V. — DU DANGER D INTRODUIRE DES COFFRES DANS UN PALAIS ET DE
l'utilité des ARMURES,
Les archers à masses d'armes, qui formaient la garde particulière du roi, renvoyèrent les porteurs juifs, d'après l'ordre que leur transmit Diego Lopez, et transportèrent, sous les yeux du trésorier, les coffres lourds, longs et larges, tout garnis de serrures, de crochets et de cadenas, dans la salle des Armures.
Cette salle immense, dont les fenêtres s'ouvraient sur le corral de l'Alcazar, renfermait une riche collection d'armures et d'armes de toutes espèces, larges, lanées, yatagans, lames de Tolède, piques, haches d'armes, djérids Ou javelines,- arcs génois, cimeterres, étendards, casques à cimiers bizarres, écus à devises ambitieuses, dont un certain nombre datait des temps les plus reculés de la monarchie des Goths.
Au fond de la salle s'élevaient cinq piédestaux surmontés de cinq armures complètes, la lance au poing, ou pour mieux dire au gantelet. Elles produisaient une illusion singulière, et, au premier abord, on croyait voir cinq chevaliers tout prêts à s'élancer dans la lice. Elles étaient échelonnées par rang de taille, car la première semblait l'armure d'un nain ou d'un enfant, et la dernière ne paraissait convenir qu'à un guerrier robuste et de haute stature.
Celaient les diverses armures portées par don Pedro depuis son enfance. La petite, toute dorée, damasquinée et armoriée, lui avait été donnée comme un jouet par son père, en récompense de ses
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progrès dans l'art imporlaut de l'escrime, un jour qu'il avait touché . trois fois son frère don Enrique. Les trois moyennes étaient simples et sévères; la plus grande, don de Mohamed, roi de Grenade, était d'une rare magnificence. Le bouclier, étincelant de diamants, et de gros rubis, étoilaient la croix de l'épée.
Lorsque les ballesteros de maça se furent retirés, Samuel examina tous les recoins de la salle avec la plus scrupuleuse attention, et, après s'être assuré qu'il était bien seul, il enleva les crochets et les cadenas qui fermaient les coffres, et en souleva doucement les couvercles, afin de voir si ses complices, malgré les trous habilement ménagés dans les ornements sculptés des angles, n'avaient pas été frappés d'asphyxie.
— Par la mordieul il était temps d'ouvrir la cage, car j'achevais d'y étouffer, dit Burdett en passant la tête hors de son coffre.
El chacun, imitant son exemple, poussa de la main le couvercle du sien, afin de respirer un peu.
Pendant ce temps, Samuel, le cou tendu, loreille au guet, se tenait en sentinelle près de la porte. Bientôt il aperçut don Pedro venant de l'une des extrémités de la galerie, accompagné de la Mauresque et de Rachel.
A la vue de sa fille, le vieillard poussa un cri de joie et lit quelques pas pour courir à elle. Esati avait donc eu raison de lui dire qu'il ne devait demander compte qu'à don Pedro de l'enlèvement de sa fille. Mais, le souvenir de ses compagnons lui revenant à l'esprit, il crut devoir modérer cet élan d'amour paternel et rentrer dans la salle pour procéder à la fermeture de ses coffres.
Il était temps; car à peine eut-il cadenassé le dernier crochet que le roi parut à l'entrée de la salle.
Don Pedro jeta autour de lui un coup d'œil rapide, et, ne voyant que le trésorier qui se tenait accroupi devant ses coffres, il s'arrêta indécis sur le seuil, cherchant sans doute du regard ses frères de lait, dont l'absence lui semjjlait inexplicable; mais, se laissant bientôt emporter par son caractère aventureux, il pénétra résolument dans la salle.
Ben-Lévi voulut alors s'ap[)rocher de sa fille ; mais il s'arrêta sur un jeste du roi. y
Mais lu ne me tiens pas encore, capitaine pillard! (P. 172.)
— Samuel, dit gravement ce dernier, merci de votre empressement à m apporter l'argent de la taxe que j'ai levée sur la juiverie.
Le trésorier s'inclina humblement.
— Merci, surtout, continua don Pedro avec le même sang-froid, de m'avoir envoyé votre fille comme otage de la fidélité de vos frères.
, Samuel regarda le roi d'un air stupéfait, ne sachant s'il devait en croire ses oreilles.
ÉSAU LE LÉPREUX. — 1. ROUFF, ÉD. UV. 22
— Que peuvent contenir ces coffres? demanda le roi qui prit un air riant.
Rachel et Aïxa s'approchèrent en même temps de Samuel. Le vieux juif commençait à trembler de tous ses membres.
— Il sait tout! lui dit Rachel à voix basse. Le trésorier devint livide.
— 11 ne sait rien ! lui dit à son tour la Mauresque. A l'œuvre donc, Samuel!
