoforme concurremment employés, sans qu’il en résulte d'accidents sérieux ?
Et d'autre part, est-il toujours facile de distinguer ce qui
ee 16: — revient dans les pansements de ce genre, à lune-età l'autre des deux substances. | + L'influence exercée sur l'apparition des acéidents.par la nature, le siège et l'étendue de la plate joue un rôle autrement considérable. C'est surtout dans les plaies fraiches, à large surface, absorbante, ou encore dans les trajets fistuleux, où l’iodoforme est destiné à séjourner longtemps,sans qu'on puisse l’extraire facilement, dans les elapiers, les ulcères suintant beaucoup, partout, en un mot, où se trouvent réunies les conditions favorables à la mise en liberté de l'iode.
Le lieu d'application de l’antiseptique parait également devoir être pris en considération. L'absorptiôn étant en raison directe de la vaseularisation des parties, il: était tout naturel de penser que les points richement irrigués;tels que la face, les mains, les doigts, les orteils, deviendraient facilement à la suite de pansements idoformiques des foyers d'intoxication: Dans nos observations, nous voyons en maintes circonstances l’éruption partir de ces points pour s'étendre plus ou moins loin. Enfin, il est certaines. régions, telles que le vagin, la vulve, le rectum, qui semblent constituer un terrain favorable à l’absorption et-à la-preduction des aceidents. Chez deux malades observés par Neisser, il existait un eczéma de l'anus et du périné, entretenu par des suppositoires à l'iodoforme. Dans deux autres cas, cités par Je même auteur, une dermatose érythémateuse apparaissait régulièrement sur la partie interne et supérieure:dela cuisse, à la suite d’une application d'iodoforme à la vulve.
Pour terminer ce qui a rappport avec le siège de la lésion,
— 17 — nous dirons avec Hogyes, que là où il existe des graisses, l'iodoforme est dissous, et que par conséquent dans les cas d’extirpation du sein, d'opérations sur les sujets gras, de lésions portant sur les os, il n'est pas rare comme nous le voyons dans l’obs. 20. — d'assister à des manifestations cutanées toxiques.
Il nous reste maintenant à examiner quel est le rôle étiologique attribué au sexe, à l’âge, aux diathèses.
L'influence du sexe paraît absolument nulle.
L'âge au contraire mérite d’être rangé au nombre des facteurs les plus importants. Dans la staustique de Taylor nous trouvons : à malades n'ayant pas atteint la puberté : 11 entre vingt et 30 ans ; 7 entre trente et quarante ; 4 seul avait 61 ans.
Cette statistique concorde peu avec celle donnée par Brun, et concernant les accidents généraux. D'après lui les enfants sont rarements atteints, chez les vieillards au contraire les accidents sont généralement fréquents. On peut, 1! nous semble, expliquer ce désaccord de la façon suivante: l'intoxication générale s’attaquera de préférence aux sujets débilités et séniles, l'intoxication cutanée se greffera plus facilement sur un terrain diathésique. Et là nous aurons en vue principalement, les diathèses eczémateuse, rhumatismale, peut-être syhilitique ; et à l'appui de cette opinion nous citerons les sujets de nos observations,