‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 57 sur 87 · Tacite, De moribus Germanorum · texte numérisé non relu

Tacite, De moribus Germanorum

LE SERVAGE ET LES INVASIONS

des esclaves forgerons leur fabriquent des armures, des esclaves orfèvres leur cisèlent des bijoux.

Dans la société gouvernée par eux, la population servile, dont nous avons constaté la diminution au quatrième et au cinquième siècle, est redevenue’ nombreuse, car Tune des anciennes sources de l’esclavage, à peu près tarie dans les derniers temps de l’empire romain, a été rouverte : cliaque province ravagée, chaque ville prise, verse de nouveau sur le marché d’innombrables captifs. Les chroniques du sixième et du septième siècle, les vies des saints de l’époque mérovingienne, sont pleines du récit des razzias opérées par les conquérants, en même temps qu’elles nous font connaître les efforts trop souvent impuissants, mais quelquefois couronnés de succès, tentés par les évêques et les moines pour arracher à la servitude des populations entières que les armées des rois barbares, sans cesse en guerre les uns contre les autres, traînaient enchaînées après elles.

Au milieu de cette anarchie, la situation des esclaves s’aggrava considérablement. La cruauté de certains maîtres, qui, en s’imprégnant des- mœurs et du luxe de Eome, étaient demeurés, au fond, des sauvages, fut horrible : Grégoire de Tours parle d’esclaves enterrés vivants parce qu’ils s’étaient mariés contre le gré de leur maître, de serviteurs à moitié brûlés, au grand amusement des convives.

ESCLAVES, SEEFS, M AINMOET AELE S.

avec les cierges allumés qu’ils portaient dans les festins. Les lois barbares, non moins dures que les maîtres^ effacèrent une partie des adoucissements que, dans le dernier état du droit, la législation romaine, docile à l’esprit du christianisme, avait apportés au sort des esclaves. Les supplices les plus terribles, le feu, la castration, punirent leur désobéissance. Le mariage avec des personnes d’une autre classe, le mariage même des affranchis avec les ingénus, furent interdits sous les peines les plus rigoureuses. Enfin la distinction que Valentinien et Gratien avaient introduite dans la condition des esclaves fut abolie. Le serf cessa d’être attaché à la glèbe, inaliénable sans elle, pour redevenir un simple meuble, pouvant être vendu isolément. Le servage, au lieu de rester d’un degré plus élevé que l’esclavage, retomba à son niveau et se confondit avec lui. L’édit de Théodoric, formulant en loi ce qui semble, partout ailleurs, à l’époque barbare^ avoir existé en fait, s’exprime ainsi :

« Que tout maître ait le droit de tirer des. champs les esclaves rustiques des deux sexes qu’il possède par corps et par droit légitime, fussent-ils originaires (1), pour les transférer dans les divers lieux de son domaine ou les appliquer aux services de la ville, et qu’ils soient à bon droit comptés dans

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