‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 56 sur 87 · Code Justinien, XI, xlvii · texte numérisé non relu

Code Justinien, XI, xlvii

LE SEEVAGE ET LES INVASIONS

esclaves ruraux, qui ne purent désormais être aliénés sans la terre à laquelle ils se trouvèrent légalement incorporés, et qui devinrent ce qu’on appelle, en langage juridique, des immeubles par destination.

Cette loi fut un progrès immense dans la condition d’une catégorie d’esclaves qui formait, au quatrième siècle, la portion la plus nombreuse de la population servile. Mais ce progrès fut bientôt compromis par les invasions.

Je n’ai point à recliercber si les invasions barbares furent ou non un mallieur pour l’Europe civilisée, et si l’empire romain vieillissant eût pu se régénérer sans elles. Mais je me sépare nettement des historiens qui, avec Dubos, Pétigny, Fustel de Coulanges, veulent que la substitution de la domination germanique à la domination romaine se soit faite insensiblement, sans secousse, et que le monde ait glissé de l’une à l’autre sans presque s’en apercevoir. Bienfaisante ou non, la crise des invasions fut terrible. Elle couvrit la Gaule, l’Italie, l’Espagne, de sang et de ruines. Elle ne passa pg^s sur les pays civilisés à la façon d’un orage, semant à la fois la dévastation et les germes féconds, elle dura longuement. Une fois établis dans les anciennes provinces de l’empire romain, les chefs des diverses nations barbares, dont toute la politique se résumait dans l’amour du pillage, ne cessèrent de lutter les

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uns contre les autres : les populations indigènes; durent faire les frais, non seulement de leur établissement, mais encore de leurs discordes, de leur partages, de leurs jalousies, de leurs réconciliations,, et supporter, non pendant quelques années, mais, pendant deux siècles au moins, tous les maux de la conquête.

En s’établissant successivement dans les diverses parties de l’empire romain, les conquérants barbares, loin de moraliser, comme on le dit trop facilement, les peuples conquis en adoptèrent promptement les vices. Ils en imitèrent en même temps les mœurs et le luxe. Eux qui, dans leur pays d’origine, n’avaient guère eu d’esclaves que pour la culture de la terre et le soin des troupeaux (1), à peine installés dans les villes somptueuses ou les riches maisons de campagne des anciens sujets de Rome, s’accoutumèrent à vivre, comme ceux-ci, au milieu de légions de serviteurs. Les récits de Grégoire de Tours, les textes de la loi salique, les lois des Ripuaires, des Alemans, des Wisigoths, des Burgondes, nous montrent le service des conquérants organisé à la façon romaine : ils ont non seulement des esclaves écuyers, palefreniers, cuisiniers, échansons, mais encore, dans des ateliers attachés à leur& maisons, des femmes esclaves leur tissent des habits,,

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