‹ Esclavage et traite: (volume 2)Chapitre 19 sur 24 · INTÉRÊT DBS COLONS. ICI · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DBS COLONS. ICI

telle , qu'on ne peut espérer aucun résultat sérieux. La société américaine de colonisation est-dle sin* cère dans l'intérêt qu'elle témoigne aux esdaves? J'ai déjà dit quel, motif de douter je trouvais dans sa composition même, dans les noms et dans la conduite de ses chefs. Cependant je ne regrette pas , tant s'en faut , que trois ou quatre mille noirs aient échappé à ces tortures morales et physiques, que les préjugés anglo-américains leur réservaient; et que libéria , avec son gouvernement représentatif, ses jurés, ses prêtres, ses journaux, ait donné au monde un nouvel exemple de l'esprit d^ordre et d'oi^anisation dont la race noire est câpaUe. Je maintiens seulement qu'il serait ahsurde de tenter dans nos colonies cette entreprise, dont les effets sont demeurés insensibles pour les États -- Unis » quoique son principe s'appliquât à merveille au mal qui presse et menace la société américaine. Non , ce n'est pas sérieusement qu'on à proposé , dans le sein de la commission d'Alger , de transporter sur les côtes de la régence, des nègres de nos colonies. Personne n'a pensé qu'on pût, par de semblables moyens , trop dispendieux pour être appliqués en grand, changer la situation respec* tive des deux races dans nos Antilles.

J'aimerais mieux l'opération inverse , celle que tentent en ce moment toutes les colonies anglaises^

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riaqportatîiMi deft oarriers Mancs. Je l'âp|)TOtive pour deux raisons : d'abord, parce que je stn^ certain de SOD impaîssance à modifier les rapports Bimiévkjues des. noirs et des blancs; eAsnite, parce (|U€ rien n'est plus propre à développer le tratail des noîrs Kbres, que l'exemple des blancs qui fravaiHenl conrane eux. Par ce seul fait, le travail cesse d'être , ce qu'il * été jusqu'ici , f attribut excluait d'une race, et l'un des ôgnes caractéristiques de l'esdavi^. Panr^là, il est relevé de eette flétrissùne morale, qui cootribue, autant que la nonchalance naturelle aux penple» du Midi , à entretenir Foi^veté des honames de couleur.

Si je ne pense pas que cette tentative ait des résultats asses importants pour accroître sensible^ ment la population blanche, ce n'est pas que je doute de la posrâbitité d'appliquer hs ouvriers eun^iéens aux travaux, dont on avait cru jusqu'ici que les nègres seuls étaient capables. H est bien reconnu aujounThni, qu'avec certaines précautions, les blancs peuvent travaiSbr sous le soleil des Angles; et, en effet, pendant que les colons de la Trinité cherchent à comUer, en louant dtes pions de Ift côte ferme espagnole, le vide causé par le relâchement général des travaux qui a suivi la promulgation du bîH; pendant qu'un ordre du conseil^ en date du 1 2 juillet 1837, autorise l'intro-

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ductîoD dans la Gu jaûe anglaise de naturels des Indes-OriéBlales engagés pour cinq ans; pendant qu'iine maison s'établit à Londres dans le seul but de ptDcurer aul colonies les ouvriers blancsqu^elles peuvent désirer; pendant qu'à la Jamaïque , on encourage {rir une prtrnè de 1 5 Mvres sterfing , Fimportation des ouvriers blancs; peiklant qu'on y "TOUâ une somme de 5,doo liVres sterl., destinée h fonder, pour les recevoir, une ville nouveile, dans diBCun des conotés de File ; l'expérience est déjà Aeeomplie aùt plusieurs points. Des Européens en^ gagés pom* un teiîips fixé, et venus de Madère , de Fayal, d'frlaiidë , d'Angleterre, d'Alfetnaghe, trûrdSllêtit dès ëujourd'bui dâiis plusieurs des €ol6nies anglaises à la culture du sucre, et surtout à celle du café. La possibilité d^employer des blancs n'est donc plus une simple présomption ; die est pa^ iaîtetiSfeiit constatée.

