LIV
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suivre jusqu'au château pour lui eu remetlre les clefs et ramener à Bordeaux les serviteurs du maréchal d'Aquitaiue.
— Et ce château, est-il loin de la ville?
— A deux lieues, à peu près; c'est une vraie promenade de plaisir. Aussi, je veux vous y conduire moi-même. Polycarpe me remplacera pendant mon absence. C'est un garçon un peu lent, mais d'une fidélité à toute épreuve.
Puis, avec l'aide du varlet dont il venait de faire l'éloge, l'IiôteHer de VÉcu-d'Or ôta son bonnet et son tablier, s'introduisit dans un pourpoint de drap pistache trop étroit et dans un liaut-de-chausses trop large de même couleur, enfonça sur son front un feutre oublié par un de ses voyageurs dix ans auparavant, et, après avoir orné de ses insignes de maître le long Polycarpe, il sortit majestueusement de riiôtellerie à la tête des cinq frères.
Polvcarpe, ému de ce départ, resta sur le seuil de la porte en s'essuyant les yeux avec le tablier de maître Bonnefoy, qui lui venait à peine jusqu'au bas du ventre, et lui cria adieu d'une voix nasillarde et larmoyante en agitant le bonnet de son maître avec un zèle attendrissant. Puis, quand les voyageurs eurent disparu, il rentra dans la cuisine et se mit en devoir d'accomplir une besogne qui eût semblé impossible h tout autre.
11 dévora les restes du coq maigre, dont les cinq frères n'avaient pu venir à bout malgré leur long jeûne et leurs dents léonines. Puis il chercha à noyer son chagrin dans le fond d'un gobelet, qu'il vida douze fois de suite, et s'endormit paisiblement à la fin de cette pénible entrée en fonctions.
X. — l'auteur prouve qu'un mari n'embrasse pas toujours sa femme