‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 71 sur 87 · Charles Grandmaison, Le livre des serfs de Marmoutiers · texte numérisé non relu

Charles Grandmaison, Le livre des serfs de Marmoutiers

4. A. DE Courson, Cartulaire de Redon, p. cclxxxiii, citant A. de la Borderie, Du servage en Bretagne avant et depuis le neuvième siècle.

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De tout temps, l’affrancMssement a été considéré comme une œuvre méritoire au point de vue religieux. Je l’ai montré plus haut pour les premiers temps clirétiens : il suffit de parcourir les formules de l’époque mérovingienne et carolingienne pour voir qu’en ce temps aussi l’Église se servait, à la fois habilement et sincèrement, d’une telle pensée pour amener les puissants à répandre abondamment autour d’eux l’aumône de la liberté. Il en est encore de même au moyen âge. « Notre très pieux Seigneur Jésus-Christ, dit un acte d’affranchissement de 1112, a désiré d’un amour paternel le salut du genre humain, et, entre autres préceptes qu’il a donnés à ses fidèles, afin qu’ils puissent obtenir la vie éternelle, il leur a ordonné de remettre à leurs débiteurs ce qui leur était dû, afin de pouvoir eux-mêmes attendre du souverain Juge la grâce de leurs fautes. Nous donc, chanoines de Saint-Laud, nous affranchissons de tout lien et de toute dette de servitude notre fidèle Raoul, pour le salut de nos âmes et de celle de l’excellent comte Geoffroi, le principal fondateur de notre église, et de tous nos bienfaiteurs. Ces pieux sentiments ne se rencontrent pas seulement dans les actes privés : on les retrouve dans les chartes officielles émanées des rois et des princes et contenant des affranchissements non plus individuels, mais en masse. Quand, en 1180, Louis VII abolit le servage à Orléans, c’est « à ce incité, dit-il, par la

LA KOYAUTÉ ET LES SEKFS.

piété et clémence royale, pour le salut de notre âme et de celle de nos prédécesseurs, et de celle de notre fils Philippe roi. « En 1311, Charles de Valois affranchit les serfs de son comté, parce que « créature humaine, qui est formée à l’image de Notre- Seigneur, doit généralement estre franche de droit naturel, et parce qu’il se sent « meu de pitié pour le remède et salu de nostre âme, et en considération de humanité et de commun profit. »

Ce serait trop demander aux hommes que d’exiger d’eux un entier désintéressement, et de ne point leur permettre de chercher le « commun profit « dans les actes de cette nature. Quelques chartes énoncent franchement le but utilitaire, nullement incompatible avec des considérations plus|élevées, qu’a recherché leur auteur. Hugues de Vienne, archevêque de Besançon, l’expose sans aucune réticence dans le diplôme d’affranchissement de la ville de Gy. « Cil de mortemain, dit-il, négligent de travailler en disant qu’ils travaillent pour autruy, et, pour ceste cause, ils gastent le lour et ne leur chaut que lour demourant, et, se ils estoient certains que demeurait à leurs prochains, ils travailleroient et acquerroient de grand cuer (1). En 1368,

1. Perreciot, qui cite cette cliarte, De Ve'tat civil des personnes et de la condition des terres dans les Gaides dès les temps celtiques jusqu'’ à la rédaction des coutumes, édit. 1851; t. III, Preuves, n® 126, p. 251,

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Enguerrand de Coucy affrancliit les hommes de sa baronnie, et en donne pour raison qu’ils la désertent, parce que la servitude j existe encore. En 1354, Guillaume Choiseul, dans une charte octroyée aux habitants d’ Aigrement et de La Eivière, expose de même que ses serfs laissaient tomber les maisons en ruines et abandonnaient le pays pour se retirer dans les villes franches, “ ce dont notre cuer, dit-il naïvement, est moult désolé » . A ces raisons d’intérêt s’en mêlaient d’autres de même ordre, qu’un des disciples les plus distingués de M. Le Play a très bien exposées, tout en leur donnant peut-être une portée trop générale. “ Tant que les seigneurs eurent des forêts et d’autres sols à défricher, ils eurent intérêt à s’attacher les rejetons des paysans, et ne craignirent pas de lier par la coutume l’avenir de leur propre famille aux générations successives de leurs tenanciers. Grâce aux établissements nouveaux, les seigneurs voyaient s’accroître continûment les produits de leurs domaines, et les paysans, garantis contre les éventualités fâcheuses, trouvaient d’amples ressources dans la culture de leur patrimoine ou la jouissance des droits d’usage. Cet état de bien-être,

dit, t. II, p. 127, que, dans la plupart des chartes d’affranchissement de Franche-Comté qu’il a vues, « le seigneur, rendant compte de ses motifs, déclare que, désirant V accroissement et le multipliement de ses sujets, il les affranchit. »

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