Les AntoninSj t. lÉ P
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souvent dérogé, ne s’appliquait probablement qu’aux maîtres cbrétiens : il ne paraît point douteux que les esclaves des païens aient été fréquemment admis aux ordres sacrés à l’insu de leurs maîtres, afin d’exercer dans leurs maisons cet apostolat intime qui est une des choses les plus touchantes du christianisme primitif, et d’y diriger dans le secret ces “ églises domestiques » dont parle saint Paul. Le nombre des diacres, des prêtres, des évêques sortis de l’esclavage dans les premiers siècles est incalculable : saint Calliste, ancien esclave, s’assit, au troisièmesiècle, sur la chaire de Saint-Pierre.
Quel changement dans la condition des esclaves l A Eome, le plus souvent, selon le mot de Tacite, « ils n’avaient pas de religion ou n’avaient que des religions étrangères, seul souvenir conservé de leur pays natal : même s’ils adoraient les dieux de leurs maîtres, ils étaient exclus des grandes solennités du culte national. Dans la Kome nouvelle,, toutes les sources de la vie religieuse leur sont ouvertes, toutes les dignités, tous les sacerdoces leur sont offerts : des enchaînés de la veille peuvent recevoir, sans étonner personne, le redoutable pouvoir de lier et de délier les âmes. Fallût-il, pour assurer à l’esclave l’accès d’un sacrement, entrer en lutte avec la société civile, l’Église primitive n’hésitera pas : elle soulèvera et tranchera souverainement le conflit.: C’est ce qui eut lieu pour la question du mariage.
LA SOCIÉTÉ CHEÉTIENNE.
Le droit romain ne reconnaît pas le mariage de l’esclave : l’Église lui accorde le sacrement de mariage comme tous les sacrements. Les Constitutions apostoliques font un devoir aux maîtres chrétiens de procurer à leurs esclaves le moyen de « se marier légitimement. » Par le sacrement de mariage, un droit naît donc pour l’esclave : même dans la maison de leur maître, « les esclaves, dit saint Jean Chrysostome, ont pouvoir sur leurs épouses. » Séparer deux esclaves mariés devient, selon l’expression d’un pape, « un crime énorme, » tantum nef as. Les lois antiques ont dit que les esclaves ne pouvaient être déshonorées, qu’avec elles il n’y avait pas d’adultère : au contraire, la morale chrétienne proclame bien haut la sainteté du foyer des esclaves et le caractère inviolable du lien qui les unit. “ Que vous ayez séduit une reine, dit saint Jean Chrysostome, ou que vous ayez séduit votre esclave, qui a un mari, c’est un crime semblable. Ceci et cela est un adultère, parce que ceci et cela est un vrai mariage. » L’Église primitive va plus loin : elle consacre l’union de deux époux dont l’un est libre et l’autre esclave. Elle n’hésite pas à se mettre ainsi en contradiction avec la loi civile, aux yeux de laquelle il n’y avait de vrai mariage qu’entre personnes libres. Le pape saint Calliste, lui-même ancien esclave, rendit, à ce sujet, une décision célèbre. Il s’émut de la situation faite, au troisième siècle, à des chrétiennes de
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famille noble et de rang sénatorial, auxquelles il était difficile de trouver parmi les fidèles un époux de même condition, et qui eussent, en épousant un plébéien, perdu les privilèges attachés à leur naissance. Il leur permit de contracter même avec des esclaves un mariage que la loi civile considérait comme nul. Par ce moyen, il leur rendait possible de sauvegarder leurs privilèges, et en même temps de se marier, devant Dieu et l’Église, avec un chrétien. M. de Rossi a récemment découvert, dans la catacombe de Domitille, le tombeau qu’un esclave ou affranchi, nommé Onésiphore, avait élevé à son épouse, femme cïarissime^ c’est-à-dire de famille sénatoriale, et peut-être descendant de la race impériale des Flaviens (1). lia condescendance du pape Calliste a été vivement attaquée, non seulement par son contemporain et son ennemi, l’auteur des PMloso'plmmena, mais encore par un certain nombre d’historiens modernes (2) : et cependant quel progrès elle consacre ! La main de patricienne mise ainsi, sous les regards de l’Église, dans la main de l’esclave, n’est-ce pas toute une révolution, tout un « miracle, » comme l’avoue M. Renan (3) ? En vain