‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 51 sur 96 · Fils de Priam, et devin, comme (lassaïuhe · texte numérisé non relu

Fils de Priam, et devin, comme (lassaïuhe

4. Cette peinture lianlio de la soullVance pliysi(iue, devant laquelle les tragicpies grecs n'ont pas hésité, est ici sobre et mesurée autant que saisissante.

enfin, tandis que le chœur chante un hymne au Sommeil. Mais le spectacle de sa souffrance a ému jusqu'au fond de l'âme le jeune Néoptolème.

Quand Philoctète se réveille, le courage manque au fils d'Achille pour conduire à son terme le stratagème conçu par Ulysse, et le remords l'emporte dans son àme naturellement franche. Il éclate tout à coup : « Non, je ne te cacherai rien; il faut partir pour Troie, vers les Achéens et l'armée des Atrides. » Aussitôt Philoctète refuse, réclame son arc. Mais Néoptolème ne consent pas à le lui rendre, et le héros irrité essaye encore de l'él^ranler par ses plaintes :

^ Que m'as-tu fait? par quels mensonges tu m'as

ti'ompé! Tu as eu ce courage, quand tu me voyais l'implorer, te supplier, ô misérable! Tu m'as arraché la vie, en m'enlevant mon arc. Rends-le-moi, je t'en conjure, rends-le-moi, je t'en supplie, mon enfant. Au nom des Dieux, ne m'enlève pas ma vie ! Infortuné que je suis, il ne me répond pas même, il détourne ses regards, connne s'il ne voulait plus me le rendre! 0 ports !ô promontoires! ô bètes sauvages des montagnes, au milieu desquelles je vis! ô rochers escarpés! c'est à vous que je me plains, car je n'ai que vous à qui me plaindre, à vous les témoins accoutumés de mes maux! Voyez comment m'a traité le fils d'Achille! Il m'avait juré de me ramener dans ma patrie, il m'emmène à Troie! il avait mis sa main dans la mienne, et il m'enlève l'arc sacré d'Héraclès, du fils de Zeus, pour le montrer aux Grecs comme sa proie! il m'entraîne de force, comme si je pouvais lui résister! il ne voit pas qu'il se saisit d'un cadavre, d'une ombre % d'un vain fantôme ! Si j'avais ma force, non, il n'aurait pas triomphé de moi, puisque, tel même que je suis, il ne

1. J'omets le premier vers de la tirade, qui est obscur, et dont le texte est peut-être altéré. ' '2. Mot à mot : l'ombre d'une fumée, expression proverbiale.

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iii'a vaincu qiio par la ruse. Mais niaiiitonant, malheureux, j'ai été trompé! que me faut-il l'aire? Rends-le-moi, Ah! rentre en toi-même. Que dis-tu? Tu te tais? Je suis perdu, infortuné! 0 i^rotte à la double ouverture, je vais rentrer sous ton abri dépouillé, sans ressources. Je vais dépérir, seul dans cet antre, n'ayant plus mon arc pour tuer les oiseaux ailés ou les bétes de la monta^ine! C'est moi-même, infortuné, dont le cadavre servira de pâture aux animaux dont je me nourrissais! Ceux que je chassais naguère me chasseront maintenant; et ma mort, compensation de leur mort, sera causée par ce jeune honnne qui semblait étranger au mal! Otoi, ne meurs pas, avant que je sache si tu ne le repentiras pas; sinon, péris misérablement! *

Néoptolénie, de j)lns en plus ému, va céder à ces objurgations passionnées de l'hiloctéte, lorsque Ulysse, qui a pressenti le danger, paraît tout à coup. Puistpie la ruse n'a pas réussi, Ulysse emploiera la force : il fera saisir Philoctète par ses matelots. Mais, connue le héros résiste, Ulysse lui déclare qu'il suflit aux Grecs d'avoir l'arc d'Iiéraclés : Teucer, l'habile archer, saura bien s'en servir à la place de Philoctète. Après cette déclaiation, il part, emmenant Néoptolénie, tandis que, à la pi'ière de ce dernier, le chœur reste auprès de Philoctète, en attendant (pie les apprêts du départ soient achevés, pour essayer de le tléchir encore. Après de nouvelles lamentations, qui s'épanchent en une série de belles strophes lyriques, entrecoupées par les conseils et les prières du chœur, Philoctète reste inflexible, et le chœur va se retirer, quand revient, toujours tourujenté par ses remords, Néoptolénie, (pie poursuit Ulysse. Mal<,^ré les ell'orts et les menaces de celui-ci, il rend à Philoctète l'arc, mais l'enqiéclu» de s'en servir, dans un

1. 1,0 morceau a été paraphrasé adiuiraliloinent par Féiielon (Tr/*^inaque, livio \II), et je me suis servi souvent «le cette pai-aphrasc, (jui le j)liis souvent même n'est «piune traduction. Tout ce récit do Fénelon est d'ailleurs à lire, et à comparer avec le drame de Sophocle qui l'a inspiré.

premier mouvement de fureur, contre son ennemi Ulysse. Il essaye alors de nouveau de l'attendrir, de le décider à partir volontairement pour Troie, l'ébranlé un moment, mais pour le voir reprendre aussitôt son attitude intraitable, et finit, sur ses instances, par consentir à le ramener dans sa patrie. Tous deux se préparent au départ, Philoctète appuyé sur Néoptolènie; mais l'apparition subite d'Héraclès les arrête. L'intervention du Dieu * met fin au drame. Héraclès ordonne à Philoctète de céder, de parlir pour Troie, qu'il doit conquérir, après avoir été guéri de son mal, et avoir percé de ses tlèches Paris. Philoctète, avant de monter dans le vaisseau qui va l'emmener, adresse à l'ile où il a vécu de poétiques adieux.

Phu^octète. — Que maintenant, en partant, j'invoque ce pays. Adieu, grotte qui fus mon asile, et vous nymphes qui arrosez ces prairies, et toi mer au mâle murmure, et toi promontoire d'où souvent, dans mon antre même, les embruns vinrent mouiller ma tète. Souvent aussi, dans ma détresse, la montagne d'Hermès* me renvoya l'écho de ma voix. Et maintenant, ô sources, ô fontaine Lycienne% je vais vous quitter, il faut que je vous quitte! Ah! je ne l'espérais pas! Adieu, terre de Lemnos que la mer environne, laisse-moi partir sans reproche, donne-moi une traversée favorable; que j'arrive au but que le toutpuissant Destin m'assigne! Que j'aille où m'appellent mes amis*, où m'entraîne la Divinité toute-puissante, dont s'accomplissent les décrets !

Le Chœur. — Tous ensemble, partons, en invoquant les nymphes marines, pour qu'elles nous donnent un voyage heureux !

4. Ce dénouement, par l'iiiterveutiou d'une Divinité, est conforme au procédé dont a trop souvent usé Euripide. On ne saurait cependant le critiquer couime nombre de dénouements de ce dernier.

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