Le trésorier redevint blême, et regarda alternativement sa fille et l'altière favorite, pour hre sur leur visage à quelle version il devait ajouter foi. Les regards suppliants de Tune semblaient lui dire : « Mon père, implorez votre grâce ; je suis venue ici pour intercéder en votre faveur, » tandis que les regards de l'autre, étincelants d'une audacieuse confiance, semblaient lui reprocher ses lenteurs.
Samuel, dominé par l'influence victorieuse et fascinatrice de la fille de Mohamed, sentit renaître toute son énergie. Aïxa lui montra d'un geste dédaigneux Rachel et don Pedro ; sa haine se ralluma contre celui qui lui avait ravi son enfant ; il ne pouvait laisser échapper cette précieuse et suprême occasion de se venger et d'arracher sa fille au déshonneur qui la menaçait ; un nuage sombre passa sur son front, et il répondit ainsi à la question que le roi lui avait adressée:
— Seigneur, le moment est venu, en effet, de régler nos comptes. Vous allez savoir enfin ce que ces coffres peuvent contenir.
Puis, se dirigeant d'un pas ferme et agile vers la porte de la salle, il en poussa les verrous, ferma le double pêne de la serrure, et mit soigneusement la clef dans la poche de sa robe.
— Que fais-tu donc? maître Samuel, demanda vivement don Pedro, surpris de l'audace de son trésorier.
— Rien n'est plus gênant que d'être dérangé quand on règle ses comptes, répondit Ren-Lévi d'un air de fausse bonhomie.
— Et tu veux prudemment te mettre en garde contre les visiteurs importuns? reprit le roi, en songeant à ses frères de lait, qui ne pouvaient tarder à revenir.
— Vous avez devinez juste, seigneur.
— Mais moi, qui n'ai pas les mêmes motifs de défiance que toi, maître Samuel, je veux que celte porte reste ouverte, et tu vas m'en remettre la clef sur l'heure.
Le trésorier du roi se réfugia précipitamment derrière '.^es coffres, dont il poussa vivement les crochets.
— Je t'ordonne de me rendre cette clef, s'écria don Pedro en s'élançant vers le rebelle vieillard.
— Et moi, juif, je te le défends, reprit une voix caverneuse qui semblait sortir des entrailles de la terre.
Au même instant, les couvercles de tous les coffres s'agitèrent, et cinq hommes, semblables à cinq fantômes soulevant la pierre de leurs tombeaux, se dressèrent terribles et menaçants.
Rachel, épouvantée, se jeta au-devant du roi.
Aïxa, les yeux brillants d'une joie féroce, bondit comme une panthère du côté de Samuel.
— Bien joué! s'écria Tom Burdett avec un accent de triomphe; voilà le loup pris au piège !
Don Pedro, trahi par les juifs, abandonné de ses frères de lait, au zèle desquels il s'était fié trop légèrement, n'ayant pour lui que Rachel à cet instant de crise suprême, n'en résolut pas moins de se défendre jusqu'à la dernière extrémité.
Sautant sur une dague à courte lame accrochée à la muraille, il s'accula dans un des angles de la salle, afin d'avoir tous ses ennemis en face, et de ne redouter aucune surprise. Puis, il poussa de toute sa force un cri d'appel et de détresse qui devait servir de signal à ses défenseurs.
Une pâleur extrême couvrait son fier visage; mais il avait l'œil calme et froid, la main sûre, et son cœur baltait librement dans sa poitrine.
Cependant, il ne s'abusait pas sur le résultat probable de la lutte qui allait s'engager; il voulait, tout en faisant le sacrifice de sa vie, mourir en vaillant chevalier, la face tournée contre l'ennemi. Voilà tout.
— A la besogne ! s'écrièrent en même temps Esaii et Sédécias. Le premier détournait avec affectation ses yeux de la fille de Samuel ;
mais, chaque fois que le hasard lui faisait rencontrer le regard douloureux de la pauvre enfant, ses joues bronzées devenaient pocrpres.
— Un inj'larit! fit Tom Burdett en écartant de sa main ses com-
pagnons.
Et s'avancant vers le roi :*
— Seigiieui". lui dit-il, si je vous livrais votre frère pieds et poings liés, comme je vais vous livrer à lui, avec tous les soins et les égai'ds dus aux porteurs de couronne, combien me donneriez-vous?
— Je paverais de marabotins le chemin qui conduit de l'Alcazar au camp du rebelle, dit fièrement don Pedro.
— Tudieu! pour peu tjue don Enrique tienne, en bon frère, à me prouver que la générosité est une vertu de famille; j'ai fait, en m'empaiant de votre personne sacrée, une véritable affaire d'or.
— Mais tu ne me tiens pas encore, capitaine pillard !
— Rassurez-vous, honoré seigneur, vous ne perdrez rien pour attendre, reprit Tom Burdett en tirant tranquillement de son coffre plusieurs cordes, qui toutes se terminaient par un nœud coulant.
