Oreste s'adresse à Electre
honiK^ur. Ellt^ IViivoio chez un vieux snrvit«^iir d'Agamomnon qui aj)i)Oil('ra quelques vivres pour le repas. Celte scène, coiiiine les premières, est destinée à bien montrer la misère présente d'Klectre.
Après le premier stasimon, où le chœur chante la guerre de Troie, le vieillard mandé par Electre arrive. Il api)orte des vivres, et il raconte quelle surprise il a eue en passant près du tomlteau (rApanicmnon.
Le Vn:ii.LAnD. — En passant, jo suis allé aiipivs du tombeau d'Auanieuiiion, et, m'agenouillant, j'ai pleuré sur Tabandon où je l'ai trouvé; j'ai délié l'outre que j'apporte pour les étrangers, j'ai versé des libations, et autour de la tombe j'ai placé des rameaux de myrte. Mais voilà que sur le tombeau lui-même j'ai vu une brebis à la toison noire, égorgée : le sang était frais encore, et, tout auprès, des boucles de cheveux blonds coupés avaient été déposées. Je me demandais avec surprise, ô mon entant 1 quel honnne avait osé s'approcher du tond)eau : car ce ne pouvait être un des Argiens. Qui sait donc si Ion frère n'est pas venu en secret, et si ce n'est pas lui qui a rendu ces honneurs à la sépulture négligée de ton père'? Uegarde cette boucle, en l;i compai'ant à les cheveux, et vois si la couleur en est la même; car d'ordinaii'e, ceux dans les veines desquels coule le sang d'un même pèic ont bien des traits de ressemblance.
Klhctue. — Ton langage n'est j)as celui d'un honnne raisonnable, ô vieillai'd! Peux-tu ci'oire (pie mon frèiv, vaillant comme il est, soit venu dans le j)ays imi secret, par crainte d'Egislhe'.' VA i)uis, comment y aurait-il de la ressemblance entre les cheveux d'un homnu^ accoutumé aux nobles exercices de la palesli'e, et des cheveux de femme habitués au peigne; cela est impossible. D'ailleurs, beaucoup peuvent avoir des cheveux de même couleur, sans être issus du même sang, à vieillai'dl Quehpie étran-
ger sans doute aura eu pitié de cette tombe et y aura déposé cette boucle coupée, ou bien c'est quelqu'un^ de ce pays qui l'a fait, en secret et dans l'ombre.
Le Vieillard. — Mais va cependant aussi vers les traces qu'a laissées sa chaussure; examine-les; vois si elles s'adaptent à ton pied, mon enfant.
Electre. — Comment sur un sol rocailleux ses pas auraient-ils laissé une empreinte? Admettons même qu'il y en ait en effet : comment le pied d'un frère et d'une sœur seraient-ils égaux? Non, le pied de l'homme est plus fort.
Le Vieillard. — Mais n'y a-t-il donc pas même un tissu fait de ta main, auquel tu pourrais reconnaître ton frère s'il était présent? le tissu dans lequel je l'enveloppai ^ quand je le dérobai à la mort?
Electre. — Ne sais-tu pas que, quand Oreste dut quitter cette terre, j'étais jeune encore? Si même déjà je tissais des étoffes, comment, depuis mon enfance, Oreste garderait-il le même vêtement, — à moins que ses vêtements n'aient grandi avec son corps?
Le Vieillard. — Mais où sont les étrangers? Je veux les voir et les interroger au sujet de ton frère.
Electre. — Les voici, qui d'un pied rapide sortent de la maison.
Le Vieillard. — Certes ils ont l'air noble; mais que sait-on? Beaucoup ont l'air noble, et n'en sont pas moins mauvais. Cependant, je salue ces étrangers.
Oreste. — Salut, ô vieillard! Quel est donc, ô Electre, cet ami, qui n'est plus qu'un vieux débris d'homme?
