‹ Esclavage et traite: (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Question d^opportunité.

ApRis ce que je viens d^écrirey il m'en coûte , je Favoue , de descendre à une fix>ide question d'opportunité. Pour moi y cette question ne peut même pas exister. Quoi ! le crime est patent, reconnu ; et Fexpiation ne serait pas opportune ! Nos codes sont souillés ; et il ne serait pas temps d'ef^ facer ces taches honteuses ! lliumanitéest outragée, la dignité de Thomme est méconnue et foulée aux pieds, le vice est encouragé ouvertement, des âmes inunortelles sont corrompues ; et le moment ne serait pas venu de commencer la réforme ! JTai le malheur de ne pas croire à la ^ncérité de ceux qui mêlent aux questions de droit , des questions d'opportunité. Qu'on oppose à un projet financier cette éternelle fin de non recevoir, plus dangereuse mille fois qu'une franche attaque dirigée contre son principe ; je puis l'admettre , non pas toutefois sans défiance. Mais que , lorsqu'il s'agit d'ac*

QUISTIOH d'opportunité. Z'J

complir une obligation morale, impérieuse, positive , on vienne dire que f heure n'a pas sonné ; je me permets d'interpréter une telle phrase, et je me rappelle que pour les uns l'heure sonne tou« jours , et pour les autres jamais.

Cela est si vç^i, qu'aux colonies, la question d'opportunité a toujours été soumise à une autre question, celle d'indemnité. Lisez les déclarations des conseils coloniaux , des colons eux-mêmes, de leurs délégués,"Vousy verrez sans doute beaucoup de considérations tendant a prouver que Témancipation est inopportune ; mais presque toujours , par une contradiction naïve , ils concluent en disant que , si la France veut suivre l'exemple de FAngleten'e , et assurer aux colons le remboursement du prix de leurs esclaves , les colons s'empresseront de seconder toutes les mesures d'affrandbi^ssement. Ainsi, l'inopportunité réside dans le sacrifice ; et s'il existait un moyen de faire que les colons reçussent l'indemnité qu'ils réclament, sans que la France fût obligée d'en payer aucune fraction , j'ose affirmer que l'opportunité de Téman-; cipation serait reconnue au même instant par les colonies et par la métropole.

N'importe. Acceptons, pour ce qu'ils prétendent être , ceux qui parlent tant d'opportunité. Admettons qu'ils déplorent , aussi sincèrement qu'ils le

38 B9GLAVAOE £T TRAITE

disent, le gt^nd scandale de Tesdavage; et qu'ils croient de bonne foi devoir remettre k quelques années d'ici pour s^en occuper. N^examinons pas leurs intentions , mais leurs arguments.

Ces arguments sont tous empruntés k l'exemple de l'Angleterre. Ce qu'ils y ont vu, ce n'est pas la nécessité d'entrer âu plus vite dans la voie où rÀngleterre marche depuis trente ans; c'est la nécessité d^attendre. L'Angleterre, disent-ils, a annoncé sa résolution longtemps avant de l'exécuter. Il fout agir avec la même prudence. L*An-^ gleterre a préparé de longue main ses esclaves à la liberté. H faut préparer aussi les nôtres. L'Angleterre enfin a tenté une expérience bardie. 11 faut savoir en profiter, et ajourner, jusqu'à la fin de cette expérience, Fadoption des mesures qui nous concernent.

V Angleterre a annoncé sa résolution long^ temps avant de t exécuter.

Rien de plus vrai ; l'abolition de la traite remonte à 1807; c'est en i8i4 et i8i5 qu'elle a été imposée aux autres puissances; et, en iSaS seulement, M. Canning a proposé lebill de résolu-i tion, qui lui-même a attendu dix années pour se convertir en une émancipation réelle ; enfin , ce ne sera qu'en 1840 que, par l'expiration de la période d'apprentissage , la dernière trace de ser-r

QonTion d'oivortoiIité. 3^

vitude aura diâparu des possessioDâ de k Gnuide- Bretagne.

