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s'ils espèrent sérieusement qu elles puissent lutter contre le sucre indigène , qui déjà s'est emparé du marché français , et dont il n est ni dans la volonté ni dans la puissance du gouvernement et des chambres de réprimer jamais les progrès.
La fabrication du sucre indigène. Voilà un fait inimense, dont les partisans de l'émancipation sont fort itinocents, mais dont la portée doit être évidente pour tous les esprits. Oui, la France sera bientôt entièrement fermée aux sucres des colonies ; et n'est-ce pas dire qu'elles ne réclameront point en vain la liberté de les transporter ailleurs? n'est-ce pas dire que le système colonial tout entier est frappé à mort, et disparaîtra bientôt pour toujours ?
Ce système ne périt donc point de la main des abolitionistes. Il n'était pas inutile de le prouver j de balayer une fois pour toutes cet épouvantail, qui , placé à l'entrée de la question , empêche qu'on ne l'examine en elle-même et de sangfroid.
Mais, quand il serait vrai que l'émancipation des nègres pût entrer pour quelque chose dans ce grand changement commercial qui se prépare, que tout le monde sent venir, et qu'il n'est au pouvoir de personne d'empêcher ; quand il serait vrai en outre que la suppression du système colonial
entraînât nécessairement la perte de nos colonies^ il serait aisé de montrer que la responsabilité n'est pas assez lourde pour qu'on s'en effitiie, et que nos colonies ne sont rien moins que ce qu'on prétend.
Et d'abord y sonC-dles une source de revenu?
Je comprendrais difficilement que cette source fut bien aboadante, par une première raison , qui toute simple qu'elle est , n'est pas inutile à donner; je veux parler du. petit nombre et de la faible étendue de nos colonies. On a tant parlé, et avec tant d'emphase , du régime colonial ; on a fait des colonies la base prétendue de tant de^ graves intérêts; on leur a si souvent demandé compte de notre commerce, de notre richesse, de notre puissance; qu'on est tenté d'oublier leur exiguité , et de se figurer qu'elles occupent en effet une place assez respectable sur les cartes de géographie.
Délrompons-nous à cet égard.
La France a possédé des territoires assez étendus dans les deux Indes; mais chaque guerre en a emporté un lambeau. La guerre de la Succession d'Espagne lui a coûté le Canada, Terre-Neuve, FAcadie, la baie d'Hudson. Il fallait bien , malgré la belle protestation de Villars , payer aux Anglais , à Utrecht , leurs victoires
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d'Hodistaedt, de Ramillies et de Malplaquet. La guerre de Sept-Ans nous a coûté la Louisiane. Les troublesde la révolution nousont enlevé Saint- Domingue; lesj^uerres contre l'Europe nous ont coûté Sainte-Luae^ Tabago , les Séchelles et Tllede-Francc.
Il ne nous reste aujourd'hui que TIle-Bourbon ^ la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane française, qui représentent une population totale de 371,000 âmes, en y comprenant les blancs et les noirs , les hommes libres et les esclaves. Voilà tout; car je ne dois citer ici ni les annexes de la Guaddioupe, qui sont Marie-Galante, Désirade, les Saintes, et la partie française de Saint-Martin ;. ni les pêcheries de Saint-Pierre et de Miquelon ; ni les simples comptoirs ; c'est-à-dire, le Sénégal , les établissements de Madagascar, Pondichéry et Karikal sur la côte de Coromandel , Mahé sur la côte de Malabar, Yanaon sur la côté d'Orixa, GhandernagiH* au Bengale. Ces noms peuvent enfler une liste, et lui donner une apparence im* posante. Ils représentent si peu des colonies véritables , que les lois relatives aux colonies ne leur sont point appliquées, et n'en font même pas mention.
