ÉTAT DE LA QUESTION EN FRANCE
suppression delà traite; puis, l'admission solennelle du principe d'émancipation ; enfin, l'abolition réelle de l'esclavage. Et pendant ce temps , la Grande- Bretagne entreprend au dehors une noble propagande. Elle inscrit son principe dans les traités; elle relève sa victoire par l'usage qu'elle en sait faire.
La France , il m'est cruel de le dire , n'a pas suivi la même voie. Je voudrais pouvoir louer ici la suppression de l'esclavage décrétée en l'an II. Mais comment ne pas se rappeler que ce décret n'a été précédé, préparé par aucune autre mesure? Comment penser qu'il fût le résultat d'une conviction sérieuse et raisonnée , quand on voit la convention, quelques jours auparavant , s'occuper d'établir l'égalité entre les blancs et les hommes de couleur , et ne pas dire un mot de l'affranchissement des esclaves ? Comment oublier , qu'au moment où la France donnait la liberté aux nègres des colonies , ces colonies cessaient presque toutes de lui appartenir? Comment oubher, que le décret n'a été qu'une sanction donnée , après coup , à l'affranchissement général que les commissaires de la convention avaient été forcés de proclamer k Saint-Domingue?...
Mais, ce que je voudrais surtout pouvoir taire, c'est que l'esclavage, aboli précipitamment, a été
(i ESCLAVAGE ET TRAITE.
rétabli avec calme et maturité ! Oui , il existe une loi de i8o2 , une loi rendue au commencement de ce siècle , il y a trente-six ans , une loi antérieure de quelques années à peine à la première des grandes mesures que l'Angleterre a adoptées ; et cette loi rétablit l'esclavage; cette loi rétablit la traite ! Nos enfants ne voudront pas le croire.
Il faut qu'ils le sachent cependant. On a eu soin de promulguer la loi qui rétablit la traite , le jour même de la promulgation du traité d'Amiens , pour qu'il fût dit que si la France n'avait pas vaincu à Marengo , cet infâme commerce n'aurait pas été remis en honneur; de même qu'on a dit depuis que, si elle avait vaincu à Waterloo, la France n'en aurait pas subi la suppression.
Et depuis le traité de i8i5 , qu'avons-nous fait? Trop peu. Si la législation a reçu quelques modifications heureuses que je signalerai plus loin ; si la force des choses a introduit quelques adoucissements dans le sort des esclaves français ; si quelques voix généreuses se sont élevées ; si quelques associations utiles ont travaillé, avec une activité trop souvent interrompue , à éclairer l'opinion publique sur ce grave sujet ; il n'en est pas moins vrai que la cognée n'a pas encore été mise à la racine de l'arbre, qu'aucune résolution eflicace n'est annoncée , qu'on n'a pas même envoyé sur les lieux des