Electre. — C'est lui qui a élevé mon père, ô étranger!
4. Texte incertain. — Comparer à cette scène la scène de la reconnaissance dans les Choéphores. Euripide fait ici le procès d'Eschyle.
2. Détail ajouté par Euripide. Eschyle ne dit pas que le tissu qu'Oreste montre à sa sœur date de l'époque de la mort d'Agamcmnon. La critique d'Euripide sur ce point est arbitraire.
EI.FXTUK. 107
Oreste. — Que dis-tu? c'est donc lui qui dcrobn aussi ton frcrc?
Ki.ECTRE. — Oui, c'est lui qui a sauve Oreste, si Oreste vit encore.
Oreste. — Mais pourquoi m'exaniine-t-il curieusement, conune s'il examinait une monnaie d'argent; on dirait qu'il me compare à quelque chose.
Electre. — Sans doute il se réjouit de voir quchpiun de l'âge d'Oreste.
Oreste. — Oreste en effet est mon ami. — Mais pourquoi tourne-t-il autour de moi?
Ei.kctre. ■ — Moi aussi, je m'étonne de le voir faire ainsi, ô étranger I
Le Vu:n.i.Anr). — (I ma fille, auguste Electre, invoque les Dieux!
Electre. — Pourquoi? Est-ce à propos de quelque chose (|ue je n'ai pas, ou de quelque chose que j'ai?
Lk Vn:n.L.vRD. — Demande-leur qu'ils te donnent en effet* le cher trésor (pi'ils te montrent !
Electre. — lié bien I je les invcxpiel Mais cpie veux-tu dire, ô vieillard?
Le Vieu^lard. — Regarde cet honnne, ô mou enfant! ce hien-aimé.
Ei.kctre. — Je crains vraiment (\\u' tu n'aies perdu l'ispi'it.
Le ViKn.LARi». — Moi. perdre l'esjirit, (piand je vois ton frère?
Electre. — Qu'as-tu dit, vieillai'd? (|uel (»st ce discoui's étrange?
Le Vu:u.F,ARn. — Je dis (pie je vois là Oreste, le fils d'Agamenmon.
1. Lo vioillard no peut on croiro sos yoiix. o\ dit à KIoctro dinvcv qiior los Dioiix, pour qu'ils l'îissont o\\ sorlo (piil no so Ironipo p.is.
Electre. — A quelle marque révélatrice le reconnaistu?
Le Yieuxard. — A cette cicatrice au sourcil, qu'il se fit jadis, dans la maison de son père, quand il tomba en poursuivant un chevreau*.
Electre. — Que dis-tu? Je vois en effet la marque d'une chute.
Le Vieillard. — Et tu hésites encore à embrasser ton frère bien-aimé?
Electre. — Non, je n'hésite plus, vieillard; la preuve que tu me donnes m'a convaincue. 0 toi que j'ai si longtemps attendu, te voilà, contre toute espérance 1
Oreste. — Et moi aussi, j'ai trouvé longue l'attente!
Electre. — Je n'y croyais plus.
Oreste. — Moi aussi, je n'espérais plus.
Electre. — C'est donc bien toi?
Oreste. — Oui, moi, ton seul allié, si du moins je réussis à lancer le coup de filet qui m'amène. Mais j'ai confiance que j'y réussirai; ou bien il faudrait renoncer à croire aux Dieux, si l'injustice devait l'emporter sur la justice.
Oreste concerte la vengeance avec Electre. Le vieillard leur apprend qu'Égisthe est allé aux champs, olfrir un sacrifice aux Nymphes ; rien de plus aisé pour Oreste que de se faire inviter au banquet et de frapper ainsi son ennemi. Pendant ce temps Electre enverra prévenir artificieusementClytemnestre qu'elle vient d'accoucher, et l'attirera ainsi chez elle. Oreste part avec le vieillard.
Stasimon 2 : chant du chœur sur la fatalité qui s'attache aux Pélopides.
