CHAPITRE IV
Intérêt de la France dans la question , comme puinance marrtime et commerciale.
C'ïST ici le grand argument des adversaires de l'émancipation . Us nous accusent , nous ses partisans , de répéter le mot fameux : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! >* Et les colonies, ajoutent- ils, sont à la fois pour la France une source importante de revenus, une des branches les plus riches de son commerce extérieur, une admirable position militaire, et la base indispensable de sa puissance maritime.
Alors même que tout cela serait aussi vrai que cela l'est peu (et la démonstration ne se fera pas attendre) , je n'hésiterais pas à accepter hardiment l'accusation; et je me ferais fort de prouver sans peine, l'histoire <x>ntemporaine à la main, qu'il n'y a pas de branche de revenu , de position militaire ou maritime qu'on n'achète trop cher, au pTÎx d'un principe; que les intérêts politiques et matériels des nations ne sont pas les derniers à
souffrir de ces sacriGces qu'on leur fait; et que, sans parler ici de morale ou même de dignité, on se repent vite d'avoir ôté aux peuples leur foi en la vérité et la justice. Oui, je ne craindrais pas de répéter hautement : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe. »
Mais je voudrais qu on me fit comprendre pourquoi les colonies , qui devaient périr par la suppression de la traite , doivent périr encore par la suppression de l'esclavage.
Serait-ce que la culture de la canne à sucre ne pourra s'y conserver? Je sais que cette culture , odieuse aux nègres , ne survivra pas dans les îles anglaises à l'expiration de l'apprentissage; et, sans admettre qu'une émancipation graduelle et sagement préparée doive amener les mêmes résultats qu'une mesure brusque et imprudente , je veux bien que la production du sucre puisse se ressentir, dans nos îles aussi, de l'afiranchissement des noirs. Je ccmnais toute l'importance de cette production, qui, dans nos trois colonies des Antilles, couvre à elle seule 40^000 hectares sur 94,000; c'est-à-dire près de la moitié des terrains livrés à la culture.
A présent, je demanderai à nos contradicteurs, s'ils connaissent un moyen d'empêcher que la production du sucre ne disparaisse de nos colonies;