Tirésias l'a dit déjà; mais il veut le répéter encore
jour; qu'il est le meurtrier de son père, dont il partage la couche! Rentre chez toi, et réfléchis à tout cela ; et si tu trouves que je t'ai trompé, alors dis que ma science divinatoire ne me sert de rien.
Le chœur se demande avec angoisse quel est le sens de l'oracle rendu par Apollon, et Créon, averti des accusations d'Œdipe, accourt se justifier. Au bruit de leur querelle, Jocaste sort du palais, et intervient pour les apaiser. C'est le point de départ d'une scène tragiqiie, où, en s'instruisant l'un l'autre par une double confidence, Œdipe et Jocaste finiront par entrevoir la vérité.
Jocaste. — Au nom des Dieux, apprends-moi, ô roi, quelle est la cause d'une si grande colère !
Œdipe. — Je vais te le dire; car j'ai plus d'égards pour toi que pour ceux-ci'; la cause, c'est Créon, et ce qu'il a tramé contre moi.
Jocaste. — Parle; je veux voir si ton accusation est juste.
Œdu'e. — Il prétend que c'est moi qui suis le meurtrier deLaios.
Jocaste. — Prétend-il le savoir par lui-même, ou le tenii* d'un autre?
Œdipe. — Il a soudoyé un devin perfide ; quant à luimême, il ne veut pas se conq)ronu>ltre.
Jocaste. — Eh bien! ne t'inquiète pas plus longtemps au sujet des choses dont tu parles; écoute-moi, et sache que nul parmi les hommes ne possède la science de la divination. En quelques mots, je t'en donnerai la preuve. Un oracle n'a-t-il pas prédit jadis à Laios — oracle émané, je ne dirai pas de Phœhus lui-même, mais de ses ministres,