Celle de Déjanicc ; pluriel jioéliipie
PHILOCTETE
Le Philoctète, joué en 409, est par conséquent une des dernières œuvres de Sophocle, et, comme ÏŒdipe à Colone, qui est encore postérieur, c'est cependant une des plus belles. Le sujet avait été déjà traité par Eschyle et par Euripide ; mais Sophocle, en le reprenant, le conçut d'une façon tout à fait originale. La tragédie est également remarquable par la marche de l'action, aussi simple qu'habile, par la peinture des caractères et par le style.
Les Grecs, dans leur navigation vers Troie, ont abandonné à Lemnos, sur le conseil d'Ulysse, Philoctète blessé au pied. Dix ans sont passés, et le devin Hélénos a prédit que Troie ne serait prise que par celui qui posséderait les flèches d'Hercule : or elles sont en possession de Philoctète. Ulysse, accompagné de Néoptolème, llls d'Achille, est chargé par les Grecs d'aller les prendre. Au début de la pièce, nous les voyons aborder sur la côte de Lemnos.
Ulysse. — Voici, sur cette terre de Lemnos, baignée de tous côtés par les flots, la plage déserte et que ne foulent point les mortels, où jadis, ô toi qui eus pour père le plus vaillant des Grecs, ô fils d'Achille, Néoptolème, j'ai déposé le Malien*, le fils de Pœas, selon l'ordre que m'avaient donné nos chefs. Un ulcère dévorait son pied, et nous ne pouvions plus accomplir en paix les libations et les sacrifices, car sans cesse il emplissait le camp tout entier de ses clameurs sauvages, de ses plaintes de mauvais augure, criant, se lamentant. Mais à quoi bon rappeler tout cela? Ce n'est pas le moment de discourir. Prenons garde qu'il n'apprenne ma venue, et que je ne perde le fruit du
1. Nom que portaient les populations voisines du golfe Maliaque. Le Malien, c'est ici Pliil'octète, fils de Pœas.
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stratagème grâce auquel j'espère que je vais le surprendre. Maintenant, cà toi de me prêter ton aide. Regarde si tu vois quelque part un rocher à deux ouvertures, tel que dans riiiver il ofïre une double exposition au soleil, et que dans l'été, par un couloir à deux issues, le soufile de l'air y envoie le sommeil. Un peu au-dessus de l'antre, à gauche, tu verras sans doute une eau de source, si elle n'est pas à sec. Approche-toi de ce lieu en silence, et dismoi si Philoctète est encore là, ou s'il se trouve ailleurs. Alors tu entendras la suite de ce discours. Je te dirai ce qu'il faut faire, et tous deux nous agirons de concert.
La grotte est tout prés; Néoptolénie la découvre aussitôt, et la décrit, avec le mobilier sounnaire qu'elle renferme; une litière, un vase de bois grossier, quelques tisons, quelques linges tachés de sanie. Philocléte n'est donc pas loin. En attendant qu'il se montre, Ulysse fait la leçon au jeune Néoptolème. Il s'agit de tromper Philoctéte, de lui faire croire que le fils d'Achille, appelé par les Grecs comme pouvant seul leur assurer la prise de Troie, s'est vu refuser les armes de son père, et, de dépit, s'en retourne chez lui. Puis quand Néoptolème aura gagné ainsi sa contiance, il faudia lui ravir son arc et ses tlèches. Ulysse déploie toute sou habileté pour inq)oser ce subterfuge au fils d'Achille, dont la nature jeune et candide répugne à la fourberie, et rouirit d'avance d'en être couq)lice : il préférerait s'emparer par force, ouvertement*, de Philoctéte; il se laisse cependant convaincre, et attend Philoctéte, tandis (pi'Ulysse regagne le vaisseau (jui l«'s a amenés. Après un chant du chœur-, (pii s'entretient avec Néoptolème,
t. Linveiitioii do ce rôle si intéressant de Néoplolènie est sans doute l'ori^Mnaiité principale du drame de Sophocle: chez Kschyle, c'est Ulysse seul ([ni allait trouver IMiiloctète; chez Euripide, Ulysse et Dioniède.
2. Le chœur joue en sonnne dans Philoctéte un rôle moins important ([uc dans les autres drames de Sophocle : il i)rend une part moins im[)ortante à laclion et ne chante même (pie des morceaux jjIus courts et plus simples de rUlnne. Il est composé dos compagnons dllysse et de >éoptoléme.
Philoclète paraît, et, reconnaissant des Grecs, exprime sa snrprise et sa joie :
Philoctète. — 0 étrangers! qui ètes-vous? par quelle aventure avez-vous abordé clans cette terre inhospitalière et déserte? De quelle patrie, de quelle race dois-je vous croire issus? Vous portez bien, je le vois, le costume grec, qui m'est si cher! Mais je veux entendre votre voix.iN'ayez nulle crainte; ne vous laissez pas effrayer par mon aspect sauvage. Ayez plutôt pitié d'un malheureux, abandonné à lui-même, seul, sans amis. Répondez à sa voix, puisque vous semblez venir en amis. Oui, répondez-lui: ne lui refusez pas ce qu'il vous accorde*.
Néoptolème. — Etranger, nous sommes bien des Grecs; sache-le d'abord, car c'est ce que tu désires apprendre.
Philocïl:te. — 0 sons qui me remplissent de joie! qu'il est doux, après si longtemps, d'entendre la langue de son pays! Quel besoin, ô mon lils, t'a fait aborder, t'a conduit ici? quel dessein? quel vent ami? dis-moi tout cela, que je sache qui tu es.
Néoptolème. — Je suis né sur la terre de Scyros qu'entourent les Ilots; je retourne dans ma patrie; on me nomme le fils d'Achille, Néoptolème. Tu sais tout maintenant.
Philoctète. — 0 fils d'un père qui me fut si cher, d'une terre qui m'est chère, ô nourrisson du vieux Lycomède ! comment as-tu abordé dans cette terre? d'où viens-tu?
Néoptolème. — C'est d'Ilion que je viens maintenant.
Philoctète. — Qu'as-tu dit? Mais tu n'étais pas avec nous, au départ, quand nous avons fait voile contre Ilion?
Néoptolème. — Toi aussi, tu as donc pris part à cette entreprise?