Mais à qui fera<t-^Hi croire que ûos oolom fraû^ çais n'aient pas neçu ^ eux aussi ^ de graves et nombreux avertissements ?

Q y a bientôt un siède^ qu'un homme i doot lautorité était grande, et dont la voix a été écoutée avec respect par le nouveau monde et par TancieB^ Montesquieu prononçait une sentence qui depuis « répétée par des milliers de bouches » n'a cessé de retentir aux oreilles des propriétaires d'esclaves. Il disait:

a Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique » ils ont dû mettre en eadavage œui d'Afrique pour s'en servir à défricher tant de terres.

» Le sucre serait trop cher si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

» Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'il la tête, et ils ont le nés si écrasé ^ qu'il est presque impossible de lès plaindre.

« Nous ne pouvons supposer que ces gens-4ii soient des hommes ; parce que , si nous les supposons des honames^ on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

» Depetitse^rits exagèrent trop l'injustice qu'on ftit aux Africains ; càr^ si elle était telle qu'ils le disent , ne serait-il pas venu dans la tête des

40 BSCLAYAGE ET TRAITE.

princes de TEurope , qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale ai fiiveur de la miséricorde et de la pitié?»

' n y a un demi-siède , les lois de la constituante et celles de la convention , que dis-je , la Kbertéde fait donnée aux esclaves de toutes nos iles, Finterruption prolongéede la servitude dans quelquesunes, dans une autre, sa suppression définitive, donnaient à nos planteurs une leçon qui a noianqué à ceux même de T Angleterre.

Il y a un quart de siède , la suppression de la traite leur rappelait , s% avaient pu les oublier, ces avis solennels de l'opinion publique, de la législation et des faits. Us comprenaient que cette propriété, dont la source était déclarée impure, ne pouvait pas subsister longtemps.

• Enfin les actes de la Grande-Bretagne , ces actes mêmes dont on se prévaut sont-ils restés inconnus ou inintelligibles pour nos colons ? Ne s'adressaientils pas à eux aussi , pour leur dire que le temps avait marché ?

A ceux qui douteraient encore , à ceux qui penseraient que les propriétaires d'esclaves n'ont pas été suffisamment prévenus ; qu'en présence de tant d'événements, de tant de déclarations, de tant de lois, en présence des discussions périodiques de la presse et de la tribune, ils ont pu demeurer aveu-

QUESTION dWpORTUNITÉ. 4*

gles et âourds; à ceux qui craindraient de les surprendre , en leur annonçant des mesures inattendues pour la suppression de l'esdavage; à ceux-là je dirai : « Ayez au moins la bonne foi d'imiter vous-même l'exemple que vous nous engagez à suivre. Vous vantez la prudence de l'Angleterre, qui a fait précéder d'un bill de résolution , le bill par lequel la résolution est appliquée. Hé bien ! faites comme eUe. Présentez une déclaration de principes ; ou, si vous craignez que nos usages parlenoiientaires ne le permettent pas, insérez, dans le discours du trône ou dans les adresses des chambres, un paragraphe qui annonce l'intention formelle et irrévocable de supprimer l'esdavage dans toutes les colonies françaises. Je crois, pour ma part, qu'il y a beaucoup mieux à faire , et dans l'intérêt delà France, et dans l'intérêt des esclaves, et dans l'intérêt des colons eux-mêmes. Mais à défaut de mesures positives, j'accueillerai vos paroles officielles , comme un progrès véritable dans la question.

L'Angleterre ^ ajoute-r-t-on, a préparé de longue main ses esclaves à la liberté.

