‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 40 sur 87 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

' LES ESCLAVES MAKTYES

Quelquefois ce spectacle des catacombes offrait •une leçon plus éloquente encore. A certains jours, la foule des cbrétiens j descendait pour célébrer Tanniversaire de quelqu’un des martyrs qui y étaient enterrés. Parfois ce martyr était un esclave. Un cadavre d’esclave brisé par les tortures, que Rome païenne aurait jeté dans un de ces pourrissoirs (puticoli) dont les récentes fouilles de l’Esquilin nous ont révélé les lugubres vestiges (1), avait été relevé

1. Voir Gr. Boissier, Promenades archéologiques^ dans la Revue des Deux Mondxs, 15 avril 1877; p. 775.

LES ESCLAVES MARTYES.

par des mains clirétiennes sur le champ du supplice : on l’avait enveloppé de voiles d’or, parfumé d’encens, transporté dans la catacombe ; et, selon le mot de l’Écriture, « son sépulcre était devenu glorieux. Le monde païen apprenait ainsi que les hommes libres, cette élite à laquelle tout, dans la civilisation antique, était sacrifié, n’étaient pas seuls capables de donner leur vie pour une cause sacrée ; il voyait des femmes, des enfants, des esclaves, arroser d’un sang généreux ses échafauds et ses amphithéâtres.

L’incrédulité moderne elle-même a été frappée des conséquences sociales d’un tel fait. Après avoir raconté la persécution de l’an 64, M. Kenan continue en ces termes : « Ainsi s’ouvrait ce poème extraordinaire du martyre chrétien, cette épopée de l’amphithéâtre, qui va durer deux cent cinquante ans, et dont sortiront l’ennoblissement de la femme, la réhabilitation de l’esclave (1). » Et ailleurs, après avoir reconnu que “ la fréquentation de l’église était la plus parfaite leçon d’égalité religieuse, « le même écrivain ajoute : “ Que dire de l’Eucharistie, du martyre subi en commun ? Du moment que l’esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l’esclavage est bien près de finir. Les sentiments de Blandine et de sa maîtresse sont ceux d’une mère et d’une fille. A l’église, le maître et l’es-

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