HIPPOLYTE PORTE-COURONNE
VHippolyte a pour nous, en sus de ses mérites intnnsèques, un intérêt tout particulier, puisque Racine en a tiré sa Phèdre.
Euripide avait lui-même composé deux Hippolyte^, fort différents l'un de l'autre par la conception du caractère de Phèdre. Dans l'un, Phèdre s'abandonnait tout entière à sa passion criminelle : (( J'ai un maître », disait-elle, a qui m'enseigne l'audace et l'énergie; c'est l'Amour, le plus irrésistible des Dieux et le plus ingénieux à venir à bout de l'impossible ». C'était le premier Hippolyte, VHippoUjte voilé, que nous avons perdu. Dans VHippoUjte porte-eouronne, Phèdre lutte contre sa passion, et Racine n'a eu qu'à s'inspirer d'Euripide. Mais la pièce d'Euripide diffère de celle de Racine par l'importance beaucoup plus grande du rôle d'IIippolyte, le chaste adorateur^ d'Artémis, le contempteur d'Aphrodite qui le punit en rendant! Phèdre amoureuse de lui et en aveuglant Jhésée.
1. Sophocle avait Composé aussi une Phèdre, que nous avons j perdue.
HIl'POLYTE POIITE-COIUUN.NE. 181
Dans le prologue, Aphrodite expose le sujet du drame. Puis, dans une scène charmante, Hippolyte, suivi de ses comparions de chasse, vient couronner de lleurs la statue d'Artémis, et refuse de rendre hommage à Aphrodite. Le chœur, compost^ de femmes de Trézène, raconte ce qu'il sait du mal dont soutTre Phèdre et se demande quelles en sont les causes. Phèdre sort hientôt elle-même, accompagnée par la nourrice. C'est l'admirahle scène que Racine a peut-être encore surpassée, mais dont tout le dessin et les traits les plus remarquables sont bien, il faut le reconnaître, de l'invention d'Euripide.
pHfiDRK. — Soulevez mon corps ; redressez ma tête ; mes membres sont brisés et rompus ; servantes, soutenez mes bras et mes mains. J'ai peine à supporter ces ornements sur ma tète, ôtez-Ies-moi; laissez retomber les boucles de mes cheveux sur mes épaules.
La XouRnicE. — Courage, ma fille; ne t'agite pas sans cesse, dans ton impatience. Tu supporteras mieux ton mal, si tu restes en repos et si tu pei'sévères dans un noble courage; souffrir est le lot des mortels.
Phèdre. — Ah! connnent me désaltérer dans les eaux pures d'une source fraîche I et me reposer à ronil)!'!' di'^peupliers, dans la prairie à l'herbe chevelue!
La NoiiuiicE. — Omon enfant! que dis-tu? Ne parle pas ainsi devant la foule*; ne titMis pas des discours (ju'on accuserait de folie.
pHÈDHE. — Conduisez-moi sui- la montagne; je veux aller* dans la foret, auprès des pins, avec les chiens de chasse (pii courent sui' la [)isle des biches tachetées! Dieux! je voudrais exciter les chiens par mes cris, et, à la hauteur