‹ Éruptions IodiformesChapitre 6 sur 20 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Sile diagnostic causal des exanthèmes iodoformiques est, dans la majorité des cas, facile à établir, 1l n’en est pas de même du diagnostic différentiel’ Il est cependant de la plus haute importance de reconnaitre, dès le début, la nature des accidents, car de ce fait, on pourra inslituer immédiatement le traitement approprié.

Et d'abord on devra redouter des complications cutanées, toutes les fois qu'on sera en présence d'individus sujets à l’eczéma, à l’urticaire, aux manifestations de l’arthritisme. Dans les cas de plaies anfractueuses, fistuleuses, ou osseuses, fortement bourrées de gaz ou de poudre d’iodoforme, on devra avoir toujours en vue l'apparition possible d’accidents iodoformiques. Dans d’autres cas, onse trouvera en présence d’eczémas rebelles, chroniques, ou au contraire de poussées aiguës souvent répétées, sans qu'on puisse établir l’étiologie de l'affection et un beau jour on apprendra d’une façon tout-à-fait fortuite que le malade en question usait de suppositoires ou de lampons d'icdoforme.

Nous avons vu que Neisser avait observé plusieurs faits de ce genre. Le même auteur raconte l’histoire suivante dont le sujet était un médecin.

Le patient souffrait bien depuis des années, d’une urti-

caire chronique, dont les fréquentes éruptions l'incommodatent beaucoup. Depuisun certain temps, était venu s'ajouter une éruption cezémateuse dont la cause resta inconnue, et le traitement inutile, jusqu'au jour où une lésion du pied pansée avec de l'iodoforme vint donner la clef de la nature des accidents. Et en effet, à partir du jour où le malade s’abstint de tout contact avec l’iodoforme, l’eczéma disparut complètement. 2

Il est cependant un moyen de découvrir sûrement la nature d’une éruption, moyen qu'on ne doit jamais négliger, car non seulement 1l vous permet de faire le diagnostic de la cause, mais encore le diagnostic différentiel. Nous voulons parler de l'examen des urines. En effet, l'iodoforme est en grande partie éliminée par l'intermédiaire du filtre rénal ; et, étant insoluble dans l'eau, il ne devient toxique qu'en se dédoublant et en mettant l’iode en liberté.

Pour la recherche de l'iode éliminé par l'urine, Harnack recommande la méthode suivante qui suffit pour déceler 1/75000 d’iodure. On additionee l'urine d'un peu d’empois d’amidon, d'acide sulfurique dilué, d'acide azotique fu-

mant, et de quelques gouttes de sulfure de carbone. Une coloration en bleu se produit, par Fagitation une portion de l'iode se dissout, dans la couche de sulfure de carbone qui occupe le fond du vase, et qui prend ainsi une teinte violette, tandis que par-dessous se forme un anneau bleu foncé d'’iodure d’amidon.

Le chloroforme ou l'empois seul ne déterminent pas une réaction aussi nette. La présence d’iodates dans l'urine est décelée sans l'addition d'acide nitrique.

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Mais pour que cette réaction soit appréciable, il est uécessaire que liode soit transformé en iodures alealins. Or, il est certain qu'après l'administration de l’iodoforme, l'iode existe aussi dans l'urine à l'état de combinaisons organiques, La preuveen est fournie par Harnack qui dans trois cas d'empoisonnement, la réaction de l'iode dans l'urine demeura négative tandis que celle des cendres fut des plus manifestes. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails techniques donnés par cetauteur pour fareune analysedes cendres : nous nous contenterons de renvoyer à son mémoire paru le 19 novembre 1883. (Berlin, Klin. Wochens, n° 47, page 793). Sur 19 individus sains, chez lesquels des applications d’iodoforme avaient été pratiquées de différentes façons et en des régions très diverses du corps sans qu'il en résultât des phénomènes d’empoisonnement, l’examen de l'urine effectué pendant un certain temps a toujours donné des résultats concordants : la réaction des cendres de l'urine n’a jamais été plus intense que celle de l'urine elle-même. Quand celle-ei n'offrait pas la réaction caractéristique, aucune trace d'iode n'était appréciable dans les cendres. Dans ces cas l'iode était donc éliminé par l'urine à l'état d’iodures alealins.

D'ailleurs, les conditions quantitatives de cette élimination variaient beaucoup : parfois l'élimination manquait entièrement ; dans d’autres circonstances, les quantités d’iodures alcalins éliminés d'un seul coup par l'urine étaient très considérables : 0,2555, 0,2600 et 0,3600 d’iodure par litre.

Au contraire, dans un cas d’empoisonnement par l'iodo-

1.5t — forme chez l'homme, il'a obtenu des résultats tout différents. Tandis que l'urine ne donnait qu'une réaction excessivernent faible d'iodures alcalins, les cendres en renfermaient une très-forte proportion. En tout, l'urine renfermait une proportion d'iode qui correspondait à 0 g. 7560 d'iodure par litre.

C'est làencore un fait qui montre bien qu'on ne peut expliquer l'empoisonnement par une élimination défectueuse de l'iode, puisque les proportions d'iodure de l'urine étaient beaucoup plus considérables que chez les personnes non empoisonnées.

Hartmarch, se basant sur-trois cas d’empoisonnement humain qu'il a observés, admet que l'empoisonnement par l'iodoforme dépend essentiellement de la forme sous laquelle l'iodé résultant de son dédoublement se trouve absorbé par l'économie.

On n’observe d'intoxication qu'autant que l'iode forme des combinaisons organiques.

L'application pratique de cette manière de voir serait de transformer, avant son absorption, l'iode en iodure alcalin, etcela en joignant à l'usage de l'iodoforme celui d'un alcali imoffensif.

Si le diagnostic de la cause est en général facile, par contre, il est souvent très délicat de distinguer les exanthèmes iodoformiques des autres exanthèmes médicamenteux.

Ce sont les cas où le pansement iodoformique se trouve associé soit à l'acide phénique, soit au sublimé. Faire la part qui revient à chacun de ces toxiques n'est pas toujours

OS chose facile. Et comme, dans la pratique du pansement anüseptique, ces différentes associations existent presque toujours, nous insisterons davantage sur ce point.

Les érythèmes phéniqués ont été divisés par Chevassus, Blusson et Chauvel, en érythèmes simples et en érythèmes fébriles. Dans le premier cas. c’est une rougeur en plaque qui disparaît par la pression, localisée au voisinage de la plaie, surtout quand cette dernière se rencontre sur une peau molle et fine, au niveau des plis de flexion, des bourses ou (le la vulve.

L'érythème fébrile s'accompagne d’un grand cortège symptomatique : élévation de température, anorexie, délire, tous phénomènes rencontrés rarement dans l’érythème 1odoformique. En outre, l'érythème phéniqué s’accompagne souvent de vésicules : c'est sa forme presque unique ou au moins la plus fréquente. Son évolution est aussi plus rapide que celle des exanthèmes dûs à l'iodoforme.

Dans l’intoxication hydrargyrique, on peut également voir survenir des érythèmes, des eczémas, qui ressemblent singulièrement à ceux qui surviennent dans les cas de pansements à l'iodoforme. Max Schede, dans son important mémoire sur l'emploi du sublimé insiste cependant sur la rareté des exanthèmes de cette nature : « En particuher, dit-il, j'ai très rarement observé un eczéma aigu avec vésicules qui se forme si souvent à la suite du pansement phéniqué. » Le seul point qui permet de différencier assez souvent les deux sortes d’éruption consiste en ce que les accident locaux dus au sublimé ont une plus grande tendance à rester localisés au voisinage de la plaie.

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