‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 69 sur 87 · LA ROYAUTÉ ET LES SERFS · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ ET LES SERFS

du patrimoine de raffranclii. Bien que la tradition romaine, reconnaissable dans ces divers droits, ne permette pas de supposer qu’ils n’aient point existé entre les dernières années de la domination romaine en Occident et les premiers temps de la féodalité, cependant on doit reconnaître qu’à l’époque carolingienne, au moins dans les domaines ecclésiastiques, ils ont semblé sommeiller. Les serfs du Polyptique d’Irminon paraissent se mouvoir plus librement, et quant à la propriété et quant au mariage, que ceux des premières chartes féodales et des plus anciennes coutumes. Ajoutons que parmi les personnes de condition servile dont la vie nous est révélée par cet inappréciable document, se rencontrent bien peu de serfs de corps, sans terres, soumis comme des esclaves à l’arbitraire volonté du maître, pareils à ceux dont l’état est décrit, au douzième siècle, par Vürharium de l’abbaye de Marmoutiers ou, au siècle suivant, par Beaumanoir et par l’auteur du Myrror of justice. Enfin, les redevances des serfs ecclésiastiques et royaux du neuvième siècle sont stables, définitives, fixées ne varietur par la loi ou la coutume : l’arbitraire ne s’y rencontre pas. Quelle différence avec le « taillable et corvéable à merci n de l’époque féodale !

La situation du serf irait donc en s’aggravant et retournerait peut-être aux horreurs des temps antiques et des temps barbares, si la royauté,

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adversaire naturel des abus du régime féodal, et, par intérêt autant que par devoir, protectrice-née des faibles, n’intervenait en sa faveur. L’Église lui a tendu la première une main tutélaire : le roi à son tour s’incline pour le relever. L’Église a lutté pour lui contre les païens, puis contre les barbares, et a fait le serf stable du quatrième siècle, le serf heureux du neuvième : le roi va lutter pour lui contre l’oppression féodale, et peu à peu le faire passer de la condition de serf à celle de paysan libre.

« L’affranchissement des serfs et la conversion de la mainmorte en simple villenage ont commencé au douzième siècle, sous Louis le Gros et Louis YII, et, depuis cette époque, les chartes royales et seigneuriales d’affranchissement sont devenues très fréquentes : affranchissement des serfs de Saint-Denis en 1125, d’Orléans en 1180, de Creil en 1197, de Beaumont-sur-Oise et de Chambly en 1221, d’Auxerre en 1223, de Saint-Germain en 1250, d’Antony. Verrières, Yilleneuve-Saint-Georges, Y alenton, Crône, Thiais, Choisy et Grignon par Thomas, abbé de Saint-Germain des Prés, au treizième siècle, de Pierrefonds et de Chatenay par la reine Blanche ; vers le même temps, de Chevilly et l’Hay en 1258, d’Orly en 1263, de Yitry en 1269, d’une partie du Languedoc en 1298 et 1302, de tout le domaine royal par la célèbre ordonnance du 3 juillet 1315,

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