Don Pedro vit ces préparatifs sans témoigner la moindre émotion; mais Rachel, de plus en plus terrifiée par cette scène affreuse, se jeta aux genoux du routier, éplorée, les mains jointes, lui disant :
— Seigneur chevalier, le roi est votre prisonnier ; je le vois bien, moi, il ne peut résister à tant d'ennemis, à vous surtout qui êtes une si bonne lance, un si redouté capitaine; mais au lieu de le vendre au bâtard, qui le tuera lâchement, fixez le prix de sa rançon, sauvez-le. C'est l'usage, vous le savez; la vie des prisonniers, leur liberté, se rachètent avec de l'argent. Pourquoi ne pas accorder à don Pedro ce que vous avez octroyé à mille autres? Voulez-vous donc sa mort? Mais quel mal vous a-t-il fait, à vous?
Burdett regarda ses compagnons.
Rachel reprit :
— Oh! ne les consultez pas, ce sont des traîtres; ils haïssent don Pedro. Mais si vous consentez, ils n'"oseront pas lutter contre vous, ils obéiront. Et d'ailleurs, vous, un capitaine de compagnie anglaise, auriez-vous peur de quatre juifs de Séville?
Et prenant ses mains, elle les baisa comme elle eût fait d'un dieu descendu du ciel pour sauver son amant.
Burdett, qui voyait dans cette proposition le moyen d'atteindre son but sans coup férir, feignit d'être attendri.
— Voyons, la belle, ne vous chagrinez pas. Nous verrons à faire quelque chose pour vous, par pure chevalerie et courtoisie... Au fait, je n'ai, moi, aucun motif de haine contre ce farouche seigneur, qui
nous garde un coup de sa dague... et pour peu que j'y trouve mon compte. . .
— Non, pas de pitié pour don Pedro, s'écria Ésaîi.
— Point de pitié pour lui! répétèrent Sédécias et les autres juifs.
— Pas tant de bruit, mes agneaux, dit rudement Tom Burdett. Craignez-vous, si nous causons rançon avec l'ancien roi de roi Caslille, que je veuille vous voler votre part?
— Pour parler de rançon, il faudrait d'abord, dit don Pedro en haussant les épaules, que je fusse votre prisonnier.
— Vous l'entendez? reprit Ésaii en s'adressant à Burdett, il nous brave, et nous perdons notre temps en hésitations.
Rachel s'élança vers Ben-Lévi, et lui tendant les bras :
— Mon père, sauvez votre roi, lui dit-elle. Mais ce dernier la repoussa.
— Tais-toi , fille maudite !
La pauvre enfant se tourna alors vers Ésaii Manassès par un effort désespéré :
— Et vous Esaii, serez-vous indifférent à mes prières, comme ce capitaine de routiers, qui a une escarcelle à la place du cœur? Me repousserez-vous comme mon père? Serez-vous moins doux et clément pour Rachel suppliante que vous ne l'avez été hier? Esaii! maudissezmoi, haïssez-moi, méprisez-moi; dites que je suis une fille vaine et folle d'avoir osé aimer don Pedro, une fille coupable et perdue pour ne pas avoir rejeté son amour; accusez-moi de caprice, de faiblesse et de dégradation : j'accepterai ce mépris comme un juste châtiment. Mais si vous vous souvenez encore de cet enfant que vous aimiez, que vous portiez dans vos bras, qui vous fesait obéir avec un regard ou un sourire; si le souvenir de celte Rachel -innocente et pure fait encore vibrer votre cœur, en son nom, je vous en conjure, Esaii Manassès, faites grâce à don Pedro.
Esaii se pencha vers Rachel, et, lui saisissant le bras avec violence, lui dit d'une voix sourde et saccadée :
— Oui, je me souviens de celte Rachel dont tu évoques la mémoire, pauvre imprudente ! Mais si je suis venu ici, c'est pour venger cette sainte et chère image flétrie et souillée par cet homme pour lequel tu m'implores vainement. Oh! tu connais bien ton empire sur
moi, ombre de la Rachel que j'ai aimée, fantôme menteur qui ne m'apparais aujourd'hui que pour me railler de mes crédules espérances. Oui, ta voix attendrit encore mon cœur; mais cet attendrissement se chancre en haine et en rage, lorsque je vois cet homme, qui m'a volé ton amour que je regardais comme mon bien, et qui se réjouit de mes tortures. Comme Tom Burdett. j'aurais marchandé la liberté du roi, si j'eusse pu conserver l'espoir de réaliser le rêve de ma vie, de voir l'absence effacer en vous jusqu'au souvenir de cet homme, comme les vagues de la mer effacent les traces empreintes sur le sable du rivage. Mais, à cette heure encore, votre amour insensé vient se dresser entre lui et moi, et c'est quand vous avez réveillé dans mon cœur des tourments dignes de l'enfer que vous me parlez de pitié!...
— Je croyais que vous m'aimiez, interrompit douloureusement Rachel.
