‹ Ésaü le lépreuxChapitre 32 sur 69 · V. ii.i · texte numérisé non relu

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l'éclat de ces armures et de ces bannières, a d(''jà oublié que vous seul vous portez son trône suspendu au bout de votre lance et de votre épée de bataille. Non, ce n'est point la passion qui parle par mes lèvres. Dom Augustin Gudiel vous a dit vrai : j'ai aimé la fdle de Samuel d'un amour profond et bien heureux; mais le jour où mes derniers vassaux, mes plus chers serviteurs m'abandonnaient, où je ne comptais plus que sur une seule fidélité qui devait être l'abii suprême de mon cœur, Rachel m'a abandonné comme les autres. Si l'éclair de la foudre m'avait soudainement aveuglé et paralysé, j'aurais moins souffert. Je ne l'aimais plus, car le mépris a envahi mon cœur à la hauteur de mon amour. Je ne savais pas même ce qu'elle était devenue. Je la revois ici pour la première fois. "Dieu l'a voulu. Si je l'avais rencontrée ailleurs, sur mon passage, j'aurais détourné les yeux, et ma bouche n'aurait pas prononcé son nom. Mais, je le répète, j'aime la justice avant tout. Il serait indigne de moi de me venger bassement. Puisque je la revois poursuivie par ces manants idiots, i-epoussée par celte noble et généreuse princesse elle-même, suppliante qui ne trouve que des cœurs froids, indifférents ou hostiles, seule et sans aide contre tous quoique innocente, je la défends. Elle a pu m'abandonner dans un jour maudit, moi je veux lui payer ma dette en ne l'aliandonnant pas.

Rachel fixait ses yeux brillants sur don Pedro avec enivrement. C'était toujours le même cœur noble, généreux dévoué! Et il avait pu croire à sa trahison, douter de son cœur! Oh! comme il la connaissail mal!

Dans l'église, une sourde rumeur circulait j)armi les barons et les chevaliers. Ils s'irritaient de l'opiniâtreté du roi de Castille, et l'un d'eux, sir John Chandos, après avoir consulté h voix basse ses principaux compagnons, s'avança vers le prince de Galles et lui dit :

— Monseigneur, ce scandale public a tr-op longtemps duré. Aucun de vos chevaliers n'est disposé à sacrifier sa vie et celle de ses vassaux pour l'amant d'une juive. Si don Pedro persiste dans son aveugle passion, nous nous tiendrons tous pour déliés de nos engagements envers lui.

Eflouiird prit alors une décision soudaine.

— Vous avez entendu le f»lus illustre de vos défenseurs, beau cousin, dit-il avec vivacité au loi, prciic/. garde de glacer tout à

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fait Fardeur des hauts barons qui ont embrassé votre parti. Ne donnez |)as gain de cause à vos accusateurs. Ne sacrifiez pas l'intérêt de votre trône au caprice d'un amour insensé.

— Exigez-vous donc, vous, chevalier loyal, reprit le roi, que je : vre cette pauvre fille, qui m'a sauvé, aux outrages de cette ribaudaille

(■[iù se jouera de ses angoisses.

— Non, dit Edouard avec dignité, il faut seulement consentir k vous séparer d'elle pour toujours, et la décider à accepter la condition suprême que je lui imposerai pour son salut. Accompagnez-moi dans la sacristie, où je vais réunir en conseil mes lords anglais et mes barons <le la Guienne. Votre résolution dictera la nôtre. Dans quelques instants nous saurons si l'évêque de Bordeaux doit bénir nos bannières ou si nous devons remettre l'épée au fourreau.

— Vous êtes le maître de ma destinée, messire prince, répliqua le roi avec accablement.

Puis, après avoir ordonné aux pages de conduire la jeune juive dans la sacristie, Edouard dit à sir John Chandos :

— Suivez-nous avec vos compagnons. Je vais déclarer devant vous à don Pedro les conditions auxquelles nous combattons pour lui, et un pareil débat ne doit pas retentir sous les voûtes saintes.

John Chandos, William Felton, Robert Knolles, le captai de Buch, Stephen Cosington et les autres capitaines s'empressèrent de suivre les deux nobles alliés; et un silence de mort s'étendit dans l'és^lise.

Vl. DES PRINCIPALES QUALITÉS QLE ÏOM BUUDETT APPRÉCIAIT DANS

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