INTÉRÊT DE LA FRANCE
pôle aux colonies et des colonies à la métropole ; voilà la pépinière de nos équipages de guerre! voilà la base d'un avenir, qu'on nous accuse de compromettre !
La rougeur me monte au front, quand j'envisage ces pauvretés. Il faut bien , cependant , avoir le courage de sonder nos plaies » si nous voulons les guérir.
Oui, il est vrai (à la bonté du système adopté jusqu'à ce jour) , il est vrai que notre commerce avec les colonies constitue le quart de notre commerce maritime avec le monde entier. Oui , nous marcbons rapidement vers l'beure où ce commerce nous restera seul. Oui, du second rang nous sommes descendus au troisième. Oui , l'interven*^ tion des étrangers dans notre conmierce en concurrence a presque doublé depuis dix années.
Oui, tandis que la Suède transporte elle-même quatre-vingt-seize tonneaux sur cent importés ou exportés chez elle"; tandis que les États-Unis en transportent quatre-vingt-six, rAutriche soixantequinze, la Prusse soixante-treize, l'Angleterre soixante-dix, les Deux-Siciles soixante-dix, les villes anséatiques quarante-buit , le Danemark quarante-sept; la France aujourd'hui, n'en transporte plus que quarante.
Ne dites pas que, si nous sommes exclus de
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toat domménce en ooncufrenoe, il nous restérd du moins la navigation coloniale , et que, pluB notre marine est privée des autres transports, plus il importe de lui réserver celui-là. Ne le dites pas. La France n'accepterait point cette consolation dérisoire. Elle aimerait mieux ne pas avoir de marine j que d'en avoir une repoussée par tous les peuples étrangers , repoussée par ses propres négociants , quand ils sont libres de dioisir, et imposée, de par la loi, comme un inconvénient, comnoe une charge, comme «me aggravatioù dernière d'une situation déjà déplorable, à qudqoes milliers de producteurs coloniaux.
J'ai le droit de conclure^ que notre navigation privilégiée , insignifiante en elle-même, a été inu^ tile au développement de notre commerce mari*^ tinte, puisqu'elle compte, elle chétive, pour un quart de ce commerce* Irai-je jusqu'à prétendre qu'elle lui a été fuiaeste , et que notre rapide déca«* dence doit lui être attnbuée ? JTauiai la modéra^ tion de ne pas le Ëiire ; de ne pas demander ocnaipCfi au monopole, de l'ineitîe «m nous sommes reistés jusqu'ici , de ne pas &ire sentir à <|ael point la certkude d'exécuter seuls, chèi«ment 'Oa non, bien tm mal, unoertain genre d'^opërations^ estpnopre à engourdir des esprits aussi peu portés que les nôtres «ux aventures eommenciales*
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Ma» je désire indiquer les causes de cette cberté, si ioconcevable , qu'au premier abord od est tenté de se demander si nos matelots sont moins grands , moins forts , moins intelligents ou moins adroits que ceux des autres nations. On ne l'expliquera plus sans doute par les prindpes de prudence et d'humanité que nos règlements seuls auraient la gloire de ne pas fouler aux pieds. On ne nous dira plus que, si nous naviguons plus chèrement que les autres peuples, nous avons la consolation de compter, proportion gardée , un nombre \n&* niment moindre de naufrages. Les éloges ont cessé d'être de mise, depuis que M. Charles Dupin a apporté d'inexorables chiiEres à la tribune de la chambre des pairs. Tout le monde sait aujourd'hui que, sur cent mille tonneaux, les Étaf>-Unis en perdent sept cent quatre^ingt-onze, et la France deux miUe sept cent soixante -trois, jius du trijde.
Si nos règlements n'ont pas protégé la vie des hommes , ils ont aocni bien inutilement les dépenses de noire navigation marchande. On s'accorde à le reconnaître; les équipages exigés, les étate-majors surtout, sont beaucoup trop considérables. Il ne suffit pas de le reconnaître* H £iut agir, et agir prûmptement ; car le mal iait d'incontestables progrès , et biemâc il ne sera plqs tenopa
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de détourner au profit de notre navigation en cOn^" currence, ces efforts que le gouvernement s'obstine à concentrer en pure perte sur la conservation de notre navigation coloniale.
Le vice que je viens de signaler n'est pas le seuL S'il est évidentquelenombredeshommesemployés sur chacun de nos vaisseaux est trop considérable^ il est plus évident encore que ces vaisseaux ont eux-mêmes une capacité beaucoup trop faible. Si chaque homme d'équipage porte aux Etats-Unis dix-neuf tonneaux^ en Angleterre dix*huit , et en France douze seulement ; il est également vrai que la capacité moyenne des chargements , qui s'élève à cent quarante-^deux tonneaux pour les navires étrangers, ne dépasse pas soixante -quinze tonneaux pour les nôtres.
Et il n'est pas inutile de remarquer que ces deux faits sont intimement unis; qu'ils marchent l'un avec l'autre , comme une cause et sa conséquence immédiate.