— En voulant sauver le roi, vous l'avez perdu, dit Esaii.
— Oublierez-vous votre serment? reprit le juif à voix haute. Manassès allait répondre, lorsque don Pedro s'écria :
— C'était le serment d'un renégat, Rachel.
— Oui, je suis un renégat! dit Esaii. Pourquoile juif ne se feraitil pas chrétien? Le roi chrétien s'est bien fait juif, en aimant une fille de notre race.
— Que ce blasphème retombe sur vous, juifs damnés! qui vous êtes gorgés des trésors du royaume et qui trahissez lâchement votre maître, après avoir attiré sur sa tête la malédiction de ses peuples.
— Mais toi, qu'as-tu fait de nos frères? s'écria le fanatique Sédécias en s'approchant de lui, les traits crispés par la rage. Pour te débarrasser de Blanche de Bourbon, chaste et pieuse reine dont tes soupçons outrageaient vainement la vertu, tu as comblé de richesses et d'honneurs Daniel et Turquant le vendeur de parfums, dei^ des nôtres, ô tentateur! Avant le crime, tu les appelais tes bons, les fidèles juifs; mais le crime accompli, qu'as-tu fait de nos frères? Daniel et Turquant ont été pendus par tes ordres.
— Comme tu méritais de l'être toi-même, infâme calomniateur! s'écria don Pedro indigné, qui, la dague au poing, était effrayant d'audace et de colère.
De ses pupilles, horriblement dilatées, semblaient jaillir des éclairs.
ÉSAU LE LEPREUX 17o
Samuel Ben-Lévi, encouragé par l'exemple, et voyant que le roi était perdu, car cinq épées étaient levées sur lui et son cri d'appel n'avait pas été entendu, Samuel eut aussi le triste courage de venir affronter don Pedro.
— Pendant que tu jetais le deuil au sein des plus nobles familles de ton royaume, lui dit-il, bravant pour toi les imprécations de tous tes sujets, je m'abattais comme un vautour sur les dépouilles des proscrits et des morts, et j'en emplissais tes coffres. Comment as-tu récompensé mon dévouement? Je n'avais qu'une enfant que j'aimais plus que la vie, et tu l'as flétrie de ton amour. Que les malédictions du Seigneur tombent sur ta tête !
Don Pedro, au milieu de ce déluge de reproches sanglants et de menaces insensées, conservait une admirable dignité.
Cependant la Mauresque voulait aussi assouvir sa haine et s'abandonner aux éclats de sa vengeance avant que les conjurés portassent le dernier coup à leur ennemi. Elle écarta brusquement le trésorier, et, le corps penché en avant, moins semblable à une femme qu'à une lionne prête à s'élancer sur don Pedro :
— Puisqu'il est question de cette fille, lui dit-elle en montrant du doigt la juive, il faut, avant que ces hommes t'emportent et te tuent, car je ne sais ce qu'ils vont faire de toi, il faut enfin que je t'ouvre ce cœur dans lequel tu n'as jamais su lire. Te souviens-tu, Pedro, de ces heures enivrantes où tu me voyais sourire dans tes bras et frémir sous tes baisers, comme agitée par la révélation d'une félicité iaconnue? Eh bien! je te trompais audacieusement, car je ne t'ai jamais aimé ! jamais ! entends-tu? Tu croyais pourtant que j'aimais en toi tes yeux bleus et ta blonde chevelure, cet héritage de tes an^ cêtres les rois goths, n'est-ce pas, pauvre fou? Non !
«La Jui\e, éclairée par sa jalousie, a mieux compris l'âme fière d'Aïxa.
« Ce que j'aimais en toi, c'était ton Alcazar, ta puissance, ta couronne ! Et puisque tout cela t'échappe... puisque tu as préféré une juive à la fille de Mohamed, roi sans trône, sois maudit au ciel et condamné sur la terre.
Don Pedro accueillit cette dernière insulte avec un sourire de dédain, car son regard venait de rencontrer celui de Rachel, qui lui disait : « Moi, du moins, je ne t'aime que pour toi seul! »
— Par la moustache de mon ami Calwerley, s'écria alors Tom Burdelt en faisant un geste qui témoigna du mépris que toutes ces criailleries lui inspiraient à l'endroit de ses compagnons, allez-vous tourner longtemps autour de ce brave seigneur comme des loups enragés? Vous hurlez et vous grincez des dents, mais vous ne mordez pas!
En effet, les juifs, qui avaient successivement insulté le roi, lui faisaient face sans oser approcher davantage.
— Je crois, en vérité, capitaine, que tous ces hommes ont peur, dit Aïxa avec un éclat de rire strident. 3Ioins on est de lâches, plus on fait de besogne!
Ces paroles produisirent un effet magique sur les juifs. Ils brandirent les épées et les poignards qu'ils avaient tenus cachés sous leurs robes, et rétrécirent le quart de cercle qu'ils formaient devant le roi.
