I/ile où Philoctète avait été mordu par la vipère
rant tous ces lieux, je n'y trouvai rien, rien que mon chagrin, mais de celui-là, quelle abondance, ô mon fils! Cependant les jours succédaient aux jours, et sous ce pauvre abri, il me fallait vivre. Ce dont j'avais besoin pour me nourrir, cet arc me le procurait ; grâce à lui je frappais les colombes ailées ; ce qu'atteignait la flèche lancée par mon arc, infortuné, je le rapportais moi-même, traînant mon malheureux pied ; et, si j'avais besoin d'eau, si la glace s'était formée, comme il arrive en hiver, et s'il me fallait briser un peu de bois, je devais me procurer tout cela moi-même, marchant à grand'peine. Puis je n'avais pas de feu, mais il me fallait frotter la pierre contre la pierre pour en faire jaillir la flamme cachée, la flamme secourable. Car la demeure que j'habite, pourvu que j'aie du feu, me fournit tout ce dont j'ai besoin, sauf la guérison de ma souffrance. Maintenant, ô mon flls! apprends ce qui concerne cette île. Nul matelot ne s'en approche de son gré ; car elle n'a pas de port, pas de ville où le navigateur s'enrichisse par le négoce, ou reçoive l'hospitalité. Les hommes sages ne viennent pas aborder ici. Peut-être, diras-tu, quelqu'un y est venu, contre son gré : car, dans un si long temps, beaucoup de choses de ce genre arrivent à un homme. Oui, mais s'il en vient, ô mon fils, ils ont pitié de moi, en paroles, et, apitoyés, ils me donnent un peu de nourriture, ou quelques vêtements, mais nul ne veut, quand je le demande, me ramener dans ma demeure, et je dépéris, infortuné, nourrissant depuis dix ans, dans la faim et le malheur, ma plaie insatiable. Voilà ce que m'ont fait les Atrides, ô mon enfant, ce que m'a fait Ulysse! Puissent les Dieux de l'Olympe leur réserver de pareils maux, en punition de ceux que je souffre!
IMIILUCTKTK. !;>:>
-Xéoptolème joue d'abord sou rôle à merveille. Il coûte avec l)eaucoup de viaiseuihlauce, daus uii siiuple et beau récit, l'iujiu'e iuiagiuaire doul il se dit victiuie. Pbiloctt'le se léjouit de se trouver eu préseuce d'uu eiuieuii desAtiides et d'ilysse, eu mèuie temps qu'il s'afflige d'appreudre la uiort d'Ajax, d'Achille, d'Antiloque, de Patrocle, de tous ceux qu'il aiuiait. taudis que surviveut ceux qu'il poursuit de sa haiue. Puis, couuue Néoptolèuie lui fait ses adieux, il le supplie, daus uue tirade pathétique, de l'euiuieuer avec lui, daus sou vaisseau, « fût-ce eu le reléguaut daus la seutiue, daus quelque coiu de la proue ou de la poupe où il ue gèuera guère les autres ». Néoptolèuie feint un iustaut de résister, puis de se reudre à ses prières, quaud survienueut, envoyés par Ulysse, deux des matelots du navire, dont l'un se fait passer pour un marchand, n'appartenant pas à l'équipage du fds d'Achille, et venant d'aborder par hasard au même endroit : il vient appi-endre, dit-il, à Néoptolème que les Grecs ont envoyé à sa pouisuite le vieux IMiénix * et les lîls de Thésée*; il aflirme eu même temps qu'Ulysse et Diomède sont partis de leur côté à la recherche de Philoctète, parce qu'Ilélénos ^, fait prisonnier par Ulysse, a prédit aux Grecs qu'ils ne triompheraient pas de Troie sans son concours. Il faut donc se hâter. Philoctète cependant veut auparavant revoir son antre, pour y prendre une herbe (|ui lui sert à soigner sa |)laie. (Juaud il en revient, après un intermède rempli par les chants du chœur, un accès de son mal terrible, décrit avec une vérité* simple et puissante par Sophocle, le saisit soudain. Pendant cette crise, il confie à Néoptolême son arc et ses (lèches : car il sait qu'à ses accès un sonuneil accablant succède toujours, et Néoptolême seul peut sauver ses armes des mains d'Ulysse et de Diomède, s'ils surviennent à l'improviste. Philoctète s'endort