‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 43 sur 96 · En Phocidc, où Aiiolloii av;iit un oracUv · texte numérisé non relu

En Phocidc, où Aiiolloii av;iit un oracUv

le serviteur qu'Œdipe attendait; à son arrivée, il essaye de nier, feint de ne pas reconnaître le Corinthien, mais Œdipe le force enfin à confirmer ce témoignage. Ainsi le mystère est pénétré. Dès les premières explications du Corinthien, Jocaste l'avait compris et avait quitté la scène. Œdipe désespéré la quitte à son tour, et rentre dans le palais. Bientôt un messager vient nous apprendre que Jocaste s'est pendue, et qu'Œdipe, dans son désespoir, s'est crevé les yeux lui-même. Le malheureux, les yeux sanglants, reparait en effet :

Le Chœur. — 0 spectacle terrible, le plus terrible de tous ceux auxquels j'aie jamais assisté! Quel délire s'est emparé de toi, infortuné! Quel est le génie fatal, ô malheureux, qui s'est abattu sur toi, prompt comme l'éclair? Hélas, hélas! infortuné! je ne puis même supporter ta vue, quand je voudrais tant l'interroger, m'informer» savoir; tellement ton aspect me frappe d'épouvante.

Œdipe. — Ah! ah! malheureux que je suis! où vais-je, infortuné? où vole le son de ma voix? génie fatal, où m'entraînes-tu?

Le Chœur. — Le but où tu cours est terrible ; on n'en peut parler, on n'en peut soutenir la vue.

Œdipe. — 0 ténèbres qui m'enveloppez d'un nuage affreux, nuit horrible qui t'es abattue sur moi, nuit inéluctable, invincible! Malheur à moi, malheur à moi encore! Double torture, également cruelle : blessure de mes yeux et souvenir de mes maux !

Le Chœur. — Il n'est pas surprenant, en un tel désastre, que tes plaintes soient doubles, que tu sentes le poids d'une double infortune.

Œdipe. — 0 mes amis! mes gardiens, qui seuls me restez fidèles! car seuls encore vous persistez à vous intéresser au pauvre aveugle! Ah! ah! non, je ne me trompe pas; je vous reconnais bien, quoique je sois plongé dans la nuit; je reconnais votre voix.

Le (Ihœlr. — Ail! qu'as-tu fait? comment as-tu eu ce courage, de percer ainsi tes yeux? Quelle divinité t'a

poussé?

Œdipi:. — Apollon, ô mes amis! Apollon est l'auteur de mes maux, de mes maux horribles! Mais nul autre n'a porté la main sur moi, que moi-même! A quoi bon voir encore, quand je ne pouvais plus voir rien qui me fût une joie?

Le Chœur. — Oui, il en est comme tu le dis.

Œdipe. — 0 mes amis! que puis-je voir encore, que puis-je aimer, que puis-je entendre avec plaisir? Emmenezmoi loin de ces lieux sans retard, emmenez-moi, mes amis, moi, Œdipe, objet d'horreur, couvert de malédictions, enfin le mortel le plus haï des Dieux!

Le Chœir. — Infortuné, par tes maux et par le sentiment que tu as de tes maux! plût au ciel que je ne t'eusse jamais connu!

Œdipe. — Maudit soit celui qui m'emporta, les pieds liés par des liens sauvages, m'arracha à la luort, sur les pâturages des montagnes, et me sauva, pour mon malheur! Si j'étais mort alors, je ne ferais pas aujourd'hui le désespoir de mes amis, et le mien propre!

Le Chœir. — Ah! je souhaiterais, moi aussi, qu'il en fût arrivé ainsi!

Œdipe. — Je ne serais pas devenu le meurtrier de mon père; les hommes ne m'auraient pas appelé l'époux de manière! Mais maintenant je suis en haine aux Dieux: ma naissance est impure; j'ai partagé, maliieureux! le lit de celle qui m'a donné le jour! S'il y a des malheurs plus grands que le malheur lui-même, tel est le destin d'Œdipe!

Le (Ihœir. — Je ne sais comment je pourrais dire que tu as bien agi, car mieux vaudrait pour toi n'être plus que vivre aveugle !

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Après ce morceau lyrique, Œdipe renouvelle, en vers ïambiques, les mêmes lamentations désespérées. Puis, après avoir supplié Créon de prendre sous sa protection ses filles, après les avoir embrassées, l'infortuné s'éloigne de Thèbes.

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