Tom Burdett, malgré son féroce courage et sa force herculéenne, ne tenant que médiocrement à se faire entailler la peau tant qu'il n'y avait pas urgence, les laissa faire; il voulait voir comment ils soutiendraient ce premier choc contre un chevalier aussi renommé que don Pedro pour son adresse et sa vaillance.
— Chiens maudits, osez donc porter la main sur votre maître, s'écria ce dernier en marchant hardiment à leur rencontre.
Les juifs reculèrent épouvantés.
— Place à moi, qui suis le sujet de don Enrique! cria Esaii l'épée haute.
— Il n'est plus roi pour nous, reprit Sédécias, qui aurait voulu voir tout l'honneur de l'expédition revenir aux siens. D'ailleurs, son titre ne saurait le sauver. N'a-t-il pas dit une fois à Samuel, effrayé de voir rouler sous la hache du justicier les têtes des plus nobles ricos-hombres : « Plus l'herbe est haute, mieux on la fauche? »
— Pas toujours, mes maîtres, fit une voix au son de laquelle le roi tressaillit, tandis que quatre épées étincelaient autour de lui.
C'était la voix de Ruy le faucheur.
Les conjurés tournèrent la tête avec effroi, et virent en même temps les cinq armures royales dont nous avons parlé s'agiter bruyamment, bondir du haut de leur piédestal sur les dalles de marbre, et se ruer au milieu d'eux comme si elles eussent été douées de vie par une puissance magique.
...Ésaû le renégat, tu seras jeté dans la léproserie. (P. 183.)
11 y eut un instant de surprise et de désordre effrayant.
— Trahison! trahison! s'écrièrent à la fois tous ces traîtres en courant autour de cette salle immense, dans l'espoir d'y trouver une issue, oubliant que la seule porte par laquelle ils auraient pu fuir avait été fermée par Samuel lui-même.
Burdett, revenu de sa première surprise, essaya de lutter contre trois des frères de lait du roi, Ruy, Ferez et Blas, à qui leurs armures
ÉSAU LE LÉPREUX. — J. ROLFF, ÉD.
uv. 23
d'acier donnaient un avantage remarquable sur le routier anglais, revêtu d'une simple cotte de mailles; ils s'attachèrent à lui comme au plus dangereux de la bande.
Perce-Neige, quoiqu'un peu empêtré dans sa petite armure dorée, faisait merveille. Armé d'une chaîne à l'extrémité de laquelle pendait une boule de fer hérissée de pointes aiguës, qu'il faisait voltiger autour de lui avec sa merveilleuse dextérité de frondeur, il chassait dans un dès angles de la salle, avec accompagnement d'éclats de rire, Jacob et un autre juif. Ces malheureux suivaient d'un regard terrifié les évolutions de la boule de fer, et, blottis dans un coin, poussaient des cris de douleur et de désespoir, tandis que l'archer Diego Lopez tenait sous lui Sédécias renversé.
Esaii le renégat était seul resté à sa place de combat. Il tournait autour de don Pedro comme une bête fauve.
Chaque fois qu'il tentait de s'élancer sur sa proie, il sentait la pointe acérée de la dague qui lui entaillait la poitrine et le forçait de reculer. La colère faisait trembler sa main et troublait son regard.
Don Pedro, expert dans le maniement des armes, résolut d'en finir avec un ennemi qu'il regardait comme indigne de lui, et, marchant sur Esaii, il le contraignit à rompre pas à pas.
11 était ainsi arrivé vers l'endroit oij se trouvaient les coffres au milieu desquels se débattait Sédécias, que Diego Lopez comprimait toujours sous sa genouillère d'acier, lorsqu'il entendit l'archer pousser un cri terrible.
Le juif venait de lui enfoncer traîtreusement son poignard dans fa gorge, et Diego allait rouler à son tour sous Sédécias, lorsque le roi, oubliant son propre danger, courut le relever.
Le renégat, profitant de cette chance inespérée, se jeta sur don Pedro pour le frapper par derrière.
C'en était fait du roi, si Rachel, poussée par un de ces héroïques mouvements de cœur que l'amour inspire aux femmes, ne se fût jetée au-devant du coup.
L'épée d'Esaii déchira l'épaule de la jeune fille; le sang jaillit. Rachel ferma les yeux, se laissa glisser sur ses genoux et tomba aux pieds du roi, sans même pousser une plainte.
Don Pedro, qui venait de se retourner au môme instant, la crut
morte ; et perdant alors son sang-froid, n'écoutant plus que son désespoir, les yeux rouges de sang, il courut à Esaii.
Le renégat, épouvanté du meurtre involontaire qu'il avait commis, voyant étendue sur les dalles sanglantes cette créature adorée pour laquelle il eût donné dix fois sa vie, n'opposait plus qu'une résistance machinale.
— Rachel frappée par moi ! disait-il avec la fixité du regard d'un fou. Rachel, ne me maudis pas! Tu seras vengée, je vais mourir; pardonne-moi !