Ainsi , prenez en France tous les genres de navigations ; ne négligez que les grandes pêches ^ qui exigent des équipages particuliers et disproportionnés aux chargements; vous verrez la navigation coloniale , dont les chargements moyens s'élèvent à deux cent cinquante-huit tonneaux, porter aussi dix^neuf tonneaux par homme
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d'équipage ; la navigation de cabotage d*une mer à l'autre , dont les chargements moyens s'élèvent à cent trente-deux tonneaux , porter quinze tonneaux par homme; la navigation en concurrence, dont les chargements s'élèvent à quatre-vingt-un ton* neaux, porter dix tonneaux par homme; enfin la navigation de cabotage dans la même mer, dont les chargements ne s'élèvent qu'à trente-trois ton** neaux, ne porter que huit tonneaux par homme.
Je ne me harsarderai pas à dire , jusqu'à quel point la puissance réglementaire , dont on a tant sl)usé dans d'autres cas, pourrait intervenir utile^ ment dans celui-ci, et faire pour les autre& navigations ce qu'elle a déjà fait avec succès pour la navigation coloniale. Il me suffît d'avoir appelé , rar les deux vices essentiels de notre marine , l'attention du gouvernement et celle du commerce , dont les intérêts sont compromis. Il m'a suffi de leur montrer à la fois, et l'impuissance des colonies pour nous donner une marine , et l'efficacité que pourrait avoir la réforme de nos usages et de nos règlements sur la madère*
S'il est faux que la puissance maritime naisse de la possession des colonies , il est très-vrai que la possession des colonies résulte habituellement de la puissance maritime; il est très-vrai que les colo» nies ne peuvent être conservées que par un peuple
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qui itoaiine en souverain sur les mers. Et c est ici la seule réponse que je croie devoir faire à ceux qui voient dans nos colonies de fortes positions milîtaîpesk
Qu ils parcourent Thistoire du dernier siècle ; ik y verremila perte de nos îles marquer, avec une régularité effrayante, le commencement de toutes nosguerres. En 1 769 , les Anglais s'en emparent , et les gardent jusqu'à la paix qui termine la guerre deSe{M;-Âns.En 1794^ ils rentrent en possession, et y demeurent jusqu'à la paix d'Amiens. En 1809^ ils s'installent de nouveau , et restent les maîtres jusqu'à la paix de Paris. Enfin , en 181 5 , ils font encore valoir sur nos îles ce droit qu'ils n'ont pas^ laissé prescrire, de les garder pendant la guerre, à k diarge de les rendre^ en partie du moins, après ta conclusion de la paix.
Certes , je suis autorisé à dire de nos coloniesee que je disais, il y a quatre ans (et j'en suis fier), de notre possession d'Alger : quand les avantages maritinies et commerciaux , dont on parle tant y seraient aussi démontrés qu'ils le sont peu , une seule considération devrait suffire pour empêcher la GOi^tinuation de nos sacrifiâmes ; c'est la certitude qu'ils profiteront à d'autres, et qu'au premier coup de canon , Alger cessera de nous appartenir.
Quelque profonde que fût ma conviction à cette
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époque, j'étais lom de croire que les éyénementa cluasçnt Tenir la jmtifîer si compléteti^nt et si vite; j'étais loin de croire que, quatre ans à peine écou^ 1é3, uow aurions cinquante mille hommes dan»
FAIgérie; que nous j occuperions des postes aussi excentriques que Constantine,et que noua serions à la veilh d'accepter la proposition ironique dn gé^ n^ral habile qui, après avoir commandé glorieux cernent en Afrique , dédarait à son retour qu'il se portait garant du succès, si on lui donnait cent xtàlin hommes et cent années !
Quand les choses en sont là, la question est ju^ gée pour tout le monde* On peut encore ne pas nvoueràla tribune ce qn^on pense dans son cabineti €8 qu on répète dans son salon. On peut avoir une opinion pouT ses amis , une autre pour le public: Mais au fond, personne ne suppose que la France puisse laisser cinquante ou cent mille hommes de ses meilleures troupes de l'autre côté de la Méditerranée , quand elle aura à vider en Europe une querelle sérieuse. Personne n'oserait le conseiller dans l'occasion , elle terme d'une entreprise insensée et stérile, que nous n'avons eu ni le coui:age d'abandonner, ni le courage de restreindre ; ce terme est marqué pour les esprits les moins clairvoyants.
J'aurais pu me contenter de faire valoir pour
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tes colonies un argument semblable ; mais j^ar Touki ne laisser planer aucun doute sur cette^ graye question : Les intérêts maritimes , commerciaux ou militaires de k France peuyent^ib être compromis par l'abolition de Fesclayage ?
J'ai montré, d'une part, que la conservatioli des colonies n'assurait à la France ni une source d& revenus j. ni une position militaire , ni un élément essentiel de supériorité navale. J'ai montré, d'autre part, que la perte des colonies elles-mêmes n'était pas le corollaire indispensable de la suppression du régime colonial. J'ai montré enfin que ce régime, également cméreux aujourd'hui pour les colonies et pour la métropole, était frappé de mort par une cause spéciale, et parfaitement étrangère au grand changement que je sollicite avec ardeur.
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