LES VIRAGES DE LA CUTI-RÉACTION
Ils sont au contraire des faits d’une toute autre valeur puisqu'ils objectivent l'apparition simultanée de l'allergie et de l’érythème noueux.
Dans nos 29 observations concernant les sujets à cutiréactions positives, nous avons eu 5 fois la notion de cutiréactions antérieurement négatives — 3 fois il s'agissait d'épreuves pratiquées 3 ans, 2 ans et 1 an auparavant — 2 fois la cuti-réaction était négative au début de l’érythème noueux. La première fois, elle devint très nettement positive au 3° jour de l’éruption. La 2€ fois on pratiqua pendant un mois des cuti-réactions en série; de plus en injectant dans le derme des doses progressives de tubercu-
line (de 1/10 de milligramme à 1 centigramme) ce n’est que trois mois après le début de l’érythème noueux qu’on vit en même temps apparaître une intradermo-réaction positive (au 1/10 de milligramme) et un foyer hilaire de primoinfection.
Ces deux faits sont particulièrement importants... Ils s'ajoutent aux constatations déjà nombreuses faites par Ernberg, Comby et Hayer qui rapporte son auto-observation : Après avoir présenté à maintes reprises des cutiréactions négatives, il fait un érythème noueux, la cutiréaction devient positive. Aranson, Léon Bernard et Paraf, Bethoux et Berthet, Lemaire rapportent des faits analogues.
Sur 123 érythèmes noueux étudiés par Wallgren concernant des enfants ayant présenté des cuti-réactions négatives dans les jours ou semaines précédant l’éruption, 13 réactions négatives, toutes constatées avant le début de la période fébrile, sont devenues positives après l’érythème noueux.
Deux problèmes restent à envisager dans l’étude des réactions cutanées à la tuberculine au cours de l’érythème noueux : celui des réactions qui sont déjà positives avant l’érythème noueux; celui des réactions qui restent négatives après l’érythème noueux.
19 Dans l’étude du premier groupe de faits, il ne faut pas tenir compte, comme le fait remarquer si justement Wallgren, des cuti-réactions positives au cours de la période fébrile précédant l’éruption, 11 fois l’auteur suédois put constater l'existence de réactions cutanées positives pendant cette période fébrile. « Il semblerait, conclut-il, que ce soit à l’instant même où commencent les prodromes fébriles de l’érythème noueux que se place la limite entre le stade préallergique ou hypoallergique d’une part et le stade allergique ou du moins celui où l'allergie augmente rapidement d’autre part. » Cette réserve faite, il existe des cas indiscutables d’érythèmes noueux récidivants ou survenant chez des tuberculeux avérés et de ce fait déjà allergiques. Dans notre série d'observations, nous
To
avons observé deux érythèmes noueux récidivants et un érythème noueux survenant chez un sujet présentant depuis au moins trois ans une cuti-réaction positive.
Nous reviendrons sur l'interprétation de ces faits qui indiquent que l’érythème noueux n’est pas forcément contemporain de l'épisode initial de la tuberculose.
20 A l’opposé de ces cas il faut envisager ceux où la cutiréaction négative au cours de l’érythème noueux le reste dans les jours ou semaines qui suivent.
Nils Landorf rapporta récemment 18 cas d’érythèmes noueux avec réactions tuberculiniques négatives. Il en conclut que si l’érythème noueux est presque toujours tuberculeux, il peut dans certains cas dépendre de causes diverses telles que grippes, angines, pharyngites.
Nous pensons qu'il faut interpréter avec prudence cette absence de sensibilité de la peau à l'égard de la tuberculine.
Une de nos observations (obs. 18) nous a montré que cette sensibilité pouvait ne se manifester que 3 mois après l’'érythème noueux.
Une observation inédite qui ne figure pas dans ce travail et qui nous à été communiquée par le D' Broca, indique que la cuti-réaction peut rester négative à la suite d’un érythème noueux authentiquement tuberculeux. Il s’agit d’un enfant de 5 ans présentant un érythème noueux : les lésions dermatologiques étaient typiques, ne laissant planer sur le diagnostic aucun doute. Mais cuti-réactions et intradermo-réactions restaient négatives. L'origine tuberculeuse de l’érythème noueux paraissait s'effondrer lorsqu'un cobaye inoculé avec le sang de l'enfant, prélevé au début de la maladie, mourait en présentant des lésions de tuberculose expérimentale du type Villemin. Le bacille de ces lésions présentait tous les caracteres de culture et de virulence du bacille tuberculeux humain habituel. Ce n'est que quelques années plus tard qu’une intradermoréaction à la tuberculine devenait très faiblement positive.
Sans doute un tel fait est-il paradoxal ? Il n’en établit pas moins d’une manière certaine que si le test cutané à la