‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 40 sur 96 · I-os homnios du chœur · texte numérisé non relu

I-os homnios du chœur

— que son destin voulait qu'il pérît de la main de son propre fils, de celui qui naîtrait de lui et de moi? Et cependant Laïos — c'est du moins ce qu'on raconte — est mort assassiné par des brigands étrangers, au point de rencontre de trois i-outes, et trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis la naissance de son enfant que, lui ayant lié les pieds, il le fit abandonner, par la main d'autrui, sur une montagne déserte. Ainsi Apollon n'a pu faire que cet enfant fût le meurtrier de son père, ni que Laïos ait subi le sort qu'il redoutait : périr de la main de son fds. Voilà la véracité des oracles: n'en prends donc nul souci; la vérité qu'il lui importe de faire connaître, la Divinité la révélera sans l'entremise des devins.

Œdipe. — Tandis que je t'écoutais, ô femme, quelle incertitude, quel trouble se sont emparés tout à coup de mon esprit 1

JocASTE. — Quelle est la préoccupation qui te dicte ces paroles?

Œdipe. — Tu as dis, je crois, que Laïos fut massacré au point de rencontre de trois routes?

JocASTE. — C'est ce que l'on nous a rapporté, et que l'on a toujours dit.

Œdipe. — Mais où donc est le lieu qui fut le théâtre de ce malheur?

JocASTE. — - Dans le pays qu'on nomme la Phocide, et une double route, venue de Delphes et delà Daulie, vient se réunir à cet endroit.

Œdipe. — Et combien s'est-il écoulé de temps depuis cet événement?

JocASTE. — C'était peu de temps avant l'époque où le gouvernement de ce pays te fut remis que la nouvelle en parvint ici.

Œdipe. — 0 Zeus, quel destin me réserves-tu?

JocASTE. — Quel est ce nouveau souci, Œdipe?

ŒDIPE ROT. lt>r,

Œdipe. — Ne m'en demande pas davantage; dis-moi plutôt quel était l'aspect de Laïos, et son âge.

JocASTE. — Il était grand, sa tète connneneait à blanchir; à vrai diie, il ne dilîérait pas beaucoup de toi.

Œdu'e. — Malheur à moi! je crois, que sans le savoir, je viens de prononcer contre moi-même des malédictions teri'ibles!

JocASTE. — Qu'as-tu dit?je tremble, en te regardant, ôRoi!

Œdipe. — J'ai une afîreuse crainte que le devin n'ait dit vrai; mais tu m'aideras à y voir plus clair, si tu me dis une seule chose encore.

JocASTE. — Je tremble, mon ami, mais je suis prête à te répondre.

Œdipe. — Yoyageait-il en petit équipage, ou bien avec un nombreux cortège comme il sied à un souverain?

Jor.ASTE. — Ils étaient cinq en tout, parmi lesquels un héraut; et un seul char conduisait Laïos.

Œdipe. — Ah!. la chose est claire maintenant! Mais qui vous a rapporté la nouvelle, ô femme'?

JocASTE. — Un serviteur, qui se sauva seul et revint ici.

Œdipe. — Cet homme est-il encore dans 1

e païais:

JocASTE. — Non; car depuis son retour, depuis (pi'il vit Laïos mort et toi-même lui succéder, il \\w suj)plia, en me prenant les mains, de l'envoyer aux ciiamps cl aux j)àturages des troupeaux, alin (piil l'ùt le jtUis loin possible de cette ville. Kl je l'y envoyai; car il était (bgne, aulanl (jue peut l'être un esclave, d'obtenii' la laveur (lu'il deiuandail et même mieux encore.

(Edipe. — l*eut-on le faire venir sans relard ^ JocASTE. — On le peut. Mais pouiipioi le veux-tu'? Œdipe. — Je crains, feimm», (jueje n'aie trop parlé*; et c'est pour cela (pie je veux le voir.

Page 1