Gil Perce-Neige, tout en torturant avec une malice impitoyable les deux juifs qu'il avait sous la main, vit venir à lui Esaii, rompant toujours devant le jeu serré de don Pedro.
L'avorton suspendit momentanément le supphce qu'il se complaisait à infliger à Jacob et à son autre prisonnier, et se mit à rire de son rire étrange. Puis on entendit un sifflement annonçant qn'un nouveau mouvement de rotation venait d'être imprimé à l'arme terrible qu'il avait en main, et presque aussitôt le renégat roula lourdement à terre. Les pointes de la boule de fer l'avaient frappé dans les côtés.
Perce-Neige ramassa promptement les cordes que Tom Burdett avait jetées à terre pour se mettre en défense, et qui se terminaient toutes par un nœud coulant. Avec l'aide de don Pedro, il garrotta facilement Ésaii Manassès.
— Ici, Gil, s'écria Diego Lopez d'une voix presque éteinte. Cependant, malgré sa blessure, le brave archer n'avait pas encore
lâché prise, et tenait toujours emprisonné sous son genou Sédécias, aveuglé par le sang qui lui tombait goutte à goutte sur le visage.
Perce-Neige courut en toute hâte au secours de son frère, et enlaça lestement de ses cordes les membres du juif fanatique, qui chantait un psaume au Très-Haut. Il était temps : Lopez, exténué, se sentait défaillir.
De tous les conjurés, Tom Burdett seul était encore debout; en vuin l'agile Blas avait-il essayé de le surprendre par derrière et de sauter sur ses épaules, tandis que Perez, rampant à terre, tentait de le soulever en l'air et de lui faire perdre pied, tandis que Ruy, un poignard à lame tordue aux dents, l'enlaçait de ses grands bras osseux et l'embrassait corps à corps. Le danger triplant, pour ainsi dire, la force du hardi routier, il avait secoué la centaure Blas, comme une
mouche importune, par un violent effort; il avait, d'un coup de son talon de fer, rejeté à dix pas Ferez tout meurtri ; et, quand à Ruy le faucheur, le serrant contre sa poitrine, il lui avait fait perdre la respiration, et l'avait ensuite lâché, presque étouffé, les yeux hors des orbites, sur les dalles, oh son corps avait lourdement rebondi.
Mais le capitaine pillard, que sa force de Samson avait protégé contre les trois frères, devait être vaincu par un enfant.
Au moment ou le roi venait de sommer Tom Burdett de se rendre, et où ce dernier, espérant encore être vainqueur, croisait le fer avec don Pedro, Gil imprima dans le vide plusieurs tours à sa fronde de nouvelle espèce, comme pour en décupler la force, et, prenant en flanc le robuste Anglais, il lui asséna un si terrible coup, qu'après avoir brisé en deux son épée, la boule de fer alla le frapper en pleine poitrine.
Le géant trébucha, étourdi par la violence du choc, et ce fut le signal de sa perte. Les trois frères de lait se suspendirent à lui comme une grappe humaine dont il ne put se débarrasser, cette fois.
Burdett tomba en entraînant Ruy le faucheur dans sa chute, et, tandis que tous deux s'enlaçaient corps à corps sur les dalles, Perce- Neige et ses frères garrottèrent le malandrin à Taide de ses propres cordes. Pendant ce temps, don Pedro s'était empressé d'étancher le sang qui coulait de la blessure de Rachel et de celle de Diego Lopez; puis, lorsqu'elles furent soigneusement bandées, il fit réunir au milieu de la salle tous les prisonniers qui étaient étendus çà et là, et fit signe à Samuel et à la Mauresque de prendre place à leurs côtés. Aïxa, morne et silencieuse, avait assisté à cette scène de tumulte, aussi immobile qu'une statue. Elle attendait l'issue de l'événement avec ce calme superbe et cette stoïque apparence d'insouciance que la foi dans la fatalité inspire aux fidèles croyants de l'islamisme.
Se tournant ensuite vers ceux qui lui étaient restés fidèles : — Merci à vous, Rachel, dit le roi, à vous qui avez donné votre vie si généreusement pour me sauver! Merci à vous, mes vaillants frères de lait, qui m'avez défendu avec tant de hardiesse et de courage! Quanta vous, fière princesse, ajouta-t-il en s'adressant à Aïxa, quant à vous, renégat, routiers et juifs, don Pedro le justicier va prononcer votre sentence. Commençons par vous, messire Tom Burdett,
ESAU LE LEPREUX 18d
qui êtes le moins coupable à mes yeux, car vous n'êtes qu'un ennemi, et les autres sont des traîtres.
— Vous êtes trop bon, seigneur', répondit le capitaine. Je suis, au contraire, un grand coupable, indigne de pardon. Aussi, bannissezmoi de votre auguste présence, faites-moi jeter hors des murs de Séville, avec défense d'y jamais rentrer... Je l'ai bien mérité.
