I Cor., XII
76 ESCLAVES, SEKFS, MAINMOKT ALLES.
serez frappé de la respectueuse condescendance avec laquelle ils mettent l’enseignement : évangélique à la portée des plus humbles. « Je ne m’inquiète pas de la domination ou de la servitude, dit ce dernier Père, je m’inquiète seulement de l’âme, n Cette égalité devant la chaire de vérité, devant l’autel du sacrifice, devant la table sainte, « qui est la même, dit saint Jean Chrysostome, pour le riche et le pauvre, l’esclave et le libre, ?? était déjà une grande leçon donnée au monde ; mais il y avait plus : quelquefois, dans la maison de Dieu, les situations étaient renversées, l’esclave se trouvait préféré au maître. Cela arrivait quand celui-ci était encore catéchumène, tandis que l’esclave était déjà baptisé. Dans ce cas, le maître sortait de l’assemblée après l’audition de la parole sainte, mais avant la célébration du sacrifice. « Voyez, dit saint Jean Chrysostome, le maître sortant de l’église et le serviteur fidèle approchant des saints mystères, la maîtresse se retirant pendant que son esclave demeure, w Quelquefois cette distinction était plus frappante encore : c’était quand le maître, s’étant rendu coupable de quelque crime, avait été condamné par l’Église à la pénitence publique. Il restait alors de longs mois, quelquefois de longues années, à la porte du temple, pendant qu’on y célébrait les saints mystères : il devait implorer les prières de tous les fidèles qui passaient devant lui, recourir à l’intercession de son
LA SOCIÉTÉ CHEÉTIENNE.
propre esclave francliissant le seuil sacré. Il disait, comme l’empereur Tliéodose condamné par saint Ambroise à la pénitence : « L’église de Dieu est ouverte aux esclaves et aux mendiants, et ils j entrent à toute heure pour prier le Seigneur ; mais à moi l’église est fermée, et avec elle la porte du ciel. »
Un usage touchant existait dans la primitive Église : après la célébration du saint sacrifice, les assistants se réunissaient autour d’une table commune, dans la douce familiarité d’un repas fraternel, Vagape. Ici encore l’esclave prenait place à côté de son maître, fût-il un sénateur ou un consul ; et que de fois l’esclave avait été l’instrument de la conversion de son maître, ou le maître l’apôtre de son esclave ! L’Église primitive, par la bouche de saint Paul, puis de saint Ignace, recommande aux esclaves de ne pas s’enorgueillir de cette fraternité nouvelle. “ Tel avait été le progrès, dit M. de Champagny, que les esclaves avaient besoin de recevoir des leçons de modestie (1). »
Ils en avaient surtout besoin quand ils contemplaient debout devant l’autel ou assis dans la chaire du pontife un des leurs, qui portait hier encore les livrées de la servitude. L’Église élevait sans répugnance des esclaves à la dignité sacerdotale : elle exigeait seulement que leurs maîtres les eussent affranchis auparavant. Cette règle, à laquelle il fut très