PROLOGUE
u II était plusieurs fois un jeune homme si beau k
Tancréde.
Vers le soir, Phrontidzos le Niobidc vit sur la routo un homme dont le visage était caché dans un pli du manteau de laine blanche L'homme s'approcha de lui, et, lui ayant pris la main, se découvrit le visage. Puis il parla ainsi, avec emphase :
« Passant — j'ai vu, autour de ton sourire, la lassitude inquiète de ceux qui ne sont pas
ÉRYTHHÉE
satisfaits de vivre r^r ;'o-
destinées. La nons.;- , ^ ^^^^^ ^es
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"Jï-. (-1 la douceur de
tous les doutes.
Elle est tombée, la fièvre ardente qui, aux jours pourprés de tes curiosités premières, te dressait, les tempes en feu, en un désir envolé d'une vérité que tu imaginais unique ; et tes indignations ont cessé, une à une, parce que tu apprenais à connaître le sens partiel de tout, et la sincérité de la sensation seule; tu l'es affranchi de l'ennui vain de juger les actes pour cueillir, d'un geste calme, aux beaux arbres du chemin dont les branches ployées viennent eflleurer tes cheveux, les fruits mûrs et légitimes des émotions — toutes — qui nous font jouir de notre âme.
l'ai vu ion sourire, et, m'étant approché de toi, l'ai pris ta main et je t'ai découvert mon visage, pour que tu t'enrichisses aujourd'hui de ce qu'il m'est donné de signifier. »
Puis il ajouta :
« Nous uous étendrons tous deux dans une salle fraîche et nue, nous boirons des vins tièdes dans des coupes de métal et je te parlerai de moi-même. »
Phrontidzos le regarda. Il était beau d'une beauté effacée, comme meurtrie d'avoir été touchée par une infinité de caresses légères ; des rides presque invisibles faisaient songer à des effleurements lointains et à des brises à peine embaumées; les yeux sombres, au regard bleu, étaient une violence adoucie, et la bouche arquée, les lèvres plissées et molles, paraissaient conserver l'empreinte des gerçures anciennes et des paroles murmurées. Le front, très pur, éclairait ce que les traits ternis auraient pu avoir de trop simplement voluptueux; les cheveux bruns, mêlés de fils clairs.
descendaient un peu bas sur les tempes, et des bandelettes blanches retenaient les tresses; un des bras, armillé d'argent, soutenait les plis du manteau agrafé et les rubans noués d'un chapeau de paille jaune. La démarche fîère semblait imposer une certitude.
Ils s'écartèrent à gauche de la route et traversèrent un bois d'oliviers ; dans une étroite clairière Phronlidzos vit un autel de marbre, puis ils prirent un sentier parmi les hêtres. Ils se tenaient par la main et ne parlaient j)lus. Lorsqu'ils furent arrivés à la demeure, et (jue Phrontidzos franchit la dalle noire du seuil, son compagnon s'inclina et dit : « Je me nomme Phéidas — sois le bienvenu. r>
Phrontidzos quitta ses vôtements poussiéreux et fil couler sur son corps las la fraich<'ur de l'eau des vasques ; il dénoua ses cheveux et frotta d'huiles odorantes ses poignets et ses chevilles; puis il prit la tunique que l'on avait apportée et se fit conduire près de son hôte.
Il trouva celui-ci dans une chambre basse où ne pénétrait que peu de clarté. Des fleurs cueillies se fanaient dans des vases d'albâtre, et, comme Phrontidzos prenait un narcisse au cœur d'or : « Je ne m'en inquiète pas » — dit Phéidas — « et je laisse à des esclaves que j'ai le soin de garnir à nouveau ces vases. Ces mêmes esclaves se préoccupent aussi de beaucoup d'autres choses compliquées ou simples
— CCS choses ne sont pas nécessaires, mais ceux-là croient qu'il faut qu'elles soient ainsi, et ils les vénèrent avec tranquillité, comme si elles constituaient quelque rite antique et somptueux, linceul attristé d'un ésotérismc oublié à jamais. »
Puis il indiqua d'un geste, rangées sur un banc de bois noir, sept amphores semblables mais diversement colorées, et, d'une voix claire et clamante :
« Je te parlerai de celles-ci, de ce qu'elles n-nferment : les cendres de ce qui fut mon passé, l'authentique symbole de mou effort en cette vie. Que les Puissances te guident par la main dans une voie autre et plus véritable. — si cependant toutes ne conduisent pas de même à l'ineffable fin. >
Ils s'étaient assis tous deux sur un sière bas recouvert de cuir dur, et Phrontidzos accoudé, le regard fixé aux amphores, écoutait les paroles fiévreuses, les phrases pompeuses ou saccadées.
« Voici sous quelle tonne il ressentait '< cette réalitt- par lui «Iccouvci le. »
Maukice Bakkés
Quoi donn Icpiditm novum libellum Arido modo pittnice expoliltiin ?