OBSERVATION I
Pseudo-rhumatisme d’origine tuberculeuse avec érythème noueux. — Début par une angine d'apparence banale suivie d’une adénite cervicale à rétrocession rapide.
G... Augustine, vingt-deux ans, domestique, entre dans le service du Professeur Pic le 22 mai 1905, pour des douleurs articulaires datant de cinq jours, consécutives à une angine et accompagnées d’une éruption cutanée.
Pas d’antécédents héréditaires ou collatéraux.
Un peu d’anémie dans l'adolescence.
A un enfant de trois ans qu’elle n'a pu nourrir qu'un mois parce qu'elle a eu un abcès du sein.
Jamais de bronchite, jamais de pleurésie, pas de stigmate de bacillose infantile osseuse ni articulaire.
Sujette aux maux de gorge ; nie la syphilis.
L'affection actuelle a commencé par une angine, il ya un mois. Huit jours après, se développèrent des ganglions cer- VICaUx.
Depuis cinq jours, elle souffre de l’épaule gauche ; depuis cette nuit dans le coude et la jambe gauches.
La malade est pâle et d'aspect un peu chétif.
On constate : à la gorge, amygdales un peu saillantes, rouges, lacunaires ; une petite ulcération punctiforme sur la base de la luette, une autre sur la voûte palatine, un peu de gingivite, mais pas d’autre ulcération.
Au cou, deux ganglions du volume d'une amande à l'angle droit de la mâchoire, d'apparition récente.
Sur la jambe gauche, plusieurs nodosités (7 à 8), échelonnées depuis le genou jusqu'à l'extrémité inférieure de la jambe. Elles sont inégales et varient du diamètre d’une pièce de o fr. 50 à celui d’une pièce de 5 francs. Couleur rouge violacé. À la palpation, elles donnent l'impression de comprendre le derme. Leurs contours sont polycycliques. Elles ne sont pas douloureuses spontanément ni à la pression.
On retrouve des nodosités semblables sur l’avant-bras droit et sur l’avant-bras gauche.
Il n’y a actuellement aucun épanchement, aucun gonflement articulaire.
Les genoux ne sont plus douloureux.
Seul le coude gauche l'est encore un peu.
Les masses musculaires du cou, surtout le trapèze, sont légèrement douloureuses à la palpation et à l’occasion des mouvements actifs.
Aux poumons, rien à signaler, sauf une légère rétraction du côté droit du thorax.
La pointe du cœur bat dans le V* espace.
Les bruits sont sourds à la pointe: petit souffle systolique inconstant et sans propagation.
Pas de souffle net dans les vaisseaux du cou.
Pouls irrégulier, rapide, 120.
A l’abdomen, rien à noter, à part la présence d’un abaissement du rein gauche.
Constipation légère.
Température entre 39°4 et 38°6.
Les urines n’ont pu être examinées, la malade ayant ses régles.
24 mai 1909. — L'érythème noueux s’est étendu au membre inférieur droit en même témps qu'il a augmenté à gauche. L’angine et l’adénopathie ont diminué.
OBSERVATION Il
(N° 1226 de la collection du professeur Pic).
Antécédents bacillaires. — Fièvre puerpérale à vingt-deux ans. — Insuffisance et rétrécissement mitral consécutif. Erythème noueux.
C... Juliette, trente-deux ans, couturière, entre le 16 mars 1967 dans le service du Professeur Pic pour des douleurs articülaifes et une éruption d’érythème noueux.
Mère morte de tuberculose pulmonaire à trente-sept ans.
Père mort de néoplasme de la langue.
N'a pas été malade dans son enfance et son adolescence. Cependant était de santé délicate, anémique, souffrant de maux de tête assez fréquents. Ne semble pas avoir eu la syphilis.
Mariée à dix-neuf ans, a deux enfants morts de gastroentérite et de broncho-pneumonie en bas âge.
À son premier accouchement, elle a fait de l'infection puerpérale ; on la traita par des abcès de fixation de Fochier.
Divorcée, elle se remaria à vingt-six ans et a une fillette âgée actuellement de trois ans, bien portante, et un garçon mort à dix mois de gastro-entérite,
Il y a six ans, elle fut soignée à l'hôpital Saint-Pothin pour de l’anémie; on lui trouva alors un rétrécissement mitral. Depuis elle s’est bien portée.
Il y a un mois, à la suite de surmenage et d’ennuis, elle s’est sentie fatiguée, fut soignée pour de la grippe. Peu de temps après apparurent des douleurs dans les genoux et les poignets avec gonflement des articulations. A la suite de ces douleurs on constata de l’érythème noueux sur les quatre membres.
Actuellement les douleurs articulaires ont disparu. De l’érythème, il ne reste aux jambes et aux bras que quelques plaques brunâtres, squameuses.
Au cœur, on trouve la pointe dans le V° espace, un peu en dedans du mamelon, sans frémissement. Souffle systolique se propageant vers l'aisselle, dédoublement du second bruit; de temps à autre, léger roulement diastolique.
