‹ Ésaü le lépreuxChapitre 6 sur 69 · ANGLAIS DE FAIRE BRANCHER LA NOURRICE DU ROI · texte numérisé non relu

ANGLAIS DE FAIRE BRANCHER LA NOURRICE DU ROI

Ainsi, la vieille Paloma a été menacée et maltraitée par les

routiers anglais? dit tout bas le varlet à l'enfant, dont les paroles linquiétaient. Et tu voulais, toi si faible, la défendre contre tant d'ennemis?

— Bah! répliqua Perce-Neige, souvent ma pauvre mère m'a dit : « Je t'ai enfanté dans un jour de malheur. Tu n'es bon à rien, pas même à veiller sur les troupeaux de moutons comme un vieux chien de berger, et à te défendre contre le bâton d'un mendiant. Et pourtant, ajouta-t-elle en me baisant avec des sanglots, je t'aime plus que tous mes autres fils, si robustes, si hardis, si vaillants à la peine. Je t'aime parce que tu as toujours besoin de moi. » Eh bien! puisque la bonne femme ne m'a pas demandé d'être grand, beau et fort pour m'aimer, je n'attendrai pas non plus d'être grand et fort pour la venger. C'est en vain qu'elle appelle maintenant ses autres fils à son secours : mais je les remplacerai tous.

Le varlet haussa les épaules et se promit de veiller sur cette frêle créature, dont les bravades pouvaient aboutir à quelque fatale mésaventure.

La route fut plus longue que ne l'avait pensé le chevalier inconnu, car ils marchaient dans un ravin, sorte de chemin couvert qui s'allongeait en montées et en descentes entre deux murailles d'arbres verdoyants dont les arceaux se rejoignaient sur leurs têtes.

Peu après ils se trouvèrent enveloppés d'un dais de fumée, éblouis par une réverbération rougeâtre; ils entendirent plus distinctement les vociférations et les clameurs qui se croisaient dans l'air, et, en sortant du ravin, ils aperçurent tout à coup un spectacle étrange.

Une des grandes compagnies anglaises campait sur la verte et immense pelouse d'une clairière où s'élevaient et s'arrondissaient en hémicycle les longs bâtiments de bois d'une bergerie royale. On entendait honnir les chevaux, mugir les bœufs et aboyer les chiens, chassés des écuries, des étables et des chenils. La pelouse était encadrée par

EIi! bien, vieille sorcière, l'eau glacée a-t-elic refroidi ta vieille têle chaude? (P. 50.)

les arbres de la forêt, excepté du côté du nord, où la maison des gardes veneurs s'adossait à une petite chaîne de collines rocheuses qui traversait tout le comté de Gardonne. Au milieu miroitait un étang, ou plutôt une grande mare, donj; les bords étaient stagnants. Les routiers avaient mis le feu aux étables de la bergerie, qui brûlaient, et, couchés à terre au pied des faisceaux de lances, d'écus et de hauberts, ils regardaient fuir les taureaux aveuglés par la fumée, les vaches au

ÉSAU LE LÉPnELX.

J. ROUFF, ÉDITEUR.

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