— Je suivrai votre conseil, capitaine Burdett.
— En vérité, seigneur? s'écria l'Anglais tout joyeux.
— Certainement... dès que vous m'aurez payé votre rançon.
— Ma rançon! répéta le routier, fort étourdi de la réponse. Mais je suis un pauvre diable de tard-venu qui ne possède absolument rien... surtout depuis que j'ai perdu ma compagnie par le fait de cet avorton qui, tout à l'heure, a failli m'envoyer la rejoindre, sans doute pour ne pas la priver plus longtemps de son capitaine.
— Bah! dit don Pedro, l'escarcelle de votre ami Carlwerley s'est bien gonflée aux dépens de mes pauvres sujets, et il ne refusera pas de prêter quelques doubles d'or à un ami tel que vous.
— Oh! monseigneur, repartit Burdett vous ne savez pas, je le vois bien, à quel point nous sommes liés. En véritables amis, Carlwerley et moi, nous nous sommes juré de ne jamais rien nous emprunter, parce que les questions d'intérêt rompent les amitiés les plus solides.
Don Pedro ne put s'empêcher de sourire.
— Eh bien! capitaine, adressez- vous à ces dignes juifs... Entre conjurés, on doit s'entr'aider.
— Us sont bien rapaces, seigneur, répliqua le routier. Enfin, j'essayerai. Combien me conseillez-vous de leur emprunter?
— A combien vous estimez-vous?
— Si vous me taxez à ma juste valeur, je suis un homme perdu.
— Dites-moi franchement quelle somme vous comptiez me demander pour ma rançon, à moi, et je jure de n'en exiger que la moitié pour la vôtre.
— Seigneur, reprit Tom Burdett sans hésiter, je ne comptais réclamer de vous que votre vaillante épée; j'aurais été fier de la conserver pour mes enfants, quand le ciel m'en aura accordé.
— Je vous ai dit de parler franchement, capitaine.
— Et voye/. combien la Providence est grande et prévoyante,
i82 ÉSAU LE LÉPUL'UX
continua le routier sans répondre à robservation du roi, elle m'a justement laissé, pour payer ma rançon, la moitié de mon épée.
— Or, comme vous persistez à railler au lieu de me répondre sérieusement, continua le roi, si demain à pareille heure, vous ne m'avez pas fourni vingt miUe marabotins, vous serez pendu aux créneaux de TAlcazar.
— Pendu ! répéta Burdett, stupéfait de l'insuccès de ses plaisanteries et poussant un profond soupir.
— Vous, noble dame, dit don Pedro en s'adressant à Aïxa, je vous chasse de Séville. Dans une heure, vous quitterez l'Alcazar avec vos femmes et l'escorte de vos genélaires maures, pour retourner à Grenade chez votre père Mohamed.
Aïxa laissa tomber sur le roi et sur Rachel un regard de vipère, froid et venimeux, d'une haine profonde; mais elle ne répondit pas et garda son immobilité dédaigneuse.
— Samuel, Sédécias et vous autres, juifs, poursuivit le roi, si dans douze heures, indépendamment de la taxe dont j'ai frappé votre quartier, vous n'avez pas rempli d'or un de ces coffres pour payer votre rançon, vous serez pendus aux gibets que vous pouvez voir d'ici dans le corral.
— Ainsi, vous nous laissez libres sur parole? demanda Sédécias.
— Sur parole? Allons donc! vous voulez rire... Samuel seul est libre pour accomplir cette mission, et vous me répondrez de lui corps pour corps.
Les juifs éclatèrent en gémissements.
— Quant à toi, renégat, ajouta don Pedro, tous les trésors enfouis dans lajuiverie ne pourraient te sauver du châtiment que tu mérites, toi qui n'as pas craint de frapper une femme ; mais puisque tu parais te repentir de l'aveugle fureur qui a conduit ta main...
— Me repentir! s'écria Esaii. Oui, je me repens de ne pas t' avoir couché mort sur ces dalles. Tu veux me faire cadeau de la vie, peutêtre, seigneur roi? Prends garde, car cette vie je l'emploierai contre toi. Je te hais, et, si lu me laisses vivant, sois sûr que tu me rencontreras dans ton chemin. Tu triomphes aujourd'hui, mais ta victoire ne sera pas complète, si je ne meurs pas. Oh! si je te haïssais parce que tues roi de Caslilln, l'ennemi desricos-hombres, je pourrais te remercier de ta générosité et me dévouer à ton service; mais je te hais
parce que tu es mon rival, parce que toi, qui as tant de puissance, tant de gloire, tant de richesses, toi qui peux choisir parmi tant de femmes qui seraient fières et heureuses de ton amour, tu as été chercher, dans son humble et obscure retraite, la jeune fille que mon cœur s'était choisie, celle qui m'avait coûté l'honneur et l'estime de moi-même, Rachel, seul bien que je rêvais pour ma part de bonheur en ce monde; je te hais parce que pour te frapper, j'ai blessé celle que j'aimais et torturé son cœur. C'est toi, don Pedro, qui m'as fait ce supplice de la trouver sans cesse entre toi et ma haine, et de teindre de son sang l'épée destinée à me venger. Ne m'accorde donc ni pitié ni pardon; car, moi, je ne t'aurais pas fait grâce.
