Ephes., IV
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pas obéir à cette loi, c'est un homme qui trafique du christianisme : gardez-vous de cette espèce de gens ! n
L'Eglise aide ceux qui veulent s'employer utilement : les Constitutions apostoliques font un devoir à l'évêque de " donner du travail à l'artisan ,y et de fournir « à l'enfant orphelin de quoi apprendre un métier et, quand il le connaîtra, acheter les outils nécessaires à sa profession. „ Les évêques, les prêtres donnent l'exemple : la discipline primitive leur enjoignait de travailler de leurs mains, comme ce charbonnier, Alexandre, qui devint, au troisième siècle, évêque de Comane et martyr. Les plus nobles chrétiens ne dédaignaient pas de vaincre les premiers le préjugé antique, afin d'apprendre à ceux de condition humble à les imiter. On admirait des patriciens, des patriciennes mettant la main à de grossiers ouvrages : sur les pierres tombales appartenant aux premiers siècles on voit des chrétiennes de haut rang prendre le titre de " travailleuse, n d' " ouvrière, jj Comment ces exemples n'eussent-ils pas été suivis ? Le peuple chrétien se précipitait joyeusement vers le travail. Le dimanche, il entendait la parole de Dieu, il apprenait à posséder son âme dans un noble et fécond repos : pendant les six jours delà semaine, il travaillait. Les plus humbles s'élevaient ainsi à un niveau moral dont les païens s'étonnaient, se scandalisaient presque. " Le moin-
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dre artisan chrétien, leur répondait Tertullien, connaît mieux que Platon la nature et les perfections de Dieu ; » et un apologiste du deuxième siècle, Atliénagore, disait aux détracteurs de la foi nouvelle : " Vous trouverez chez nous des ignorants, des artisans, des vieilles femmes qui, s'ils peuvent difficilement démontrer par des paroles les avantages de notre doctrine, les démontrent par les faits, par leur vie. n
Le type de l'ouvrier chrétien est déjà là tout entier, l'ouvrier des époques de foi vive et de mœurs pures, si supérieur, non seulement par le cœur, mais même par l'intelligence, à l'ouvrier des époques troublées et sceptiques, qui s'imagine être libre penseur parce qu'il n'est plus assez vertueux pour croire. Quelqu'un a dit : Il ne comprend pas le christianisme, celui qui ne connaît pas le christianisme joyeux. L'ouvrier chrétien des premiers siècles était plein d'allégresse ; c'est là son trait distinctif . Voyezle, ce bon travailleur : il se hâte le matin vers l'église ; car, dit un écrivain du quatrième siècle, « celui qui va à son métier avant d'entrer à l'église travaille en vain, n II revient de l'église, il entre dans l'atelier : écoutez, de la maison qu'il habite, s'élever des chants, comme le bourdonnement joyeux d'une ruche laborieuse. Selon le mot charmant de saint Jean Chrysostome, l'atelier chrétien est un lieu oh l'on travaille et oii l'on chante en famille.
la femme et les enfants assis devant le métier à tisser, le mari debout devant son établi. Le riche oisif survenant près de ce lieu égayé et sanctifié regarde d'un œil d'envie : Heureux, s'écrie-t-il, celui, qui gagne sa nourriture par le travail de ses mains (1) ! La vie se passe ainsi dans l'humble famille : elle a ses épreuves, mais à travers tout coule une source de joie intarissable. Quand son dernier jour est arrivé, le vieil ouvrier chrétien meurt en paix, ayant donné le bon exemple, ayant donné les bons conseils ; sur sa tombe ses enfants, ses confrères, écrivent dans une langue incorrecte, mais émue, quelque épita»phe semblable à celle-ci, qui résume la vie d'un fabricant de dés d'ivoire du quatrième ou cinquième siècle : « De peu de chose il nous a élevés à une condition médiocre, mais dont personne n'eût pu rougir. Il a été le premier de sa corporation ; c'est lui qui exhortait ses compagnons ; il fut d'une admirable bonté, d'une admirable innocence (2). n Et l'on grave sur la tombe quelque instrument de travail, le vieil outil qui fut à la peine, et qui doit être à l'honneur.
On fait plus encore : on dessine quelquefois sur le tombeau l'ouvrier lui-même. Un certain nombre
1. Voir saint Jean Chrysostome, In Genesim homilia L, 2 ; De Anna sermo IV, 6 ; Expositio in Psahn. XLI, 2.