‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 6 sur 96 · LES SEPT CONTRE THEBES · texte numérisé non relu

LES SEPT CONTRE THEBES

ploiiraiont, mais pas do pitiô dans \ouv bouche. Leur cœur dur comme du fer, tout bouillant de courage, se soulevait; on eût dit des lions dont Ares allume le regard. Et ils n'ont |)as tardé à conlirmer ces serments par des actes; quand je les ai laissés, ils tiraient au sort vers quelle porte chacun d'entre eux conduirait ses troupes. Ainsi, hàte-toi de désigner pour le connnandement de nos portes les meilleurs guerriers, l'élite de la ville. Car déjà s'approche l'armée couverte de fer des Argiens ; elle s'avance, elle soulève la poussière, et une blanche écume tache la plaine, sous l'haleine humide des chevaux. Toi donc, comme l'habile pilote d'un navire, mets la ville en état de défense, avant que se déchaîne la tempête excitée par le souffle d'Ares; car le mugissement de l'armée, vague* terrestre, retentit. Saisis sans tarder l'instant de ces préparatifs : pour moi, pendant le reste du jour, je garderai l'œil ouvert, et, prévenu sûrement de ce qui se passe hors des portes, tu échapperas au dauger.

Étkocf.k. — 0 Zens, o Terre, ô Dieux de la Cité, ô hnprécation, Érinnye redoutable de mon père, ne renversez pas de fond en comble cette ville: ne la ruinez pas, ne la livrez pas à l'ennemi, cette ville qui parle la langue grec(|ue, où sont vos demeures, vos foyers. Sauvegardez la liberté ancienne de cette terre, de celte cité de Cadnuis, et que le joug (le l'esclavage lui soit épargné ! Soyez notn* défense î .le parle pour vous connne pour nous, je le crois; car une ville heiu'euse honore les Dieux.

A l'otle scène guerrière en succède uiu^ autre toute dillerente. Le chœur, fonué des jeunes Théhaiues, exprime son

effroi dans un lonfj morceau lyri(|iie, très niouvnueuté et très beau.

l. Tm;ifrc hardie. pivp.u-iV ccpcndanl par vcWo (|iii pivccdc

Le Chœur*. — L'armée est lâchée. Sorti du camp, là, ce peuple nombreux de cavaliers qui la précèdent, se précipite comme un torrent. J'en crois cette poussière qui s'élève dans les airs, messagère muette, mais sûre et fidèle! — A mon oreille, comme une grande clameur, arrive le bruit de la plaine, de ma terre natale, retentissante sous le pas des chevaux. C'est comme le mugissement d'un torrent irrésistible, qui bat le flanc d'une montao-ne. — 0 Dieux, ô Déesses, écartez le cours de ce fléau 1 — Le bruit vole au-dessus des remparts; le peuple aux boucliers blancs^ s'élance, d'un pied rapide, contre la ville. Qui nous protégera, qui nous viendra en aide, qui des Dieux ou des Déesses? — Irai-je me jeter aux pieds des images des Divinités de la patrie? — 0 Immortels bienheureux, restez dans vos sanctuaires^! c'est le moment d'embrasser vos images! Pourquoi tardons-nous, nous abandonnant sans mesure à ces gémissements? — Entendez-vous ou n'entendez-vous pas lé son des boucliers? Quand, sinon maintenant, ferons-nous retentir nos supplications? offrirons-nous aux Dieux des voiles et des couronnes? — Je vois un bruit*; c'est le frémissement de plus d'une lance. Que feras-tu? Abandonneras-tu, Ares, antique protecteur de cette terre, la contrée qui t'appartient? — 0 Dieu au casque d'or, jette tes regards sur cette ville, sur ta ville, objet de tes prédilections?

Dieux nationaux de ce pays, venez tous ensemble, voyez cette troupe de jeunes filles qui vous supplient d'éloigner d'elles la servitude! Autour de la ville, bouil-

1. Ce chant lyri([ue était divisé sans dontc cnti-e les dilterentes femmes du chœur. Les tirets indicjucnt les divisions prohahles.

2. Les Acgiens. Les boucliers blancs leur sont peut-être attribués par alhision au sens du mot : argos (blanc).

3. Les anciens croyaient que les Dieux désertaient les villes sur le point d'être prises.

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