Ou entend des cris lointains. Un messager arrive, et raconte comment Oreste, pendant le sacrifice même, a immolé Lgisthe.
1. Dans l'Odyssée aussi (cliant XIX), Euryclce reconnaît Ulysse à une ancienne cicatrice.
Oivste Pt Pylade reparaissent, lapporlant le eadavre, qu'Klecire accable d'insultes. Tandis que l'on cache le corps d'Kgisthe dans la maison du laboureur, le chai" de Clyteninestre se montre sur la route.
Oreste. — Allons! il faut poiter dans la maison le corps do cet homino, et le cacher, pour que, quand viendra ma mère, sur le seuil de \a mort, elle ne voie pas ce cadavre.
Electre. — Attends : conunençons un autre discours.
Oreste. — Qu'y-a-t-il? Vois-tu des amis veims de Mycènes au secours d'Égisthe?
Electre. — Non, mais je vois notre mère, celle qui nous a enfantés.
Oreste. — Quel char et quels vêtements magnifiques!
Electre. — Elle s'est faite belle, pour tomber dans le filet.
Oreste. — Qu'allons-nous faiie? Allons-nous tuer notre mère?
Electre. — La pitié te gagne-t-elle à sa vue?
Oreste. — Ah! couunent tuer celle qui m'a nouriil ([ui m'a enfanté!
Electre. — Comme elle a tué ton père et le mien.
Oreste. — 0 l*hod)us! quel oiacle insensé lu as proclamé!
Electre. — Si Apollon se I rompe, où sont l(»s sages?
Oreste. — As-tu pu m'oi'donner, contre la justice, de tu(M' ma mère?
Electre. — A-t-il tort de te faire venger ton père?
Oreste. — Je vais être accusé d'avoir tué ma mère, et j'étais pur jusqu'ici!
Electre. — ('/est en ne venge;nd i>as Ion père (pie tu serais impie.
Oreste. — Mais la colère de ma inère attirera sur moi le châtiment du meurtre.
Electre. — La colère de la Divinité te frappera si tu te refuses à venger ton père.
Oreste. — N'est-ce pas quelque mauvais génie, sous les traits d'un Dieu, qui a rendu cet oracle?
Electre. — Un mauvais génie prendre place sur le trépied sacré! Non, je ne le puis croire.
Oreste. — Je ne puis me persuader qu'un pareil oracle soit juste !
Electre. — Ne faiblis pas; pas de lâcheté! N'entreras-tu pas dans la maison, pour lui préparer le même piège, grâce auquel tu as surpris et tué Egisthe, son époux?
Oreste. — J'entre; mais terrible est mon entreprise, terrible ce que je vais faire. Si les Dieux le veulent, qu'il en soit ainsi! Mais la lutte est pénible pour moi, et
Quand Clytemnestre est descendue du char, un dialogue s'engage entre elle et Electre, à peu prés connue au dél)ut de ï Electre de Sophocle. Dans deux tirades qui se correspondent, la mère se justifie, la fille accuse la mère. Enfin Clytemnestre consent à entrer dans la maison pour voir l'enfant d'Electre. Le chœur rappelle comment a péri Agamemnon.
Quelques cris retentissent dans la chaumière. Le fond de la scène s'ouvre. Les cadavres d'Égisthe et de Clytemnestre apparaissent. Oreste et Electre s'accusent d'avoir conimis un crime affreux en obéissant à Apollon. Long commos.
Les Dioscures (Castor et Pollux) viennent mettre fin au drame, selon le procédé coutumier d'Euripide. Castor prédit à Oreste que, poursuivi d'abord par les Érinnyes, il sera absous enfin par l'Aréopage. Pylade épousera Electre et vivra avec elle en Phocide, où le laboureur les suivra.