Mais je ne pense pas ^ue iiôs colotiâ préfèrent en général Mte venir de loin ^ et à grande frais , ées otïvrier^ moins habitués au climat ; quand ils ont k leur disposition vm nombre plù^ que suffi^ntdè nègres. Jèc^oncevrais, k la rigueur, tapplicationdë œ système dans les colonies anglaise^ , où Fémdndpatîon, naal préparée , compromettra probaMe^ ment les ti'avaux ; et encore, aurais -je de }a peine h compl?endre comment des cultures, accomplies

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pardes moyens si extraordinaires etsi dispendieux pourraient produire à un prix raisonnable. Dans les îles françaises, raffiranchissement successif et sagement préparé, sera loin de restreindre le nombre et l'activité des travailleurs. D n'est donc pas naturel de supposer que l'importation des Mancs prenne jamais, chez nous, beaucoup plus de développement, que n'en recevra, je l'espère, l'exportation des noirs.

Au reste, il est impossible, selon moi, de ne pas être frappé de ce qu'il y a d'admirable, de providentiel dans cette fondation de royaumes noirs aux Antilles; et de ne point bénir Dieu, de ce qu'il n'a pas permis à la main des hommes d'altérer ces dispensations visibles de sa sagesse.

Oui, il est hem que l'Européen conserva sa fortune, qu'il soit indemnisé de toutes ses pertes, même de la perte d'un droit odieux. H est boa que le nègre libre qui le remplacera achète à prix d'or l'héritage qu'il a si longtemps baigné de ses sueurs. Il est bon que cette révolution soit lente, progressive, pacifique, volontaire des deux côtés; mais il estbon aussi, il est beau, que le noir, importé parla cupidité et la violence, reste le maître de ces îles où on avait cru l'emprisonner. H est beau de voir la puissance divine transformer ainsi en bienfaits les crimes mêmes des hommes. Il y a là une expia-

INTERET DES COLONS. lo5

tion solennelle, dont tout cœur noble sera touché ; et nous serons heureux de pouvoir dire un jour : •De l'esclavage, de l'exploitation de l'homme par l'homme , des calculs de l'avarice et de la cruautéi il n'est resté qu'une seule chose , la civihsation d'un peuple sauvage , la conversion de millions d'âmes au christianisme 9 la fondation de nouveaux empires entre le nouveau monde et l'ancien !

Ce n'est pas tout. Cette crise, qui menace les états du sud de l'Union ; cette crise, dont j'ai tant parlé y parce qu'il est impossible de ne point y penser sans cesse ; elle éclatera un jour. Déjà, mille symptômes efiayants l'annoncent. La violence des passions trahit des craintes qui ne sont pas toutes illégitimes. Cet esclavage enfermé dans sept ou huit états, et qui ne peut plus en sortir ; car, malgré l'admission récente del'Arkansas , il est évident que l'Union américaine cherchera à resserrer sans cesse la sphère funeste où il lui est permis de vivre encore; cet esclavage , qui ne peut trouver asile dans aucun des pays voisins, tous libres ou à la veille de l'être, ne finira-t-il pas par briser ses entraves? Ne senton pas déjà que la servitude cherche à s'échapper du cercle fatal qui la circonscrit; et les pertes d'esclaves fugitifs, et ces milliers d'afiranchissements de la Virginie, qu'il a fallu restreindre par une loi , tout ne trahit-il pas un malaise croissant?

106 B8CI.AYA6B BT TBAITE.

La lutte cpii aengagera ne sera^^t-eBe poûil ime lutte à mort ^ une lutte d' eziarmmatkm ; ek ks royaumes dcdrs des AnCille» ne sont pas là, tout exprès, pout offiif UD refuge à h race proscrite , et épargaer aux UaticstNea des crimes et des pâila? Ainsi , pour ceux qui le r^ardent de kaut , tout se tient^ tout se lie d«is le gouvememeni de oe monde ; ime grande infartune se prépm«, etdé}à l'asile est ouyert , et les Boks afitandiid de Tarèhipel du Yent , tendent les bras aux noirs de laCa* roUne et de k Virginie !

BASBS aàSÈRALBS. IO7

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