Le sorvitour de Laïos
Œdipe. — Tu as dit que cet homme avait rapporté que le roi avait été tué par des brigands. S'il parle toujours de plusieurs, je ne suis pas le meurtrier; un et plusieurs, ce n'est pas la même chose ; si au contraire il parle d'un homme seul, d'un seul passant, il n'y aura plus à douter que la chose me soit imputable.
JocASTE. — Sache donc bien qu'il a parlé comme je l'ai dit, et il ne peut pas désavouer ses paroles, car toute la ville les a entendues, et non moi seule. Et quand bien même il s'écarterait maintenant en quelque chose de ses déclarations premières, jamais il ne fera que le meurtre de Laïos soit arrivé conformément à l'oracle, puisque Loxias avait prédit qu'il devait périr de la main de son enfant. Cependant ce n'est certes pas cet enfant infortuné qui l'a tué, puisque lui-même a péri avant ce meurtre. Ainsi, désormais, les devins auront beau dire, ils ne me feront pas incliner d'un côté plutôt que d'un autre.
Œdipe. — Tu as raison; cependant envoie quelqu'un chercher le bouvier; ne l'oublie pas.
JocÂSTE. — J'enverrai quelqu'un sans retard; mais rentrons. Pour moi, je ne ferai rien qui te déplaise.
Le Chœur. — Puissé-je avoir en partage, dans toutes mes actions et toutes mes paroles, l'auguste pureté ! Puisséje me conformer aux lois célestes, enfantées dans l'immense éther, dont l'Olympe seul est le père ! ce ne sont point les hommes, à la nature mortelle, qui leur ont donné le jour, et jamais l'oubli ne les abrogera; elles sont divines, et ne vieillissent pas.
L'orgueil produit la tyrannie. L'orgueil, quand il a rassasié ses désirs sans à-propos et sans profit, monté sur la plus haute cime, tombe précipité dans un abîme de misère, d'où il ne peut se sauver. Je prie les Dieux de faire que la ville persé'vère toujours dans sa lutte pour le
Jjien. Je ne cesserai de me mettre sous la protection de la Divinité.
Mais ceux qui, par leurs actions ou leurs paroles, marchent audacieusement dans des voies interdites, sans crainte de la justice, sans respect pour les Dieux, que la destinée fatale en fasse sa proie, qu'elle punisse leur orgueil insensé, si les profits qu'ils font ne sont pas conformes au droit, sils connnettent l'impiété, s'ils osent, dans leur vaine insolence, toucher aux lois inviolahles! (Juel homme pourrait encore, en des circonstances pareilles, se vanter d'écarter de son âme les traits de la colère? Car, si de telles actions ne sont pas criminelles, à quoi bon honorer les Dieux par mes chœurs?
Je n'irai plus honorer le centre inviolable* de la terre, ni le temple d'AhtcSni Olympie, si aujourd'hui les oracles ne sont d'accord avec l'événement de façon à donner un exemple irréfutable! Mais, ô Zeus souverain! — si toutefois tu es bien nonnné, — ô Zeus, maître de toutes choses! sache-le et que ton pouvoir inunortel le sache : déjà on nie les oracles rendus au sujet de Laïos, on les proclame vains, et Apollon ne reçoit plus les honneurs qui lui sont dus. Le respect des Dieux s'en va.
Avant Tarrivét' du bouvier, un nouvel iiuidenl retarde et (ouiplique les événements; un niessaj^er arrive de Corinthe : Polybe, le roi, est mort; Œdipe est appelé à lui succéder. Œdipe (lés lors se croit sauvé, puisqu'il tenait Polybe pour son i)ére; mais il ne veut pas rentrer à Corinthe. i)uis(jue sa mère vil encore. Alors le messager croit le rassurer détinitivemenl en lui apprenant qu'en réalité il n'est que le lils adoptifde Polybe; il a été trouvé sur le Cithéron, par le messager lui-même, à qui il a été remis par nr. pàti-e au service de Laïos. Ce pâtre, c'est