Sans doute, on n'entend pas parler ici des esclaves de la Guyane anglaise , dont la grande majorité ne sait ni lire ni écrire ; qui manquent d'églises , même dans des quartiers les plus peuplés ; qui sont obligés de célébrer le service divin dans

4à B8CL4YA6K BT TRAltfi.

les sucreries , et ne le célèbrent pas quand la fabrication du wxcre a lieu« On i^'entend {las parler non plus de la Jamaïque , de la Dominique , de Sainte* Lucie , et des autres îles anglaises , où la même in* curie a été sifipialée et constatée il y a peu de temps, Cest à une seule colonie, à celle d'Antigues, qu'on fait allusion. Là, il est vrai,rinstruction, les sentiments moraux et religieux sont, on peut le dire, universels ; là, un cinquième de la population totale fréquente les écoles, ce qui laisse bien loin en arrière, et la Franœ , et la Prusse , et les pays les plus avancés* Mais , à Antigues, les frères Moraves ont douze ministres et i5,ooo adeptes; mais Au-^ tigues paye i5o,ooofr. chaque année pour rett' tretien de cette mission, qui a fondé autant de temples que d'écoles; mais Antigues est malheU'^ reusemeot une exception, dont Téclat, exclusive^ ment du au zèle religieux d'une société particutière, fiait mieux ressortir la négligence et l'inertie que le gouvernement anglais a apportées dans l'aoeomp^* sèment d'un de ses devoirs les plus essentiels.

S'il est inexact de dire que l'Angleterre ait beau^ coup £iit pour préparer ses esclaves à la liberté, il l'est encore plus de dire que la France n'ait absolu'^ ment rien fait pour les siens.

Trois grands acies ont amené dans nos colonies de nombreux et incontestables progrès.

QUBSTIOtf d'opportunité. 4^

Le premier est rabolitionde la traite (qo*onme paidoDoe de revenir si souvent à ee fait, qai domine toute la question). Depuis que l'introduction des noirs d'Afrique ^ sans cesser entièrement , a rencontré de sérieux obstades, nos esckves ont été pré* serves du contact des mœurs sauvages que les iiou* veaux venus apportaient avec eut. Un autre résultat plus important encore a été obtenu. La vie deô noirs est devenue plus précieuse. De là , tous ce$ adoucis* sements à leur sort , que l'humanité avait en vain rédamés , et que l'intérêt a obtenus sur-le-champ. Et non^seulement leur sort a été adoud ; mais ils sont imtrés jusqu'à un certain point en partage avec leuns maîtres. Beaucoup ont cessé de recevoir d'eux leurs aliments, leurs habits , et ont commencé à se les procurer eux-mêmes, au moyen de leur travail, dans les jours de liberté et sur le terrain dont ils ont reçu la jouissance; beaucoup sont devenus propriétaires d'un petit pécule. Enfin , un pas considérable a été fait vers la vie intelligente de l'homme responsable, qui travaille pour èon propre éompte, et pourvoit à ses propres besoins.

Un progrès non moins important est résulté de la loi du 24 avril i833, qui a établi enfin Yég^ lité absolue entre les hommes de couleur et les tilance. Je ne voudrais, pour preuve des changements opérés dans nos oolonies par k seule (wce

du temps et de la nécessité, que le calme avec lequel a été accueillie et exécutée une mesure, qui seule, en 1793, avait soulevé les deux races L'une contre Tautre. La loi de i833 n'a sans doute pas posé les bases d'une émancipation générale , puisqu'elle a placé dans le domaine de l'ordonnance tout ce qui concerne les affranchissements, laissant ainsi de côté la solution du grand problème , qui ne peut dépendre , quoi qu'en aient dit les colons, que du seul pouvoir législatif. Mais elle a cependant relevé tous les esclaves, en relevant jusqu'au niveau des blancs les esclaves affranchis. Elle a créé ainsi le travail des noirs li^ bres , qui , jusqu'au jour où ils ont été déclarés citoyens français , avaient dû éviter tout ce qui semblait les rapprocher de cette race esclave , avec laquelle on a si longtemps aflfecté de les confondre. Elnfin, une ordonnance récente a facilité les affranchissements, dont le nombre, en èflfet, s'est accru dans une remarquable proportion. Je compte signaler plus loin l'importance des affranchissements volontaires, et la part qu'ils doivent prendre à l'exécution d'une mesure d'émancipation partielle et successive , telle que je la conçois. En ce moment, il me suffira de faire observer que, partout où l'idée du maintien de la servitude domine , les affranchissements sont entravés.