N'importe. Je veux bien admettre pour un moment, que ces quatre petits coins de terre dont je
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m'occupe, procurent à la France un revenu hors de proportion avec leur faible étendue. MaispouYOns-nous oublier à quel prix nous lavons obtenu? ^
Je passe sous silence, et l'extermination des in» digènesy qui partout a marqué la fondation des colonies , et ces flots de sang européen versé pour les conserver, et ces sacrifices d'hommes et d'argent nécessités par leur gard^, et ces crimes innombrables qu'elles ont provoqués,, en donnant naissiance à la traite et à l'esclavage. Non, il ne s'agit ici que de bénéfices commerciaux, et je ne veux parler, moi aussi, que des souffrances du commerce, que des entraves que l'existence des colonies hii a imposées, que des pertes sans nombre qu'ont supportées depuis leur fondation les producteurs, les consommateurs et les marchands des lies et de la métropole. Je demande que , laissant de côté les questions d'humanité et de morale , on se renferme dans une aride question de profits et pertes , et que l'on compare aux prétendus revenus de nos îles les désastreuses conséquences d'un système qui subsiste encore, et dont je vais rapidement énumérer les principales phases, tout en déclarant, pour être complètement exact, qu'il n'a pas été entièrement appliqué à T Ile- Bourbon et à la Guyane , arrivées plus tard que
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la Martinique et la Guadeloupe à Tétat de colonies agricoles.
La première phase est marquée par la domination exclusive des compagnies. C'est la plus purement, la plussystématiquementprohibitive et mercantile. On ne se contentait pas , à cette époque, d'interdire aux étrangers tout commerce avec les colonies françaises, ou même toute importation dans le royaume de produits similaires; on firappait de la même interdiction les Français eux* mêmes; et quiconque ne naviguait pas pour le compte des compagnies à privilège, ne pouvait pénétrer sans crime dans les mers de l'Amérique.
Il était impossible d'exprimer plus naïvement la pensée qui fait le fondement du système , et qui lui a imprimé son cachet ; pensée d'exploitation, qui fait des colonies un domaine , et des privilégiés (qu'ils appellent société des Indes ou nation française) des propriétaires armés de tous les droits que la propriété confère : — Du droit d'user et d'abuser.
Ce régime cessa en 1 674» et la faculté de commercer avec les îles fut étendu à tous les Français. Mais il faut voir, dans le règlement du roi du 20 août 1 698 et dans les lettres-patentes d'avril 1 7 1 T , avec quelle rigueur l'exclusion des étrangers
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est maintenue. Que dis-je 7 les Français eux-mêmes ne peuvent transporter ailleurs qu'en France les produits de nos colonies , et l'article ^6 des lettrespatentes est ainsi conçu : « Défendons aux habitants des iles et colonies, et aux négodants du royaume, de transporter desdites iles dans le^ pays étrangers aucune mardiandise du crû des iles françaises. »
Nous suivions alors l'exemple de l'Angleterre , qui avait promulgué en iGSi^ sous le nom d'acte de navigation, sa première loi prohibitive, et qui depuis, a été plus fidèle que nous au système qu'dle avait adopté; puisque, dans l'intérêt de ses productions coloniales , eUe a impitoyablement exclu de son sein toutes les fabrications semblables, telles que le sucre et le tabac.
On ne tarda pas à modifier la sévérité des {urincipes posés en 171 7. L'arrêt du conseil, du 27 janvier 1736, et les lettres^-patentes d'octobre 1727^ introduisirent une exception en faveur de l'Espagne. Il fallait bien faire quelque chose pour un Bourbon. Il fallait bien expier cette guerre déclarée à Philippe Y le lendemain de la mort de Louis XIV; cette guerre, qui prouvait si bien et si vite qu'il y avait encore des Pyrénées, et que tant de sacrifices, tant d'humiliations, tant de revers, une si déplorable fin d'un si grand règne,
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avaient eu pour cause , non l'intérêt de la France , naais la vanité d'une maison.
A la paix de 1763, Id perte de la Louisiane venant s'ajouter à celle du Canada , les Antilles ne se trouvèrent plus suflBsamitient approvisionnées d'objets de première nécessité. Il fallut bien faire encore une large brèche au système prohibitif, en permettant, dans certains ports de nos îles, l'introduction, par navires étrangers, de marchandises déterminées. Cette exception s'est toujours maintenue, et a été reproduite, notamment par les ordonnances des 5 février i8â6 et 2^ avril 1829.
Jusqu'à cette époque, la Guadeloupe était restée dépendante de la Martinique. Ce n'était pas en France ; c'était à la Martinique qu'elle devait tout vendre et tout acheter. La Martinique seule était reconnue par la métropole. La France exploitait la Martinique , qui elle-même exploitait la Guadeloupe ; et ainsi, nous avions des vassaux et des arrière -^vassaux , une colonie de seconde main. Voilà un fait qui , mieux qu'aucun autre peut-être, est de nature à faire comprendre les souffi^nces -qu'a fait naître le régime colonial. Cependant, la Guadeloupe se plaignait depuis longtemps; elle sollicitait une prison plus grande, comme on sollicite la liberté. En 1775, on écouta enfin ses prières, et son indépendance fut reconnue.