L'Orcste fut joiu' tMi 408, deux ou trois ans avant la moil d'Kiirij)i(lt'. \\oc quelques parties remarquables, c'est, eu l'enseuihle, une pit'ce médiocre. Mais, couune VElectre, elle caractérise fort bien la manière d'Kuripide, et elle devait répondre au goût du temps, car nous savons qu'elle plaisait fort aux Grecs.
Les beautés véritables de cette tragédie sont dans les premières scènes, où Euripide nous montre Oreste au lendemain de son parricide. Oreste est eu proie au délire, mais ce ne sont plus les Érinnyes qui le poursuivent, comme dans Eschyle : le poète philosophe met à leur place la conscience, le remords. Les Furies ne sont plus que des fantômes, qu'Oreste s'imagiut' voir dans ses accès.
La suite du drame s'écarte tout autant d'Eschyle et de la légende, mais est beaucoup moins intéressante. Oreste, au lieu d'èti'e jugé par l'Aréopage, l'est par le peuple d'Argos'. Oreste et Electre sont condaumés à se donner la moi't. Ils inv()(|U('iil eu vain l'intervention de Ménélas, à (pii le poète a donné un caractère égoïste et faux qui est vraiment ivpoussant. Alors, tous deux, unis à Pylade, veulent se venger avant de mourir. Ils complotent de s'emi)arer d'ilermioue, fdie de Ménélas, et d'assassiner Hélène, sa femme; puis, si Ménélas. })onr sauver llermione, ne leur donne la vie. de mettre le feu au palais, (le n'est là (ju'un mélodrame assez vulgaire, ancpiel Euripide joint, sans grand prolit. (piehpies scènes (jui sont plutôt du ton delà comédie. L'intervention d'Apollon h' dénoue : Oreste épousera Hermione, et Electre Pylade.
Nous n'avons «lonc pris d'extraits tpie dans les jiremières
i. Comme le romarquo justoment M. WoW, jdors le parricide d'Orcste ne se conq)reiid plus. Si la cité jtigeail déjà les meui'tres et les punissait, les vengeances privées ne sont plus un devoir, cl Ap(»llt)n ne peut les ordonner. Le sujet, ainsi niodilié, est faussé l'iulicalenient.
scènes. Dans le prologue, Electre expose assez longuement les événements que le spectateur doit connaître pour comprendre le sujet. Après un dialogue assez vil" entre elle et Hélène, et une scène assez insignifiante où paraît llermione, se place la parodos, l'entrée du chœur, auquel Electre montre Oreste endormi. Vient ensuite la belle scène du délire d'Oreste.
Electre. — Hélas! mon frère, ton œil se trouble; le délire a bien vite succédé à la raison !
OuESTE. — 0 ma mère! je t'en conjure, ne lance pas contre moi les \ierges au regard sanglant, aux serpents terribles! — Les voici, les voici qui bondissent près de moi !
Electre. — Malheureux ! reste tranquille dans ta couche. II n'y a rien devant toi de ce que tu crois si bien voir !
Oreste. — 0 Phœbus ! elles me tueront, les déesses redoutables, aux yeux de chien, au regard furieux, prétresses des morts.
Electre. — Je ne te lâcherai pas; te tenant embrassé, je t'empêcherai bien, malheureux, de bondir ainsi de ta couche.
Oreste. — Lâche-moi ; tu es une de mes Erinnyes ; tu me saisis par le milieu du corps, pour me précipiter dans le Tartare.
Electre. — Infortunée que je suis, qui viendra à mon aide, contre cette démence furieuse?