— Ésaii, dit Rachel d'une voix faible, n'irritez pas le roi avec tant de folie. Et vous, seigneur, souvenez-vous de votre promesse.
— Je me souviens que je vous ai promis la vie sauve pour Samuel et pour le renégat, répondit don Pedro avec calme.
— Mais, moi, je ne veux rien devoir à celle qui a trahi son père et sa nation pour son amant, repartit Esaii exaspéré ; à celle qui nous a livrés lorsque nous risquions notre vie pour la venger ; à celle qui préfère au cœur naïf qui n'a battu que pour elle l'amant infidèle de la chrétienne Maria de Padilla et de la Mauresque Aïxa.
— Ne blasphème pas le nom de la femme qui a obtenu ta grâce, Manassès, dit gravement le roi.
— Qu'elle soit maudite, poursuivit Esaii, si cette malédiction peut te faire manquer à ton serment, noble justicier, et te pousser à me délivrer d'une existence honteuse et flétrie! Oh! si je t'avais vaincu, si je t'avais arraché ton épée, ta couronne, Rachel eût peut-être reconnu que le renégat valait mieux que le roi tombé, et qui sait si elle ne m'eût pas aimé? Prends donc ma vie, don Pedro !
— Non, dit le roi, irrité enfin par cette opiniâtreté ; mais, puisque tu insultes avec tant d'acharnement cette fille innocente, sans être félon, sans manquer à ma promesse, je saurai te punir. J'ai promis que tu aurais la vie sauve, je te condamne à un supplice mille fois plus affreux que la mort : Esaii le renégat, tu seras jeté dans la léproserie .'
A ces terribles paroles, Esaii sentit un voile sanglant s'étendre devant ses yeux, et une sueur glaciale inonda tous ses menbres. Être relégué parmi les lépreux, ces bannis du monde vivant, qui ne pouvaient regarder sans horreur leurs corps difformes et ulcérés, et
dont l'enclos était un cimetière anticipé, n'était-ce pas là une torture inouïe, un abîme d'épouvante pour la pensée?
— Ruy, continua le roi, c'est toi que je charge de l'exécution de ces ordres.
Et, après avoir fait prendre par Perce-Neige la clef que Samuel gardait dans la poche de sa robe, don Pedro sortit de la salle des Armures, suivi de ses deux frères de lait qui portaient Rachel dans leurs bras.
VI. — COMMENT UN JUIF QUI A BONNE MÉMOIRE PEUT PILLER UN PILLARD, ET POURQUOI LA MAURESQUE COMMÎT UNE BELLE ACTION.
A peine le roi se fut-il éloigné, que Ruy le faucheur, accompagné du petit Perce-Neige, s'empressa de communiquer aux archers les volontés du roi, et de leur donner les ordres nécessaires pour transporter le pauvre blessé Diego dans une chambre aérée et retirée.
Pendant ce temps, Aïxa s'était approchée du renégat.
— Courage, Ésaii ! lui dit-elle à voix basse, nous ne sommes pas encore vaincus. Il n'y a que les morts qui ne se vengent pas.
— Que m'importe! Je sens que je n'ai plus dans le cœur ni haine ni colère, reprit tristement le renégat.
— Tu renoncerais à ta vengeance? dit la Mauresque surprise.
— Demain j'aurai vécu, répliqua-l-il avec abattement.
— Mourir comme un soldat qui jette ses armes après une défaite! Mais, puisque tu fais le sacrifice de ta vie, continue donc avec nous l'œuvre inachevée.
— Rachel n'est-elle pas à jamais perdue pour moi?
— Et tu consens à se voir réaliser pour un autre que toi le bonheur que tu rêvais?
— Dès que j'aurai touché du pied l'enceinte des lépreux, maudit de Dieu maudit des hommes, qui donc s'associera à ma vengeance?
— Moi ! Ésaii Manassès, répondil-elle sans hésiter.
Ils arrivèrent avec cet agréable cortège... (P. 186.)
— Vous, noble Aïxa? La fille d'un roi ferait cause commune avec le renégat devenu lépreux?
— Silence!... On nous observe. Demain, tu verras si je crains de franchir le seuil de la léproserie.
Et il s'éloigna rapidement, afin de ne pas éveiller les soupçons de Ruy, car ce décharné personnage venait de rentrer dans la salle à la tête d'une douzaine de ballesleros, et elle regagna son mirador, en
ÉSAU LE LÉrREL'X. — J. ROf IF, ÉD.