A l’appendice xyphoïde, on perçoit encore le souffle systolique. A la base, souffle diastolique douteux.
Quelques douleurs semblables à des piqûres d'épingle dans la région précordiale.
Aux poumons,submatité dans la fosse sus-épineuse droite.
Rien à noter par ailleurs.
Pas de température,
OBsERVATION III
(N° 1603 de la collection du professeur Pic). Erythème noueux. — Séro-diagnostic tuberculeux posilif.
C... Jean, quarante-sept ans, entre à l'hôpital le 19 août 1907 pour des douleurs articulaires.
Pas de bacillose des parents ou des collatéraux.
Bonne santé habituelle. Pas de syphilis.
Ethylisme : 4 litres de bière et 2 apéritifs par Jour.
Quatre enfants en bonne santé.
À vingt-sept ans, première poussée de rhumatisme ayant duré huit jours, non généralisée.
A trente-neuf ans, nouvelle poussée, plus torpide et plus longue. Depuis lors, douleurs erratiques de temps à autre.
L'affection actuelle a commencé il y a un mois par une angine très douloureuse suivie, au bout de quinze jours, de fluxions articulaires fugaces, mobiles, variant du jour au lendemain, occupant à peu près toutes les articulations et rendant le malade impotent. Quoique suivant un traitement dès le début, le malade n’a pas vu ces phénomènes s’amender.
A l'entrée, les principales articulations sont douloureuses, un peu tuméfiées, sans rougeur.
L'examen du cœur, des poumons, du tube digestif est négatif.
Le système nerveux n'offre rien d’anormal.
Pas d'hypertrophie thyroïdienne.
Les urines contiennent un gros disque d’albumine.
23 août. — On constate la présence d’une éruption à peu près généralisée. Aux membres inférieurs, cette éruption est constituée par de petites plaques rose pâle ne s’efçant pas par la pression, presque confluentes en certains endroits, dans d’autres, séparées par des intervalles de peau saine. Eruption semblable, mais moins confluente, sur la peau de l’abdomen et des fesses.
Sur les membres supérieurs, l’éruption est formée par de petites plaques nodulaires, rose très pâle, légèrement surélevées, ayant les caractères à la fois de l’érythème noueux et du purpura.
Le malade raconte qu'il aurait eu des éruptions semblables chez lui, mais elles avaient disparu à l'entrée et n’ont réapparu que depuis deux ou trois jours.
La température, qui était de 39 degrés à l'entrée, s’est abaissée très rapidement, elle est actuellement à 3624.
Les urines contiennent toujours un gros disque d’albumine. Elles sont claires.
6 septembre. — Séro-réaction d’Arloing et P. Courmont, positive à un 1/5, négative à un 1/10.
OBsERvATION IV
(N° 1748 de la collection du professeur Pic).
Erythème noueux d’origine bacillaire, — Séro-diagnostic nettement positif. — Signes de très légère sclérose du sommet droit.
M... Mariette, vingt-deux ans, domestique, entre le 6 février 1908 à l'hôpital pour une éruption d’érythème noueux polymorphe.
Mère morte à quarante-six ans d’un refroidissement.
‘ Père en bonne santé, de même que quatre frères ou sœurs. ,
N'a jamais été malade. Ne tousse pas. Réglée tardivement (dix-huit ans).
Il y a quinze jours, malaise général, frissonnements, courbature et fièvre. La malade continue cependant à travailler. De petits boutons se montrent sur les jambes, durs et douloureux, les chevilles enflent, la fièvre augmente.
A l'entrée, on trouve aux membres inférieurs une éruption typique d'érythème polymorphe, s’arrêtant symétriquement à un travers de main au-dessus du genou. Elle est formée d'éléments produits par poussées successives,
Les derniers, surtout abondants à la face interne du
genou gauche, mais disséminés au niveau des deux genoux, sont des éléments d’érythème noueux de grosseur variée, durs, enchâssés dans le derme, rouges, douloureux à la pression.
Aux genoux également, existent des éléments plus anciens, larges, réunis les uns aux autres pour former une auréole rouge vif à centre clair où la peau est intacte.
Les genoux sont légèrement douloureux, spontanément et à la pression.
Vers les chevilles, les éléments sont presque effacés et forment de petits placards d’un rouge sombre uniforme.
On ne trouve d’autres éléments éruptifs qu'au niveau des deux avant-bras; de chaque côté, près du coude, nodule typique d’érythème noueux.
Aux poumons, la sonorité et la respiration sont normales, sauf au sommet droit où l'on note de la submatité, de l’exagération des vibrations et de l'obscurité respiratoire.
Rien à noter par ailleurs, sauf au cœur un premier bruit un peu sourd.
Les urines ne contiennent pas d’albumine.
Température : 386.
En une dizaine de jours, sous l'influence de l’aspirine, l’éruption a considérablement diminué. Il n’en reste que quelques vestiges aux membres inférieurs et quelques rougeurs sous forme de placards peu saillants à la face.
27 février, — La malade part guérie de son érythème.
Séro-réaction, le 8 février, positive à 1/5, à 1/10 et