Oreste. — Donne-moi mon arc, don de Loxias^; c'est
1. Le poète lyrique Stésicliore avait le premier imaginé ce don, fait par Apollon à Oreste, de flèches capables de dompter les Furies. Il est probable ({u'Euripide, qui s'inspire de Stésicliore, veut cependant montrer Oreste non pas tirant de l'arc réellement, mais, dans sa frénésie, se figurant qu'il en tire. Le scoliaste nous apprend que c'est ainsi que les acteurs anciens jouaient cette scène.
avec lui qu'Apollon ma dit de chasser les Déesses, si elles venaient m'épouvanter, ine tourmenter de leurs folies fui'ieuses! l)é(>sses, elles seront blessées d'une main moi'lelle, si elles ne s'enfuient pas loin de mes yeux. Ah! n "entendez-vous ])as'.' Ne voyez-vous j)as déjà les llèclies ailét's s'envoler de l'arc qui frappe au loin? ])our- (juoi tardez-vous? Traversez l'air de vos ailes! Vous faites mentir les prophéties de Phœhus. — Mais pourquoi map^iter ainsi à perdre haleine! où donc, où donc ai-je hondi, loin de ma couche! La tenqiète a cessé; je sens le calme renaître. Ma sœur, pourquoi pleures-tu, la tête cachée dans tes vêtements? Je rougis de l'avoir fait prendre part à mes maux, de tavoir f;\it subir le spectacle de mon délire, triste spectacle pour une jeune fille. Ne te laisse pas ron^^er par la pensée do mes souffrances; tu m'as excité par tes conseils, il est vrai, mais c'est moi (pii ai consonuné le parricide. Celui que j'accuse, c'est l.oxias, (jui m'a poussé à commettre le forfait le plus im|)ie, qui m'a secomu en paroles, mais non |)as de fait. Et je crois cpie mon père, si j'avais pu le voir et lui demander si je d(>vais tuer ma mèiv, aurait maintes fois tendu vtM's mon menton ses mains su|)plianles, et m'eut conjmv de ne pas lever l'épée contre celle cpii m'avait enfanté, puiscpie mon crime ne devait pas lui rendic la vie, l'I qu'il devait allirei' sui" moi de tels maux! Allons, ô ma s(eur hien-aiméel découvre ton visage, fais cesser les pleurs, ((uelle ipu' soit noire infoilune; et si tu me \ois repris par mes accès de désespoir, apaise uns frayeurs, cl par les jtaroles conjui'c les défaillances de mon espril. En levanche, si tu l'aftlii^cs, c'est à moi de l'adi'esseï" des exhorlalions secor.i'ables. Il es! beau de s'enli'aider ainsi, cnti'c amis. Iiirorliinée, \a, rciilre dans la maison, élendsloi sur la couche cl laisse le sommeil fermiM' ta pau|)iére: [ii'ends (piehpie nourriture, et re|)ose ton corps pai' un
bain. Car si ton assiduité près de moi te rend malade et t'oblige à m'abandonner, c'en est fait de nous ; je ne trouve de secours qu'en toi; je suis abandonné, tu le vois, de tous les autres.
Electre. — Non, avec toi je veux mourir, et vivre aussi, car le même destin nous est commun. Si tu meurs, je ne suis qu'une femme, que ferai-je? Connnent, livrée à moimême, me sauverai-je, si je n'ai ni frère, ni père, ni amis? Mais, crois-moi, écoute-moi. Étends ton corps sur ta couche, et n'attache pas trop de créance aux terreurs qui t'en chassent; reste-là, sur ce lit. On a beau n'être pas malade, ne l'être qu'en imagination, la fatigue et la peine n'en sont pas moindres.
Le chœur supplicies Euménides d'épargner Oresle. Ménélas arrive, raconte comment il a su la mort d'Agamemnon, puis celle de Clytemiiestre, et demande où se trouve Oreste, qu'il ne connaît pas.
Ménélas. — ■ ... Et maintenant dites-moi, jeunes filles, où se trouve le lils d'Agamemnon, qu'ont frappé de tels maux. Il n'était qu'un enfant dans les bras de Clytemnestre, quand je quittai ce palais en partant pour Troie, et je ne pourrais pas le reconnaître, si je le voyais.