^UEStlON D*OPFOKTl}IllTfi. 4^

Notre ancienne législation en fournit la preuve la plus convaincante; et, à son défaut, on pourrait demander cette preuve au seul peuple qui n'admette aujourd'hui aucune arrière-pensée d'émancipation ; à un peuple dont la terreur et la haine sont singulièrement clairvoyantes, et qui a proscrit tout ce qui pouvait amener, même à pas lents, un résultat dont il s'efiraie; je veux parler des populations de la Virginie , de la Caroline et des autres états du sud de l'Union. Là , l'afiranchissement d'un noir est entouré de tant de formalités et d'entraves , qu'on a vu un père chercher pendant de longues années à rendre libre l'enfant illégitime qu'une esclave lui avait donné, et mourir bourrelé de douleur et de remords, avec cette pensée déchirante, que son fils, après lui, serait vendu à un autre maître, et traînerait dans la servitude la déplorable vie qu'il avait reçue de lui.

Dans les mêmes états , on a compris tout le danger de l'instruction des noirs, et la loi défend de leur apprendre à lire et à écrire. Voilà l'esdavage logique , qui a conscience de lui-même , qui veut se maintenir coûte que coûte, et qui, pour atteindre le but , ne recule pas devant les moyens. Chez nous , Dieu merci , l'institution est encore attaquée de ce côté ; et bien qu'il y ait beaucoup à blâmer dans l'organisation actuelle des ressources

46 ISSCLAVA^^ t^T TtAÎTE.

destinées à féducation religiecito et imirde dea eà^ daves; bien que le gouvernemQiity le» diambi'ea, les consefls coloniaux , aient tous, sur Oe point, des reproches k se £ûre; il est évident que la masse des noirs a reçu une ceJttaine culture» qui» tout in^ complète et iusuflE»anl^ qu'elle serait pour la li^ berté , est incompatible ayec Fesdayage*

On insiste I et on dit \ Sachons attendre , au mçinSi la fin de r expérience anglaise.

Kous avons, en effet» bon nombre d'honmoes en France , si prudents, si ménagers de nos inté<rétSf quils ne consentent k rien entreprendre qisi n ait été dûment expérimenté par les autres peuples , et suitout par l'Angleterreé Giràee au cidi ^ cet esprit de s^esse $t de réserve v!^ pna toajouiss prévalu ; car nous en serioiis encore k guéer les rivières, vojager k cheval > ^^ combattre avec des flèches, en attendant les dénuées perfiadjonnements des pQnte su^ndua^ des tnachinea k va->^ peqr et des cbemins de fer.

De bonn« foi» si apsès lescobnies anglaises ^ les coloAW^ espagnole» , cent fois mieux prëpi^^ a la liberté, tentent k leur tour, oomm» il est ^prohable» uneexp^rtenoeanalogge; ne ânidraMmil pas attendre encore ? Pourra^tton exposer la France dws une roule aussi peu frayée ? Ne &udra^t-il pas étudier ees nouveaux &its, et les mettre

QUSSTION D OPPORTUNITÉ. « 47

à profit ponir éviter ( pevçle heureux i ) le» fiintes de îiQii devanciers?

Et d'ailleurs, qu'appeUe-t-^n la fin de Texpé» rience anglaise? Sera*oe dans trois mois, quand tous les apprentis , non attachés aux cultures, re»* devront leur entière lib^^'té? S«*a-ce dans deux années , quand les aj^rentis ruraux la recevront k leur tour? Mais non. On nous dira alors, et avec raison , que Texpériencen est pas complète; que si le bon ordre règne, il faut Tattribuer aux précaution de la métropole, qui partout a doublé les garnisons; que , si le travail est maintenu sur quelques points , il faut Tatlribuer à la force d'une habitude dont le temps seul peut triompher; que si d'autres cultures sont abandonnées , il faut l'attribuer à la première efiervescence de la liberté. Qn 0OUS dira, qu'ayant tant fait que d'attendre, il Ëiut attendre encore , pour s'assurer de la situation définitive où se trouveront les nouveaux libres et les anciens maîtres. Et cela sera évident. Oui , c'est senooquer que de jet^ dans la discussion des mots aussi vides de sens que ceux-ci : La fin de texpé^ rience anglaise. C'est se moquer, que d'assigner à notre juste impatience tm terme aussi incertain , aussi ridiculement indéterminé que celui-là.

