XV. — COMMENT LA TABLE D OR PORTA MALHEUR AU BARON DE TRING ET DE
WING ET A SON FmÈLE MAJORDOME.
Cinq jours s'étaient écoulés depuis la mort de Rachel. L'armée anglaise avait ployé ses tentes.
Les varlets sellaient les chevaux; les hommes d'armes endossaient eurs cuirasses et allaient se ranger autour de leurs bannières; les écuyers portaient les ordres de leurs maîtres.
Les compagnies franches devaient se mettre en marche au point du jour, et attendaient impatiemment le signal du départ.
Le prince Noir, escorté de sir John Chandos, de Jean de Grailly, captai de Buch, de sir Stéphen Cosington et autres illustres capitaines, parcourait les groupes qui commençaient à se former çà et là.
Un seul baron manquait au cortège d'Edouard de Galles; c'était messire Tom Burdett, qui venait de se ghsser furtivement hors du camp.
Nous avons laissé le seigneur de Tring et de Wing à l'endroit oii
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son cheval s't'lait abatfii, après l'avoir traîné à travers la poussière, les ronces et les broussailles de la rive du Guadalquivir.
Ce vaillant personnage était resté longtemps étendu sur la berge, étourdi de sa chute, le burnous déchiré, la cotte de mailles rompue, le visage et les mains en sang.
Au bout de quebiues heures, il avait néanmoins recouvré ses sens, et, n'osant rentrer à Séville, il avait, clopin-clopant, gagné le camp anglais.
Enfermé dans sa tente, il dévora silencieusement la honte de sa mésaventure ; mais, loin de vouloir s'avouer vaincu, il médita, tout en soignant ses contusions, quel nouveau moyen il emploierait pour réaliser sûrement le plus ardent de tous ses désirs, à savoir, pour rentrer en possession de la merveilleuse table d'or.
C'était là une idée fixe, incessante, qui ne lui laissait pas un moment de répit. Dans la veille comme dans le sommeil, toujours il voyait élinceler à ses yeux les escarboucles de ce trésor royal. D'ailb'urs, il ne voulait pas quitter l'Espagne aussi pauvre qu'il y était entré, ni laisser entre les mains rapaces du vieux juif Ben-Lévi le jilus riche butin qu'il eût jamais robe.
Le tard-venu n'avait nullement disparu sous le baron. 11 conçut donc le projet d'exécuter un coup hardi à la faveur du trouble et de la confusion que jetterait dans la ville le départ du prince Noir et de son armée.
Une fois sa résolution bien arrêtée, il appela son tidèle majordome et écuyer Patrick Barillard, et après lui avoir fait jurer le secret le plus absolu, il lui donna mission de réunir, en toute hâte, une quinzaine do routiers déterminés, gens de sac et de corde, et de s'aboucher avec quelque bandit de sa connaissance qui pût se charger, pour une somme de centmarabolins, de leur ouvrir au milieu de la nuit la poterne de la juiverie.
Le majordome se trouva fort honoré de cette maniue de confiance, et, pour prouver à son maître qu'il en était digne, il se mit pronqitcnient à l'œuvre.
Le jour même, il avait conq»lété sa troupe de routiers, et un juif renégat, nommé .Mattoral, habile àjouertourà tour les rôles de mendiant, de bravache, de soldat boiteux ; .Mattoral, cet amant de Clara la Joufllue dont Barillard avait eu souvent l'occasion de
Les murs craquèrent comme des sarments jeté? dans l'âtre incandescent ; des pierres ardentes
se détachèrent de la voûte. (P. 949.)
remarquer l'intelligence, avait pris rengagement d'ouvrir la poterne.
Vers deux heures de la nuit, Patrick et ses routiers se rendirent isolément et par divers chemins au lieu du rendez-vous.
Tom Burdett ne tarda pas à les suivre, et la confusion qui régnait dans le camp empêcha qu'on ne s'aperçût de son absence.
Il se mit à la tête de la petite troupe aue PatiMck venait de réunir et se dirigea vers la poterne.
ÉSAU I.E LEPHF.IX. — J. ROIFF, EDIT.