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La dernière modification importante a été in-troduite par Tarrét du 3o août 1784. Les États- Unis venaient de faire reconnaître leur indépendance. La France avait pris une part glorieuse à leur lutte contre TAngleterre. La sympathie qui alors unissait les deux peuples se manifestait dans tous leurs actes. La France permit à ses colonies de recevoir certaines marchandises des États-Unis , et de se Ubérer en taflSas et en mélasses.
Telle est rhistoire complète du système colonial; Nous l'avons vu, absolu k son origine , accepter ensuite des exceptions qui diminuaient sa rigueur; nous avons vu son principe ( et c'est mauvais signe) céder, sans cesse du terrain, et n'en regagner jamais.
J'ajouterai une seule réflexion. Quand, par un ré^ gime de monopole, on fait naître des productions artificielles , des industries que tuerait le grand air de la concurrence, il faut au moins avoir la force de leur conserver toujours cette situation exceptionnelle ; car la cessation ou l'interruption d'un tel régime amène des souffrances égales à celles de son établissement. Ceux qui sont sûrs , comme l'Angleterre , de ne jamais perdre leurs colonies ; ceux qui ont comme elle le courage de proscrire toutes les cultures coloniales , ceux-là ont le droit de se donner, à leurs risques et périls, ces plaisirs dis^
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pendieux. Mais i) est cruel et injuste de créer à son profit des industries qui vivent de monopole, sans avoir la force de le leur garantir. Quand je vois nos îles dépérir pendant vingt an*nées sous la domination anglaise , alors que leurs produits n^etaient reçus en Angleterre, comme ailleurs , qu'en payant les droits imposés aux provenances étrangères; quand Je les vois attendre jusqu'en 1822 le rétablissement des droits protecteurs ; quand je vois enfin la fabrication du sucre indigène se développer sur notre sol, et fermer à la principale des productions coloniales , le seul marché que nous leur ayons ouvert , ce marché que nous faisons état de leur conserver par un droit différentiel de 5o p. 100 sur les étrangers ; je me dis que le système , qui n'çst qu'absurde en Angle* terre , est odieux en France , et ne peut pas être maintenu.
<i Mais je vais plus loin , et je soutiens qu'en faisant même abstraction de tant, d'impossibilités , d'injustices et de maux, les colonies n'ont jamais été et n'ont, jamais pu être une source de revenus; et je n'en veux qu'une preuve. Tous les propriétaires de colonies s'y sont ruinés , les compagnies comme les particuliers. Une seule exception semblait protester contre cette destinée générale. Elle vient de disparaître à son tour. Malgré les ressour-
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ces immenses dont elle disposait , malgré letendue de ses privilèges , et la richesse d'une colonie , où cent millions d'indigènes étaient exploités par quel-^ ques marchands , la compagnie anglaise des Indes- Orientales a demandé et obtenu qu'on la délivrât de la jouissance trop onéreuse pour elle de son monopole commerciaL Quant au gouvernaient ^ die l'a conservé, sachant bien que ce n'était pas sur cette entreprise-là qu'elle avait perdu.
Nos compagnies françaises, quoiqu'elles gou-* vemassent aussi , et très-despotiquement , n'cmt pas eu une aussi longue durée. Leurs privilèges étaient assez complets cependant; etlessecours, les encouragements ne leur manquaient pas^ L'une comptait Richelieu au nombre de ses sociétaires ; l'autre recevait de Louis XIV trois bâtiments tout armés pour commencer ses opérations ; toutes na** viguaient seules et en souveraines sur les mers qui avoisinaient leurs possessions. Cependant , toutes ont succombé. Qu'on me permette de tracer en quelques mots cette histoire ; elle est instructive. Laissons encore ici de côté TIle^^Bourbon. Le règne des compagnies était fini , quand elle est arrivée à l'existence de colonie véritable. Cette île , qui avait échappé à Vasco de Gama , et que rencontra cinquante ans plus tard le navigateur Mascarenhas ) n'avait reçu d'autre établissement