ie vais' plus loin. Je n'accepte pas, pour ma part , l'autorité (fe eette expérience. Je l'ai déjà

dédaré , et je rétablirai plus loin avec <]udque dé^ tail; r Angleterre n'a rien fait pour ménager la transition de l'esclavage à la liberté. Si elle a déployé une noblesse, une générosité d'intentions auxquelles j ai dû rendre un hommage sans réserve ; elle s'est montrée imprudente dans la rédaction de son bill , négligente dans son exécution. Sans croire à un insuccès absolu, je crois qu'une souffrance assez générale résultera de cette grande mesure ; et il m'est permis de récuser une expé^ rieuce dont je n'admets nullement les bases. Il m'est permis de dire qu elle ne peut rien prouver contre le mode d'affranchissement que je propose, et qui , plus lent que l'émancipation anglaise , est entouré de toutes les garanties qui manquent à celle-ci.

Mais j'arrive à une considération plus grave. Le seul résultat de l'expérience anglaise; c'est la li^ berté de tous les esclaves qui habitent les possessions de la Grande-Bretagne. Un jour viendra, un jour solennel, où les derniers vestiges de la servitude seront abolis dans toutes les colonies. Le 1*" août 1840 , un coup de cauon sera tiré à la Jamaïque et répété à Sainte-Lucie, à la Dominique, à Saint-Christophe. Ne craignez-vous pas qu'on ne l'entende à la Martinique et à la Guadeloupe ? Regardez autour de vous; vous allez vous trouver

QUESTION d'opportunité. ^q

enserrés dans un cercle immense de liberté. Vous y toucherez de toutes parts. Cherchez autour de vous sur rOcéan. Ici, ce sont les îles anglaises; là, c'est Haïti libre; plus loin , ce sont Cuba et Porto- Riccoplus avancés que vous, et à la veille de l'afc franchissement. Jetez les yeux sur le continent. Là encore la contagion vous enveloppe et vous poursuit. Votre Guyane touche à la Guyane anglaise; le P^ou, le ChiH, Buenos-Aires, laColombie, Guatimala, toute l'Amérique méridionale enfin, secoue l'esclavage; le Mexique l'a aboli, et la servitude des états du sud de l'Union est plus menaçante pour vous que la liberté des autres peuples. Ah l si vous-mêmes, dès à présent, vous nous déclarez que la lime du temps a rongé les fers de vos esclaves , qu'ils ne tiennent plus qu'à un fil • que le plus léger eflfort de leur part peut le rompre ( I ); si Taspect lointain de l'apprentissage anglais suffit déjà pour vous enlever vos noirs; s'ils fuient par centaines sur ces îles à moitié libres où vous les réclameriez en vain; si vos conseils sont obligés de doubler la garde des côtes; si enfin, la servitude s'échappe de chez vous par tous les pores , et menace de faire explo-

(0 Pétition d'un propriétaire d'esclaves à la Chambre des Députés, i836.

5o ^ ESCLAVAGE ET TKAITE.

sioD ; hâtez*yous , je vous en supplie , dans votre propre intérêt ; hàtez-vous d'ouvrir cette soupape, qui seule peut prévenir votre ruine. Reconnaissez qu'il n'est pas seulement opportun , mais nécespire, mais urgent, de poser des bases d'émancipation. Mettez à proGt cette heure marquée par la Providence , cette heure fatale qui sépare seule les concessions volontaires des concessions forcées; et souvenez-vous de ces belles paroles d'un orateur qui, dans là dernière discussion de la chambre, a su se maintenir à la hauteur de la question : « Les idées prennent leur niveau comme l'Océan. )>

Page 1