Oreste. — C'est moi qui suis cet Oreste que tu cherches, Ménélas; moi-même je veux bien te raconter mes maux. Tu es le prenrier dont je touche en suppliant les genoux; sans avoir besoin du secours d'un rameau sacré*, je t'adresse ma prière. Sauve-moi; tu es venu à propos pour me tirer de mes maux.
1. La branche d'olivier que les siippliaiils avaient coulume de tenir à la main.
OUESTE. IT.-)
Ménklas. — 0 Dieux I que vois-je? cst-ro quelqu'un d'entre les morts que je vois?
Orkste. — Tu ne le trompes pas; car si je vois la lumière, dans mon malheur, je ne puis dire que je vis.
Ménki.as. — Infortuné I quel aspect sauvage et quels cheveux incultes!
Oi'.ESTK. — Que ne suis-je malheureux seulement en apparence! mais c'est la réalité qui me tourmente.
Mknklas. — Quel regard teiTii)Ie sort de tes paupières desséchées 1
Oreste. — Mon corps n'es! })Ius, mais mon nom nw reste.
Ménéi.as. — L'état alîreux où je te vois dépasse mon attente.
Oreste. — Oui, je suis le meurtrier di' ma mèi'e inlVn'tunée î
Ménélas. — Je le sais : évite de répéter sans cesse cette chose horrihle.
Oreste. — .le me lais; mais la Divinité ne m'a pas épargné les maux.
Ménélas. — De (juoi souffres-tu'? (jnelle est la maladie qui te tue?
Oreste. — C'est la conscience que j'ai du loilait (|ue j'ai commis.
Mé.néi.as*. — (Jue veux-tu dire? Les sages |)arlent claii"ement, et \\c disent rien d'obscur.
Oreste. — .le dis (|ue ce (pii me ronge, c'est ma douleur.
Ménéi.as. — Divinité terrible, (|u'o!i peut calmer cependant !
1. Le beau vors dans lc(|iiel Orostc exprime si neUemoiil l'idée de la conscience avait besoin tlnn connnentaire ponr le |>nblic athénien, pen jialùlnc' encore à ce lanj^af^e dinie pliilosopliie luuivelie an Ibéàlre ; c'est ce (pii expliipie l'étonnemenl l't la cpieslion de Ménélas.
Oreste. — Ce sont les fureurs vengeresses du sang de ma mère.
MÉ^'ÉLAs. — Quand ton délire a-t-il commencé? en quel jour?
OuESTE, — Le jour où j'ai enseveli ma mère. Ménélas. — T'a-t-il saisi dans la maison, ou près du bûcher?
Oreste. — Près du bûcher, la nuit, tandis que j'attendais le moment de recueillir les ossements.
Ménélas. — Avais-tu quelqu'un avec toi, pour le soutenir? Oreste. — J'avais avec moi Pylade, qui m'a aidé pour mon parricide.
Ménélas. — Quels sont les fantômes qui te troublent? Oreste. — J'ai cru voir trois fenmies, sombres comme la nuit.
Ménélas. — Je sais qui tu veux dire, mais je ne veux pas les nommer.
Oreste. — Oui, elles sont redoutables; tu as raison de n'en pas parler.
Ménélas. — Ce sont elles qui te jettent dans ton délire, à cause du meurtre de ta mèi-e?
Oreste. — Oui, quelle chasse elles me donnent! infortuné que je suis !
Ménélas. — Il ne faut pas t'étonner que le mal frappe ceux qui ont fait le mal.
Oreste. — Mais je puis cependant me décharger de mon malheur.
Ménélas. — Ne parle pas de la mort*, ce n'est pas raisonnable.
Oreste. — C'est Phœbus qui m'a ordonné le parricide, voilà ce que je veux dire.
4. Oreste veut dire qu'il peut rejeter sa faute sur Loxias. Ménélas comprend qu'il veut se débarrasser de ses maux par le suicide. — Le texte n'est pas très sur.